Badin, Mathieu

Biographie


Propriétaire et négociant. Les demandes qui furent faites en sa faveur, depuis 1839 jusqu’en 1850, afin qu’il obtînt la décoration de la Légion d’honneur, retraçaient sa participation aux événements de Juillet. En date du 15 juin 1839, le maire du Ier (ancien) arrondissement le recommandait, dans ces termes, auprès du ministre de l’Intérieur : « Il y a dans le (ancien) Ier arrondissement un brave citoyen, M. Badin, domicilié rue Caumartin n° 15, toujours disposé à rendre des services publics, à se charger des missions les plus difficiles et s’en acquittant d’une manière remarquable. Je crois devoir réclamer pour lui une faveur bien méritée, la décoration de la Légion d’honneur. En juillet 1830, M. Badin était à la réunion qui s’est tenue chez Monsieur Laffitte ; c’est à lui que M. Méchin fils a remis les 221 lettres adressées aux députés pour les convoquer à la fameuse séance qui a proclamé M. le duc d’Orléans lieutenant général du royaume. C’est lui qui les a remises à domicile, au milieu des barricades et des coups de fusil et aux risques plus grands encore qu’il serait résulté pour lui d’un revers. Le même jour, il avait empêché une collision entre le peuple et la troupe de ligne qui voulait détruire une barricade au coin de la rue Caumartin et de celle des Mathurins ; en présence du colonel Thibaut, que la goutte retenait à sa fenêtre, il va trouver les soldats et leur chef, leur parle au nom de la patrie et de la concorde et finit par les emmener tous dans la cour de l’hôtel Laffitte. La veille, il avait aperçu sur le boulevard M. Saulot-Baguenaust (lire Saulot-Baguenault, N.D.A.) dans sa voiture de voyage, entouré de furieux qui voulait l’arrêter et lui faire un mauvais parti ; il s’élance au milieu d’eux, leur représente qu’ils vont déshonorer le nom français et la révolution et, secondé de ceux qu’il est parvenu à convaincre, il prend M. Saulot par le bras et l’escorte jusqu’à sa maison, tandis que l’on renverse sa voiture pour en faire une barricade. On s’était battu dans le (ancien) Ier arrondissement, près le Palais-Royal et les Tuileries. Beaucoup de maisons avaient été envahies et dévastées. Il fallait réparer les pertes. Des demandes plus ou moins exagérées étaient faites. M. Badin fut l’un des commissaires chargés de cette fonction délicate. Plus tard, lorsque le gouvernement fit faire l’estimation des pertes éprouvées par la gendarmerie, dont toutes les casernes avaient été pillées, nommé commissaire du (ancien) Ier arrondissement, M. Badin prit la part la plus active à un travail immense, qui coûta cinq mois de peines, de soins. Aussitôt après la révolution de juillet, il était nécessaire de réorganiser la garde nationale. M. Badin, nommé membre du conseil de recensement de la Ire légion, en tenait les registres et correspondait à ce sujet avec le colonel d’état-major. Elevé au grade de capitaine d’état-major en 1831, il fut délégué près la Ire légion pour en régulariser l’organisation, ayant sous lui quatre lieutenants d’état-major pour chacun des quatre bataillons. En 1836 la compagnie des voltigeurs de sa circonscription était complétement désorganisée. M. Badin en est nommé commandant et, à force de démarches, de dépenses et de soins, en peu de temps, il est parvenu à la recruter et à la remonter sous les rapports matériel et moral. Le 13 mai dernier [1839, jour du soulèvement insurrectionnel blanquiste, N.D.A.], il a marché pendant quatre heures à sa tête, à l’avant-garde de son bataillon, dans les rues Saint-Martin, Saint-Denis, Trans nonnain et autres. Enfin, nous dirons que lorsqu’il a s’agi de réviser tout le travail du nouveau cadastre général de Paris, que la préfecture vient de faire établir, M. Badin a été ici mis par moi au nombre des trois commissaires par quartier chargés de présider à cette opération très difficile et toute de confiance. Tel est M. Badin, l’administration municipale, la garde nationale, comme le gouvernement, l’ont toujours trouvé et le trouveront toujours prêt à rendre des services avec ardeur, intelligence et capacité. M. Badin aurait pu obtenir plusieurs fois la croix d’honneur s’il l’eût demandée ; mais il a toujours attendu qu’on veuille bien la lui accorder. Je crois, Monsieur le ministre, faire un acte de justice et de bonne administration, en vous priant de vouloir bien lui décerner une récompense loyalement méritée. » Le 25 avril 1847, une nouvelle recommandation (dont l’auteur est illisible) reprenait les titres de Badin, « porté encore cette année pour la décoration de la Légion d’honneur, demande faite en sa faveur par les trois maires qui ont occupé la mairie du (ancien) Ier arrondissement depuis 1830 » : « Premièrement, M. Badin a été chargé du règlement de l’immunité accordée aux personnes qui avaient souffert pendant les événements de 1830. Deuxièmement, lors du règlement des indemnités accordées à la gendarmerie, c’est M. Badin qui a été choisi par le (ancien) Ier arrondissement. Troisièmement, lorsque le choléra est venu sévir d’une manière si cruelle sur la capitale, M. Badin a été l’un des propriétaires de l’arrondissement qui ont montré le plus de zèle et de dévouement en toutes choses, de sa personne comme de sa bourse. Quatrièmement, M. Badin a été nommé capitaine pour l’organisation de la Ire légion jusqu’en 1834, époque à laquelle cet emploi a été supprimé. Cinquièmement, nommé capitaine des voltigeurs du 2e bataillon M. Badin a remplacé six capitaines, successivement démissionnaires, et est resté neuf ans à la tête de cette compagnie, présent avec elle aux émeutes ; depuis trois ans qu’il ne la commande plus, déjà deux capitaines se sont retirés, et la compagnie a été dissoute. Sixièmement c’est M. Badin qui a été choisi pour la révision du cadastre du (ancien) Ier arrondissement, il est un des plus fort imposés. Septièmement, enfin dans toutes les circonstances où il a fallu montrer son dévouement au gouvernement le nom de M. Badin a toujours figuré dans les écrits sortis de la mairie et des différentes commissions appelées à formuler franchement et nettement leurs opinions conservatrices au moment principalement des élections. » Blanqui, Adolphe, membre de l’Institut, demeurant 22, rue Saint-Pierre-Popincourt, le recommandait ainsi, en juillet 1848 : « M. Mathieu Badin, de la maison Badin frères, est un des négociants les plus distingués de Paris, et sa maison, une des plus importantes pour le commerce d’exportation. Il a servi avec distinction dans la garde nationale et il a failli être tué dans les journées de juin, en combattant courageusement pour la cause de l’ordre. Il ne travaille pas avec moins d’ardeur aujourd’hui sur un terrain moins difficile au profit de cette cause et j’ai pensé, avec une foule de citoyens qui apprécient son influence et son mérite, que le moment serait favorable pour lui accorder une distinction bien méritée. » En 1850, il présenta une nouvelle demande, sollicitant auprès du prince-président, la réparation d’un oubli de la promesse qui lui avait été faite d’obtenir enfin la décoration ; son dossier est apostillé de la mention « décédé ». En 1839, il était capitaine d’une compagnie de voltigeurs de la Ire légion de la garde nationale. Il demeurait 15, rue Caumartin en 1839-1850. Archives nationales F/1dIV/B/1.

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