Bezet, Philippe, Auguste
Biographie
Né le 23 février 1781 à Nuits (Côte-d’Or). Cordonnier. Il déposa, le 4 octobre 1831, un dossier à la Société des réclamants de la rue Bourg-Labbé, se plaignant de n’avoir jamais eu de réponse, depuis un an, de la part de la Commission des récompenses nationales : « […] Ce qui me surprend beaucoup. J’ignore si l’honorable Commission aurait passé mes pièces et le motif pourquoi je n’ai pas reçu de réponse ni de mandement de la part de ces messieurs. En m’interrogeant, ils auraient reconnu si véritablement j’aurai des droits à ma réclamation. Il est bon de vous mettre sous les yeux, monsieur le baron (de Courtigis, N.D.A. voir ce nom), la conduite que j’ai tenue dans les trois jours de Juillet, telle qu’elle est sur ma pétition qui a été revêtue de plusieurs signatures et le visa du commissaire du quartier du (ancien) VIIe arrondissement. J’ai l’honneur de vous exposer que le 27 il n’y a eu pour moi que fort peu de choses de ma part sinon que d’inviter le peuple à la modération et au respect pour toutes propriétés. Pour le 28 par exemple, je me suis trouvé dans la bagarre à l’Hôtel de ville, où dans une charge j’ai été renversé et mutilé, dont j’ai eu le poignet foulé, ce qui m’a duré l’espace d’un mois sans pouvoir recourir au travail. Je n’en n’ai tiré aucun certificat, laissant toute indemnité pécuniaire à ceux qui avaient de plus graves blessures que moi. J’en fus quitte pour quelques soulagement de la part de mes voisins. C’est de là qu’il me vint une idée de sommer ou de prier les propriétaires de laisser les portes de leurs corridors ouvertes pour assurer une retraite aux amis de la patrie et malgré ma blessure j’ai soutenu la fusillade au coin de la rue Jean-Pain-Mollet sur les Suisses qui venaient nous harceler au bout de la rue du Mouton pendant l’espace de deux heures. Je suis rentré chez moi, rue Jean-Pain-Mollet n° 11 à cette époque, où je me suis remis un instant de la chute et de la fatigue que j’avais essuyées. Je suis revenu, où j’ai cédé mon arme à un garçon marchand de vin, de qui je le tenais primitivement et je me suis remis à travailler aux barricades. Je suis rentré, je me suis couché à 11 heures, où je n’ai pris qu’un faible repos. Alors sur les 2 heures et demie de la matinée du 29, moi et un jeune homme de Soissons, qui se trouvait à l’époque à Paris, nous nous sommes aperçus que la garde et les Suisses évacuaient l’Hôtel de ville. Nous avons pénétré sur la place pour nous procurer chacun une arme. Pour m’assurer s’il n’y avait plus personne au corps de garde, nous avons avancé. N’entendant rien, j’y suis entré. J’ai trouvé un malheureux garde royal qui avait la cuisse traversée d’une balle. Il avait été abandonné par les siens. Je jette les yeux dans l’intérieur, je vois une chaise à porter les malades. A l’instant où j’allais lui donner le plus utile secours, quelque insensé s’approche, en disant C’est un garde royal. A l’eau ! Sur ces entrefaites, je leur dis avec énergie Rappelez-vous qu’un vrai Français ne doit connaître d’ennemis que sur le champ de bataille et sur ces paroles plusieurs ont crié Bravo c’est vrai ! Il a été sauvé des mains de la vile populace et il a été porté à l’Hôtel-Dieu. D’après ça, je me suis dirigé, comme tant d’autres, sur le Louvre ou, après l’avoir fait évacuer, je me suis reporté sur les Tuileries, où je n’ai pas rentré intérieurement pour ne pas faire ce que d’autres ont fait. J’ai resté dans le jardin et j’ai empêché la dévastation du jardin et de toucher au monument public et leur faire entendre que c’était une propriété nationale. Voilà les faits que je puis attester de nouveau si M. le président l’exige. Après cela, le 30, tout paraissant dans un calme parfait, j’entendis parler de la lieutenance générale au duc d’Orléans, ce qui me donna l’assurance d’une prompte restauration. Alors l’enthousiasme était à son comble. Je m’avise d’écrire une espèce de proclamation au peuple, que j’ai moi-même publiée, monté sur les barricades, et j’ai l’honneur de vous en joindre la copie dans cette lettre. Vous n’y trouverez rien de parfait. Veuillez d’avance m’excuser si mon style n’est pas profond, vous y trouverez quelques phrases d’un ami de l’ordre et de la tranquillité. Enfin, M. le baron, à l’instant où j’ai aperçu votre avis placardé, j’étais sur le point de faire une réclamation à l’autorité suprême. Je ne pouvais pas toujours rester dans l’incertitude. C’est pour quoi, je vous prie de vouloir jeter un regard sur cette lettre sur laquelle, après votre examen, je suis plus que sûr que s’il y a lieu j’en recevrai une réponse satisfaisante […]. » Ajoutant : « Je prie donc M. le baron de Courtigis s’il lui plaît de m’aider de