Alcan jeune, Michel

Biographie


Né le 25 mai 1810 (le 21 mai 1810 dans son dossier de Légion d’honneur) à Donnelay (Meurthe), d’Alcan, Caïn, chantre hébreu, et d’Avêtre, Seurette, son épouse. Relieur de livres chez Simier, 152, rue Saint-Honoré en face de l’observatoire. Il fut blessé au pied par un coup de feu, dans la rue Saint-Honoré, en face du Théâtre-Français. Il adressa la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales, afin de faire valoir ses droits : « Messieurs. Sorti nouvellement de ma province, j’arrive à Paris un peu avant que les braves habitants de cette capitale aient eu à défendre si vaillamment ce qu’un Français doit avoir de plus cher, notre sainte liberté. Guidé par un frère qui s’est vaillamment montré dans ces glorieuses journées, j’ai presque partout combattu avec lui. Le 27, je me suis emparé du National ; je l’ai lu partout où j’ai pu ; j’ai tâché d’animer ceux qui ne l’étaient pas ; mais, voyant que je pourrai être plus utile par mes bras, je me suis mis à faire des barricades. Le 28, et n’ayant pas encore pu trouver des armes, j’ai monté des pierres dans les maisons pour n’en servir au besoin. J’ai été assez heureux que mon frère m’armât dans la soirée. J’ai abandonné mes pierres pour aller parcourir la ville lorsque les habitants de notre quartier nous prièrent ainsi que mon frère de veiller à la sûreté du quartier ; nous avons donc patrouillé toute la nuit. Le 29, au matin, je me suis rendu au boulevard des Italiens, où mon frère nous a dirigés et placés en tirailleurs ; dans la matinée, nous avons été assez heureux, par suite de notre terrible fusillade, pour repousser les lanciers et la garde royale. Vers 11 heures, on est venu nous demander une suspension d’armes ; mais ne pouvant supposer aucune idée d’humanité à nos meurtriers, j’ai pensé que cette suspension n’était demandée que par ruse parce que les munitions leur manquaient ; j’ai donc été un des premiers à crier : pas de suspension. Après cette affaire, j’ai voulu aller jusqu’à la rue de Saint-Honoré, mais les fusillades de la rue Richelieu m’en empêchèrent. Je me suis embusqué aux environs du Théâtre-Français, et j’ai tâché par mes coups d’abattre autant que j’ai pu de mes ennemis. Et c’est là que je fus blessé au pied ; malgré ma blessure, j’ai tâché de soutenir le feu aussi longtemps qu’il me fut possible mais mes douleurs m’obligèrent enfin à me retirer lentement. Mais ma blessure, heureusement, n’a pas été assez grave pour me retenir longtemps sans travailler ; j’eus le bonheur de pouvoir retourner à mon atelier après trois semaines. C’est ce qui fut cause que je n’ai fait réclamation jusqu’à présent. Mais, apprenant que des récompenses honorifiques seront décernées aux vrais combattants, j’ose me recommander à nos vaillants représentants pour recevoir une de ces récompenses honorifiques qui me serviront comme souvenir de nos trois mémorables journées et un encouragement (si un bon Français en avait besoin), pour défendre jusqu’à la mort notre noble cause et notre belle patrie contre toute attaque. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de l’ancien IIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Alcan, Michel, étudiant, demeurant 48, rue de la Tixéranderie), auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Nous empruntons au Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, publié sous la direction de Maitron, sa notice biographique, ainsi rédigée : « […] Son père était soldat de l’Empire et appartenait à une famille israélite pauvre. (Toute sa vie, d’ailleurs, Michel Alcan devait s’occuper activement des intérêts des Israélites de France). Dans son enfance, il se livra aux travaux des champs, puis entra en apprentissage chez un relieur de Nancy. En même temps, il suivait des cours. En 1827, encore apprenti, il reçut une médaille d’argent de la Société des amis du travail de Nancy. Il réussit à entrer à l’Ecole centrale des Arts et manufactures. A Paris, il combattit sur les barricades de juillet 1830. Reçu ingénieur civil il n’en fit pas moins son tour de France à pied. Il se fixa à Louviers chez un “constructeur d’usines”. Il s’occupa activement des