Baude, Jean-Jacques
Biographie
Né le 19 février 1792 à Valence (Drôme), fils d’un procureur général. Nous empruntons à Biographie des hommes du jour, par Germain Sarrut et B. Saint-Edme une partie de la notice le concernant : « A 21 ans, M. Baude fils (son père avait été en Egypte avec le général Bonaparte) entra dans la carrière administrative en qualité de maire, de sous-préfet à Confolens (8 avril 1813), et l’année suivante (1814) il exerça les mêmes fonctions à Roanne (2 novembre 1814), et en 1815 à Saint-Etienne (4 juin 1815). Il avait reconnu Louis XVIII à la première restauration, il reconnut Napoléon à son retour, et courut à la tête des gardes nationales de son arrondissement, s’opposer à la marche du duc d’Angoulême sur Lyon. Louis XVIII revint, M. Baude donna sa démission et publia une brochure politique intitulée Le Lundi gras et le Mercredi des cendres, qui le fit condamner par la cour royale de Grenoble. Pendant les premières années de la Restauration, il s’occupa d’économie politique et de travaux publics, et fit imprimer entre autres mémoires un écrit remarquable sur La Navigation de la Loire au-dessus de Briare. » En juillet 1830, il était administrateur du journal Le Temps. Il fut un des quarante-quatre signataires (voir la liste complète à Dumas, Alexandre) de la protestation des journalistes, ainsi rédigée : « On a souvent annoncé depuis six mois, que les lois seraient violées, qu’un coup d’Etat serait frappé. Le bon sens public se refusait à le croire. Le ministère repoussait cette supposition comme une calomnie. Cependant le Moniteur a publié enfin ces mémorables ordonnances, qui sont la plus éclatante violation des lois. Le régime légal est donc interrompu ; celui de la force est commencé. Dans la situation où nous sommes placés, l’obéissance cesse d’être un devoir. Les citoyens appelés les premiers à obéir sont les écrivains des journaux, ils doivent donner les premiers l’exemple de la résistance à l’autorité, qui s’est dépouillée du caractère de la loi. Les raisons sur lesquelles ils s’appuient sont telles qu’il suffit de les énoncer. La charte, article 8, dit que les Français, en matière de presse, sont tenus de se conformer aux lois ; elle ne dit pas aux ordonnances. La charte, article 35, dit que l’organisation des collèges électoraux sera réglée par les lois ; elle ne dit pas par les ordonnances. La couronne elle-même avait reconnu jusqu’ici ces articles. Toutes les fois, en effet, que des circonstances prétendues graves lui ont paru exiger une modification, soit au régime de la presse, soit au régime électoral, elle a eu recours aux deux Chambres ; elle ne s’est arrogé, à l’égard des articles 8 et 35, ni une autorité constituante, ni une autorité dictatoriale qui n’existent nulle part. Les tribunaux, qui ont droit d’interprétation, ont solennellement reconnu ces mêmes principes. Leurs décisions établissent qu’en matière de presse et d’organisation électorale, les lois, c’est-à-dire le roi et les Chambres, peuvent seuls statuer. Aujourd’hui donc le gouvernement a violé la légalité. Nous sommes dispensés d’obéir. Nous essayons de publier nos feuilles, sans demander l’autorisation qui nous est imposée. Nous ferons nos efforts pour qu’aujourd’hui au moins elles puissent arriver à toute la France. Voilà ce que notre devoir de citoyens nous impose, et nous le remplissons. Nous n’avons pas à tracer ses devoirs à la Chambre illégalement dissoute ; mais nous pouvons la supplier, au nom de la France, de s’appuyer sur son droit évident, et de résister autant qu’il sera en elle à la violation des lois. Ce droit est aussi certain que celui sur lequel nous nous appuyons. La Charte dit, article 50, que le roi peut dissoudre la Chambre des députés ; mais il faut pour cela qu’elle ait été réunie, constituée en Chambre ; avant la réunion et la constitution de la Chambre, il n’y a que des élections faites. Or, nulle part la Charte ne dit que le roi peut casser les élections. Les ordonnances publiées aujourd’hui ne font que casser des élections, elles sont donc illégales, car elles font une chose que la Charte n’autorise pas. Les députés élus, convoqués pour le 3 août, sont donc bien et dûment élus et convoqués. Leur droit est le même aujourd’hui qu’hier. La France les supplie de ne pas l’oublier. Tout ce qu’ils pourront pour faire prévaloir ce droit, ils le doivent. Le gouvernement a perdu aujourd’hui le caractère de légalité qui commande l’obéissance. Nous lui résistons pour ce qui nous concerne ; c’est à la France à juger jusqu’où doit s’étendre sa propre résistance. » Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Baude, et ainsi rédigé : « [Sur la signature de la protestation des journalistes] Chose étrange ! C’étaient MM. Baude et Coste (voir Coste, Jacques) – deux hardis