Beaufort, Joseph, Michel

Biographie


Né le 25 août 1795 à Paris, fils du général de division Beaufol de Beaufort, Jean-Baptiste, chevalier de Saint-Louis, et de Vaubouin, Catherine. Son père mourut des suites de maladie, le 1er février 1825 à la prison de Corbeil, où il était détenu pour dettes ; il fut enterré dans le cimetière de cette ville, après une cérémonie à l’église, qu’il avait demandée, manifestant le sentiment « de vouloir mourir dans le sein de l’église catholique, apostolique et romaine ». Il était lui-même ancien élève de l’Ecole de Saint-Cyr, caporal fourrier à la 1re compagnie du 2e bataillon, puis sous-officier à l’armée d’Espagne le 16 avril 1808, incorporé au 96e régiment d’infanterie de ligne en qualité de sergent le 2 mai 1808, sous-lieutenant le 11 mai 1810, réformé sans traitement le 15 juin 1812, arrivé au 13e cuirassiers en qualité de cuirassier le 8 février 1814, prisonnier de guerre le 30 mars 1814. Praticien teneur de livres en 1825. Il participa à la révolution de Juillet, et fut attaché dès le 29 juillet, à l’état-major du général Lafayette. Le 12 septembre 1830, il fut nommé par le général Lafayette lieutenant d’état-major de la garde nationale. Il eut à s’occuper, dans ces fonctions, des archives de la garde nationale depuis 1814 déposées au château des Tuileries, afin de les remettre à l’état-major de la garde nationale. Il sollicita devant la Commission des récompenses nationales mais ses papiers furent égarés. En témoigne cette lettre du général Lafayette, adressée le 15 juin 1831, au général Fabvier, président de la Commission des récompenses nationales. « Vous êtes en Angleterre, mon cher général. Georges est à Lagrange pour son commandement de la garde nationale de Compalay ; je vous adresse néanmoins ma lettre, qui sera ouverte par le président en exercice M. Beaufort, fils d’un général, vrai patriote de notre première révolution, s’est bien battu dans les grandes journées, il est resté à l’état-major jusqu’au jour de ma démission. Ses papiers ont été, à ce qu’il paraît, égarés. Il m’a demandé cette lettre d’introduction et un nouveau certificat. Je les lui donne avec un grand plaisir. Salut et amitié bien sincère. » Beaufort était porteur de plusieurs certificats signés du général Lafayette. Le premier, ainsi rédigé : « C’est avec un grand plaisir que je certifie que M. Beaufort s’est conduit avec courage et dévouement dans la grande semaine. Il a été un des premiers auprès de moi et ne m’a pas quitté depuis mon arrivée à l’Hôtel de ville jusqu’à ce jour. Son zèle patriotique m’était connu fort antérieurement aux belles journées. Il en a donné des preuves, dont la Commission pourra juger. » Signé, le 21 novembre 1830 : Lafayette. Le deuxième, ainsi rédigé : « Je certifie que M. Beaufort était avec moi dans la grande semaine de Juillet, qu’il a continué de servir à l’état-major général de la garde nationale jusqu’au moment de ma démission et qu’il s’est conduit de manière à mériter toute mon estime et mon sincère attachement. » Signé, le 20 mars 1831 : Lafayette. Le troisième, ainsi rédigé : « J’ai déjà certifié et je répète avec bien de l’intérêt que M. Beaufort, après avoir combattu dans la grande semaine, était le 29 au quartier général de l’Hôtel de ville et qu’il a continué son service à l’état-major jusqu’à l’époque de ma démission. Tout ce que je sais et tout ce que j’ai vu de M. Beaufort atteste son dévouement à la cause de la liberté, particulièrement dans notre glorieuse révolution de 1830. » Signé : Lafayette. Un autre certificat était ainsi rédigé : « J’atteste avec plaisir et même avec reconnaissance que M. Beaufort, Joseph, Michel, fils