Boilletot, Nicolas, Adolphe
Biographie
Né le 20 août 1808 à Chaumont (Haute-Marne). Elève de l’Ecole polytechnique. Il adressa, à la Commission des récompenses nationales, le récit suivant de la conduite qu’il avait tenue pendant les événements de juillet 1830 : « Malgré toute la répugnance que j’éprouve à rendre compte du peu que j’ai fait au mois de juillet, je ne puis me refuser à satisfaire à votre invitation. Lorsque j’eus quitté l’Ecole, en même temps que la plupart des élèves, je me rendis chez mon correspondant, rue Saint-Honoré, attendant, comme nous en étions convenus entre nous, les ordres du général Lafayette. Cependant dès le lendemain matin j’appris que des élèves avaient pris part aux événements de la veille. Je résolus alors de ne plus agir que d’après ma seule inspiration, je m’armai d’un pistolet et d’un briquet et me rendis sur la place Vendôme, au moment où un régiment de la ligne venait de se rendre. Je me hâtai de quitter ce lieu pour me rendre au haut de la rue Saint-Honoré, où les gardes royaux étaient rangés en bataille et protégeaient quelques-uns de leurs camarades qui, placés dans des maisons, s’amusaient à tirer sur les passants ; là, je leur fis voir ce qu’il y avait d’infâme dans leur conduite, les dangers qu’ils avaient à courir et les engageai à déposer leurs armes. Mais bientôt le lieutenant vint me dire que j’avais à me retirer si je ne voulais sauter. Je m’éloignai en l’assurant que nous nous reverrions peut-être bientôt n’ayant personne pour lutter contre le nombre d’hommes assez considérable qui se trouvait posté là ; bientôt, j’entendis la fusillade des vainqueurs qui se rapprochait du lieu où j’étais. J’attendis quelque temps en exhortant à s’armer tous ceux qui se trouvaient sur mon passage. Après quelques instants, je me trouvai à la tête de trente à quarante hommes, armés de fusils, qui vinrent avec moi sous la colonnade de la rue de Rivoli. Le tapage se rapprochait, nous voulûmes nous joindre aux combattants et en ce moment la garde royale débarqua de la place du Carrousel. Nous nous retirâmes devant les baïonnettes, et les coups de fusils commencèrent à s’échanger. Pendant tout le temps que dura l’assaut des Tuileries nous fûmes là pour recevoir les fuyards, qui perdirent plusieurs hommes et eurent beaucoup de blessés. De temps en temps, en excitant les hommes qui étaient avec moi et m’avançant dans la rue, je faillis recevoir des balles. Enfin, nous sommes entrés aux Tuileries et nous en sortîmes bientôt puis j’allais prendre quelque nourriture. A partir de ce moment, je passai les nuits au corps de garde et ne le quittai que pour faire auprès du général Fabvier le service d’aide de camp. » Le 27 mars 1831, il adressait la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement : « Je me trouve actuellement indisposé et je suis dans l’impossibilité d’aller à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; du reste, je ne sais pas trop quels sont les renseignements que l’on veut exiger de moi et je n’en donnerai pas d’autres que ceux connus par Lamaye illisible, membre de la Commission ; encore, si je les ai donnés, ce n’est que pour qu’il me soit permis de m’opposer à ce que les élèves portent à l’école des marques distinctives, qui ne serviraient qu’à humilier leurs camarades. La révolution n’ayant nullement atteint son but, je ne demanderai pas de récompenses pour avoir fait mon devoir et pour avoir agi dans mon intérêt personnel. » Selon le rapport que fit Lannoy (voir Lannoy Raignault de, Camille, François), autre élève de la même Ecole et choisi pour établir les droits de chacun des élèves à une récompense honorifique, en fonction de la part prise aux combats de Juillet, et cette part prise en uniforme ou en habits bourgeois, il était du nombre de ceux dont Lannoy disait qu’ils « ont combattu en uniforme dans les journées de Juillet et me paraissent avoir mérité la décoration spéciale ». Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Manque le détail de la délibération, elle est dans Archives de Paris VK3 34 mais c’est illisible… Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 18 avril 1831, à six voix pour la croix, une voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il fut, par ordonnance royale, en date du 22 novembre 1831, admis dans l’artillerie de terre, en qualité d’élève sous-lieutenant à l’Ecole d’application de l’artillerie et du génie à Metz. En 1837, il était lieutenant en premier. Il demeurait à l’Ecole polytechnique en 1830-1831. Histoire de la révolution de Paris depuis le 26 juillet jusqu’au 31 août 1830, Paris, chez Philippe libraire, rue Dauphine, 20, 1830, p. 210 (sous le nom de Bailletot) ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VK3 17, Témoignages, rapports, notes sur les élèves de l’Ecole polytechnique ; Archives de Paris VD3 8, révolution de 1830, lettres de polytechniciens, rapports divers, etc., aussi le rapport de Lannoy et aussi deux feuillets séparés de décorés de la Croix de Juillet auprès du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 18 avril 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Journal militaire officiel, n° 45 bis, année 1831, p. 249 ; Etat militaire du corps royal de l’artillerie de France, Paris, chez Levrault, 1837, p. 86, 144, 298.