tirailleurs cependant – qui étaient d’avis de garder l’anonymat ; et c’était M. Thiers (voir Thiers, Adolphe), le prudent politique, qui était d’avis qu’on se nommât. L’opinion de M. Thiers l’emporta. [… Sur la saisie des presses du Temps] On se précipitait vers la rue de Richelieu. Les bureaux du journal Le Temps étaient, disait-on, envahis et mis à sac par un détachement de gendarmerie à cheval. Il va sans dire que nous suivîmes la foule ; il n’y avait, comme presque toujours, que la moitié de l’histoire qui fût vraie. Une vingtaine de gendarmes, en effet, étaient rangés en bataille devant la maison où se trouvait l’imprimerie, située au fond d’une vaste cour. La porte de la rue était fermée, et pour envahir les ateliers, on attendait l’arrivée du commissaire de police. Au moment où il arrivait, Baude, l’un des rédacteurs du Temps, et l’un des signataires de la protestation, ordonnait à la fois de fermer la porte des ateliers et d’ouvrir la porte de la rue. Le commissaire, revêtu de son écharpe blanche, frappait à la porte juste comme la porte s’ouvrait ; Baude et lui se trouvèrent face à face. Le commissaire recula devant la formidable apparition. Baude était un homme magnifique, non pas au point de vue de la beauté générale, mais à celui de la beauté relative. C’était un colosse de cinq pieds huit ou dix pouces, aux cheveux noirs, épais et flottants comme une crinière ; ses yeux bruns, enfoncés sous de sombres sourcils, semblaient, dans certains moments, lancer des éclairs ; il avait cette voix rude et tonnante qui fait, dans les révolutions, l’effet de la foudre dans les orages. Baude était suivi des autres rédacteurs, des employés, des ouvriers, qui formaient derrière lui une masse d’une trentaine de personnes. En voyant la tête pâle et nue du chef, en voyant les visages contractés des ouvriers, on devinait que, sous la résistance légale que Baude allait invoquer, se cachait la résistance réelle, la résistance matérielle, la résistance armée. Je serrai le bras de Carrel ; lui-même était fort pâle et paraissait fort ému, mais il n’en restait pas moins muet, et secouait la tête en signe de dénégation. Il se faisait, dans cette rue encombrée de deux mille personnes peut-être, un silence à laisser entendre le souffle d’un enfant. Ce fut Baude qui prit la parole le premier, et qui interrogea le commissaire.
– Que voulez-vous, monsieur, lui demanda-t-il, et dans quel but vous présentez-vous à notre imprimerie ?
– Monsieur, balbutia le commissaire de police, je viens en vertu des ordonnances...
– Briser nos presses, n’est-ce pas ? interrompit Baude. Eh bien, moi en vertu du Code, antérieur et supérieur à vos ordonnances, je vous somme de les respecter !
Et Baude étendit vers le commissaire de police un Code tout grand ouvert à l’article Effraction.
L’arme était terrible, plus effrayante, certes, qu’un pistolet ou une épée ; mais les ordres qu’avait reçus le commissaire étaient précis.
– Monsieur, dit-il, il faut que je fasse mon devoir.
Et, se tournant vers un homme qui l’accompagnait :
– Qu’on aille me chercher un serrurier, ajouta-t-il.
– C’est bien, dit Baude, je l’attends !
Un murmure courut parmi le peuple. On commençait à comprendre qu’il se préparait là, en pleine rue, en face de la foule, sous le regard de Dieu, un des plus grands spectacles qu’il soit donné à l’œil humain de voir s’accomplir : la résistance de la loi à l’arbitraire, de l’individu à la masse, de la conscience à la tyrannie. Aucun des spectateurs n’avait dit à Baude : “Comptez sur moi !”, mais il était évident que Baude avait déjà senti qu’il pouvait compter sur tous. Le serrurier arriva. Suivant l’ordre du commissaire, il s’apprêta à franchir le seuil de la porte de la rue, pour aller ouvrir avec ses instruments les portes de l’imprimerie. – Mon ami, lui dit Baude en l’arrêtant doucement par le bras, vous ne savez peut-être pas ce que vous risquez en obéissant à M. le commissaire de police ? Vous risquez tout simplement les galères. Et il lut à haute voix les lignes suivantes : “Sera puni de la peine des travaux forcés à temps tout individu coupable ou complice de vol commis à l’aide d’effraction extérieure, ou d’escalade, ou de fausses clefs, dans une maison, appartement, chambre ou logement habités, ou servant à l’habitation, ou leurs dépendances, soit en prenant le titre d’un fonctionnaire public, ou d’un officier civil ou militaire, ou après s’être revêtu de l’uniforme ou du costume du fonctionnaire ou de l’officier, ou en alléguant un faux ordre de l’autorité civile ou militaire.” A mesure que Baude lisait, le serrurier portait la main à sa casquette ; à la fin de l’article, il écoutait le lecteur la tête découverte. A cette manifestation de respect d’un homme du peuple envers la loi, la foule éclata dans un immense