Bonhomme, Hippolyte, Gabriel (Ambroise, Pompée à l’état civil)
Biographie
Né le 2 fructidor an VII (en 1798) à Breteuil (Oise), fils de Bonhomme, François, receveur aux barrières de Breteuil, et de Hainq, Marie, Madeleine, Sophie, son épouse (par erreur de Butout, Thérèse). Ancien sous-officier de cavalerie pendant seize années, décoré de la Légion d’honneur pendant les Cent-Jours, établi tailleur de pierres. Il rallia les combattants dès le 28 juillet au matin et « a continuellement donné des preuves de courage et de dévouement jusqu’au moment où il a été blessé en posant au Louvre le drapeau national […]. » Le 22 août 1830, il adressait la lettre suivante au général Lafayette et qui nous laisse de nombreuses indications sur sa participation aux combats : « Mû par les sentiments de liberté, je me suis présenté un des premiers pour reconquérir nos droits sacrés. Au Louvre, j’ai combattu depuis le matin jusqu’à sa reddition. J’ai placé, le premier, le drapeau tricolore. Sur le quai de l’Ecole, j’ai été blessé dans cette action de deux coups de feu à la main droite. J’ai reçu d’autres blessures encore mais j’étais tellement animé de l’horreur que m’inspiraient les Suisses que je ne me suis point aperçu de mes blessures. Malgré ma position, j’ai encore chargé sur mes épaules un malheureux jeune homme, blessé à côté de moi. J’ai porté ce dépôt précieux en triomphe jusqu’à ce que j’ai épuisé mes munitions et que j’ai été assuré que nous étions maîtres du Louvre. C’est à ce moment que n’étant plus utile au succès de notre cause, j’ai été me faire amputer un doigt à l’église Saint-Germain-l’Auxerrois. Tout pénible qu’il est de perdre un membre, je me suis écrié que c’était peu de chose que de perdre un doigt et d’être privé d’une main en comparaison d’une liberté conquise. Mes blessures et plusieurs doigts de mains me mettant dans une impossibilité de travail, je viens avec beaucoup de regret solliciter de votre bienveillance, mon général, de me faire entrer aux Invalides ou de prendre note de ma position et me faire avoir part aux secours qui seront distribués des dons de nos concitoyens. Je suis seul l’appui d’un père septuagénaire et d’une mère infirme, aussi ma position a décidé d’honorables citoyens qui m’ont remarqué à me donner des premiers secours et s’offrir à vous confirmer en dessous que les faits que j’avance se sont passés sous leurs yeux, afin de me donner plus de droits à votre bienveillance. » La lettre était apostillée des signatures suivantes, de témoins oculaires et qui attestaient que les faits ci-dessus rapportés étaient vrais : Gardien (voir ce nom), chapelier, demeurant 6, place de l’Ecole ; Vallé (voir ce nom), demeurant 3, rue de l’Arbre-Sec ; Bourniche (voir ce nom), demeurant 3, rue de l’Arbre-Sec ; Hans (voir ce nom), demeurant 2, rue de l’Arbre-Sec ; Colcomb illisible ; Boitel illisible, marchand de vins, demeurant 12, quai de l’Ecole ; Deflorenne, demeurant 22, quai de l’Ecole ; Belland, demeurant 26, quai de l’Ecole ; Benard, marchand de fourneaux ou de journaux, demeurant 16, quai de l’Ecole ; Roques, demeurant 24, quai de l’Ecole ; Royer (voir ce nom), demeurant 2, rue de l’Arbre-Sec ; Manbled illisible, demeurant 34, quai de l’Ecole ; Corion, marchand de vin, demeurant 1, rue de l’Arbre-Sec ; Datry, François, demeurant au café de France, quai de l’Ecole ; Lecointe, demeurant 6, place de l’Ecole. Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je certifie avoir vu pendant toute la matinée du 29 juillet le nommé Gabriel, Hippolyte Bonhomme, le drapeau tricolore à la main, soutenir, lui troisième, sur le quai de l’Ecole, le feu contre les Suisses embusqués dans la colonnade et les jardins du Louvre ; son courage et son sang-froid dans cette affaire sont dignes des plus grands éloges et méritent la plus belle récompense. Sous le feu roulant de l’ennemi, je l’ai vu ramasser deux blessés, les charger sur ses épaules, tirer encore son coup de fusil et venir déposer ses braves compagnons dans les mains des médecins qui avaient improvisé une ambulance rue Baillet ». Signé : Gillot, E. (voir Gillot, Etienne), demeurant 7, rue Baillet. Suivaient les signatures de : Servant, demeurant 14, quai de l’Ecole ; Royer (voir ce nom), demeurant 2, rue de l’Arbre-Sec ; Corion, marchand de vin, demeurant 1, rue de l’Arbre-Sec ; Gardien (voir ce nom), chapelier, demeurant 6, place de l’Ecole ; Chauvin (voir ce nom), demeurant 6, rue de l’Arbre-Sec, qui ajoutait lui avoir donné de poudre et des balles le 29 juillet ; Moreau (voir ce nom), demeurant 4, place de l’Ecole ; Plet illisible (voir ce nom), demeurant 8, place de l’Ecole ; Vallé, demeurant 3, rue de l’Arbre-Sec. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie avoir vu sur le quai de l’Ecole le 29 juillet le sieur Bonhomme, Hippolyte, Gabriel tirer sur les Suisses depuis 4 heures du matin jusqu’à ce que le Louvre a été pris. Je l’ai vu prendre un jeune homme sur son dos, qui était tombé blessé près de lui, et avec ce dépôt sacré ne pas quitter sa place sans tirer encore sur les Suisses et cela répété plusieurs fois. C’est lui qui, le premier, a planté le drapeau tricolore sur le quai de l’Ecole. Une balle lui a fracassé le doigt. Il a enveloppé sa main de son mouchoir et cette blessure ne l’a pas empêché de combattre jusqu’à la fin. Après la victoire il s’est rendu à l’église Saint-Germain-l’Auxerrois pour se faire panser. Je le plaignais d’avoir été blessé, il m’a répondu Un doigt de moins pour la liberté, ce n’est rien. Près de lui étaient deux grenadiers de la garde. On lui a présenté un verre d’eau rougie. Il a remercié en disant A mon camarade avant moi. La conduite de cet homme m’a paru digne de tout éloge. » Signé, le 4 septembre 1830 : Hans, maître tailleur, demeurant 2, rue de l’Arbre-Sec. Suivaient les apostilles de : Vallé (voir ce nom), marchand de couleurs, demeurant 3, rue de l’Arbre-Sec ; Bourniche (voir ce nom), marchand de couleurs, demeurant 3, rue de l’Arbre-Sec ; Gardien (voir ce nom), chapelier, demeurant 6, place de l’Ecole ; Royer (voir ce nom), coiffeur, demeurant 2, rue de l’Arbre-Sec ; Servant. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Faubourg Saint-Germain, (ancien) Xe arrondissement. Le commandant d’un des corps francs qui ont combattu aux journées des 28 et 29 juillet 1830 certifie que le nommé Bonhomme, Hippolyte, Gabriel […] s’est rallié à ma colonne dès le 28 au matin et qu’il a continuellement donné des preuves de courage et de dévouement jusqu’au moment où il a été blessé en posant au Louvre le drapeau national. Sa conduite, sous tous les rapports est digne d’éloge et mérite la bienveillance du gouvernement. » Signé, le 20 août 1830 : Jacquin, J., demeurant dans le quartier de la Monnaie. Le quatrième, la lettre de recommandation suivante adressée au président de la Commission des récompenses nationales : « La Commission que vous présidez a dû recevoir les pièces qui établissent la conduite courageuse et patriotique du sieur Bonhomme. Cependant comme ces pièces ne vous ont pas été adressées directement, je crois devoir, pour éviter la déchéance qui pourrait le frapper, vous adresser une nouvelle demande et de nouveaux certificats. Le sieur Bonhomme paraît tout à fait digne de la récompense qu’on accorde en France au courage et aux belles actions. Il est d’ailleurs, comme M. le colonel Joubert, l’un des membres de la Commission. » Signé : Robinet, St. (voir Robinet, Stéphane), chef de bataillon de la garde nationale Xe légion, demeurant 23, rue de Beaune. Il reçut un secours de cent francs en septembre 1830, sous les prénoms de Ambroise, Pompée et à l’adresse du 6, rue des Acacias en septembre 1830 et un secours de cinquante francs sous les prénoms de Hippolyte, Gabriel et à l’adresse de la rue de Sèvres en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Il fut soigné à l’Hôtel-Dieu puis à la maison de convalescence de Saint-Cloud à partir du 6 septembre 1830. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Son bulletin de la maison de convalescence de Saint-Cloud était ainsi apostillé : « Je, soussigné, commandant du corps franc, dont le sieur Bonhomme, Gabriel, Hippolyte faisait partie, certifie que le 28 juillet il reçut une première blessure à la Grève et le 29 une seconde au même bras, en posant le drapeau tricolore au Louvre. » Signé, le 8 septembre 1830 : Jacquin, J. (voir ce nom). Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales chargé de juger la nature et les conséquences des blessures pour chacun des blessés, donna à son sujet les conclusions suivantes : « A été atteint, dans les journées de Juillet, d’une blessure par arme à feu à la main droite, de son bord cubital vers la partie antérieure des phalanges du petit doigt et la face dorsale du doigt annulaire, qui a nécessité l’amputation du petit doigt dans l’articulation de la première avec la seconde phalange, guérie mais avec une perte de deux phalanges et difficultés dans les mouvements des doigts voisins. » Il fut admis dans la 3e classe des blessés ainsi que pensionné de quatre cents francs. Il lui fut accordé (sous le nom de Bonhomme, Ambroise, Pompée) par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Il