du lieutenant-général de ce nom, a aidé de ses services l’état-major du général Lafayette, depuis le 29 juillet jusqu’à ce jour et qu’il l’a fait avec intelligence et dévouement. » Signé à l’Hôtel de ville, le 12 août 1831 : Cassan, Armand, aide-de-camp de service. Suivait l’apostille suivante : « Nous nous joignons tout de cœur et d’intention aux sentiments exprimés par M. Cassan. Nous certifions de plus que M. Beaufort a constamment montré la plus grande affection et le plus grand dévouement à la personne du général, et nous émettons le vœu qu’il demeure à l’état-major auprès du général en chef. » Signé : Condorcet O’Connor (voir Condorcet, O’Connor, Daniel), capitaine aide de camp ; Chodzko, Léonard (voir ce nom), capitaine d’état-major ; Guinard, capitaine d’état-major ; de Corcelles capitaine d’état-major ; Sebire, capitaine d’état-major ; Carnel ou Caruel, capitaine d’état-major ; de Saisset, capitaine d’état-major. Aussi l’apostille suivante : « Je joins de tout mon cœur mon témoignage à celui de tous ces messieurs. » Signé : Laubespin (voir Leonel de Laubespin), aide de camp ; Rampon vicomte, capitaine d’état-major ; Thomas, capitaine d’état-major ; Marchais, André, capitaine d’état-major ; Frestel, Léon, capitaine d’état-major ; Lasteyrie, J., capitaine d’état-major. Aussi l’apostille suivante : « Je me joins à mes camarades pour remercier M. Beaufort du dévouement avec lequel il nous a aidé depuis le 29 juillet jusqu’à ce jour 29 août 1830. » Signé : Joubert, chef de bataillon, aide de camp ; Foy, Fernand. Aussi cette apostille : « Je me joins de cœur aux sentiments de tous mes camarades, connaissant Beaufort pour un ancien frère d’armes. » Signé : Orange, capitaine d’état-major. Aussi cette apostille : « Je me réunis très volontiers à mes camarades pour appuyer la demande avec instance. » Signé : Barrière, J. S., capitaine d’état-major. Aussi cette apostille : « J’atteste avec plaisir, comme tous mes camarades, que M. Beaufort a rendu les services les plus actifs à l’état-major du général Lafayette. » Signé : Foy, Alphonse, capitaine d’état-major. Aussi cette apostille : « Je me joins à tous mes camarades pour attester le zèle et le dévouement de M. Beaufort. Je lui en ai vu donner des preuves multipliées. » Signé : Ternaux, L., G., capitaine aide de camp ; Brocard, Léon, capitaine d’état-major ; Andréossy, A., capitaine aide de camp ; Peyre (voir Peyre, Antoine, Marie), colonel, aide de camp ; Thayer, A., chef de bataillon, aide de camp. Aussi cette apostille : « Je suis heureux de m’unir à ces messieurs pour exprimer tout l’intérêt et tout l’attachement que m’ont inspiré le zèle et le dévouement de M. Beaufort depuis le 29 juillet jusqu’à ce jour, 24 août 1830. » Signé : Berger, Auguste, secrétaire particulier du général Lafayette ; André, E., aide de camp. Aussi cette apostille : « Je me joins de tout mon cœur à mes camarades, qui ont rendu justice à M. Beaufort, en faisant l’éloge de sa conduite et de son zèle. » Signé : Gilbert de Voisins, A., capitaine d’état-major. Aussi cette apostille : « Je consigne ici avec plaisir combien M. Beaufort a apporté de zèle et de dévouement dans son service près du général en chef pendant les événements de Juillet et jours suivants. Il a su gagner l’estime et l’attachement de tous les officiers de l’état-major. » Signé : baron Feisthamel, colonel d’état-major. Aussi cette apostille : « J’atteste avec satisfaction que M. Beaufort a servi constamment avec zèle, intelligence et capacité à l’état-major de la garde nationale. Je suis heureux de pouvoir ajouter mon témoignage à celui de mes camarades. » Signé : Lafayette, Georges, Washington (voir ce nom), chef de bataillon, aide de camp. Aussi cette apostille : « Je me joins avec un grand plaisir aux personnes qui ont rendu justice à M. Beaufort, n’ayant que des éloges à donner à sa conduite et aux qualités qui le distinguent. » Signé : Carbonnel, chef de l’état-major général. Aussi cette apostille : « C’est avec le plus grand plaisir que je me joins à tous les témoignages si justement donnés à M. Beaufort, et que je lui renouvelle ici l’expression de mon estime, de mon intérêt et de mon attachement. » Signé : Lafayette. Il fut nommé conservateur du cimetière de l’Est, par arrêté du préfet de la Seine en date du 19 février 1831. On trouve aussi dans son dossier cette lettre de recommandation de la part du général Lafayette, à Bondy, préfet de la Seine, et en date du 9 mars 1831 : « Permettez-moi, mon cher collègue, de vous recommander particulièrement un de mes amis, qui est placé dans votre administration. M. Beaufort, fils d’un lieutenant général, mon compagnon d’armes dès les premières heures de la révolution, a combattu bravement dans les barricades de Juillet. Il a été attaché dès le 29 de ce mois à mon état-major ; il y a demeuré jusqu’à l’époque de ma démission ; il a mérité l’estime et l’amitié de tous ceux qui l’ont connu. Votre prédécesseur lui a donné la place de conservateur du cimetière du Père-Lachaise. Cet arrangement a été fait de concert avec la reine, qui, en considération des services de M. Beaufort et de l’intérêt que nous lui portions, votre prédécesseur et moi, a bien voulu renoncer à la demande qu’elle avait faite elle-même pour une autre personne. M. Beaufort donne une partie de ses appointements à une veuve, que la reine protège. J’ai voulu vous donner tous ces détails, mon cher collègue, pour que vous jugiez des titres de M. Beaufort et de ses droits à votre bienveillance. » En avril 1831, il sollicitait la décoration de Juillet. Il joignait à sa demande un certificat signé le 21 novembre 1830, de Lafayette, qui attestait qu’il s’était « conduit avec courage et dévouement dans la grande semaine. Il a été un des premiers auprès de moi et ne m’a pas quitté depuis mon arrivée à l’Hôtel de ville jusqu’à ce jour. Son zèle patriotique m’était connu fort antérieurement aux belles journées, il en a donné des preuves, dont la Commission pourra juger. » Beaufort ne fut pas compris dans les listes de décorés. Condorcet, O’Connor, Daniel, dans une lettre envoyée à Delannoy, membre de la Commission des récompenses nationales, s’étonnait que Beaufort, « homme sans fortune, qui s’est aussi très bien conduit dans les journées de la révolution » n’eût pas été décoré de la Croix de Juillet. Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur, le 24 décembre 1833. On trouve dans son dossier, à la date du 20 août 1834 et à en-tête de la préfecture de la Seine, la lettre suivante (dont le nom de l’auteur est illisible) : « Mon cher monsieur Beaufort, je n’ai pas besoin de vous dire combien j’ai été peiné du contenu de votre lettre de ce matin. Les calomnies qu’elle contient m’auraient fait rire si elles vous avaient moins affecté. De la part d’un fou ce sont choses en effet risibles, de la part d’un homme de sang-froid, au contraire, ce sont choses des plus pénibles. Mais, vous, qu’il suffit de voir un instant pour connaître combien sont absurdes de pareilles imputations, comment avez-vous pu y prendre tant de peine ? Faites-en le cas qu’elles méritent et méprisez-les. J’ai dû communiquer votre lettre à M. Mastrelle. Il a senti, comme moi, l’offense qui vous est faite et l’a appréciée à sa juste valeur. Il m’engage à vous prier de passer à son