Berger, Joseph
Biographie
Né le 8 mars 1796 (mais le 8 mars 1797 in Archives de la préfecture de police AA 372) à Gannat (Allier). Limonadier. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ve arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il participa à la Révolution de février. Le 18 mars 1848, il sollicitait un secours auprès de la Commission des récompenses nationales, expliquant : « Père de deux enfants, dont un au service dans la Marine et l’autre à la charge de ses parents parce qu’en juillet 1830 il [lui ou son fils ? N.D.A.] a perdu son établissement qui valait plus de vingt mille francs. Il est impotent d’un bras, ce qui cependant, dans les derniers jours de février, ne l’a pas empêché de distribuer à ses frères d’armes, le 24 sur la place du Palais-Royal, cinquante paquets de cartouches et en les leur portant de barricade à une autre, il s’est laissé tomber, ce qui a rouvert sa blessure qu’il a au bras […]. Ce fidèle patriote, marié en deuxièmes noces, n’a d’autres ressources que de faire de temps en temps des extras chez les limonadiers, et cela ne peut subvenir à son existence ; sa femme est obligée d’être cuisinière. Enfin, il est dans une pénurie extrême (il n’a reçu pour gratification depuis 1830 qu’une somme de cinquante francs) […]. » Il était porteur du certificat suivant : « Les citoyens soussignés se plaisent à rendre hommage au dévouement patriotique qu’a fait preuve le citoyen Berger, Joseph, le 24 février à la défense de la prise du poste du Palais-Royal, qu’il n’a quitté que lorsqu’il a été incendié, en nous distribuant des cartouches, ne pouvant combattre puisqu’il a perdu l’usage de son bras gauche. Nous serions heureux si le gouvernement provisoire pouvait le récompenser comme il le mérite. » Signé, le 1er mars 1848 : Pilleron, chef du poste de l’Horloge aux Tuileries ; Calmus, marchand de vins, demeurant 13, rue Monpincé (sic) ; Chevreuil…, élève de Saint-Cyr ; Berger, demeurant 11, rue Mompansier ; Hebert, boulanger, demeurant 43, rue Montmartre ; Licoune, demeurant 17, rue du Helder ; Jeanmaire, demeurant 5…, passage de la Cour-des-Fontaines. Le député de l’Allier, le général baron de Richemont, appuya sa demande, estimant qu’il avait toujours considéré Berger « comme un homme honnête, laborieux et intelligent. Son travail et sa bonne conduite lui avaient acquis un capital modeste, que l’espérance de compléter pour assurer son avenir lui a fait compromettre dans la spéculation des chemins de fer et qu’il a eu le très grand malheur de perdre en totalité, de manière qu’il cherche à se placer du mieux qu’il lui sera possible pour assurer son existence et réparer par son travail et sa conduite la perte que lui a fait éprouver son imprudence, en lui enlevant d’un seul coup les épargnes accumulées de toute sa vie. Je crois que le sieur Berger peut être employé avec sécurité ». Sa propriétaire, la femme Appert neveu (qui donnait aussi l’adresse du 17, rue du Jour), lui délivra, le 18 mars 1848, le certificat suivant : « Je, soussigné, certifie que le sieur Berger, Joseph, mon locataire depuis seize ans, m’a toujours bien payé mais que, par suite de ses malheurs, il ne peut depuis dix-huit mois me payer ses loyers et s’il en est ainsi ce n’est que par manque d’ouvrage et non pour toute autre cause. » En avril 1848, n’ayant pas eu de réponse, il sollicitait une place de surveillant au château ou au musée de Versailles ; sa lettre était apostillée par les délégués des décorés de Juillet suivant : Petit (voir ce nom) ; Lecocq (voir ce nom) ; F…aini, Michel (nom à retrouver). Etait jointe aussi à sa demande, cette pièce, à l’orthographe très incertaine, ainsi rédigée, et qui témoignait de la part qu’il avait prise au rétablissement de l’ordre après l’envahissement du château des Tuileries : « Copie du procès-verbal constatant la tentation d’incendie