tout son crédit pour que justice me soit rendue. Enfin puisqu’il est vrai que dans les affaires, j’ai fait le soldat, le manœuvre et l’écrivain et surtout l’ami de l’ordre. Je n’ai agi que de ma propre volonté et [de] mon patriotisme. Il m’est bien pénible pour moi de m’être vu oublier par la Commission. […] Peut-être que je n’ai pas fait comme tant d’autres qui, tous les jours, assiégeaient ces messieurs. Moi, je n’aime pas tous les jours interrompre les autorités. Au moins je pense que je pouvais valoir une réponse tandis qu’il y a tant de protégés qui se parent de ce que je pensais avoir tant mérité. » La proclamation dont il joignait une copie était ainsi rédigée : « Proclamation sur les barricades aux habitants de Paris, par un ouvrier. Un ouvrier aux amis de la liberté, aux amis de la charte et de l’ordre public. 30 août 1830 [lire 30 juillet 1830]. Mes amis, nous avons fait dans ces trois mémorables journées ce que l’histoire n’a offert d’exemple dans les annales les plus reculées. C’est après trois jours de fatigue et de combats que je respire un peu le calme qui paraît être totalement rétabli dans la capitale, pour vous faire part des réflexions que j’ai faites au sujet des événements qui viennent d’avoir lieu. Quoique nous sommes les vainqueurs des ennemis de la charte et de la liberté, ne nous décourageons pas et l’union qui nous a ralliés ne soit à jamais rompue jusqu’à ce que la cause pour laquelle nous avons versé notre sang ne soit établie sur des bases solides et inébranlables. Que le moindre signe d’insurrection de la part de nos ennemis soit aussi celui de la force entière pour les soumettre tous. Quand je réfléchis à ces illustres journées, la déesse de la liberté nous souriait en nous distribuant des armes et cette brave déesse de concert avec l’héroïne d’Orléans se disaient entre elles Quand on cherche à sauver sa patrie on est inspiré du ciel. Voyez cette brave garde nationale, composée en partie des gens les plus notables de la ville de Paris, avec quel empressement ils sont accourus reprendre leur honorable poste pour maintenir l’ordre et le respect dû à toutes les propriétés. Mes amis, sans doute vous avez dû, comme moi, remarquer avec quelle intrépidité et quel sang-froid ces braves écoliers des écoles polytechnique et de droit, l’épée à la main, comme ils dirigeaient par leurs talents les légions qu’ils s’étaient chargés de commander. Aussi ils se sont couverts de gloire ; il leur appartient une place dans l’histoire. Il me souvient encore des hauteurs de Paris où ils se sont si bien distingués. De plus, nous n’avons fait que ce que notre devoir nous imposait. Nous avons racheté par notre sang notre liberté et celle de la nation entière. Depuis combien de temps tous les départements et les campagnes étaient fatigués de toutes sortes de vexations et d’injustices. Il fallait que Paris nous donnât l’exemple et vous l’avez sous leurs yeux accompli. Maintenant nous sommes donc toujours cette grande nation, que rien ne peut désunir. Encore quelques efforts s’il en est besoin et la France est sauvée. Souvenez-vous bien que lesquels grands efforts ont été dirigés par nous-mêmes mais aussi pensons que les génies veillaient sur nous, en nous choisissant des chefs dignes de nous commander. Considérez avec quel empressement, ils s’occupent jour et nuit à la restauration de l’ordre et des lois que nous avons conquise ainsi que ces couleurs nationales qui brillent d’un nouvel éclat sur le cœur de tout bon Français. Je me suis figuré que le rouge représentait le sang que nos ennemis ont injustement répandu puisque c’était le sang de leurs parents et de leurs frères, le bleu qui nous avait été inspiré du ciel et le blanc que c’était la vertu qui se trouvait en contradiction avec le vice et qu’elle a triomphé et qu’elle est sans tache. Alors mes amis ces trois couleurs sont inséparables et jurons tous d’en suivre l’étendard quand la patrie nous appellera pour sa défense. C’est le premier des devoirs. Qu’il sera beau d’entendre les journaux faire le récit de notre conduite dans notre lutte. Comme ils féliciteront votre courage, votre énergie et surtout votre désintéressement. Ce sera le cas de le dire que souvent la misère accompagne la vertu et tachons de ne jamais abandonner cette dernière. Messieurs, à l’instant même je viens d’apprendre que Mgr le duc d’Orléans était appelé à la lieutenance générale du royaume. Je crois que si le destin l’appelait à la place la plus éminente, il en serait encore le plus digne parce qu’il partage nos mêmes sentiments. Il serait le père du peuple, le protecteur des arts et le soutien de la liberté. » Il participa à la Révolution de février et, en 1848, il adressa la