Bonneau, Alexandre, Mathieu
Biographie
Né le 19 octobre 1794 à Laval (Mayenne) (par erreur à Voves près de Chartres in Archives de Paris VD6 3 et in Archives nationales F/1dIII/39). Elève au lycée impérial d’Angers, où il suivit les classes d’humanité et de mathématiques (à sa sortie, en 1810, le proviseur rendit témoignage « de la bonne conduite et de la pureté des mœurs de cet élève). Il fut reçu pharmacien, le 8 septembre 1817, devant la faculté de médecine de Paris par le jury médical du département de Loire-Inférieure. Maître pharmacien (par erreur employé ou même commis in Archives nationales F/1dIII/39). Il fut blessé par un coup de feu au genou droit et contusionné au pied gauche pendant les combats de la place de Grève, le 28 juillet. L’abrégé de sa conduite, qu’il fournit à la Commission des récompenses nationales nous donne les indications suivantes sur sa participation aux combats des trois journées : « Le 28, à 8 heures du matin, je fus dans la rue Montmartre. J’entrai par celle de la Jussienne et, parvenu rue du Bouloy, j’entendis très distinctement une vive fusillade. C’était les 5e et 53e régiments qui de la place des Victoires et vis-à-vis la Banque faisaient feu dans la rue Croix-des-Petits-Champs. Il y eut six morts et une douzaine de blessés. Nous tirâmes pendant une heure à peu près et, le feu cessant, je m’empressai de faire porter nos blessés dans l’angle formé par les rues Croix-des-Petits-Champs et du Bouloy. Abrités par les maisons d’un marchand de vins et d’un arquebusier, ces malheureux étaient garantis du feu, en cas qu’il recommençât. Mais nous n’eûmes plus rien à faire avec ces deux régiments. Ils cessèrent totalement leur feu et je retournai dans la rue Montmartre. Les Suisses étaient dans la rue Mandar et se battaient contre des gardes nationaux qui étaient retranchés dans le passage du Saumon. Alors nous les prîmes par le dos et nous leur tuâmes quelques soldats. Ils firent leur retraite, n’étant pas en force. Les gendarmes passèrent. On tira dessus et on leur tua seulement un cheval, rue Montmartre. Dans la rue Neuve-Saint-Eustache, on se battait contre le 53e, qui était étendu dans la rue des Fossés. Nous ripostâmes au feu (faible il est vrai) qu’ils firent contre nous et nous eûmes le bonheur de voir leurs officiers et surtout un capitaine leur défendre de faire feu sur nous. Ce brave officier pensa payer de sa vie sa noble conduite car pendant qu’il se tournait vis-à-vis de ses militaires pour leur défendre de tirer, il reçut un coup de balle qui lui traversa le corps (en le soignant, il m’a fait ce détail). Le 53e fit sa retraite et nous restâmes maîtres de la rue des Fossés-Montmartre, où nous trouvâmes trois militaires blessés et le capitaine Jacqueminot. L’exaltation était à un point que j’eus toutes les peines du monde à empêcher les braves défenseurs de notre belle patrie, qui voulaient achever ces blessés, de paraître cruels. Cependant j’en vins à bout et je m’emparai du capitaine, pendant qu’eux-mêmes relevaient les autres blessés. Je me dirigeai ensuite sur la Grève, où nos malheureux frères avaient si vaillamment combattu toute la journée. En y arrivant, je vis encore au pouvoir de l’ennemi cette place qui nous avait coûté tant de sang à prendre sur le despotisme. Les Suisses étaient dans l’Hôtel de ville, ils tiraient avec un acharnement féroce, et indistinctement sur hommes, femmes, enfants. Vingt coups de fusil saluaient tout passant, armé ou non armé. J’étais au coin de la rue de la Tixeranderie. C’est là que je reçus un coup de feu au genou. Cela ne m’empêcha pas de continuer à me battre jusqu’à ce que les militaires abandonnent la place. Pour aller à leur poursuite, nous passâmes par-dessus les barricades en courant et, dans la chasse qu’on leur donna, je reçus au pied gauche une contusion si violente (dont je resterai estropié) que je pus à peine me soutenir sur le moment. Revenu, j’allais prendre le chemin de la maison quand un étudiant en médecine qui m’avait pansé me pria de l’aider à panser les malheureux blessés. Je l’aidai et restai jusqu’à 3 heures du matin (29) avec lui. » Il accompagnait sa lettre de plusieurs témoignages. Le premier, signé de Jacqueminot, Antoine, Apollon, et ainsi rédigé : « Je, soussigné, Antoine, Apollon Jacqueminot, capitaine adjudant major au 53e de ligne, chevalier des ordres de la Légion d’honneur et de