des Tuileries dans la soirée du 24 février vers 5 heures du soir. Alors qu’aucun pouvoir, qu’aucune force n’existait encore, une bande de malfaiteurs, au nombre de deux cents environ, dirigée par un individu portant le ruban de la Légion d’honneur et dont les manières, le langage et la mise uniquement [montraient] qu’il appartenait à la classe aisée, avait tenté d’incendier le palais des Tuileries. Des matières combustibles, quelques fauteuils, chaises et matelas provenant des appartements, de la chapelle et du corps de garde, où ils avaient été jetés dans le jardin, des toiles de décor provenant de la salle des spectacles, des débris de planches et jusqu’aux guérites renversées des factionnaires, tout avait été amoncelé sur les dalles au pied de la muraille donnant sur le petit jardin et à proximité de la salle des spectacles et de la chapelle. Le feu mis à ces matières inflammables s’éleva bientôt à une violence telle que [illisible] calcinées des pierres de taille se détachaient et tombaient au pied de la muraille. Les flammes s’élevaient à la hauteur du premier étage et communiquait l’incendie par les croisées et les dalles cassées où se trouvaient entassés d’autres différentes matières combustibles. Lorsque le citoyen Lançon, portant l’uniforme de la garde nationale et la Croix de Juillet (voir Lançon, François) se précipita sur les lieux de l’incendie, suivis de neuf de ses concitoyens, dont les noms sont mentionnés plus bas. Les malfaiteurs, dont quelques-uns étaient ivres, poussaient des cris de destruction et alimentaient le feu sans relâche. Ils poussaient et faisaient voler à tort et à travers des fragments de planches, de chaises, fauteuils, enflammés. Monté sur les pierres en saillie à la base de la muraille et presque sous les flammes, le citoyen Lançon retenait la foule par son attitude [et son énergie] illisible, pendant que les citoyens arrachaient au foyer de l’incendie alimenté sans cesse par les malfaiteurs les matières enflammées qui leur étaient renvoyées avec des menaces de mort. Vingt fois le citoyen Lançon a été couché en joue. La lutte dura environ cinq quarts d’heure. Les citoyens ont donc sauvé à la France le plus beau monument. Les bottes, le bas de son pantalon ont été brûlés. Le sieur Bellavoine, l’un des dix, a eu dix brûlures aux mains. Suivent le nom des citoyens qui ont secondé le citoyen Lançon, rue de l’Abbaye n° 13 [lire n° 3, N.D.A.] ; Bellavoine, rue de Varennes n° 18 (voir Bellavoine, Jean-Baptiste de la rue de Sèvres en 1830 ? si oui à reporter) ; Brin, faubourg Saint-Martin n° 70 ; Denis Boillion, rue de la Tour à Passy n° 4 ; Saune illisible, rue Saint-Michel n° 4 ; Gisard, rue de la Grande-Friperie n° 2 ; Richard, inconnu ; Masson, rue de Calais n° 2 ; Guillet, rue Constantine n° 38 ; Bergé (sic), impasse Grenelle au Gros-Caillou. » [Ce texte est la retranscription d’un charabia très difficilement compréhensible et assez peu intéressant où il se vante de sa conduite à l’intérieur du château après sa prise] Il faut aller chercher du vin. Je prends quatre hommes ; je vais rue de l’Echelle chez Sevin, marchand de vin ; je lui demande vingt litres de vin. On nous les apporte au poste et on fit un bon. De là, départ avec quatre hommes pour faire patrouille dans la cour. J’arrive aux écuries ; il n’y avait plus que trois chevaux, attachés au râtelier, sans être débridés ; des jeunes gens qui montaient dessus les abîmaient et deux militaires qui étaient ivres étaient couchés. Je fis débrider les chevaux, leur fit donner à manger et fit sortir le monde, leur disant que s’ils rentraient je les ferai arrêter. Je sors. De retour au poste, je prends quatre autres personnes, pour aller aux caves et pour faire sortir les personnes qui s’y trouvaient, par crainte du feu [qu’ils mettent le feu, N.D.A.]