Bonneau, Antoine, Théophile (dit aussi Alexandre une fois aux Archives nationales)
Biographie
Né vers 1803 (quatre sources dont Archives nationales F/1dIII/82 et deux fois Archives de Paris VK3 33) ou 1808 à Paris. « Sorti du collège à dix-huit ans pour voyager avec mon frère, entré au service à vingt-trois ans comme engagé volontaire à l’Ecole de cavalerie de Saumur et passé au 2e cuirassier de l’ex-garde [brigadier, N.D.A.], en congé illimité à Paris un an avant les affaires de Juillet, comme fils unique de femme veuve. Entré à la correspondance des Messageries centrales de France, le 4 septembre 1829 jusqu’au 4 septembre 1830, où il a été remercié par économie, l’administration n’ayant pu se soutenir quelque temps après », donnait-il comme indication biographique à l’occasion d’une demande de secours. Il fut légèrement blessé le 28 juillet, au coin de la rue de l’Echelle, d’un coup de baïonnette reçu à la cuisse. Le lendemain, il ressortait pour se battre dans la rue d’Argenteuil. Vers les trois heures de l’après-midi, sous les ordres de Rousseau, il aida à débusquer les gardes royaux qui tiraient sur le peuple depuis les maisons adossées au Palais-Royal et se battit, selon un témoignage, « avec courage et même avec audace ». Peu après, au 216, rue Saint-Honoré, il empêcha des combattants qui avaient envahi le bureau des domaines du duc d’Orléans de jeter par les fenêtres les papiers qu’ils y trouvaient et protégea aussi la vie du concierge que d’aucuns voulaient fusiller, prétextant qu’il cachait des gardes royaux. Le jour où le duc d’Orléans se rendit à la Chambre des députés, il se tint constamment à ses côtés, ne cessant « de proférer des paroles d’un enthousiasme patriotique » en sa faveur. Il était porteur du certificat suivant : « C’est avec plaisir que je m’empresse de répondre à votre demande et de certifier à qui de droit que vous m’avez joint d’après l’avis de M. le colonel de la Roche, le 29 juillet sur les 3 heures du soir avec deux volontaires pour coopérer, avec la masse armée que j’avais, à débusquer les gardes royaux qui tiraient sur le peuple des maisons adossées au Palais-Royal ; qu’en effet vous avez combattu avec courage et même avec audace et qu’après le combat vous m’avez accompagné pour empêcher le peuple de jeter par les fenêtres les papiers des domaines de Sa Majesté. Je pense que cette déclaration sera suffisante, s’il en était autrement veuillez me le faire connaître je m’empresserai de vous satisfaire. » Signé, le 15 août 1830 : Rousseau, propriétaire, électeur adjoint de sa commune, demeurant à présent chez Rousseau, 54, rue Bellegarde. Suivait l’apostille suivante : « Je certifie que le nommé ci-dessus a constamment resté près de Sa Majesté le jour qu’elle est allé à la Chambre des députés et que pendant tout le chemin il n’a cessé de proférer des paroles d’un enthousiasme patriotique en faveur de sa personne et de la bonne famille de notre auguste et bien aimé souverain. » Signé : Sigfeldt, chevalier de la Légion d’honneur, officier en retraite et présentement employé chez le roi. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Le registre des délibérations du jury de la Commission des récompenses nationales, en date du 27 janvier 1831, contient les indications suivantes sur sa participation aux combats : « N’a rien fait le 27 et le 28. Le 29, à la rue d’Argenteuil, a travaillé à la barricade et, armé d’un fusil d’un jeune homme blessé, illisible faire feu ; a contribué à empêcher de tuer un Suisse prisonnier ; à la rue Sainte-Anne jusqu’à 3 heures ensuite au coin de la rue d’Argenteuil a fait feu contre la garde royale qui était dans la rue Saint-Honoré. » Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 27 janvier 1831, à aucune voix pour la croix, cinq voix pour la médaille et quatre voix pour une mention. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Licencié des Messageries centrales de France, il lui fut délivré le certificat suivant par Touchard et Massé, administrateurs de cette compagnie : « Nous, soussignés, certifions que le sieur Théphile, Antoine Bonneau a été occupé dans nos bureaux depuis le 4 septembre 1829 jusqu’à ce jour en qualité d’employé à la correspondance ; que nous n’avons toujours eu qu’à nous louer de sa probité, de son travail et de son zèle pour l’intérêt de l’administration, déclarant que ce n’est que pour cause de réforme et d’économie dans notre personnel que nous avons été obligé de le supprimer. » Signé, le 4 septembre 1830. