Barthe, Félix
Biographie
Né le 28 juillet 1795 à Narbonne (Aude). Ancien carbonaro, avocat. Député. On peut lire dans la chronique de l’époque l’article suivant le concernant : « Parmi les combattants, de toutes les conditions se trouvait une foule d’avocats, les uns armés de fusils, les autres de sabres ou de pistolets, et leur présence attestait assez qu’en France, tout citoyen est soldat, quand il s’agit de défendre les libertés publiques. Je voudrais pourvoir nommer ici tous ceux qu’on a rencontrés dans les rassemblements, et qui, par leur courage, par leur activité, par l’énergie de leurs exhortations ont puissamment concouru, soit à remporter la victoire, soit à empêcher qu’elle fût souillée d’aucun excès. Ma mémoire ne saurait y suffire ; mais dès présent je puis citer les noms de […] M. Barthe. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Président de la cour royale de Paris, député de Paris, il fit une lettre de recommandation à Audry de Puyraveau, membre de la Commission des récompenses nationales, en faveur de Saunière, Jean-Louis. Il y prêta son serment de décoré de la Croix de Juillet, le 20 mai 1831, reçut sa croix le 21 juin et son brevet le 7 septembre 1831 (quoiqu’il apparaisse aussi comme l’ayant prêté le 16 mai 1831 à la mairie du (ancien) Ier arrondissement). En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il était ministre de la Justice en 1831. Dans ses Souvenirs, Poumiès de la Siboutie laissait ce témoignage suivant (certes exagéré car la carrière d’avocat de Barthe était déjà brillante) sur Barthe : « Le pouvoir, au commencement de la révolution, appartint à qui sut le prendre. Tout ce qui tenait de près ou de loin à la presse de l’opposition arriva d’emblée aux premières places. Je n’en citerai qu’un exemple. M. Barthe, ancien garde des sceaux, vice-président de la Chambre des pairs, premier président de la Cour des comptes, n’était en 1830 qu’un avocat de troisième ou quatrième ordre ; il logeait rue des Saints Pères, 20, dans une maison appartenant à M. Chevassut. Ce dernier était l’un des fondateurs et principaux actionnaires du Constitutionnel, journal qui eut, sous la Restauration, une grande influence. En 1830, M. Chevassut devint, par son journal et toutes les accointances qui en sont la conséquence, un homme très influent. Ce fut lui qui fit entrer Barthe au ministère. Il en poussa bien d’autres. » En 1831, sur la proposition de son collègue le ministre de l’Intérieur, il fut fait chevalier de la Légion d’honneur. Au procès en janvier 1832 intenté contre les principaux membres de la Société des amis du peuple, et à l’issue duquel tous les accusés furent déclarés non coupables par le jury, Cavaignac fut l’un des témoins. A la question posée de savoir si « avant l’année 1830 il a existé des projets d’organisation municipale secrète », il répondit, sans épargner le ministre de la Justice de l’époque, Barthe : « Il y a eu plus que des projets, il y a eu exécution. Les municipalités secrètes ont succédé à la charbonnerie. […] Je dirai que l’un des membres de ma municipalité, membre d’ailleurs fort peu zélé et fort inexact, était M. Barthe. » Dans Le Parti libéral sous la Restauration, on trouve l’appréciation suivante sur Barthe : « Quelques avocats, orateurs attitrés des procès politiques, où ils cherchaient un renom de parti, pendant que leurs clients y trouvaient souvent la mort, n’étaient pas dans une situation moins fausse [que les députés libéraux, N.D.A.]