Bayard

Biographie


Né vers 1803 ou 1806 à Grenoble (Isère). Ancien fourrier au 59e régiment de ligne. Horloger en 1830. Il fit, en décembre 1830, la demande suivante auprès de la Commission des récompenses nationales : « Au moment où les récompenses nationales vont être décernées aux braves qui les ont si justement méritées, j’ose prendre la liberté de soumettre à monsieur le ministre de l’Intérieur ce que je regarde comme un droit à y participer. Toute mon ambition se borne à avoir l’autorisation de porter à ma boutonnière la médaille que le gouvernement a promise aux Français qui se sont distingués lors de notre glorieuse révolution. Versailles n’y a pris qu’une bien faible part ; cependant plusieurs citoyens de cette ville n’ont pas craint de se montrer contre l’ancienne dynastie, en excitant le peuple à imiter les Parisiens. Des témoins recommandables peuvent affirmer que je me suis distingué parmi les plus courageux et que j’ai paru en armes le premier de tous, ce qui m’a donné une espèce d’autorité sur la foule, qui, grâce à ma présence d’esprit, n’a pu se venger sur madame de Polignac de la haine que son époux a généralement inspirée, et je puis même dire que je lui ai sauvé la vie au moment où l’on arrêta sa voiture. Avant même que l’on sût qui elle était, le bruit courut que c’était monsieur et madame de Polignac. Aussitôt des cris de mort se font entendre. J’eus le bonheur de détourner un fusil dirigé sur elle et sur l’homme qui l’accompagnait. Puis, voyant qu’il n’y avait plus de salut pour eux que dans une courageuse détermination, je fis en ce moment l’action la plus dangereuse qu’on pût faire alors : je me précipitais au milieu des plus furieux et, criant que le maire voulait les faire entrer dans la mairie pour les faire échapper par l’autre issue, et, au risque d’être assommé comme complice du coupable ministre, j’entraînais les plus furieux du côté que je venais d’indiquer et par ce moyen la princesse fut sauvée. Tel est monsieur le ministre, la tache horrible que j’ai évitée à la France libérale, tache qu’on lui aurait éternellement reprochée si ma présence d’esprit n’eût empêché qu’on ne répandît le sang d’une femme infortunée. Tels sont ainsi mes titres à cette faible récompense, que je ne réclame aujourd’hui que dans l’espoir de la porter bientôt au milieu des gardes nationaux mobiles dont je veux faire partie de suite quoique établi et marié. J’ai été sous-officier dans la ligne et j’ai vingt-cinq ans accomplis. Je réclame donc la faveur de servir de nouveau sous des couleurs que j’ai portées plusieurs fois dans le pays de la liberté : Grenoble, ma ville natale. » La Commission n’accueillit pas favorablement sa demande, estimant qu’il n’avait fait que « le devoir naturel de tout bon citoyen ». Une demande identique, déposée devant la Commission de Seine-et-Oise lui valut la réponse suivante, dans sa séance du 16 décembre 1831 : « La conduite de M. Bayard, pendant les journées de Juillet, n’offrant aucun fait remarquable, la Commission estime qu’il n’y as lieu de donner suite à sa demande. » Bayard demanda que les pièces et justificatifs qu’il avait fournis lui fussent renvoyés. Ils consistaient, précisait-il, « en deux doubles feuilles de papier timbré portant les certificats honorables de MM. mes témoins : la première porte la date du 1er juin 1831 et la seconde celle du 5 décembre de la même année ». Il écrivait aussi dans cette lettre respecter « infiniment la décision qu’a dû prendre à mon égard la commission nommée par M. le préfet » et ajoutait : « Je dois croire ma demande de décoration écartée puisque plusieurs distributions ont été faites sans que j’en aie reçue. Cependant M. Imbert, maître des requêtes,, chargé de ce travail, avait trouvé mes pièces excellentes et ma demande fort juste. Il y manquait seulement le visa du préfet ; M. Imbert me dit de remettre le tout entre les mains de M. Aubernon, préfet de de mon département, et de le prévenir qu’il fallait qu’il eût renvoyé ces pièces à M. Imbert cinq jours après. Malheureusement, en quittant M Imbert, je revins mal portant à Versailles, où je tombai dangereusement malade. Ce ne fut que l’année suivante, le 1er juin, que je formai ma demande. Tout me porte à croire qu’on ne me l’accordera pas. Cependant M. Imbert, qui vient de rentrer dans ses fonctions, pourrait encore, avant de me renvoyer mes pièces, les examiner judicieusement et ne me les faire parvenir que s’il n’était plus possible d’être décoré. Si tout ceci ne peut avoir lieu, je vous prierais alors, Monsieur, d’ordonner le renvoi pur et simple. » Dans une lettre, adressée le 22 juillet 1832 au ministre de l’Intérieur, il rappelait qu’il avait demandé la décoration de la Légion d’honneur, le 5 juin 1831, pour s’être armé le premier dans la ville de Versailles contre les ordonnances et avoir sauvé la vie, tout en compromettant la sienne, de Mme de Polignac, épouse du président du Conseil. Il ajoutait : « MM. le préfet et le maire m’ont beaucoup loué de mon courage, mais le premier craint que je ne sois trop jeune pour cette décoration et le second, par crainte de l’opposition, m’a beaucoup engagé à demander plutôt la Croix de Juillet. » Bayard sollicita alors la décoration de la Légion d’honneur. Il était voltigeur au 3e bataillon de la garde nationale. Il demeurait 7, rue de Satory à Versailles en 1831. Archives nationales F/1dIII/33 dossier indemnités et récompenses, envoi du 21 décembre 1830 du ministre de l’Intérieur à la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/43 ; Archives nationales F/1dIII/81, dossier Seine-et-Oise.

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