cabinet, pour causer avec vous de cette fâcheuse affaire. Je vous y invite donc, en vous priant encore de mépriser toutes les imputations du sieur Chabrol. C’est aussi l’avis de M. Lavilletelle, qui m’a aussi communiqué la lettre que vous lui avez adressée. » Il fut révoqué (et sans doute sur le rapport du même Lavilletelle, médecin de la Ville de Paris, voir plus haut) de son emploi de conservateur du cimetière du Père-Lachaise, le 1er février 1834, à la suite de l’enterrement du député Dulong, tué en duel par le général Bugeaud, et dont la mort avait suscité l’indignation et la colère dans le mouvement républicain : Beaufort avait donné le bras au général Lafayette, venu assister à la cérémonie (trois coupures de journaux, dont celle du journal la Tribune du 15 février [à consulter], relatant la révocation de Beaufort étaient jointes – mais absentes de son dossier – à la demande qu’il présenta à la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de février). En date du 3 février 1834, se trouve un brouillon de lettre, signé Gannerot ou Gaimero, pour plaider contre la révocation de Beaufort. Ce brouillon, difficilement lisible, est ainsi rédigé : « Je viens de voir le malheureux Beaufort, qui était au Père Lachaise. Je ne puis vous dire à quel point cette situation m’afflige, parce que Beaufort a été un des plus déterminés combattants de Juillet 1830 et qu’en juin 1832, il s’est parfaitement conduit. Je crains, monsieur, qu’il n’ait été victime de quelque aigreur de ses chefs subalternes. Veuillez monsieur le préfet prendre en pitié le sort d’un brave et très brave homme qui m’intéresse vivement ainsi que tous ceux qui ont été à même de le connaître. Recevez, l’assurance, monsieur le préfet… Si on vous a prévenu contre ses opinions politiques, croyez bien que l’on vous a trompé, car je connais Beaufort de longue date et c’est un homme tout à fait sûr. Veuillez le replacer au Montparnasse, où était celui qui lui a succédé. Au moins, il aura du pain. Souffrez que je m’unisse à M. de Rumigny pour appuyer auprès de vous la réclamation de M. Beaufort, frappé d’une révocation inattendue. Je me plais à déclarer que, depuis la révolution de Juillet, j’ai toujours reconnu dans M. Beaufort les sentiments et les principes qui peuvent le recommander aux yeux de l’administration. Je me hasarde donc à invoquer avec instance en sa faveur votre équité et votre intérêt. Je me fais un grand plaisir de joindre ma recommandation à celle de mon honorable collègue, M. de Remusat (illisible). Depuis longtemps je connais M. Beaufort et je me plais à rendre hommage à ses bons sentiments et à son attachement au gouvernement. » Il fut élu, à la majorité absolue des suffrages, capitaine de la garde nationale, le 24 mars 1834. Il sollicita devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de février, invoquant plusieurs titres, dont il nous reste les passages suivants de ses courriers : « […] Elu par le peuple chef des barricades de la rue de la République, Sainte-Avoye et autres adjacentes, ce fut particulièrement à la première barricade élevée à la rue Beaubourg qu’avec peu d’armes et de munitions j’eus à soutenir trois attaques différentes particulièrement celle du 24 à 6 heures du matin, que près de six mille hommes, infanterie, génie, artillerie, cavalerie vinrent nous attaquer et que nous fûmes obligés d’abandonner après la plus vigoureuse résistance, sans perdre un seul homme. Détruite sur-le-champ et évacuée par la troupe, cinq minutes après elle était reconstruite plus formidable que jamais […]. » Il joignait plusieurs certificats, mais de divers actes de dévouement, à sa demande. Le premier, ainsi