. Membres, parfois dignitaires des sociétés secrètes, ils venaient, comme défenseurs des conspirateurs, plaider que ces sociétés n’existaient pas. […] M. Barthe, l’un des plus ardents, inégal, manquait parfois de sang-froid, mais il était plein de sève et de vigueur ; la cour le frappa un jour de suspension à cause de sa violence, en attendant que, plus tard, garde des sceaux du roi Louis-Philippe, il fit poursuivre, à raison de nouvelles conspirations, une partie de ses anciens complices. […] En 1834, M. Barthe étant alors ministre de la Justice, le gouvernement proposa une loi sur les associations. “Remontez à une date antérieure à 1830, s’écria M. Berryer ; quelles sociétés secrètes étaient alors organisées ? qui y a siégé ? qui s’y est entouré de la jeunesse ? qui a endoctriné ce peuple toujours jeune dans sa passion ? Et que serait-ce, grand Dieu ! s’il se trouvait qu’un des accusés, cherchant dans vos conseils, à la tête de votre justice, au milieu de vous peut-être, au milieu de ses juges, reconnût un homme et lui dit : Sur le même poignard, nous avons juré haine l’un et l’autre à la royauté ?” M. Nettement affirme, du reste, avoir entendu dans le procès des insurgés de Lyon, en avril 1834, un accusé adresser ces paroles à M. Barthe. » Le Nouveau Dictionnaire des girouettes, donne sur son compte les indications biographiques suivantes : « Avocat à Paris, chargé par le père du jeune Lallemand, massacré par un garde royal, de demander vengeance contre le meurtrier ; défenseur du lieutenant-colonel Caron, accusé de conspiration devant la Chambre des pairs ; défenseur, à Colmar, de trois des accusés de la conspiration de Belfort ; défenseur des jeunes gens de La Rochelle ; défenseur de l’énergique député Kœchlin ; défenseur du Journal du Commerce, etc., etc. ; membre actif du carbonarisme et rédacteur d’une proclamation de cette société secrète au peuple français en 1819. Voilà un des côtés de la médaille. Voici l’autre : défenseur du sieur Gémon, dans le procès intenté à celui-ci par M. Garat ; défenseur du fameux Bouquet, accusé d’empoisonnement sur sa femme et ses enfants, etc., etc. La révolution de Juillet éclate. Il court à l’Hôtel de ville aussitôt que les patriotes en sont maîtres, et ensuite à la Chancellerie, quand Dupont de l’Eure y est installé. Il devient un de ses plus assidus courtisans ; il assiste tous les matins à son lever. Il est nommé procureur du roi près le tribunal de la Seine. “Il y a quelques jours à peine, dit-il, je partageais les travaux de mes confrères, de mes amis, et vous me voyiez à cette barre vous exposer avec conviction les droits des clients qui m’en avaient confié la défense ; aujourd’hui je me trouve subitement placé à votre fauteuil dans la magistrature… C’est qu’en peu de jours en quelques instants une grande révolution s’est opérée.” Quel bonheur qu’il y ait des révolutions ! Etre procureur du roi c’est beaucoup. Ce ne pouvait pas être assez pour M. Barthe. A peine a-t-il obtenu cet emploi qu’il demande à enter au Conseil d’Etat. M. de Broglie lui répond “qu’il éprouve un sincère regret d’être privé des lumières que ses talents auraient apportées dans les délibérations ; mais que S.M. avait décidé que la règle qui défend de cumuler les fonctions administratives et judiciaires serait rigoureusement appliquée dans la formation du Conseil d’Etat”. Battu de ce côté, il revint à Dupont de l’Eure, et en obtient une présidence à la cour royale de Paris, “voulant, disait-il, suivre ses goûts, se livrer à l’étude et à la retraite”. L’étoile de Dupont de l’Eure pâlissait : il s’en éloigne et donne pour raison la nomination de M. Persil à la place de procureur général. “Je ne puis, disait-il dans son indignation, mettre les pieds à la Chancellerie ; je ne veux pas m’y rencontrer avec un tel homme.” Et il exposait hautement les raisons. Une place dans la députation de la Seine devient vacante ; il s’y présente concurremment avec M. Bavoux. M. Bavoux est évincé, Dieu sait comment et pourquoi ; et Barthe triomphe, et il se rapproche des hommes du centre. La retraite de MM. Guizot et de Broglie amène M. Mérilhou au ministère de l’Instruction publique. Les troubles de septembre apaisés, on se débarrasse de Lafayette et de Dupont de l’Eure. La réaction commençait contre les patriotes de Juillet. Barthe arrive au