Barthe, Hippolyte

Biographie


Né vers 1803 à Cahors (Lot). Professeur. Il ne fit aucune réclamation auprès de la Commission des récompenses nationales. Il adressa, le 12 septembre 1831, la lettre suivante à la Commission des Réclamants, sise de la rue Bourg-Labbé : « […] Déclare sur l’honneur. Premièrement que le lundi 26 juillet 1830 à 9 heures et demie du soir, je me suis trouvé au Palais-Royal, où plusieurs rassemblements s’étaient formés, que je faisais partie de celui qui manifestait le plus hautement son exaspération, celui qui se trouvait en face la galerie d’Orléans, près le café du Petit Pavillon, que dans ce rassemblement je me fis remarquer par mon exaltation, qu’au moment où un jeune homme monta sur une chaise pour demander un orateur, qui ne se présenta pas, je fus un des premiers, et peut-être même le premier à crier Vive la liberté ! Vive la charte ! A bas Polignac ! Ce cri, répété avec enthousiasme, devint bientôt la première manifestation de l’insurrection. Quelqu’un ayant alors proposé de marcher sur le ministère des Finances, ce fut par ce cri qu’on accueillit la proposition et aussitôt nous nous précipitions, peut-être au nombre de deux cents, à travers les rues Saint-Honoré et de Rivoli. Nous arrivons au ministère, où plusieurs croisées reçurent des coups de pierre, une, entre autres, où paraissait une lumière, reçut une pierre et la lumière disparut. J’avais, pour toute arme, une canne, que je passais à travers les grillages des croisées basses de l’hôtel, où je cassais quelques carreaux, lorsque la sentinelle de la porte des Domaines courut sur moi et je n’évitais sa baïonnette qu’en me précipitant au milieu du rassemblement, au cri de Vive la charte ! Cependant nous étions sans armes et il nous fallut renoncer à nous emparer de celles des soldats du poste, qui, rangés en bataille dans la rue Mont-Thabor, reçurent de nous quelques pierres. L’officier nous menaça de commander le feu et les hostilités en restèrent là. Le rassemblement se dispersa, je retournai au Palais-Royal, où l’on continuait des arrestations, que nous poursuivions en poussant des cris et en jetant des pierres aux gendarmes. Je rencontrai là un ami qui, alarmé de mon exaspération et d’une extinction de voix que j’avais gagnée à force de crier me calma et probablement me préserva de la prison. C’est M. Delbalat, rue du Sentier n° 12. Deuxièmement que le 27, j’ai parcouru, dans la journée, les groupes, en les excitant à la résistance, que le soir vers 7 heures je me suis trouvé avec deux amis dans la rue Saint-Honoré, pris la rue de l’Echelle, que je travaillais à la seconde barricade qui y fut construite des échafaudages de maçonnerie de la rue des Pyramides, que je dus m’y faire d’autant plus remarquer que nous n’étions que deux ou trois personnes en redingote à y travailler, que ce fut bientôt après que la charge des lanciers eut lieu dans la rue Saint-Honoré, où plusieurs personnes furent tuées ou blessées. Troisièmement, que le 28, n’ayant pu me procurer une arme à feu, j’ai parcouru les rues avec une baïonnette, que je suis allé dans la rue de la Paix, au coin de la rue Neuve-des-Petits-Champs, où stationnait le 5e de ligne, que je me mêlais aux soldats, que je les engageais avec instance, malgré deux officiers qui me priaient de me retirer, à ne pas tirer sur le peuple et que je ne m’éloignais d’eux qu’après avoir reçu la promesse de tirer en l’air ; enfin, que je me suis dirigé, vers les 4 heures du côté de la porte Saint-Denis, qu’arrivé au gymnase je fus obligé de descendre le boulevard, que la garde royale balayait, en s’arrêtant à chaque embranchement de rues et faisant décharge à droite et à gauche, qu’arrivé à la rue du Faubourg-Montmartre, au moment où nous faisions une barricade au bout de la rue Grange-Batelière et nous excitions les femmes à monter des pavés aux croisées, la garde royale fit une décharge qui abattit un jeune homme. Quatrièmement que le 29 au matin, j’étais sur les boulevards des Italiens avec deux amis, au moment où la garde royale de la rue de la Paix faisait de fréquentes décharges sur nous. J’étais alors armé d’un fusil qu’un de mes amis m’avait prêté. La retraite de la garde, qui s’opéra bientôt et la suspension d’armes nous firent cesser le feu pour écouter ou plutôt pour poursuivre un officier de la garde royale, qui était venu, disait-il, apporter des