rédigé, en date du 4 septembre 1846, du commissariat de police de la place Vendôme : « Nous, soussigné, commissaire de police, certifions que le sieur Beaufort, gardien aux Champs-Elysées, a été détourné de son service pendant une heure et demie, c’est-à-dire de 3 heures à 4 heures et demie de relevée, ce jour d’hui 4 septembre, à l’occasion d’un feu de cheminée assez considérable qui a eu lieu chez le sieur Cassegrain, charcutier, rue du Faubourg-Saint-Honoré n° 18 et dans lequel il a fait preuve d’un zèle et d’un dévouement dignes d’éloges. » Signé : Layeux ou Loyeux, commissaire de police. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que M. Beaufort, gardien aux Champs-Elysées, est arrivé le premier au sinistre qu’il y a eu aujourd’hui chez moi et qu’il a organisé un service de sûreté, qu’il n’est sorti de chez moi qu’à 4 heures et demie et qu’il s’est conduit d’une manière telle que je ne puis que lui faire des éloges. » Signé : Cassegrain. Le troisième ainsi rédigé, à en-tête de la mairie de Charonne : « Nous, adjoint au maire de la commune de Charonne, certifions qu’il est à notre connaissance, les faits s’étant passés dans une maison rue Saint-André n° 1 nous appartenant, que M. Beaufort a, il y a environ trois mois, porté secours au sieur Gallois, nourrisseur, dans le domicile duquel un incendie a éclaté, avec un zèle et une activité qui ont rendu inutiles les secours du dehors et préservé cet incendie du développement qu’il pouvait recevoir. » Signé, le 30 janvier 1847 : Pignot, adjoint au maire. Le quatrième, ainsi rédigé : « Je, soussigné, prêtre chapelain du cimetière de l’Est, habitant la maison n° 1, rue Saint-André à Charonne, certifie que le sieur Beaufort a été vu par moi, portant secours avec activité et intelligence, dans un feu de cheminée chez M. Gallois mon voisin. » Signé, le 30 janvier 1847 : Ottin, chapelain au Père-Lachaise. Le cinquième, en date du 21 avril 1847, du commissariat de police de la place Vendôme : « Nous, commissaire de police, soussigné, certifions que le sieur Beaufort, Joseph, chevalier de la Légion d’honneur, s’est employé à l’incendie qui a eu lieu hier rue de l’Arcade depuis le commencement jusqu’à l’extinction du feu avec un zèle digne d’éloges. » Signé ; Layeux ou Loyeux, commissaire de police. Le sixième, ainsi rédigé : « Je, soussignée, veuve Culot, principal locataire et ancienne gérante de la maison sise allée des Veuves n° 52 bis, aux Champs-Elysées, et y demeurant, certifie que, lundi dernier, à 6 heures du soir, un violent incendie s’étant déclaré dans l’établissement de M. Piat, fabricant de voitures, demeurant dans la même maison, j’ai vu M. Beaufort, Joseph, Michel, chevalier de la Légion d’honneur, arriver un des premiers sur le lieu du désastre, organiser le service de sauvetage jusqu’à l’arrivée de la garde municipale et que son zèle et son sang-froid dans cette circonstance malheureuse sont dignes de tous éloges, ayant contribué pour beaucoup à éteindre le feu, qui pouvait avoir des suites les plus funestes, en gagnant les établissements voisins remplis de matières inflammables. » Signé, le 10 juillet 1847 : veuve Culot. Il joignait aussi un article du Constitutionnel, en date du 9 août 1846, et ainsi rédigé : « Hier, vendredi à 3 heures, un fort feu de cheminée s’est déclaré chez M. Pepin, traiteur, rue des Orties n° 13 et rue Saint-Anne n° 21. Les sapeurs-pompiers de la rue de l’Arcade-Colbert, un poste d’infanterie du Palais-Royal et le garde des Champs-Elysées, Beaufort, sont accourus promptement. La tête de la cheminée a été démolie et l’on est parvenu à étouffer le feu, dont les flammèches pouvaient