ministère de l’Instruction publique par l’influence des centres. Un de ses premiers actes fut de remettre en vigueur une des ordonnances les plus illégales, rendu sous le ministère Villèle, par l’évêque d’Hermopolis, et de reconstituer un prétendu tribunal universitaire, dans lui-même, étant avocat, avait censuré et combattu la légalité. M. Barthe se sentait mal à l’aise à l’Instruction publique ; il n’avait aucune connaissance des hommes ni des choses universitaires, et désirait vivement passer dans un autre ministère ; mais il n’y avait que celui de la Justice qui pût lui convenir, et il ne pouvait y entrer sans en faire sortir son ami Mérilhou. L’occasion se présenta, et il la saisit avidement. Le nouveau procureur général Persil et le nouveau procureur du roi Comte vivaient mal ensemble. Le premier ne rêvait que procès criminel contre les hommes de Juillet ; le second en était avare. M. Persil déclara que si M. Comte n’était pas destitué il se retirerait. Le garde des Sceaux Mérilhou refusa de destituer M. Comte. L’affaire fut portée au Conseil des ministres. M. Barthe se prononça pour M. Persil. M. Mérilhou proposa d’envoyer M. Comte à la Cour de cassation. M. Barthe s’y opposa violemment. Cependant M. Mérilhou refusait toujours de signer la destitution de M. Comte. Pour couper court à cette difficulté, M. d’Argout, ministre de la Marine, prit les sceaux pour vingt-quatre heures ; il destitua M. Comte, et puis les remit à M. Barthe, qui devint ainsi fort adroitement le successeur de son cher et vieil ami Mérilhou. Là son nom s’est glorieusement associé à celui de son ancien ennemi Persil dans ces innombrables procès contre les journaux et les hommes de Juillet. M. Barthe ne s’est pas borné à renier ses anciens amis, il les a destitués : témoins Odillon-Barrot, Alexandre de Laborde, Lanjuinais, qui n’était entré au parquet que par affection pour lui et sur ses vives sollicitations, Stourn, Lebreton, Cabet, etc. Malgré tout ce qui précède, les électeurs de Paris ont renvoyé M. Barthe à la Chambre des députés. M. Persil n’y siège-t-il pas aussi ? Et voilà les libérateurs de la Restauration ! Pauvre espèce ! » Il demeurait place Vendôme en 1830-1831. La Gazette des tribunaux, 26, 27, 28, 29, 30, 31 juillet et 1er août 1830 (sous le seul nom de Barthe) ; Tableau dramatique de la justice au XIXe siècle, tome Ier, chez Surcy et Camus, Paris, 1847, p. 236 ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, Le Moniteur universel 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 1, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, Xe arrondissement, liste supplémentaire des décorés de Juillet ; Archives de Paris Vbis7K4 3 contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet du Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 278 in dossier Saunière, Jean-Louis ; Archives de Paris VK3 27 Mairie du (ancien) Ier arrondissement, décorations de Juillet, registre et certificat de prestation de serment ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Xe arrondissement et liste supplémentaire des décorés de Juillet ; Archives nationales F/1dIV/B/3 ; Chronique de juillet 1830, Rozet, Paris, Barrois et Duprat, 1832, tome 1, p. 6, 9 ; Souvenirs d’un médecin de Paris, Dr Poumiès de la Siboutie, Plon et cie, Paris, 1910, p. 231 ; Procès des quinze, publié par la Société des Amis du peuple, Paris, Auguste Mie, 1832, Procès des quinze, publié par la Société des Amis du peuple, Paris, Auguste Mie, 1832, p. 22 ; Le Parti libéral sous la Restauration, Thureau-Dangin, Plon, Paris, 1888, p. 174-176 ; Nouveau Dictionnaire des girouettes, Nos grands hommes peints par eux-mêmes, pairs, hommes d’Etat, hommes de lettres, généraux, évêques, chansonniers, préfets, journalistes, statuaires, ministres, députés, ambassadeurs, vaudevillistes, etc., par une girouette inamovible, à Paris, chez les marchands de nouveautés, 1832, pp. 84-88.