applaudissement. Le commissaire insista ; le serrurier, obéissant à cette voix impérative, fit un mouvement pour entrer. Baude s’effaça, et, lui livrant le passage : – Faites, dit-il ; vous savez qu’il n’y va pour vous que des travaux forcés. Le serrurier s’arrêta une seconde fois. Les applaudissements redoublèrent. Le commissaire renouvela l’ordre de crocheter les portes. – Messieurs, dit Baude à haute voix, j’en appelle de M. le commissaire au jury, et des ordonnances à la cour d’assises... Les noms de ceux qui voudront témoigner de la violence qui m’est faite ? Cinq cents voix répondirent à la fois. A l’instant même, les crayons et les papiers circulèrent dans la foule avec une ardeur et une unanimité admirables ; chacun prenait à son tour le crayon, et inscrivait son nom et son adresse sur le papier. Puis on passait toutes ces adresses à Baude. – Vous le voyez, monsieur, dit-il au commissaire de police, les témoins ne me manqueront pas. – Ma foi ! monsieur le commissaire, dit enfin le serrurier, chargez qui vous voudrez de la commission ; quant à moi, je me récuse. Et, remettant son bonnet sur sa tête, il se retira. Les vivats et les applaudissements l’accompagnèrent. – Il faut, cependant, que force reste à la loi ! dit le commissaire. – Je commence à croire, en effet, répondit Baude avec ironie, que force lui restera. – Oh ! je m’entends, dit l’officier de police. Appelez un autre serrurier. Un homme noir se détacha comme la première fois, et, comme la première fois, ramena un serrurier portant un trousseau de crochets à sa ceinture. Les applaudissements qui avaient accompagné la retraite de l’autre se changèrent tout doucement en murmures, et saluèrent l’apparition de celui-ci. Le serrurier eut peur. En traversant la foule, il glissa son trousseau de crochets dans la main d’un des spectateurs qui le fit passer à son voisin, lequel s’en débarrassa de la même façon. Quand il eut atteint la porte, l’ordre déjà donné à son confrère lui fut renouvelé. – Monsieur le commissaire, dit le serrurier montrant alors sa ceinture vide, la chose est impossible : on m’a volé mes crochets. – Tu mens ! dit le commissaire, et je vais te faire arrêter ! En effet, la main d’un agent s’étendait déjà vers le serrurier ; mais la foule s’ouvrit devant lui, l’enveloppa de ses replis, l’entraîna dans son tourbillon. Il disparut comme dévoré ! On requit le serrurier chargé de river les fers des forçats. Puis, comme la résistance commençait à prendre un caractère de gravité sombre et menaçant, on fit évacuer la rue avec l’aide des gendarmes. La foule se retira par la place Louvois, par l’arcade Colbert et par la rue de Ménars, en hurlant : – Vive la Charte ! Les hommes montaient sur les bornes, agitaient leur chapeau, et criaient à Baude : – Comptez sur nous... Vous avez nos adresses... nous déposerons... Au revoir ! au revoir ! Un renfort de gendarmerie que l’on vit arriver du côté du Palais-Royal acheva de faire évacuer la rue. Mais n’importe ! la victoire morale était restée à l’opposition, Baude avait été grand comme une apparition de 1789. » Rozet, dans Chronique de juillet 1830, rapporta ainsi le même fait : « La résistance du Temps eut un caractère particulier. L’imprimerie de ce journal est dans la même maison que ses bureaux, mais elle en est séparée par une cour; elle est au fond de cette cour, au rez-de-chaussée, en face de la porte de la maison, qui reste toujours ouverte au public. Un commissaire de police arriva pour mettre les presses hors de service ; il était assisté d’un officier de paix, et plusieurs passants entrèrent aussi avec eux par curiosité. M. Baude, l’un des rédacteurs du Temps, s’était chargé de recevoir le commissaire à la porte de l’imprimerie, et de lui répondre. Le commissaire, revêtu de son écharpe, lut à haute voix les ordonnances du 25, celle du préfet de police qui prescrivait la saisie, et requit l’ouverture des portes de l’imprimerie, qui étaient bien fermées. M. Baude lui répondit : “Je vous ai écouté jusqu’au bout, parce qu’à votre écharpe je vous prenais pour un commissaire de police, et que j’ignorais ce que vous veniez faire. A présent que je le sais, je vois que vous n’êtes pas un commissaire de police, mais un voleur avec effraction ; et je vous prie d’être bien persuadé que je connais toute la valeur des mots. Je vous déclare que si vous commettez ce crime, je vous traduirai devant la cour d’assises ; non pas sans doute aujourd’hui ni demain ; ceux qui vous envoient ont encore la force pour eux ; mais le jour de la justice arrivera peut-être plus tôt que vous ne croyez, et je ne vous oublierai pas, soyez-en sûr. Nos presses sont sous la protection de la loi : je vous défends, au nom de la loi, d’y toucher. – Prenez garde à ce que vous faites, vous allez vous mettre en