occasionner de très grands désastres. Un individu un peu ivre, qui était monté sur le toit près des pompiers, est tombé sur le châssis vitré, dont il a brisé les carreaux ; il allait être précipité de la hauteur de la toiture s’il n’eût été retenu à temps pas les sapeurs-pompiers et le garde Beaufort. » Aussi un article du même Constitutionnel, en date du 6 septembre 1846, et ainsi rédigé : « Hier, vendredi à 3 heures de l’après-midi, un feu assez considérable de cheminée s’est déclaré dans l’établissement du sieur Cassegrain. Charcutier, rue du Faubourg-Saint-Honoré n° 18. M. Cassegrain se trouvait, en ce moment même, de garde au château des Tuileries. M. de Saint-Didier, juge d’instruction, présent au moment de l’incendie, a pu constater l’intensité du feu, qui a mis, un moment, tout le quartier en émoi. Le garde des Champs-Elysées, Beaufort, arrivé le premier sur les lieux, organisa sans retard un service de sauvetage, en s’adjoignant un sapeur et un musicien du 14e léger. Quelques instants après, les sapeurs-pompiers du ministère de la Marine, des gardes municipaux des postes de la Concorde et des hommes du poste de la Madeleine et de l’Elysée-Bourbon sont arrivés. A 4 heures et demie, on était maître du feu, qui présentait quelque danger car beaucoup de flammèches tombaient dans un grenier qui touchait à la cheminée et renfermait beaucoup de matières inflammables. » Aussi, un article du Constitutionnel en date du 25 août 1846, et ainsi rédigé : « Samedi à 5 heures et demie du soir, le nommé Antoine Lebrun, cantonnier aux Champs-Elysées, était occupé à tirer de l’eau à son tonneau ; une voiture omnibus de l’entreprise des Orléanaises, montant au trot, heurta violemment le tonneau, qui, fort heureusement, n’était pas plein ; mais, dans sa chute, il entraîna le malheureux ouvrier, le blessa grièvement à la poitrine et à la figure ; les chevaux de l’omnibus, épouvantés, reculèrent et, sans la présence d’esprit d’un passant, qui saisit cet ouvrier par les jambes et le tira hors de la voie, il aurait eu les deux jambes coupés. Relevé immédiatement par le garde Beaufort, qui arrêta l’omnibus et transporta le cantonnier au poste de l’infanterie […]. Le malheureux cantonnier est mort, mercredi matin des suites de ses blessures. » Aussi, un article du Constitutionnel en date du 27 août 1846, et ainsi rédigé : « Mardi, le nommé Gossot, domestique chez M. Mombrot, marchand de curiosités rue Basse-du-Rempart, était sorti pour promener son cheval. Arrivé près de la Madeleine, l’animal prit le mors aux dents, enfila la rue Royale et vint s’abattre sur la place de la Concorde, en face la statue de Strasbourg, et le cavalier, lancé au-dessus de la tête du cheval, vint tomber à près de deux mètres devant lui. Relevé par le garde des Champs-Elysées, Beaufort, qui le conduisit au poste de la garde municipale du pavillon Peronet, où M. le docteur Deschamps lui administra les premiers secours et pansa la blessure qu’il s’était faite au-dessus de l’œil gauche. Malgré la gravité de sa chute, il a pu regagner à pied la maison de son maître. » Aussi, un article du Siècle en date du 12 septembre 1846, et ainsi rédigé : « Hier jeudi à 6 heures et demie, un homme assez proprement vêtu quoiqu’en blouse, s’était placé aux abords de la place de la Concorde et poursuivait toutes les dames qui passaient. Une dame, indignée, vint s’adresser au garde Beaufort et lui désigna l’individu, qui parvint à fuir et recommença plus loin ses actes d’immoralité. Enfin, le garde Beaufort et deux agents parvinrent à saisir cet individu, en flagrant délit. Conduit immédiatement chez le commissaire de police, il déclara se nommer