Saint-Louis, certifia à qui il appartiendra que le 28 juillet 1830, ayant été blessé d’une balle qui m’a traversé le corps dans la rue des Fossés-Montmartre, j’ai été secouru et pansé par les soins du brave et généreux M. Alexandre Bonneau, pharmacien ; que cet excellent citoyen n’a cessé, quoique blessé lui-même de les prodiguer à tous ceux qui, comme moi, ont arrosé de leur sang notre glorieuse liberté. En lui donnant ce faible gage de mon éternelle reconnaissance, je n’ai pas prétendu m’acquitter avec lui mais pour qu’il puisse s’en servir dans l’occasion. » Montagner (voir ce nom) lui délivra le certificat suivant : « Je, soussigné, élève de Lisfranc, chirurgien en chef de l’hôpital de la Pitié, certifie que le sieur Bonneau, Alexandre, a été blessé le 28 juillet 1830 d’un coup de feu au-dessus de l’articulation du genou droit et a reçu une forte contusion au-dessus de l’articulation du tarse du pied gauche, que malgré ces deux blessures le sieur Bonneau est resté avec nous à la place de Grève (où il avait été blessé) et nous a aidé à relever et panser les blessés pendant la nuit du 28 au 29. » Huet Masset, demeurant 9, passage du Saumon, témoigna que Bonneau avait été blessé à ses côtés sur la place de Grève et que, malgré la blessure qu’il reçut, il ne quitta la place qu’après la retraite des troupes royales et qu’il aida par la suite à relever et à panser les blessés. Notin, Pierre (voir ce nom), et Pannetier, C., L, demeurant 166, rue Montmartre (quel est le rapport avec Pannetier, Amable, Paul, Charles même adresse ?) attestèrent les mêmes faits. Aubert, Jean (voir ce nom) et Notin, Pierre (voir ce nom), combattants eux aussi, témoignèrent l’avoir aidé à se sauver de la fureur des militaires qui l’entouraient. Il signa deux certificats en faveur d’Amagat, Guillaume, et qui nous laissent quelques informations supplémentaires sur sa conduite. Le premier, ainsi rédigé, le 17 juillet 1831 : « Je, soussigné, ancien pharmacien, décoré de Juillet et l’un de ceux qui ont porté sur le champ de bataille des secours aux blessés, atteste et certifie avoir pansé sur le terrain pendant l’action engagée près des rues de Richelieu et Saint-Honoré, le sieur Amaga (sic), marchand de bois, blessé d’un coup de crosse. Ledit sieur ayant combattu corps à corps avec des soldats de la garde, reçut une contusion d’une telle force qu’il fut renversé et c’est à ce moment qu’étendu par terre, je lui administrai les premiers secours. » Le deuxième ainsi rédigé, le 6 septembre 1831 : « Nous, soussignés, décorés de Juillet et combattants des trois jours, attestons et certifions qu’il est à notre connaissance que le sieur Amaga (sic), marchand de bois, s’est conduit avec le plus grand zèle et le plus grand courage aux affaires du faubourg Saint-Antoine et de la porte Saint-Martin, du Louvre et du Palais-Royal, que non seulement il a combattu vaillamment dans ces divers endroits mais que dans plusieurs autres il a soldé de ses deniers des hommes hors d’état de combattre et dont les efforts hâtèrent la confection des barricades. En foi de quoi, remplis d’estime pour la conduite du sieur Amaga (sic), nous nous sommes fait un devoir de lui délivrer la présente attestation pour servir et valoir ce que de droit. » Marié et père de deux enfants, il reçut un secours en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Il reçut deux cent soixante francs de secours auprès de la mairie (dont on trouve les traces de cinquante francs en 1830 et de cent vingt francs en 1831). En septembre 1830, sans travail depuis les événements de juillet, il sollicita auprès de la Commission des récompenses nationales un emploi. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Vers le mois d’octobre 1830, il se plaignit, durant le travail de cette Commission, d’avoir été la victime de « caquetages de deux ou trois femmes » qui demeuraient dans la même maison et qui fournirent des informations désavantageuses sur son compte, allant même jusqu’à prétendre qu’il n’était pas sorti de chez lui durant les trois jours, qu’il avait été blessé bien avant les trois journées de Juillet et qu’il était « soi-disant médecin ». Bonneau protesta contre ces manières auprès de la Commission et demanda à la Commission « d’apprécier la valeur du pour et du contre dans cette affaire. D’un côté trois blanchisseuses, de l’autre douze citoyens famés. Voilà