questions techniques touchant la filature et le tissage, et on lui doit plusieurs inventions et perfectionnements qui font de lui un des créateurs de la technologie industrielle. Toutefois, et c’est un de ses titres à figurer dans un dictionnaire du mouvement ouvrier, il se refusait à séparer les progrès techniques de l’amélioration de la condition ouvrière. Dans cet esprit, il établit, à Elbeuf, un cours gratuit de sciences élémentaires pour les ouvriers. En 1845, il fut nommé professeur de filature et de tissage à l’Ecole centrale. Candidat aux élections à la Constituante dans la Seine et dans l’Eure, en 1848, il fut élu dans ce département, septième sur onze, avec un programme destiné, à la vérité, à satisfaire l’électorat paysan “nourricier” et “client le plus important du travailleur de nos ateliers”, et qui avait reçu le patronage de Dupont de l’Eure. A la Chambre, il siégea avec les plus modérés de la gauche, et, s’il fut un des membres les plus actifs du Comité du bravai, ce fut pour s’y montrer adversaire du “communisme” et des théories qui prévalaient à la Commission du Luxembourg. Il intervint dans les projets touchant l’organisation et l’hygiène des habitations ouvrières. Comme remède au chômage, il proposait que l’on accordât des facilités aux exportations et se montra résolument hostile au libre-échange. Il demanda, également, que l’âge minimum de l’embauche dans les manufactures fût fixé à douze ans et la durée de la journée de travail limitée à douze heures. Il réclama aussi la création de sociétés de secours mutuels, subventionnées par l’Etat. Enfin, il proposa une modification à la législation sur les brevets d’invention de quinze à vingt-cinq ans, et, en même temps, la constitution d’un fonds de réserve, destiné à donner des secours aux ouvriers réduits au chômage par le progrès technique. Alcan devait intervenir dans les projets de liquidation des Ateliers nationaux. Il n’est donc pas surprenant de le voir soutenir la dictature de Cavaignac. Le 28 juin 1848, il vota le décret contre les clubs, le 25 septembre contre l’impôt progressif et pour l’impôt proportionnel, le 25 novembre pour l’ordre du jour de félicitations à Cavaignac. Par contre, le 9 août, il vota contre le rétablissement du cautionnement, et le 26, contre les poursuites dirigées contre Louis Blanc, au sujet de l’affaire du 15 mai. Il fut un de ceux à qui, le 5 juillet 1848, la Constituante vota un crédit de trois millions destiné aux associations ouvrières. Il aurait voulu, à la fois, favoriser les associations purement ouvrières et les associations groupant patrons et ouvriers. Sa proposition fut réduite par l’Assemblée, soucieuse d’abord d’aider les ouvriers qui s’associeraient entre eux. Il fit alors partie du Conseil d’encouragement pour les associations ouvrières, constitué par le ministère de l’Agriculture et du Commerce pour la répartition de ce crédit de trois millions. Il y siégeait avec les Buchéziens, Ott, Dainguy, Corbon, Feugueray. C’est grâce à lui que, le 20 juin 1849, une des premières coopératives de production, celle des bijoutiers en doré (fondée en 1834), bénéficia d’une allocation de vingt-quatre mille francs. Le 16 avril 1849, il vota contre l’expédition de Rome, et, le 11 mai, pour la demande de mise en accusation du président et de ses ministres. Hostile à la politique de l’Elysée, il ne se représenta pas aux élections à la Législative. Il reprit alors ses cours à l’Ecole centrale et au Conservatoire des Arts et Métiers et poursuivit ses recherches scientifiques. Lors de l’exposition de 1855, il accepta la Légion d’honneur et devint président de la Société des ingénieurs civils. Il mourut à Paris le 26 janvier 1877 (mais le 27 janvier 1877 dans son dossier de la Légion d’honneur, N.D.A.). » L’ouvrage donne en sources manuscrites : Archives nationales F/12/4618 et Archives nationales F/12/4619. Alcan fut nommé chevalier de la Légion d’honneur, le 14 novembre 1855, officier, le 3 août 1875. Il demeurait 6, rue Monsigny en 1830-1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales LH/16/68, idem base Leonore de la Légion d’honneur.

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