. Sorti de cave, je monte aux appartements pour faire sortir les personnes ivres, par crainte qu’ils ne viennent à mettre le feu et les conduisit au poste le plus près. De retour au poste, je vois un factionnaire à la porte de la chapelle, qui avait l’air d’être gros d’effet. Je lui déboutonne sa redingote ; je vois des effets ne lui appartenant pas. Je le fais remplacer, le conduis à côté. Je lui demande son nom, prénom, son lieu de naissance. “Je m’appelle Maxime Gaudin, né à Moutiers en Savoie, le 18 novembre 1818, je demeure rue d’Alger n° 5, je suis concierge.” Je le fis déshabiller. Il avait pris une redingote, un pantalon, un gilet, une cravate. Après rentré au poste une patrouille rentrée commandée par le sieur Guillet avec quatre hommes disent nous avons trouvé une somme de monnaie illisible huit cents francs dans un tiroir attenant à un piano et qu’il avait remis à un jeune homme de l’Ecole, et je lui réponds qu’il aurait été aussi bien à notre poste que de les avoir remis à cet homme. Voilà une discussion qui s’élève entre moi et Guillet ; il me dit avoir vu des cachemires, que si je les avais vus, ils m’auraient tenté. Nous voilà prêts à nous battre. Un peu plus tard il est question d’aller chercher du vin et de l’eau-de-vie. Guillet vint. Nous allons chez un autre marchand de vin. Guillet reste. Nous apportons du vin et de l’eau-de-vie ; on ne fait qu’un bon. On boit et on rentre le vin dans la sacristie. Deux factionnaires étaient à la porte. Le citoyen Saint-Amand vient demander deux pains. On lui en donna deux. Plus tard arrive que les factionnaires ne quittant pas la porte de la sacristie on les fait boire. Ils s’enivrent. Après je demande que l’on me conduise là où on avait trouvé cette somme. L’on me conduit en patrouille avec quatre hommes. Je vois l’endroit. Alors ils se trouve des objets précieux tels que la belle pendule, chandelier, illisible, ustensiles de grande valeur ornés d’or. Il se trouve un employé du château qui nous aida à descendre les objets au poste. De là, nous retournâmes descendre illisible qui était dans la chambre au grand lit. Sur place m’a dit M. Bergé il y a un grand, etc. Il fut recommandé par la Commission des récompenses nationales pour obtenir le signe honorifique qui devait perpétuer le souvenir de la Révolution de février et sans doute aussi pour une place de garçon de bureau. Il était marié et père de deux enfants en 1848. Il reçut un secours de cinquante francs en 1849, un secours de soixante-quinze francs en 1850, un secours de soixante francs en 1851 et en 1852, à titre de médaillé de Juillet. Il demeurait 7, rue Beaurepaire en 1830-1831 ; 17, rue du Jour en 1832-1848 ; 17, rue de la Jussienne en 1849-1852. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 334, liste des médaillés de Juillet du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ve arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 369, décorés de juillet 1830 et blessés de juin 1848, Etat de secours accordés de 1849 à 1853, projet d’accorder à 289 décorés, médaillés, blessés, combattants de Juillet et veuves, etc., rapport approuvé le 26 avril 1849, minute 21 et suivantes, idem minute 26 et suivantes, idem Proposition, en date du 18 juin 1850, d’accorder à 194 décorés, combattants et veuves de Juillet 1830, domiciliés dans le département de la Seine, des secours s’élevant à la somme de 10.390 francs, minutes 110-116 ; idem, Proposition, en date du 6 mai 1851, d’accorder à 153 décorés, médaillés, veuves, combattants et orphelins de Juillet 1830, des secours s’élevant à la somme de 8.025 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 181-184, idem Proposition d’accorder à 130 décorés, veuves et blessés de juillet 1830 des secours s’élevant ensemble à 7.510 francs, imputables sur le chapitre 6 du budget de 1852, minutes 225-229, en date du 19 juin 1852 ; Archives de la préfecture de police AA 372.