rébellion contre l’autorité, vous vous en trouverez mal. – C’est vous qui êtes en rébellion contre la loi, qui est au-dessus de l’autorité. Ignorez-vous donc que le code pénal punit des travaux forcés à temps le voleur avec effraction ? – Laissez-moi exécuter mes ordres : vous protesterez, et je vous promets d’insérer dans mon procès-verbal toutes vos réclamations. – On ne laisse pas verbaliser les voleurs : on ne proteste pas contre les voleurs ; on les repousse par la force, et on les traduit devant la cour d’assises.” Ces débats si animés attiraient tous les passants, et près de cent personnes s’étaient rassemblées dans la cour autour des deux interlocuteurs. L’imperturbable sang-froid de M. Baude et son argumentation judiciaire embarrassaient grandement le commissaire de police. Tous les spectateurs paraissaient du parti de la résistance. M. Baude les convainquit aisément qu’il était dans son droit. “Savez-vous, dit enfin le commissaire poussé à bout, que je pourrais vous arrêter ? – J’en serais bien aise il ne manquerait plus que cela. Le code pénal punit des travaux forcés à temps le crime d’arrestation illégale.” Puis il ouvre gravement le code pénal, lit à haute voix les articles 384 et 34 qui punissent le vol avec effraction et l’arrestation illégale ; et tous les assistants se découvrent en disant : “Respect à la loi !” En ce moment, l’officier de paix qui assistait le commissaire de police tire M. Baude par le bras, et lui dit à l’oreille : “Après ce que vous venez de lire, je me retire : souvenez-vous-en. – Je ne vous demande pas votre nom aujourd’hui, répondit M. Baude ; mais si la résistance légale est couronnée du succès, comme je l’espère bien, faites-vous reconnaître, et je me souviendrai de vous.” Le commissaire de police, voyant qu’il n’avançait à rien, envoya chercher un serrurier pour enfoncer la porte. Comme M. Baude adressait la parole au serrurier, le commissaire voulut l’en empêcher. “Je n’ai point d’ordre à recevoir de vous”, répliqua M. Baude ; puis il dit au serrurier d’un ton imposant : “Vous ne savez pas ce qu’on veut vous faire faire. Vous croyez que cet homme en écharpe est un commissaire de police. Point du tout : c’est un voleur avec effraction, et vous seriez son complice. Vous seriez puni comme lui ; voici l’article du code pénal, et comme vous n’appartenez pas à la police, et que rien ne vous oblige à vous rendre complice d’un crime, je vous engage bien, dans votre intérêt, à vous en abstenir. – Allez-vous-en, allez-vous-en !” disait-on de tous côtés au serrurier. Cet homme, intimidé, se retira : on battit des mains. Le commissaire de police envoya chez plusieurs autres serruriers, qui furent prévenus officieusement, et refusèrent de venir. Enfin le commissaire, pour dernière ressource, fit venir le serrurier de la guillotine, qui enfonça la porte de l’imprimerie, et brisa une presse mécanique de la valeur de 20.000 francs ; mais il la brisa si adroitement qu’elle fut très peu endommagée ; et depuis il n’a fallu y changer que deux ou trois pièces pour la remettre en service. Cette scène, qui dura depuis onze heures du matin jusqu’à six heures du soir, occasionna dans la rue de Richelieu un attroupement considérable, qui se grossissait sans cesse de tous les citoyens expulsés du Palais-Royal, et des curieux qui de tous les coins de Paris affluaient vers ce quartier central, pour voir ce qui s’y passait. Dès le matin, on répandait avec profusion le National et le Temps, les deux seuls journaux qui eussent imprimé la Protestation. On les donnait, on les jetait dans les boutiques. Des ouvriers imprimeurs montaient sur les bornes pour les lire à haute voix aux passants, qui, après avoir entendu la Protestation, criaient Vive la Charte ! et s’en allaient. Personne n’obéissait à l’ordonnance du préfet de police qui défendait de donner à lire dans les cabinets de lecture et dans les cafés les journaux non autorisés. » Dumas toujours, sur la prise de l’Hôtel de ville : « Vers sept heures du matin, on s’était aperçu que l’hôtel avait été évacué par la troupe. La nouvelle en avait été immédiatement portée au National. Il fallait en prendre possession : Baude et Etienne Arago partirent. A neuf heures, ils étaient installés. A partir de ce moment, et, tout imaginaire qu’il était, le gouvernement provisoire fonctionna. C’est qu’un homme s’était trouvé qui ne reculait pas devant cette responsabilité terrible qui faisait reculer tant de monde. Cet homme, c’était Baude. Il se fit secrétaire d’un gouvernement qui n’existait pas. Il multiplia les ordres, les proclamations, les décrets. Ordres, proclamations et décrets étaient signés : Baude, secrétaire du gouvernement provisoire. Nous avons dit qu’il était entré à l’hôtel de ville à neuf heures. A onze heures, la caisse municipale