paroles de paix et relever un des leurs qui gisait sous la barricade de la rue Louis-le-Grand. Cet officier se sauva au pavillon d’Hanovre, où il fut reçu avec un autre de ses camarades. Ils étaient sur le balcon à se justifier lorsque M. Méchin, je crois, vint les prendre sous sa protection et les emmena avec lui. De ce moment, courut aussi de grands dangers en face le même pavillon un officier d’état-major, à cheval, qui, accompagné d’un cavalier en bourgeois, allait chez M. Laffitte porter l’ordre de la suspension d’armes. Enfin, après ces scènes du boulevard, j’allais rue de Richelieu. Une barricade élevée près la rue Villerdot m’empêcha d’aller plus loin. Le feu des Suisses de la rue Saint-Honoré arrivait jusqu’à cette barricade. Je retournais sur le boulevard, où je trouvais le cortège du général Lafayette. Je formais l’escorte avec quelques gardes nationaux, que nous recrutâmes dans la rue Montmartre. Le colonel Poque (voir Poque, Beauvais) était en avant, à pied, il monta à cheval au bas de la rue Montmartre et ainsi nous arrivâmes à l’Hôtel de ville, où un roulement de coups de fusil annonça l’entrée de Lafayette. Le lendemain 30 juillet, j’allai m’inscrire sur les registres du gouvernement provisoire pour marcher à la frontière. Ce sont là mes services des trois jours. Si je n’ai pas fait davantage c’est que je n’ai pas pu. Je dois dire aussi que si je n’ai pas demandé de décoration plus tôt c’est que j’avais pensé qu’elle ne serait donnée qu’à ceux qui auraient fait quelque action d’éclat, mais les récompenses s’étant étendues plus loin, je crois en avoir mérité ma part, m’en rapportant d’ailleurs au jugement de messieurs les membres de la Commission, dont j’ai l’honneur etc. » Sa lettre était accompagnée de plusieurs apostilles. La première, de Lamoure, Auguste (voir ce nom), et ainsi rédigée : « Je, soussigné, décoré de la Croix de Juillet, membre délégué de la Commission des récompenses nationales, certifie qu’il est à ma connaissance que le citoyen Barthe, Hippolyte a pris une part active aux combats de Juillet et qu’il s’est acquis des droits réels à une récompense honorifique. Moi-même, je lui ai offert de les faire valoir lorsque j’avais qualité pour le faire et il ne l’a pas voulu, par des motifs de délicatesse très honorables. » La deuxième, de Delbalat (voir plus haut), demeurant 12, rue du Sentier, et ainsi rédigée : « Je, soussigné, Delbalat, employé de commerce, certifie avoir rencontré, le 26 juillet 1830 à 11 heures et demie du soir, M. Hippolyte Barthe au Palais-Royal, revenant du ministère des Finances, d’où il me dit venir d’éprouver avec un nombreux rassemblement une vive résistance de la garde royale ; qu’il était extrêmement exténué et dans une si grande exaltation qu’il eût été infailliblement arrêté si je ne l’avais retenu avec moi. » Le troisième, de Bernier, demeurant 103, rue Montmartre, et ainsi rédigée : « Je, soussigné, certifie que M. H. Barthe est entré, le 29 juillet, dans mon magasin, armé d’un fusil, pour me demander des rubans tricolores. Il faisait partie du cortège de Lafayette. » La quatrième, de Granion, demeurant 4, passage Cendrier, et ainsi rédigée : « Je, soussigné, certifie que le citoyen Barthe s’est trouvé avec moi boulevard des Italiens en face le pavillon d’Hanovre, le 29 juillet dans la matinée ; qu’il était armé d’un fusil et qu’il a coopéré à l’arrestation d’un officier d’état-major. » La cinquième, de Vaisset, F. (voir Vaisset, François), demeurant 4, passage Cendrier, et ainsi rédigée : « Je, soussigné, certifie que M. Barthe s’est trouvé le 28 juillet vers midi, rue de la Paix, où était le 5e de ligne, que je l’ai vu exhorter les soldats à ne pas tirer sur le peuple et que vers les 4 heures le même jour je l’ai encore vu sur le boulevard Poissonnière, armé d’une baïonnette et prenant une part active à la résistance des citoyens. » Son nom était cité avec celui de Granion ou Graniou comme des personnes auprès desquelles la Commission des Réclamants pouvait prendre des renseignements sur le compte de Vaisset, François alors que ce dernier tentait auprès d’elle de faire valoir ses droits à une récompense honorifique. Il demeurait 4, passage Cendrier en 1831. Archives de la préfecture de police AA 371 ; Archives de la préfecture de police AA 416 in dossier Vaisset, François.

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