R…, être ouvrier marbrier, marié et père de famille, demeurant rue de la Fidélité n° 26. Il a été conduit au dépôt de la préfecture de police, pour être mis à la disposition du procurer du roi. » Aussi, un article du Siècle en date du 24 décembre 1846, et ainsi rédigé : « Mardi dernier à 4 heures du soir, un jeune ouvrier de vingt-cinq à vingt-six ans, un petit paquet sous le bras, passant devant le passage Corby, rue Richelieu n° 10, qui conduit au Palais-Royal, tomba subitement de toute sa hauteur sur le pavé, privé de sentiment. Les ouvriers et ouvrières de M. Choquet, marchand fourreur, vinrent à son secours, le placèrent sur un tapis et le firent revenir à lui. Alors on apprit qu’il se nommait Firmin Fery, ouvrier layetier, demeurant rue Mouffetard, que depuis six semaines il était sans ouvrage et qu’en ce moment il mourait de faim, que faute de paiement, on venait de le renvoyer de son garni. On lui donna quelque argent puis à boire et à manger mais il prit ces aliments avec tant d’avidité qu’il se trouva suffoqué et tomba à nouveau sans connaissance. On eut alors recours à M. Noireau, pharmacien rue Richelieu n° 16, qui lui administra une potion et lui glissa discrètement une pièce de cinq francs dans la main. Lorsque ce jeune homme fut totalement revenu à lui, il ramassa son petit paquet, qui contenait toute sa garde-robe, puis un garde des Champs-Elysées, M. Beaufort, qui se trouvait sur les lieux, le conduisit chez lui, le plaça près d’un bon feu et lui donna les aliments dont il avait un si grand besoin. Nous aimons à signaler un pareil acte d’humanité. » Un autre certificat était ainsi rédigé : « Nous, commissaire de police de la Ville de Paris, certifions, pour valoir ce qu’il appartiendra que le 30 novembre 1847, à l’incendie qui s’est manifesté chez le citoyen Paton, pharmacien droguiste rue Rambuteau n° 95, le citoyen Beaufort, revêtu de son uniforme de garde des Champs-Elysées, s’est constamment occupé, au péril de ses jours, de l’extinction de cet incendie. Il est à notre connaissance que dans diverses circonstances ce citoyen a donné des preuves de dévouement et de courage. » Signé, le 6 juin 1848 : Boudrot, commissaire de police. Son nom apparaît aussi dans la liste des souscripteurs en faveur des inondés de la Loire du Constitutionnel des 8 et 14 novembre 1846. Beaufort se disait l’ami de Flottard, son camarade de Saint-Cyr et ami politique, de Thomas, Guinard, Degousée, André Marchaix, Flocon Il fut convoqué plusieurs fois infructueusement et pour la dernière fois le 4 octobre 1848 devant la Commission des récompenses nationales. Un rapport à en-tête de la préfecture de la Seine sur la distribution des récompenses nationales, donna sur son compte les mauvais renseignements suivants : « Des renseignements recueillis auprès des voisins et du concierge de la maison qu’habitait le citoyen Beaufort, il résulte que la conduite de cet individu est scandaleuse et immorale ; marié légitimement avec une femme qu’on dit irréprochable et qui habite Montmartre, il vit en concubinage avec une autre femme, mariée elle-même avec un employé des droits réunis. Il a habité pendant neuf mois la maison rue Beaubourg n° 26 et a été congédié pour cause de bruit et de scandales nocturnes. Il a quitté cette maison non seulement sans payer les trois termes de loyer qu’il devait mais encore en refusant de rembourser le prix d’une clé qu’il avait perdue, et il ne paraît pas qu’il ait pour excuse la pénurie puisqu’il vivait d’une manière dispendieuse avec sa concubine, dont il a plusieurs enfants et dépensait beaucoup d’argent dans les cabarets du voisinage. Tels sont les antécédents peu