Ader, Jean-Joseph
Biographie
Né en 1796 à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), fils de Ader, Jean-Joseph né le 16 septembre 1765 à Barbasse (Lot-et-Garonne) (lui-même né d’Ader, Joseph et de Castaing, Marie, son épouse) et de Delissalde, Jeanne, née le 1er avril 1768 à Ustaritz (Pyrénées-Atlantiques) (Delissalde, née du mariage de Jean Delissalde et de Saubadine Etcheverry [fille de Pierre] habitants de la maison Mentaberry au quartier Arrauntz. Fondé de pouvoirs, ou gérant, ou rédacteur de la Tribune des départements. Il fut un des quarante-quatre signataires (voir la liste complète à Dumas, Alexandre) de la protestation des journalistes, ainsi rédigée : « On a souvent annoncé depuis six mois, que les lois seraient violées, qu’un coup d’Etat serait frappé. Le bon sens public se refusait à le croire. Le ministère repoussait cette supposition comme une calomnie. Cependant le Moniteur a publié enfin ces mémorables ordonnances, qui sont la plus éclatante violation des lois. Le régime légal est donc interrompu ; celui de la force est commencé. Dans la situation où nous sommes placés, l’obéissance cesse d’être un devoir. Les citoyens appelés les premiers à obéir sont les écrivains des journaux, ils doivent donner les premiers l’exemple de la résistance à l’autorité, qui s’est dépouillée du caractère de la loi. Les raisons sur lesquelles ils s’appuient sont telles qu’il suffit de les énoncer. La charte, article 8, dit que les Français, en matière de presse, sont tenus de se conformer aux lois ; elle ne dit pas aux ordonnances. La charte, article 35, dit que l’organisation des collèges électoraux sera réglée par les lois ; elle ne dit pas par les ordonnances. La couronne elle-même avait reconnu jusqu’ici ces articles. Toutes les fois, en effet, que des circonstances prétendues graves lui ont paru exiger une modification, soit au régime de la presse, soit au régime électoral, elle a eu recours aux deux Chambres ; elle ne s’est arrogé, à l’égard des articles 8 et 35, ni une autorité constituante, ni une autorité dictatoriale qui n’existent nulle part. Les tribunaux, qui ont droit d’interprétation, ont solennellement reconnu ces mêmes principes. Leurs décisions établissent qu’en matière de presse et d’organisation électorale, les lois, c’est-à-dire le roi et les Chambres, peuvent seuls statuer. Aujourd’hui donc le gouvernement a violé la légalité. Nous sommes dispensés d’obéir. Nous essayons de publier nos feuilles, sans demander l’autorisation qui nous est imposée. Nous ferons nos efforts pour qu’aujourd’hui au moins elles puissent arriver à toute la France. Voilà ce que notre devoir de citoyens nous impose, et nous le remplissons. Nous n’avons pas à tracer ses devoirs à la Chambre illégalement dissoute ; mais nous pouvons la supplier, au nom de la France, de s’appuyer sur son droit évident, et de résister autant qu’il sera en elle à la violation des lois. Ce droit est aussi certain que celui sur lequel nous nous appuyons. La Charte dit, article 50, que le roi peut dissoudre la Chambre des députés ; mais il faut pour cela qu’elle ait été réunie, constituée en Chambre ; avant la réunion et la constitution de la Chambre, il n’y a que des élections faites. Or, nulle part la Charte ne dit que le roi peut casser les élections. Les ordonnances publiées aujourd’hui ne font que casser des élections, elles sont donc illégales, car elles font une chose que la Charte n’autorise pas. Les députés élus, convoqués pour le 3 août, sont donc bien et dûment élus et convoqués. Leur droit est le même aujourd’hui qu’hier. La France les supplie de ne pas l’oublier. Tout ce qu’ils pourront pour faire prévaloir ce droit, ils le doivent. Le gouvernement a perdu aujourd’hui le caractère de légalité qui commande l’obéissance. Nous lui résistons pour ce qui nous concerne ; c’est à la France à juger jusqu’où doit s’étendre sa propre résistance. » Comme tous les autres journalistes signataires de la protestation, il fut décoré de la Croix de Juillet, auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Il était le frère aîné d’Ader, Pierre, Gentil (voir ce nom), qui fut tué pendant les combats. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il mourut en 1859 et fut enterré au cimetière d’Arrauntz à Ustaritz (Pyrénées-Atlantiques). Nous empruntons à la Biographie des condamnés pour délits politiques depuis la Restauration des Bourbons en France jusqu’en 1827, par Imbert et Bellet la notice biographique le concernant et ainsi rédigée : « Né à Bayonne, département des Basses-Pyrénées, en 1796. Après avoir fait ses études dans un séminaire du pays Basque, au milieu des montagnes, il vint, à l’âge de 17 ans, à Paris, où il suivit pendant quatre années, les cours des écoles de droit et de médecine. Son goût pour la littérature le jeta dans la périlleuse carrière où il devait bientôt rencontrer M. le procureur du roi et ses substituts. Rédacteur du Diable boiteux, du Frondeur, de la Pandore et du Mercure, il eut, pour ses articles, différents démêlés avec la police correctionnelle ; et, après, avoir échappé plusieurs fois aux conclusions du ministère public, il se vit enfin condamné, en 1826, à cinq jours d’emprisonnement pour s’être occupé de matières politiques dans un journal littéraire (le Frondeur) On attribua l’acharnement avec lequel il fut poursuivi à un article intitulé Robin des bois, dont il était véhémentement soupçonné d’être l’auteur, et qui contenait des allusions à un auguste personnage. Le ministère public était si outré contre M. Ader qu’il avait conclu à trois mois d’emprisonnement. Le tribunal fut plus indulgent pour des vérités exprimées avec une certaine énergie. C’est à tort que d’autres biographies ont dit que M. Ader était rédacteur de la Revue encyclopédique ; il n’a jamais travaillé en France qu’aux journaux que nous avons désignés. En Belgique, il a fondé, avec M. Tissot, le Constitutionnel des Pays-Bas, que des intrigues ourdies à Paris ont arrêté au milieu de son mouvement de progression ascendante. Nous avons des raisons pour croire qu’il a composé Napoléon devant ses contemporains, ouvrage qu’on a dans le temps attribué à Lucien Bonaparte. M. Ader est auteur de quelques ouvrages qui ne sont pas sans mérite : son Histoire de l’expédition d’Egypte et de Syrie a obtenu plusieurs éditions ; son Histoire du Béarn et des Basques a eu un très grand succès dans son pays natal. Cet écrivain s’est aussi essayé dans la poésie : les journaux ont parlé dans le temps avec beaucoup d’éloges d’un petit poème intitulé l’Enfance d’Henri IV ; mais c’est surtout à l’art dramatique que M. Ader s’est adonné : il débuta par une tragédie en cinq actes intitulée Ludovic Sforce, reçue à correction aux Français ; les Deux Ecoles ou le Classique et le Romantique, comédie en trois actes et en vers ; l’Actrice ou les Deux Portraits, comédie en un acte et en vers, ont été jouées avec succès à l’Odéon. En 1824, il a fait, pour l’ouverture du théâtre de Toulouse, un Prologue en un acte et en vers ; enfin, on répète, en ce moment, au Théâtre-Français, une comédie de lui en trois actes et en prose, intitulée : Les Suites d’un coup d’épée. » Il avait collaboré au Frondeur impartial, journal de littérature (1825-1826) auquel collabora aussi Monglave de, Garay, Eugène (voir ce nom). Il demeurait 14, rue Papillon en 1831. Le National, 9 août 1830 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 271 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIIe arrondissement ; Biographie des condamnés pour délits politiques depuis la Restauration des Bourbons en France jusqu’en 1827, par Imbert et Bellet, Bruxelles, chez Tencé, 1828, pp. 9-10, Bibliographie historique et critique de la presse périodique française, Eugène Hatin, Paris, chez Firmin-Didot, 1866, p. 351.