Beaudoin, Jean-François, Denis
Biographie
Né vers 1781 à Falaise (Calvados). Marchand de vin et traiteur. Il fit une demande au roi en 1830, qui sans doute ne fut pas transmise à la Commission des récompenses nationales. Le 6 juillet 1831, il adressait la lettre suivante au président de la Société des réclamants de la rue Bourg-Labbé, sollicitant la décoration de Juillet et une place qui subvînt à ses besoins et à ceux de sa famille : « Toute ma vie, j’ai fait preuve d’un patriotisme pur et désintéressé, toutes les fois qu’il s’est agi du bien des masses. Pendant nos glorieuses journées, mes jambes et l’établissement de traiteur marchand de vin, que je tiens depuis deux ans et demi environ, seul, ne m’ont pas permis de sortir de Sèvres pendant ce temps mémorable. Néanmoins mon âme fut tellement émue à l’apparition de nos couleurs nationales et du illisible présumé de la cause des patriotes qui combattaient si vaillamment pour la liberté que, dans mon endroit, je ne cessais d’encourager les habitants de Sèvres bien pensant et agis à imiter et à secourir les braves Parisiens par tous les moyens possibles. Ce fut moi qui fit arborer les couleurs nationales ici, qui décida beaucoup de personnes à faire disparaître les couleurs ou insignes du trop fameux Charles X. Ne fut-ce pas à mon invitation que divers journaux patriotes, que j’avais fait venir de Paris, furent lus dans les rues de Sèvres à haute voix par les sieurs Cochin et Lorent. Peu fortuné, vu des pertes commerciales antérieures et irréparables, et n’ayant ouvert mon fonds de Sèvres qu’avec une somme de trois cents francs qui me restaient, mon fonds pendant la première année faisait des progrès jusqu’en juillet dernier. Je n’ai cependant écouté, lors du passage des Parisiens pour Rambouillet et leur retour, que ma cause pour le peuple et mon patriotisme. Mon établissement leur a été constamment ouvert, nuit et jour, et des distributions en liquides et comestibles leur ont par moi été faites d’un grand cœur, sans avoir voulu recevoir d’eux, pas davantage du gouvernement, de paiement. Depuis ces jours glorieux, le juste milieu, comme vous le savez messieurs, a tué l’élan de la liberté ainsi que le commerce. En ce moment, il y a des jours que je ne vends pas pour cinq francs de recettes et je crains d’être dans la nécessité très incessamment de fermer. Il y a environ huit mois, j’ai présenté moi-même, à l’invitation d’un de mes amis, une pétition au roi. Je le priai, vu mon patriotisme, ma position pénible, étant chargé en outre d’une femme et de deux enfants, de m’accorder une malheureuse petite place de concierge ou de garde soit au bois de Boulogne, à Saint-Cloud, à Versailles, à Rambouillet ou ailleurs. Je n’ai point eu seulement l’honneur d’une réponse. Cependant j’avais dit, ainsi que je le réitère, que je ne voulais en aucune manière recevoir de l’argent pour le prix des distributions que j’ai faites. Comment se fait-il que je n’ai pas reçu non plus de réponse du ministre de l’Intérieur, pas même un bout de ruban, moi patriote dans le fond de l’âme ? Mes pièces étaient cependant signées par un grand nombre d’habitants de Sèvres. En ce moment, mes besoins sont encore plus pressants et néanmoins, nonobstant cela je me suis équipé comme garde national. Messieurs, j’en appelle à votre patriotisme, à votre discernement pour me faire rendre, s’il y a encore moyen, justice sur les deux points ci-dessus de ma demande. J’ai l’honneur, etc. » Le National du 10 avril 1831, dans une liste de souscripteurs pour un projet « des associations nationales pour la défense du territoire et l’exclusion de la dynastie déchue », indiquait Beaudoin comme « ayant fait preuve de très grande générosité par des distributions de tous genres dans les trois journées de Juillet ». Beaudoin demeurait 100, rue Royale à Sèvres en 1831. Archives de la préfecture de police AA 372.