était vérifiée ; elle contenait cinq millions. A onze heures les syndics de la boulangerie étaient convoqués, et déclaraient, sous leur responsabilité, que Paris était approvisionné pour un mois. Enfin, à onze heures, une commission chargée de correspondre avec l’hôtel de ville était établie dans chacun des douze arrondissements de Paris. Cinq ou six patriotes dévoués entouraient Baude, et suffisaient à tout. […] » Dans son Histoire de dix ans, Louis Blanc rapportait les faits suivants dont Baude fut témoin : « [Le 29 juillet au matin] Déjà les ouvriers des faubourgs se préparaient à recommencer la lutte, mais des préoccupations d’un autre genre tourmentaient une certaine portion de la bourgeoisie. M. Baude, suivi d’une bande nombreuse avec laquelle il avait visité plusieurs casernes et interrogé la fidélité du soldat, trouva sur la place Royale une compagnie de gardes nationaux rangés en bataille. Il les harangua vivement, leur apprit que les troupes se laissaient partout désarmer, et voulut les entraîner sur ses pas à l’Hôtel-de-Ville. Ils s’y refusèrent obstinément : ils ne s’étaient armés, disaient-ils, que pour sauver leurs maisons du pillage. » Dumas cite aussi le nom de Baude parmi ceux des combattants qui ont le plus contribué à la victoire de Juillet : « Ceux qui ont fait la révolution de 1830, ce sont ceux que j’ai vus à l’œuvre, et qui m’y ont vu ; ceux qui entraient au Louvre et aux Tuileries par les grilles rompues et les fenêtres brisées ; c’est, hélas ! – qu’on nous pardonne cette funèbre exclamation, la plupart d’entre eux sont morts, prisonniers, exilés aujourd’hui ! – c’est Godefroy Cavaignac, c’est Baude, c’est Degousée, c’est Higonnet, c’est Grouvelle, c’est Coste, Guinard, Charras, Etienne Arago, Lothon, Millotte, d’Hostel, Chalas, Gauja, Baduel, Bixio, Goudchaux, Bastide, les trois frères Lebon – Olympiade, Charles et Napoléon, le premier tué, les deux autres blessés à l’attaque du Louvre –, Joubert, Charles Teste, Taschereau, Béranger... Je demande pardon à ceux que je ne nomme pas et que j’oublie ; je demande pardon aussi à quelques-uns de ceux que je nomme, et qui aimeraient peut-être autant ne pas être nommés. Ceux qui ont fait la révolution de 1830 c’est cette jeunesse ardente du prolétariat héroïque qui allume l’incendie, il est vrai, mais qui l’éteint avec son sang ; ce sont ces hommes du peuple qu’on écarte quand l’œuvre est achevée, et qui, mourant de faim, après avoir monté la garde à la porte du Trésor, se haussent sur leurs pieds nus pour voir, de la rue, les convives parasites du pouvoir, admis, à leur détriment, à la curée des charges, au festin des places, au partage des honneurs. » Avec Barbet, Florion, Franque, Lambert, Marrast, Mamès, Manteau, Œuf La Loubière, Veyrassat et Vandemont, il forma à l’Hôtel de ville le bureau qui, sous les ordres du général Zimmer et du général Lafayette, réorganisa la garde nationale. Il fut avec Mérilhou (voir Merilhou, Joseph) choisi, le 29 juillet, par la Commission municipale formée de cinq députés comme un des deux secrétaires chargés de seconder les travaux de celle-ci ; cette Commission (Laffitte, Perier, Lobau, de Schonen, Audry de Puyraveau) cherchait à se constituer en autorité, devant la vacance de pouvoir et le risque de désordres. Baude fut successivement nommé conseiller d’Etat, préfet de la Manche (le 10 août 1830), directeur des Ponts et Chaussées, sous-secrétaire d’Etat à l’Intérieur, puis, le 26 décembre 1830, préfet de police de Paris. A cette occasion, une affiche adressée aux habitants de Paris, couvrit les murs de la capitale. Elle était ainsi rédigée : « Habitants de Paris,
»Le roi m’impose la tâche honorable et laborieuse de veiller au repos de cette capitale du monde civilisé, foyer de liberté, de lumières, dont les agitations troublent la France, dont la paix affermit au loin le crédit et la sécurité.
»Vous venez, sous l’habit de la garde nationale, de déjouer les projets des factions : vous avez en décembre consolidé les conquêtes de Juillet : la liberté est sauvée du désordre et vous voulez que le gouvernement achève votre ouvrage.
»Le gouvernement fera son devoir.
»Les agitateurs n’arracheront point impunément le peuple à son repos et à ses occupations.
»La jeunesse de nos écoles se souviendra qu’elle doit à la patrie de se préparer, par des études sérieuses, à nous remplacer un jour dans les affaires publiques.
»Le temps ni le calme ne manqueront à la discussion ferme et paisible, éclairée et complète, de droits et d’intérêts qui sont aussi ceux de nos frère des départements.
»La sécurité des capitaux ramènera au peuple le travail dont il vit et que lui enlève l’agitation.
»Les exemples de Paris rétabliront l’ordre et feront circuler le bien-être comme ils font circuler l’esprit de liberté.
