Besse, Jean-Baptiste

Biographie


Né le 27 septembre 1801 à Carouge (Suisse), fils de Besse, Jean-Pierre (voir ce nom). En 1843, alors caissier et teneur de livre, il adressait la lettre suivante au ministre des Finances : « Sous un gouvernement réparateur, les services rendus au pays ne sont pas méconnus et les citoyens dévoués peuvent obtenir justice et bienveillance. Mon père, Jean-Pierre Besse, né à Carouge, commune aujourd’hui réunie au canton de Genève, s’enrôla volontairement, en l’an VIII, à l’âge de quinze ans au service de la république française. Il fit les campagnes d’Italie, sous les ordres du général Desaix, et mourut à Morelaz (Savoie) en 1833. Mais, par suite de blessures, il fut forcé d’abandonner le service militaire ; appelé à remplir divers emplois dans l’administration en Italie, il désira se rapprocher de sa famille et fut nommé commis à pied des droits réunis à Genève. En 1814, il était receveur à cheval à Colonge (Ain) et attendait un emploi supérieur lorsque la France fut envahie par les puissances coalisées. Ses espérances étaient détruites mais, ne consultant que son patriotisme, mon père organisa, de son propre mouvement, une petite armée (corps franc), qu’il recruta non seulement dans le département mais en Suisse et en Savoie. Il se battit courageusement sur différents points de la frontière et, le 14 août, ayant sous ses ordres quelques compagnies qui lui avaient été confiées par le général de la division, il arrêta au pont de Montmeillan (à la Chavonne) la colonne autrichienne qui se dirigeait sur Grenoble et repoussa l’ennemi, à la baïonnette, de l’autre côté du pont. Dans cette affaire, mon père eut le bras droit cassé d’un coup de feu. Les destinées de la France changèrent, la déchéance de Napoléon fut prononcée. En 1815, mon père, dont le bras droit était encore en écharpe à cause de sa blessure, qui n’était pas encore cicatrisée, reprit les armes. Le général Desaix, dont j’ai déjà cité le nom, lui donna le commandement d’un bataillon de la Haute-Saône, cantonné dans le pays de Gex. Il fit essuyer des pertes sensibles à l’ennemi, chassa du village de Farget les Autrichiens qui s’en étaient emparé dans l’intention de l’incendier. Enfin, il soutint la retraite de l’armée jusqu’à Lyon et à Roanne, où il fut licencié. Qu’on se représente, après ces désastres, mon malheureux père, persécuté, fuyant, ayant tout perdu, emploi, mobilier, et ne pouvant plus subvenir aux pressant besoins de sa femme et de ses trois enfants. Il pouvait mourir mais il voulut vivre, pour sa famille. Il fit de nombreuses démarches pour recouvrer son emploi et pour obtenir du gouvernement la croix d’honneur, qui lui avait été décernée dans les Cent-Jours. Il fut replacé, puis destitué puis replacé encore jusqu’en 1828, époque à laquelle il fut mis à la retraite avec sept cents francs de pension, après avoir servi la France pendant quarante ans ! En 1830, il se trouvait à Paris lorsque la révolution éclata. Il y prit une part active, mais trop modeste, trop désintéressé pour solliciter, il alla vivre de sa modique pension à Grenoble, où j’eus le malheur de le perdre par suite de sa blessure, qui s’était rouverte. Moi-même, M. le ministre, j’ai fait la campagne de 1815, j’avais alors treize ans, j’accompagnais mon père dans ses excursions et, pour prix de tant de dévouement à la cause nationale, mon père et moi aurions été fusillés, sans l’intervention du général Desaix. Rentré dans mes foyers, avec plusieurs blessures, j’ai dû cependant en 1819, à cause de la position de mon père, qui n’était point améliorée, entrer dans le 3e régiment d’infanterie de la garde royale (comme secrétaire du trésorier) puis je fus incorporé avec avancement dans un régiment de ligne. J’ai servi six années, j’étais sergent-major. J’ai occupé divers emplois en Italie puis je suis rentré en France, où j’ai traîné et traîne encore une existence pénible, à l’aide de quelques travaux d’écriture. Vous me pardonnerez, monsieur le ministre, la longueur des détails dans lesquels je suis entré mais il fallait bien que Votre Excellence fût fixée sur les droits que je crois avoir à la justice du gouvernement. Veuillez, en mémoire des services du père, en considération du dévouement du fils, acquitter la dette du pays. Je sollicite de la bienveillance de monsieur le ministre un bureau de tabac à Paris, qui me mettre à même de vivre convenablement. Je me montrerai toujours digne de cet acte de rémunération de Votre Excellence. Appelé récemment au grade de sous-lieutenant dans la compagnie de voltigeurs du 3e bataillon de la 9e légion de la garde nationale de Paris, je rivaliserai de zèle. J’ai l’honneur, etc. » Ce même fils, Jean-Baptiste, participa à la révolution de Février et sollicita auprès de la nouvelle Commission des récompenses nationales instituée par la révolution, un emploi ; en mars 1849, il se plaignait toujours de n’avoir aucune réponse à sa demande. Archives de la préfecture de police AA 372 in dossier Besse, Jean-Baptiste.

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