Barthe, Charles, Laurent, Emile
Biographie
Né le 20 octobre 1804 à Aix (Bouches-du-Rhône). Ingénieur civil. En novembre 1830, il rédigeait ainsi le récapitulatif de sa conduite pendant les trois journées de Juillet : « Le mardi 27 juillet, il assista à la réunion qui eut lieu chez M. Cadet-Gassicourt pour concerter les moyens et prendre vent ; il y a parlé à MM. Thiers et Béranger.
»Le mercredi 28, de 6 heures du matin à 1 heure, il s’occupa à réunir les éléments de résistance dans le (ancien) XIe arrondissement, conjointement avec d’autres personnes. Il fit connaissance de M. Taschereau, secrétaire général de M. Odilon Barrot, qui lui prêta un fourniment de garde national, qu’il ne quitta plus.
»Il fut présent et concourut à la reddition de l’Abbaye.
»De là, il fut avec une cinquantaine d’hommes, nombre qui s’accrut beaucoup, faire le coup de fusil le reste de la journée au quai aux Fleurs, aux ponts, sur le Pont-Royal entre autres et finit par s’établir au point des Arts, d’où il ne cessa, avec sa troupe, de faire le coup de feu.
»Vers le soir, il rentra à l’hospice de la Charité, harassé de fatigue, après avoir établi ses postes sur le pont des Arts. Il se reposa une heure, mangea et revint aux siens ; alors on tirait en l’air pour tenir les Suisses en haleine.
»Il envoya une partie de son monde sur le quai Voltaire, où l’on balaya les Suisses.
»Cela fait, une partie de la nuit fut employée à diriger et activer la construction des barricades dans le (ancien) Xe arrondissement.
»Le jeudi matin 29, eut lieu, sans coup férir, l’enlèvement du poste du Musée d’artillerie : on y trouva de la poudre, qu’il fit transporter en lieu sûr. Des Suisses faits prisonniers furent employés par son ordre à la fabrication des cartouches, sous la direction de M. Malher.
»Un conseil fut tenu, il s’y proposa pour aller communiquer au gouvernement, outre-Seine, l’avis que l’on avait reçu d’un convoi de munitions qui descendait à Bercy et proposa les moyens de l’enlever. Les mesures avaient été prises. Il remplit cette mission avec M. Bonnet élève de l’Ecole polytechnique.
»Il trouva le gouvernement provisoire chez M. Audry de Puyraveau, rue du Faubourg-Poissonnière, et s’aboucha avec Casimir Perier. Il se plaignit à lui de l’absence de chefs et de toute communication dans son arrondissement.
»M. Casimir Perier lui donna, par écrit (souligné par Barthe, N.D.A.), l’ordre de diriger les mouvements dans le (ancien) Xe arrondissement (cet ordre fut collectif avec M. Brissot-Thivars pour lequel il stipula devant M. Casimir Perier) des proclamations à répandre et de l’argent. M. Casimir Perier lui remit en outre un crédit illimité pour tous les fonds dont on pourrait avoir besoin, à disposer sur sa signature ; la marche des événements rendit inutile l’usage de ce crédit, qu’il a rendu intact à M. Casimir Perier.
»Il retraversa Paris, rejoignit son poste, en ramassant nombre de braves, dont il grossit sa troupe vers midi.
»Il était 1 heure lorsque l’attaque du Pont-Royal eut lieu par les colonnes réunies des (anciens) Xe et XIe arrondissements.
»M. Joubert, actuellement administrateur de l’octroi de Paris conduisait les braves du (ancien) XIe.
»Plus tard, on lui assigna de prendre possession de l’hôtel des gardes du corps (7, quai d’Orsay, N.D.A.) ; on annonçait l’arrivée d’une colonne de gardes royaux par le quai d’Orsay.
»Il prit possession de cet hôtel sans coup férir et s’y logea avec une vingtaine d’hommes bien déterminés. Il établit ses factionnaires jusqu’à l’hôtel de la Légion d’honneur, occupant le quai, la rue de Lille, le bas de la rivière et communiquant avec le poste des Tuileries ; sa troupe s’était grossie.
»Deux barricades furent construites, la nuit, par ses soins, et avec la coopération de M. Caillard (des messageries Caillard-Laffitte) ou de M. Lecomte, qui amena une troupe de travailleurs.
»Il veilla toute la nuit, tout son monde sur pied, constamment en faction, attendant la colonne ennemie qui, suivant les publications du maréchal Gérard, devait attaquer le vendredi 30, de grand matin, ou même dans la nuit.
»Cette attaque n’ayant pas eu lieu, il resta possesseur et commandant comptable de l’hôtel des gardes du corps et de tous les effets et matériel qu’il contenait. Empêché par cette mission, il ne put aller à Rambouillet.
»Bientôt on vint lui demander des chevaux pour le général Pajol et de sa part, pour monter les officiers supérieurs.
»Il n’en existait qu’un seul à l’hôtel mais ses perquisitions dans le quartier lui firent découvrir les écuries de la duchesse d’Angoulême. Une cinquantaine de chevaux furent par ses ordres amenés à l’hôtel des gardes. Il se rendit à l’Hôtel de ville et fit régulariser, par un ordre légal, cette capture.
»Pendant six jours qu’il est resté à l’hôtel, il s’occupa de l’évacuation des gardes du corps, dressa l’inventaire des objets et effets ; la police de l’hôtel fut exclusivement faite par lui ; lui seul donnait des ordres et il doit rendre hommage à la bonne foi et à la coopération utile de M. Bazin, ex-commandant de l’hôtel, qui le seconda avec franchise.
»Il eut à y organiser le service des fourrages et celui des vivres pour les palefreniers et serviteurs ; ces services eurent lieu exactement.
»Les chevaux furent distribués sur les bons des généraux compétents et la comptabilité en a été exactement remise par lui à qui de droit.
»Après six ou sept jours de fonctions très actives à l’hôtel des gardes, le 1er régiment d’hussards, duc de Chartres colonel, vint l’occuper. Il [résilia] alors lesdites fonctions, déposa le harnais et redevint bourgeois de Paris.
»Il avait contracté l’engagement de faire à Marseille un cours de chimie et de physique ; il remplit dans ce moment cet engagement ; son séjour à Marseille n’est qu’accidentel. »
Dans sa séance du 11 avril 1831, le comité des renseignements, chargé de recueillir des informations sur les différents candidats aux récompenses honorifiques et sur les contestations qu’il pouvait y avoir sur chacun des cas, demandait l’ajournement de son inscription sur la liste des décorés de la Croix de Juillet parce qu’il n’avait « pu prendre une part active aux événements ». Charles Barthe fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. En 1831, professeur de chimie et de physique à l’Athénée de Marseille (Bouches-du-Rhône), il prêta son serment de décoré de la Croix de Juillet, nécessaire pour pouvoir retirer cette dernière ainsi que le brevet qui l’accompagnait, le 16 juin 1831 devant le maire de la ville ; ce serment était ainsi libellé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Il demeurait 102, rue de la Harpe en juillet 1830 ; 6 bis, rue Richer, chez son père, négociant, puis à Marseille en 1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, Etat des citoyens décorés de la Croix de Juillet, dont la décoration n’a pas encore été retirée, prestations de serment et autorisations de retirer des brevets, reçus de brevets, convocations des décorés à la mairie, idem liste des décorés qui n’ont pas retiré leurs croix ; Archives de Paris VK3 29, séance du 11 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 41 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIe arrondissement.