»Et moi, qui suis choisi par le roi, pour avoir partagé en juillet les travaux de ce peuple héroïque, c’est en me dévouant sans réserve à la défense de son repos, que je mériterai d’être appelé son ami. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Dans l’exposé qui est fait de la conduite de Douelle, Jules, Louis (voir ce nom), on trouve comme indication que ce dernier, le 29 juillet « dès 3 heures du matin, il était au bureau du Temps avec M. Emmanuel Las Cases et reçut des mains de M. Baude une centaine d’exemplaires de ce journal, qu’il s’empressa de répandre dans le quartier populeux des halles pour entretenir l’ardeur de ceux que le manque de chefs décourageait déjà ». Il prêta, le 27 mai 1831, son serment de décoré de la Croix de Juillet, nécessaire pour pouvoir retirer cette dernière ainsi que le brevet qui l’accompagnait, à la mairie du (ancien) XIe arrondissement ; ce serment était ainsi libellé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. ». Baude entretint avec le régicide Fieschi des relations d’estime et d’amitié. Leur collaboration, au début de la monarchie de Juillet, est parfaitement établie et voici comment, au cours de l’instruction du procès pour l’attentat du 28 juillet 1835, Baude la rappela : « Pendant que j’étais préfet de police, je voulus mettre à exécution un projet assez important et qui consistait à débarrasser Paris d’une foule de gens, dont la présence dans la capitale pouvait troubler l’ordre public, et à les diriger sur Alger. Ce projet reçut de la publicité. A cette occasion, M. Gustave de Damas, qui habitait le département de la Loire, m’écrivit et me demanda à être employé dans l’organisation dont il était alors question. Je lui répondis que cette organisation ne me regardait pas ; que je consentirais volontiers, pour ma part, à ce qu’il obtînt l’emploi qu’il désirait, mais qu’il ne m’appartenait pas de le lui conférer ; que je ne pouvais que recruter des hommes et les mettre à la disposition du ministre de le Guerre. Je vis plusieurs fois M. de Damas à ce sujet. Un jour, il me dit qu’un homme qui lui était dévoué et dont il connaissait l’intelligence, le sang-froid et l’adresse pouvait m’être très utile ; il m’en fit un tel éloge que je n’hésitai pas à lui donner un billet pour que cet homme pût parvenir jusqu’à moi : c’était Fieschi. Il était alors dans un état misérable, il avait passé plusieurs années dans la maison centrale de détention d’Embrun ; il me dit qu’il était condamné politique, qu’il avait eu quelques démêlés avec la justice, en Corse, mais qu’il y avait un peu de vengeance dans cette affaire, ce qui, pour un homme de son pays, n’a pas le caractère de gravité et de déshonneur que des actes de violence emportent partout ailleurs avec eux. Je ne tardai pas à me convaincre que Fieschi avait une grande valeur pour certaines expéditions, et je l’employai, après lui avoir donné quelques secours. Paris était alors fort agité, des désordres graves eurent lieu, le sang même coula ; j’envoyai souvent Fieschi chercher des nouvelles au milieu des plus grands dangers ; il s’est toujours très bien tiré de ces missions difficiles et périlleuses ; Ceci a duré environ trois semaines ; je n’eus qu’à me louer de Fieschi pendant que je l’employai. Il était très reconnaissant de ce qu’après notre première conversation je lui avais dit qu’il n’aurait de rapport qu’avec moi ; et, en effet, il me rendait compte directement des missions dont je le chargeais ; personne autre que mon secrétaire particulier et moi ne connaissait les services que rendait Fieschi. » La collaboration entre Fieschi et le préfet de police dura peu parce que Baude fut bientôt appelé à quitter ses fonctions. Pendant l’instruction et au cours du procès, Baude resta dans les mêmes dispositions à l’égard de son ancien protégé : « [...] Il y a dix-huit mois, je fus arrêté rue de Seine, par un individu couvert de haillons, qui se posant fièrement devant moi : “Eh quoi ! M. Baude, me dit-il, vous ne reconnaissez pas Fieschi !” Je lui demandai ce qu’il faisait ; il me répondit qu’il était dans une misère profonde, et que, si quelques braves gens comme moi ne venaient à mon secours, il ferait un mauvais coup. Je cherchais à le détourner de ces sinistres pensées et je lui dis de venir me voir le lendemain. Il vint me voir, en effet, et je lui donnai quinze francs, qu’il accepta en me disant qu’il ne venait pas demander l’aumône, je lui dis qu’il me rendrait cet argent lorsqu’il en gagnerait et lorsqu’il le pourrait. Le faible secours que je lui avais donné ne pouvait le mener bien loin [...] » Et aussi, au procès, comme Fieschi l’avait fait citer comme témoin : « Peut-être a-t-il voulu que je rendisse ici témoignage de l’opinion que j’avais pu concevoir de lui par suite des relations dont j’ai parlé. Je déclare donc que j’avais reconnu dans Fieschi un homme d’une rare intrépidité, un homme pouvant faire le bien et le mal. Je le plains sincèrement d’être tombé dans de mauvaises mains, je crois que s’il avait été autrement environné, il aurait pu rendre à son pays des services mêmes brillants. Dans les relations que j’ai eues avec lui, j’ai toujours remarqué en lui un grand dévouement et une grande fidélité. Ce n’est pas à moi à le présenter pour ses mauvais côtés. » Il fut élu député