favorables sur le sieur Beaufort. Quant à sa conduite pendant les journées de Février, on l’a vu en effet dans les barricades mais après le combat. Il aurait jeté un drapeau par sa fenêtre pour animer les citoyens à la résistance et serait venu ensuite prendre part à la victoire à laquelle il aurait très médiocrement concouru. » Le 27 mars 1849, n’ayant eu jamais aucune nouvelle de la demande qu’il avait faite, il rappelait sa conduite : « […] En février 1848, je fus un des premiers à établir les barricades rue Saint-Honoré le 22 et le 23 rue Beaubourg et ex-rue Rambuteau j’établissais ces barricades qui ont résisté à trois assauts, ce qui est constaté par les nombreux et honorables certificats qui sont à mon dossier. Plusieurs enquêtes ont eu lieu ; je devais rentrer dans mon ancien emploi mais un abus je veux dire des abus, on ne peut plus condamnables, ont été commis envers moi et des personnes produisant mes titres se sont fait nommer à ma place, vous en avez les preuves et moi […] Aujourd’hui sans pain, sans asile [venant de recevoir congé, ne pouvant payer mon terme, écrit-il dans une autre lettre], après de nombreux et éminents services, je me trouve abandonné par la république, que j’ai fondée et qui, aujourd’hui est exploitée par des intrigants. Je parle avec sincérité […]. » Il signa, le 24 mars 1848, le certificat suivant en faveur d’Elie, Bernard, fabricant de brosses, demeurant 34, rue Beaubourg, qui avait combattu sur les barricades de Février et qui tentait d’obtenir devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février une place de garde forestier : « Je, soussigné, Joseph, Michel Beaufort, membre de la Légion d’honneur, fils de feu le général de division Beaufort, ancien officier de la vieille armée, combattant de juillet 1830 et à cette époque aide de camp du général Lafayette, commandant des barricades des rues de la République, Beaubourg et celles adjacentes, certifie que le citoyen Pinchaud, Elie, Bernard, fabricant de brosses, rue Beaubourg n° 34, était un des premiers citoyens qui sont venus former la barricade, le 23 février, qu’il a été présent aux trois attaques successives que la barricade a eu à supporter, qu’il s’est battu comme un bon et vrai patriote, qu’il a été chargé par moi d’assister à la fabrication de la poudre ; que le jeudi il était rue Saint-Avoye à l’attaque dirigée contre la garde municipale à cheval, qu’il a conduit les prisonniers à la caserne des Minimes et qu’il s’est rendu à la préfecture de police, où il est encore employé. Ce citoyen, par sa conduite, son courage et son humanité a bien mérité de la patrie. » En 1853, il demanda la restitution des pièces qu’il avait confiées à la Commission des récompenses nationales. Il signait sa lettre comme chevalier de la Légion d’honneur et ancien officier. Il retira ses pièces le 22 septembre 1853. Il était père d’un enfant en 1848. Il mourut le 12 août 1854 au hameau de Bruyères à Bagnolet. Il demeurait 17, quai aux Fleurs (mais 19, quai aux Fleurs dans un certificat du juge de paix de Corbeil relatif à la mort de son père) de 1821 à 1830 ; 26, rue Beaubourg en 1848, puis « parti on ne sait où » en octobre 1848 selon le courrier qui revenait à la mairie ; 18, rue du Chaudron à Belleville en 1849 ; 112, rue du Faubourg-Saint-Denis, chez M. Jousset, en 1853. Archives de Paris VD6 277 in dossier Condorcet, O’Connor, Daniel ; Archives nationales MI 217 23 ; Archives de la préfecture de police AA 372 ; Archives de la préfecture de police AA 406 in dossier Pinchaud, Elie, Bernard ; base Léonore de la Légion d’honneur, dossier LH/154/57.

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