l’alternative que je vous présente. J’avais omis de vous dire, monsieur, une particularité, c’est que dans notre maison, je suis le seul qui se soit battu et comme les maris de ces femmes sont restés chez eux, peut-être que la jalousie les a engagés à donner de semblables renseignements pour mettre parité entre leurs maris et moi. » Il renouvela la présentation des certificats qu’il avait fournis, dont celui du capitaine Jacqueminot, qui jura sur son honneur la véracité des faits qu’il avait déjà avancés ; il ajouta les témoignages de personnes qui l’avaient vu sortir de chez lui pour se battre et qui demeuraient aussi 9, rue de la Boule-Rouge : Richer illisible ; Bignon, propriétaire ; la veuve Gerudet illisible, née Kuller illisible. N’ayant pas lu son nom sur la première liste de noms de personnes décorées de la Croix de Juillet et parue dans le Moniteur, il pensa que c’était un oubli de la Commission et demanda à être compris dans la liste supplémentaire à paraître. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il fut classé dans la 1re classe des blessés, avec une indemnité versée définitivement. Il reçut, à titre de blessé de la 1re classe, une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Sa médaille lui fut délivrée le 28 juin, et son brevet le 18 août 1831. Il déposa un dossier devant la Commission des Réclamants, afin d’obtenir la Croix de Juillet et une pension. Il adressa, le 12 décembre 1831, la lettre suivante à cette dernière Commission : « {…] Blessé en juillet (28) 1830, j’ai comme tel été porté sur la liste du Constitutionnel et ai été visité par M. Noël, chirurgien attaché à cette administration, qui m’a fait porter pour une somme de cent francs. Visité une seconde fois, par le chirurgien de la mairie, j’ai reçu à diverses reprises soixante-dix francs en juillet 1831 et l’habillement. Depuis j’ai reçu un mandat de cent vingt francs comme non classé. D’où peut provenir qu’on ne m’ait accordé que cent vingt francs, moi blessé d’un coup de feu au genou droit, qui me laisse des douleurs aiguës, et d’une contusion au pied gauche qui me fait pareillement souffrir, tandis qu’on a fait trois cents francs de pension à des personnes qui ont présenté (avec audace) des blessures guéries au commencement de juillet et qu’ils ont fait passer pour avoir été reçues dans les glorieuses journées. J’ai écrit à M. le ministre de l’Intérieur, qui a renvoyé ma réclamation à M. de Saint-Firmin, lequel m’a répondu que le sort des blessés était irrévocablement fixé et d’ailleurs que je n’avais pas passé en conseil de révision. Absent, je n’ai pas eu connaissance de ce conseil. Visité par MM. Noël, chirurgien attaché au Constitutionnel, et M. le chirurgien délégué par la mairie, secouru comme tel, habillé et ayant reçu en juillet dernier un secours de cinquante francs, en octobre 1831 un mandat de cent vingt francs, il me semble qu’on en peut me contester mes droits. D’ailleurs les blessures que j’ai reçues sont visibles et peuvent être un témoin irrécusable de la légitimité de ma réclamation. » En 1839, il sollicita des secours. Cette année-là, les renseignements de police indiquèrent à son sujet : « Conduite immorale, employé à deux mille francs aux messageries Laffitte-Caillard, fait de fortes dépenses avec la femme d’un conducteur et ne prend aucun soin de ses trois enfants. L’aînée âgée de 19 ans est abandonnée à elle-même, les deux autres sont dans des maisons de charité ou de détention. » Il demeurait 9, rue de la Boule-Rouge en 1830-1831 (par erreur 1, rue Contrescarpe-Saint-Marcel en 1830, pourtant en 1831 dans son dossier à la Commission des Réclamants c’est bien 1, rue Contrescarpe-Saint-Marcel et aussi dans la lettre qu’il signe et qu’il fait parvenir à cette Commission) ; parfois à Voves (Loiret) en 1828-1831, où il se reposait mais se faisait suivre le courrier qui lui arrivait de la rue de la Boule-Rouge ; 2, rue du Cloître-Saint-Jacques-l’Hôpital, en 1839. Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe du IVe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 71 ; Archives de Paris Vbis1K4 2, Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/45 ; Archives nationales F/1dIII/69 in dossier Notin ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) IVe arrondissement, blessés de 1re classe ; Archives de la préfecture de police AA 370 in dossier Amagat, Guillaume.