lettre suivante à la nouvelle Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de février ; il y faisait à nouveau état de sa participation à la révolution de Juillet : « En 1830, j’ai combattu dans les journées de Juillet. Je me suis comporté en brave citoyen. J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour abattre la tyrannie et j’ai, comme beaucoup d’autres, été trompé. Les dix-huit ans bientôt échus nous ont prouvé que le règne du despote que l’on vient d’abattre était encore pis. En 1830, j’ai adressé une lettre à la Commission des récompenses nationales, comme ayant droit aux dons patriotiques mais à l’époque j’avais réclamé une place quelconque et je n’ai jamais rien obtenu. Je croyais, à l’époque, pouvoir faire et occuper un emploi pour vivre honorablement, tel que porteur de contraintes aux contributions directes ou à l’ouverture des fontaines. Jamais je n’ai eu de réponse. Cependant j’avais reçu un coup de baïonnette au poignet gauche et dans une charge je fus renversé. J’ai eu ce même poignet, foulé. On a voulu m’envoyer à Saint-Cloud avec les blessés. Enfin, au bout d’un mois, j’ai pu reprendre mes travaux ordinaires. Eh bien ! citoyens, de tout cela je n’ai jamais touché un seul centime. Je ne figure sur aucun tableau de recettes. En mai 1832, j’ai reçu une lettre de M. le baron Bénard de Courtigis, à l’époque qui m’appelait dans ses bureaux, rue Dalayrac, près le théâtre Ventadour. Là, on me dit que j’allais avoir une belle récompense. Mais l’échauffourée des 5 et 6 juin, à l’occasion du convoi de M. Le général Lamarque a fait tout oublier. En 1843, j’ai fait une même demande au roi déchu. Le chef du secrétariat m’a fait une réponse, le 28 juillet, qu’il venait de renvoyer ma demande au ministre de l’Intérieur, comme rentrant dans ses attributions. De même, je n’ai jamais reçu de réponse. Je lui ai écrit deux fois après, même silence. Citoyens, je compte bien sur votre vigilance, votre droiture, votre dévouement pour la classe ouvrière, qui vient de prendre une part si active dans la révolution qui a renversé pour jamais la tyrannie et l’écho de cette lutte retentit aux quatre coins de l’Europe. Eh bien ! citoyens, malgré les dix-huit ans que j’ai sur la tête depuis 1830, dans la journée du 24 février j’ai donné mon coup de main pour le triomphe de la liberté. J’étais, comme bien d’autres, sans armes mais j’ai assez fait des propagandes pour ma part. De toute part, je faisais entendre aux jeunes soldats quelle était la cause de cette masse de peuple réuni sous la mitraille et la fusillade, que c’était pour nos droits et que cette même masse était composée de leurs pères, frères et amis et qu’ils se rendaient criminels s’ils faisaient feu sur un peuple sans arme. Enfin, je ne puis me défendre de dire honneur à la garnison de Paris. Ils ont bien mérité de la patrie. Citoyens, cette fois, je n’ai rien à regretter qu’une blouse brûlée par le feu d’une bourre de fusil qui s’est attachée à ma poitrine et mes bottes qui ont eu à souffrir aux barricades. Chers concitoyens, s’il était possible, en attendant que tous vos travaux soient achevés et arrêtées vos décisions, s’il était possible de me faire toucher quelques secours, je vous en serais très reconnaissant. Je suis pour le moment dans une détresse sans pareil. » Il joignait à sa demande le certificat suivant : « Nous, soussignés, certifions avoir connaissance de la pétition très exacte que le nommé Bezet, Philippe, Auguste, cordonnier, 13, rue de la Comète, a adressé à MM. les membres composant la Commission des récompenses nationales siégeant au Luxembourg sur sa participation dans les journées mémorables des 23 et 24 février ; que ce citoyen a pris une part très active dans ces affaires, tant au sujet de la réforme que de sa propagande qu’il a soufflée dans les rangs de l’armée ; que ce citoyen est rentré chez lui dans un état qui nous a suffisamment prouvé qu’il avait combattu pour faire naître notre jeune république et attestons de plus que nous le connaissons assez pour affirmer qu’il est prêt à sacrifier le peu de forces qu’il lui reste pour la défendre, tant qu’elle sera sage, humaine et modérée. Nous certifions en outre qu’il est resté étranger à l’insurrection de juin, ne pouvant figurer dans les cadres de la garde nationale par cause de son âge trop avancé et qu’il est resté chez lui, inoffensif. » Signé, le 19 septembre 1848 : Lamotte, ex-employé ; Ravayer illisible ; Caillet ; Roufte. En 1848, il était veuf depuis 9 mars 1819 et sans enfant. Il savait lire et écrire. Il demeurait 11, Jean-Pain-Mollet en 1830 ; 51, rue Saint-Victor en 1831 ; 13, rue de la Comète au Gros Caillou en 1848. Archives de la préfecture de police AA 372.