Alliaume, Samuel

Biographie


Né vers 1798 à Paris. Tailleur d’habits. Il était porteur de plusieurs certificats, qui lui servirent sans doute à faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants, sise de la rue Bourg-Labbé. Le premier certificat était ainsi rédigé : « Le soussigné certifie que le 29 juillet 1830, entre 6 et 7 heures du matin, je rencontrai le sieur Alliaume, qui se rendait à la gendarmerie, rue des Francs-Bourgeois, pour se procurer des armes. Je l’y suivis mais nous trouvâmes les portes, fermées, et les armes, enlevées. L’ayant fait ouvrir, le sieur Alliaume, à notre tête, parcourant les corridors, se trouva devant la porte d’un des chefs, à qui il demanda des armes. Celui-ci lui ayant répondu qu’elles avaient été enlevées, nous priait de nous retirer lorsque le sieur Alliaume, apercevant un escalier dérobé, nous fit monter dans un grenier, où nous trouvâmes deux barriques de poudre cartouche et une autre partie dans un sac de toile grise. Alors le sieur Alliaume, recommandant la plus grande prudence et circonspection, partagea dans la cour ladite munition aux citoyens armés. En ayant eu pour ma part un paquet, je me rendis au Louvre, où bientôt je le retrouvai parmi les combattants. L’ayant perdu de vue, je le crus alors blessé et me rendis le lendemain chez lui, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, n° 42. Alors, il me dit que, la veille, en quittant le Louvre, il avait aidé à porter chez lui un brave qui, combattant à ses côtés, avait reçu une blessure mortelle, dont il mourut peu après. Je rends hommage à la vérité, en certifiant que le sieur Alliaume, réunissant, dans cette mémorable journée, la prudence au courage, a combattu en brave et zélé défenseur de la patrie et je ne puis que faire les éloges les plus mérités de son dévouement et de son patriotisme signalés. » Signé, le 14 août 1831 : Léon, A., commis marchand, demeurant 60, rue du Temple. Mayer, Salomon (voir ce nom), blessé et décoré de Juillet, lui délivra le certificat suivant : « Je certifie et atteste, pour rendre hommage à la vérité, que le nommé Alliaume a partagé avec nous les dangers des journées de juillet 1830. Premièrement, dans celle du 28, il fut avec moi à la prise de l’Hôtel de ville, où ensuite nous avons été repoussés par les troupes suisses et gardes royaux. De là, nous fûmes au boulevard Saint-Martin, où ensemble nous combattîmes les gardes royaux et la cavalerie, où je fus blessé. Ledit sieur Alliaume ne me quitta pas, ayant avec bravoure et courage partagé les mêmes dangers, il fut un de ceux qui me transportèrent chez moi. Le lendemain, dans la journée du 29, dans la soirée, il vint me voir et il était armé de son fusil, en me donnant connaissance qu’il avait fait mettre deux barils de cartouches à la disposition des combattants à 6 heures du matin à la gendarmerie rue des Francs-Bourgeois et qu’ensuite lui et ses compagnons d’armes se portèrent à la prise du Louvre. Je déclare avoir reconnu que le pantalon dudit Alliaume était couvert de sang ; sur ce, je lui ai demandé s’il était blessé ? Il me répondit affirmativement que non, que ce sang provenait d’un nommé Alphonse Sedant (??? pas retrouvé…), âgé de vingt-trois ans, lequel fut blessé à mort à ses côtés, ayant aidé à le transporter chez sa sœur. » Signé, le 31 août 1831 : Mayer, Salomon. Macagno, Edouard (voir ce nom), blessé de Juillet, lui délivra le certificat suivant : « Je soussigne et déclare que le sieur Alliaume, dans la journée du 28 juillet, a combattu à mes côtés sur le boulevard Saint-Martin, armé d’un fusil de chasse à deux coups. Ayant appris de lui qu’il était père de famille, lui ayant fait quelques observations, il me répondit que pour la défense de la liberté il ne fallait pas calculer les dangers. Quelque temps après, nous essuyâmes une décharge de la garde royale, où je fus blessé. J’atteste encore que le sieur Alliaume ne m’a pas quitté malgré le danger qu’il courait, jusqu’au moment que je fus enlevé de la place. » L’Homme, Dominique, Marie, Alexandre (voir ce nom), blessé et décoré de Juillet, lui délivra, le 22 août 1831, le certificat suivant : « Le soussigné L’Homme, ouvrier imprimeur, décoré de la Croix de Juillet, certifie que le sieur Alliaume, Samuel, tailleur, a combattu dans les journées de juillet 1830, à côté de moi et sous mon commandement, premièrement le 28 à la porte Saint-Denis à 7 heures du matin, où nous avons arrêté des voitures de pierres meulières, que nous avons cassées et montées sur la porte