du département de la Loire, d’octobre 1830 à 1839, puis de 1842 à juillet 1846, dans la majorité jusqu’en 1834, puis dans l’opposition. Le 16 avril 1833, il vota pour le jugement et la condamnation du journal la Tribune. Nous empruntons au site de l’Assemblée nationale, une partie de la notice biographique le concernant : « […] Pourtant, dans les sessions de 1834, de 1835 et de 1836, on le retrouve plutôt dans les rangs de l’opposition ; il avait été destitué comme conseiller d’Etat, et réélu député le 21 juin 1834, par 150 voix (223 votants, 337 inscrits), contre 69 voix à M. Méaudre, ancien député. Il demanda que sur le crédit de 750.000 francs ouvert au ministère des Finances pour distribution de secours aux pensionnaires indigents de l’ancienne liste civile, il fût distrait 220.000 fr. pour être appliqués aux condamnés politiques sous la Restauration. Plus tard, il soutint aussi le projet de loi tendant à accorder des pensions aux veuves de plusieurs généraux ; puis il appuya la proposition Dubois-Aymé en faveur des membres de la famille Napoléon, et présenta, dans la discussion des légionnaires de l’île d’Elbe, un amendement qui fut rejeté. Lorsque le Réformateur publia sous le titre Assommeurs législatifs le récit des mauvais traitements que certains députés de la majorité avaient fait endurer à un jeune journaliste, expulsé de la tribune de la presse, ainsi que ses confrères, sur la dénonciation de M. Jaubert, l’auteur de l’article écrivit : “M. Baude, qui voulait arracher le journaliste à la fureur de ces énergumènes, a reçu, dit-on, un violent coup de canne. La garde municipale est accourue et elle est venue à bout de préserver la victime et de débarrasser en même temps M. Baude.” Le jeune journaliste s’appelait Eugène Raspail (le neveu de François, Vincent Raspail, N. D. A.). On sait que le Réformateur fut poursuivi devant la Chambre pour la publication de cet article, et condamné par elle. Renommé au Conseil d’Etat, Baude obtint le renouvellement de son mandat de député, le 4 novembre 1837, mais ne fit point partie de la législature de 1839 : M. Alcock prit alors sa place. Il revint au Parlement le 9 juillet 1842, par 163 voix sur 195 votants et 432 inscrits, et, abandonnant toute velléité d’opposition, se rallia pleinement à la politique de résistance. Son rôle, en même temps, devint plus effacé. “L’éloquence de M. Baude, dit un biographe de 1846, s’est réfugiée dans les bureaux. Il se venge du silence qu’il garde à la Chambre sur les commissions de travaux publics, dont quelques-unes l’ont choisi pour leur rapporteur, sans doute pour faire goûter à tous le plaisir qu’il leur avait procuré. M. Baude vote invariablement pour le ministère du 29 octobre. Il a indemnisé Pritchard et repoussé la proposition sur les députés fonctionnaires.” Sa carrière parlementaire prit fin le 1er août 1846 : son concurrent, M. de Raineville, l’emporta sur lui, par 277 voix contre 186. Il rentra alors dans la vie privée. On a de lui un assez grand nombre de mémoires techniques : sur la navigation de la Loire, sur l’isthme de Suez, etc., un ouvrage sur l’Algérie, enfin un volume intitulé Les Côtes de la Manche (1859). » Le Nouveau Dictionnaire des girouettes lui consacra l’article suivant : « Sous-préfet à Confolens en 1810, sous-préfet à Roanne en 1814, sous-préfet à Saint-Etienne en 1815 ; il avait reconnu Louis XVIII à la première Restauration ; il reconnut Napoléon à son retour, et courut, à la tête des gardes nationales de son arrondissement, s’opposer à la marche du duc d’Angoulême sur Lyon. Louis XVIII revint, M. Baude donna sa démission et publia une brochure politique intitulée Le lundi gras et le mercredi des cendres, qui le fit condamner par la Cour royale de Grenoble.
»Sur la fin du règne de Charles X, parut un nouveau journal intitulé Le Temps, dont M. Baude était l’un des rédacteurs. Ce fut en cette qualité qu’il signa la protestation des journalistes, premier acte de résistance qui ouvrit le grand drame des trois jours. La commission municipale prit M. Baude pour secrétaire ; et la royauté nouvelle, assez embarrassée d’ailleurs pour le placer convenablement, le nomma successivement conseiller d’Etat, préfet de la Manche, directeur des Ponts et Chaussés, sous-secrétaire d’Etat au ministère de l’Intérieur pendant un mois, et préfet de police pendant deux mois tout au plus, en remplacement de M. Treilhard.
»Sa première proclamation fit fureur : “Habitants de Paris, disait-il, le roi m’impose la tâche honorable et laborieuse de veiller au repos de cette capitale du monde civilisé, foyer de liberté, de lumière, dont les agitations troublent toute la France, dont la paix affermit au loin le crédit et la sécurité… Les exemples de Paris rétabliront l’ordre et feront circuler le bien-être comme ils font circuler l’esprit de liberté. Et moi, qui suis choisi par le roi pour avoir partagé en juillet les travaux de ce peuple héroïque, c’est en me dévouant sans réserve à la défense de son repos, que je mérite d’être appelé son ami.”
»On attendait d’importantes améliorations. Le 10 janvier une nouvelle affiche couvre les murs ; on s’empresse de la lire ! Que publiait l’ami de ce peuple héroïque ? Une de ces ordonnances pour museler les chiens, si prodiguées par Mangin ; et l’on était en janvier !!!