sollicita un emploi de sergent de ville mais est indiqué comme n’ayant pas répondu sur l’état de candidats présentés par la Commission des récompenses nationales pour l’emploi de sergent de ville tenu par la préfecture de police. Son père, septuagénaire en 1830, se trouvait « réduit à un état absolu d’indigence par suite de l’incapacité de son fils dont le travail servait à le soutenir, ainsi que sa femme, âgée comme lui », selon un certificat médical délivré, en date du 31 août 1830, par le docteur Guibert, médecin adjoint du (ancien) Xe arrondissement. Sa médaille lui fut délivrée le 28 juin 1831 et son brevet le 27 septembre de la même année. Son nom est, comme décoré de la médaille de Juillet, sur une liste de décorés sur laquelle devait être choisie une députation de vingt-quatre décorés de la Croix de Juillet et de vingt-quatre décorés de la médaille de Juillet pour assister, à la Bastille, aux cérémonies qui devaient marquer le premier anniversaire de la révolution de Juillet. En novembre 1831, il était détenu à la prison de La Force et demandait à la mairie qu’on pût toucher en son nom et lui faire donner quelques secours lui revenant de la Commission. Il reçut sept cents francs de secours en 1831. En juillet 1837, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut une gratification de cinq francs et trente centimes, à titre de décoré non pensionné. Il reçut un secours de quarante-cinq francs et un autre de cinquante francs en 1837. Cette année-là, le préfet de police donnait sur son compte les renseignements suivants : « […] Ce pétitionnaire est âgé de quarante ans, il est célibataire. […] Il demeure rue des Brodeurs n° 23, et il est porteur à la halle, la conduite de cet homme est régulière. » Il reçut un secours de vingt-cinq francs en 1842, un secours de quarante francs en 1845. Son nom est sur une liste de décorés (trois devaient être choisis, en plus de trois orphelins, pour chacun des quatorze arrondissements) choisis pour participer à la cérémonie funèbre à l’église Saint-Germain-l’Auxerrois le 28 juillet 1840, à l’occasion de la translation des corps des victimes dans le caveau de la colonne de Juillet, place de la Bastille ; mais la remarque suivante est inscrite en face de son nom : « Ne peut pas s’habiller en noir. » En 1841, le préfet de police indiquait à son sujet : « C’est un homme qui n’a pas beaucoup de conduite et qui, par ce motif, est souvent sans ouvrage. Du reste, on ne dit rien de défavorable sur sa probité. » Il demeurait 14, rue de Sèvres en 1830-1831 (mais 128, rue de Sèvres in Archives nationales F/1dIII/36 et aussi in Archives de Paris VD6 524 n° 3 ; mais bien 14, rue de Sèvres, hors boulevard in Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension et in Archives nationales F/1dIII/33) ; 23, rue des Brodeurs en 1836-1837 ; 1, rue Saint-Placide en 1837-1840 ; 21, rue Neuve-Guillemin en 1841 ; 1, rue Constantine à Vaugirard en 1844 ; 13, rue Plumet toujours à Vaugirard en 1846. Deuxième état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 52 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du Xe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 109 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 14 ; Archives de Paris Vbis7K4 2 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille Xe arrondissement ; Archives de Paris Vbis7K4 4, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 524 n° 3, année 1837, 1840, 10e anniversaire, exhumation des victimes de Juillet et service funèbre ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 (liste des médaillés du [ancien] Xe arrondissement) ; Archives de Paris VD6 559 n° 1, mairie du (ancien) Xe arrondissement, Etat nominatif des blessés (3e classe) dont les bulletins individuels ont été remis le 3 octobre 1831 au bureau de la souscription nationale à la préfecture de la Seine ; Archives de Paris VK3 47 in dossier Lenaux ou Lenoux, Pierre (où son nom est sur une liste de blessés du (ancien) Xe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/33 nominations à des emplois civils (1831), aussi état de candidats présentés par la Commission des récompenses nationales pour l’emploi de sergent de ville aussi dossier indemnités et récompenses, envoi du 10 septembre 1830 du ministre de l’Intérieur à la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août ; Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/45 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) Xe arrondissement, blessés de 3e classe idem F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) Xe arrondissement, blessés de 3e classe.