Wohlfart, Jean
Biographie
Né en 1795 à Rouffach (Haut-Rhin). Musicien ou professeur de musique. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet la lettre suivante à la Commission : « Comme victime de la liberté, j’ose espérer d’être écouté par les amis du peuple. Cinq enfants me forcent aussi d’améliorer leur sort. Connaissant plusieurs langues et point d’autre état qu’ancien militaire. A l’âge de dix-sept ans, parti pour la Russie, resté prisonnier près de cinq ans, revenu dans notre belle France en 1817, n’ayant point d’état, forcé d’entrer aux dragons de la garde. En 1823, j’ai fait partie de l’armée d’Espagne. En arrivant à Bayonne, je refusai de suivre le régiment pour combattre contre la liberté. Je fus traité de brigand, conduit de brigade en brigade jusqu’à Compiègne, mis au cachot pendant quinze jours, renvoyé comme mauvais esprit et resté sous la surveillance de la police jusqu’en 1830, où je fis éclater ma vengeance à la prise du Louvre contre cette race maudite des Bourbons. Aux affaires de février dernier, mes cinq enfants ne m’ont pas empêché de me distinguer à la tête d’un grand nombre d’ouvriers : mercredi 23 à 6 heures et demie du soir, nous réclamions les prisonniers de la préfecture. Me trouvant en tête devant les gardes municipaux à cheval nous avons été serrés et pris à quarante et un et conduits au cachot. Le lendemain jeudi nous avons été délivrés heureusement par la circonstance sublime : la république. Cette loi divine de mon cœur nous protégera sans nul doute car je crois qu’un père de cinq enfants mérite qu’on jette un coup d’œil et qu’on le protège. S’il faut des certificats signés de quelques centaines de citoyens distingués, je suis prêt à les fournir, qui prouveront ma conduite exemplaire. J’ose donc espérer une petite place. » Sur la levée d’écrou du dépôt de la préfecture de police était inscrit la mention qu’il avait été libéré, le 24 février 1848, « par la volonté du peuple ». Il fut proposé par la Commission pour un emploi d’interprète, parlant l’allemand, le russe et le français. En octobre 1848, il fit la demande suivante auprès du président de la Commission des récompenses nationales : « Lorsque je fus appelé près de vous le 5 de ce mois, vous avez eu la bonté de m’inscrire pour être placé comme interprète ; mais la crainte que cet emploi ne se fasse trop longtemps attendre, vu la rareté de ces sortes de places, enfin l’extrémité où je me trouve réduit me feraient accepter n’importe quel emploi dont l’accès serait plus facile. En conséquence, je viens vous prier, monsieur le président, de vouloir bien me classer dans une autre catégorie, comme celle par exemple de surveillant dans un marché, ou bien de près de M. le préfet de police, ou enfin dans une administration quelconque. Les certificats que j’aurai l’honneur de vous soumettre vous seront, je l’espère, un sûr garant de ma moralité. […]. » Comme toutes les décisions de la Commission des récompenses nationales, la décision concernant Wohlfart resta sans effet du fait de la dissolution de la Commission. Le 12 octobre 1849, il adressait une demande d’emploi auprès du ministre de l’Intérieur, lui demandant « de jeter un coup d’œil sur la triste position d’un ancien militaire, qui a cinq enfants et sans occupation depuis très longtemps ». Le 10 décembre 1849, la préfecture de police donnait sur son compte les renseignements suivants : « Wolfort, Jean (sic), âgé de cinquante-quatre ans, né à Colmar (Haut-Rhin), marié, père de cinq demoiselles dont l’aîné a dix-sept ans. Cet individu qui demeure rue Saint-Antoine 30, est musicien. En février 1848, il a été arrêté et conduit à la préfecture de police et relaxé le lendemain. En juin même année, il a pris les armes pour l’ordre avec dix-huit de ses camarades sur toute la compagnie. Il est dans la misère, étant sans ouvrage. Bonnes conduite et moralité. » Il demeurait 30, rue Saint-Antoine en 1848. Archives de la préfecture de police AA 417 (aussi sous le nom de Wohlfard, Jean). Voir Vohlfard ?