Saint-Denis et qu’après l’observation qu’il me fit en me demandant des armes, je lui répondis qu’il y en avait au poste Bonne-Nouvelle et qu’il fallait s’en emparer sur la troupe qui y était, ce qui eut effectivement lieu ; que, de plus, le sieur Alliaume continua à combattre jusqu’au soir à 5 heures ; qu’alors, blessé et fait prisonnier, je le perdis de vue. Je puis attester que pendant tout le temps que le sieur Alliaume a été avec moi, il s’est comporté de la manière la plus honorable. » On trouve dans la Gazette des tribunaux du 26 avril 1832 le récit de démêlés qu’Alliaume eut avec la justice. Le récit fait par la Gazette des tribunaux était ainsi rédigé : « Le vocabulaire du tribunal de police correctionnelle ne s’est pas encore enrichi, à ce que nous sachions, d’un mot caractéristique pour exprimer ces singulières ventes à l’encan, qu’on voit tous les jours avoir lieu dans plusieurs quartiers de Paris, au vu et su de la police, qui connaît pourtant et la nature de ces transactions et le matériel de cette classe industrielle. Voici comment les choses se pratiquent. Les négociants en question s’installent d’ordinaire, et pour quelques jours seulement, dans une boutique temporairement inoccupée et située dans un quartier fréquenté. Deux ou trois ballots pleins de foin, quelques douzaines de mouchoirs, de bonnets de coton ou de soie, quelques foulards forment le fonds de commerce. Les volets restent fermés, la porte seule est ouverte, et sur le comptoir rapproché de cette porte se tient le crieur chargé d’annoncer aux passants les mouchoirs tout fil à huit sous, les bonnets de soie à cinq sous, la toile de cretonne à vingt sous, etc. Autour du crieur qui a le soin de lancer souvent quelques pièces de mouchoirs ou de foulards sur les passants dont l’extérieur annonce plus de propension à se laisser duper, viennent se grouper trois ou quatre hommes ou femmes, chalands postiches destinés à faire donner le badaud dans le piège. Ces derniers explorent avec avidité la marchandise et en vantent l’excellente qualité. Voit-on un passant s’arrêter : “C’est pour rien ; c’est plutôt donner que vendre ; vraiment, s’écrie un des chalands-compères ; c’est une banqueroute, c’est une déroute, c’est la ruine du commerce ; enfin, c’est égal, autant que ce moi qu’un autre qui en profite. Donnez-m’en six douzaines.” Et le chaland se retire après avoir payés dix-huit francs six douzaines de foulards ou de bonnets de soie. Ce manège se renouvelle. “Je voudrais avoir le moyen d’acheter toute la boutique, reprend un autre interlocuteur, s’il s’aperçoit que le chaland hésite. On se monterait joliment à bon compte, ajoute une femme, qui sort toute contente de la boutique, avec un gros ballot qu’elle va bientôt rapporter. Quel dommage de ne pas être en fonds !” Le badaud séduit entre dans la boutique, et là, commères et compères l’entourent, le pressent, l’étourdissent ; le crieur, les commères, le marchand, font successivement passer sous ses yeux tout leur fonds de commerce. Bref, il achète, il paie, on lui fait son paquet, et lorsqu’il est rentré chez lui, il s’aperçoit que sa fine cretonne n’est qu’un mauvais madapolam lustré, que ses foulards et ses bonnets de soie sont en coton. Le sieur Cuny ayant été dupé, à ce qu’il paraît, dans une de ces boutiques, résolut de prendre sa revanche ; il consulta plutôt en cette occasion son ressentiment que le Code pénal, et voici ce qu’il imagina : croyant bien reconnaître l’industriel avec lequel il avait fait précédemment affaire, il entra dans la boutique, acheta divers objets, annonça qu’il paierait à domicile, et demanda qu’un commis le suivît avec facture acquittée. Arrivé à son domicile avec le commis et le ballot, il prit le ballot, demanda la facture, et comme le commis balançait à la lui remettre, il la lui arracha des mains, et se saisissant d’un bâton, en frappa ce dernier, qu’il mit ainsi à la porte. Samuel Alliaume, ainsi payé de sa course et de sa marchandise, porta plainte et Cuny fut arrêté. Il prétendit d’abord qu’il avait payé Samuel Alliaume ; mais bientôt il déclara que, précédemment trompé par le Juif, il avait formé le dessein de le tromper à son tour. Ce moyen de défense n’a pu prévaloir, et Cuny a été condamné à une année d’emprisonnement. » Alliaume demeurait 42, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie en 1830 ; 7, impasse Pecquet dans la rue des Blancs-Manteaux en 1831. Archives de la préfecture de police AA 370.

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