»Plus tard, les intrépides du centre le lancèrent à la poursuite de la république, tantôt cachée dans les marais de la Glacière, tantôt blottie dans les carrières de Montrouge, tantôt renfermée dans Paris, au milieu des étudiants et des ouvriers des faubourgs. M. Baude, qui était député, accourut à la Chambre en bottes à l’écuyère, et suivi de la garde municipale ; mais l’insaisissable fantôme n’apparaissait autre part que dans l’imagination troublée des honorables du Palais-Bourbon.
»Sur ces entrefaites, le parti carliste ne sommeillait pas ; il apparut audacieux à Saint-Germain-l’Auxerrois, fêtant l’anniversaire de la mort du duc de Berry. Le peuple, irrité, saccagea l’église, l’archevêché, Conflans et Montrouge ; les croix disparaissaient des clochers et des façades ; enfin, le zèle de la garde nationale et les mesures prises par l’autorité apaisèrent l’exaspération. M. Baude, en sa qualité de préfet de police, fit cette proclamation : “Habitants de Paris, dès le lendemain des journées de Juillet, le parti de la contre-révolution, qui, au moment du danger, se cachait derrière des soldats égarés, renouait la trame de ses anciens complots. C’est à l’abri de la liberté que nos lois garantissent à tous, qu’il cherche à renverser nos institutions ; il s’est démasqué par une provocation insensée à la guerre civile, concertée, de son aveu même, avec Holyrood. Ce crime est de ceux qu’atteignent les lois. Souvenez-vous que depuis un siècle le mot d’ordre du jésuitisme est haine à la famille d’Orléans ! Confions-nous au roi que cette haine et ces persécutions ont identifié avec notre cause… On veut pousser le peuple au désordre, pour éloigner de lui le travail et la sécurité : la raison du peuple rejettera ces perfides insinuations.”
»M. Baude, jusqu’alors, fonctionnaire soumis à ses chefs, se ressouvient qu’il est député, et qu’il représente trois cents électeurs; au lieu de se justifier, il attaque le ministère, il se sépare de ses anciens alliés, du centre, et il est remercié. Quittant la préfecture, il reprend ses fonctions de conseiller d’Etat en service, ordinaire.
»Bientôt il reparaît à la tribune ; il fait sa fameuse proposition pour l’exclusion des Bourbons. On se rappelle quel fut son sort : mutilée par la Chambre, retirée par son auteur, reprise par M. Delessert, elle alla mourir à la Chambre des pairs : revivra-t-elle dans cette session ? Les. électeurs de 1831 n’ont point renvoyé M. Baude à la Chambre ; ils ont eu tort : l’âge s’avance pour lui ; il doit en vouloir beaucoup aux républicains et aux carlistes, d’avoir interrompu sa carrière. (Notes de la société Aide toi, le ciel t’aidera.)
»Dans l’Almanach des 25 mille Adresses, page 37, on trouve: M. le baron Baude, chevalier de la Légion d’honneur (et Mme la baronne). Est-ce une plaisanterie ? »
Il mourut le 6 février 1862 à Paris. Il demeurait 9, rue d’Enfer en 1831 ; 8, rue de l’Université en 1835. Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Histoire de France pendant la dernière année de la Restauration, par un ancien magistrat (Boulée, Auguste, Aimé), Paris, Desenne, 1839, tome premier, p. 341 ; Histoire de dix ans 1830-1840, Louis Blanc, tome I, Paris, Pagnerre, 1846, p. 189 ; Bulletin des lois IXe série, tome premier, 2e partie, n° 1, ordonnance n° 4, mars 1831, p. 3 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831. Archives de Paris VD6 277 in dossier Douelle, Jules, Louis ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, cahier vert des prestations de serment ; Archives nationales F/1dIII/69 in dossier Œuf La Loubière ; Attentat du 28 juillet 1835, Cour des pairs, volume 2, Paris, 1836, p. 467 à 471 ; Procès de Fieschi et de ses complices, chez Bourdin, Paris, 1836, T 3 p. 142 ; L’Epopée des régicides. Passions et Drames. 1814-1848, Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000 ; Les Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand, Le Livre de poche, Paris, 1973, tome 2 p. 448 ; Archives nationales F/7/3884 préfecture de police de Paris, Bulletin de Paris ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/43 dossier Bialey ; Archives nationales F/7/6836 n° 3401 ; Chronique de juillet 1830, Rozet, Paris, Barrois et Duprat, 1832, tome 1, p. 129-134 ; Biographie des hommes du jour, par Germain Sarrut et B. Saint-Edme, tome I, Paris, 1835, p. 258 ; Nouveau Dictionnaire des girouettes, Nos grands hommes peints par eux-mêmes, pairs, hommes d’Etat, hommes de lettres, généraux, évêques, chansonniers, préfets, journalistes, statuaires, ministres, députés, ambassadeurs, vaudevillistes, etc., par une girouette inamovible, à Paris, Lerosey, libraire, Palais-Royal, 1831, pp. 90-93 ; La Banque en France au XIXe siècle, Gille Bertrand, Droz, Genève, Paris, 1970, p. 114 note 19 ; Histoire des préfets, Pierre-Henry, Nouvelles éditions latines, Paris, 1950., p. 123 et suivantes.