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il expliquait ainsi après la révolution : « […] Je n’ai pas tiré de certificat de ma blessure, ne voulant rien demander puisque je me trouvais encore placé après la révolution mais ayant perdu ma place, je m’adressai, croyant bien faire et comme ayant servi à la Commission du général de Caën, qui se déclara incompétente, vu que je n’étais pas officier, et me fit remettre mes papiers, le 27 ou 28 janvier 1831, après avoir fait signer une note par tous les membres de la Commission par laquelle j’étais particulièrement recommandé au ministre de la Guerre. Alors le travail de la Commission des récompenses nationales était terminé. Peu de temps après, je tombais malade et entrais à l’hôpital Saint-Louis, où je restais une partie de l’année dans une des salles de M. Biet, chirurgien en chef. Le 11 février 1832, je fus placé inspecteur des garnis, où je fis mon devoir avec zèle et probité, comme on peut s’en assurer encore par M. Allard, chef de la police de sûreté, qui était en ce moment chef de bureau des garnis. Je perdis ma place le 18 septembre suivant pour une querelle particulière et enfin depuis ce temps j’ai fait tout ce que j’ai pu pour gagner et exister d’une manière honorable, tel que copier des rôles, garder des scellés. En observant que j’ai toujours été dévoué au roi, sans jamais avoir été arrêté ni compromis dans aucune émeute, comme on peut s’en convaincre dans tous les logements garnis où j’ai demeuré : chez Mme Mathias rue du Temple n° 131, dix-neuf mois ; rue de Bellefond, hôtel de Bellefond, quatre mois ; rue des Marais-du-Temple n° 1, deux mois ; rue Grange-aux-Belles n° 34, où je suis maintenant et depuis cinq mois et depuis être sorti de Saint-Louis rue du Faubourg-Poissonnière n° 79, quatre mois. » Le préfet de police indiquait par contre : « Du 10 février au 16 octobre 1832, il a été attaché comme inspecteur des maisons garnies ; sa conduite scandaleuse l’a fait révoquer ; il s’enivrait fréquemment et il avait risqué des sommes assez considérables dans une maison de jeu, contrairement aux règlements qui interdisent l’entrée de ces maisons aux employés de l’administration. » Il fut dès lors réduit à plusieurs métiers pour gagner sa vie, tels la copie des rôles ou le gardiennage des scellés. Il était compris dans une liste de combattants que de Lacroix, baron de Boegard (voir ce nom), président de la Commission des réclamants combattants de Juillet, faisait parvenir, dans deux lettres en date des 15 juin et 6 août 1832, au ministre de l’Intérieur, afin de solliciter une réponse sur l’issue des démarches faites par plusieurs des combattants qui estimaient avoir été lésés dans leurs droits aux récompenses nationales. Ces combattants, faisait savoir de Lacroix, « désavouent ceux d’entre eux qui auraient pu participer aux derniers événements qui ont ensanglanté la capitale (l’insurrection des 5 et 6 juin 1832, N.D.A.) ; loin d’eux toute idée de renverser un trône qu’ils ont élevé au prix de leur sang ! Ils ne désirent que prouver au gouvernement du roi qu’ils sont et seront toujours prêts à mourir pour la dynastie qu’ils ont fondée. […] La plus grande partie des réclamants ont déjà la médaille et se sont toujours empressés, à chaque émeute, d’aller combattre les agitateurs et de faire rentrer dans le devoir, par leurs conseils, ceux de leurs camarades qu’on aurait pu égarer un instant […] ». De Lacroix donnait les précisions suivantes sur les faits dans lesquels s’était illustré le réclamant : « A contribué à désarmer le poste de la rue des Frondeurs et se joignit à la masse armée. La Croix de Juillet en échange de la médaille et le grade de sous-lieutenant. Par son courage, son intelligence et sa conduite, mérite ce qu’il sollicite. » En 1834, il sollicita des secours assurant avoir « toujours été dévoué au roi, sans jamais avoir été arrêté ni compromis dans aucune émeute ». Le préfet de la Seine parla de lui comme d’un « honnête homme, […] dans le plus grand besoin et on le croit digne de la bienveillance du gouvernement ». Il reçut un secours de quarante francs entre 1849 et 1853, un secours de soixante francs en 1850, un secours de soixante-quinze francs en 1851 et en 1852, à titre de médaillé de Juillet. Il demeurait successivement 131, rue du Temple, hôtel de la Paix ; hôtel de Bellefond, rue de Bellefond ; 1, rue du Marais-du-Temple ; 34, rue de la Grange-aux-Belles (21, rue d’Argenteuil sur les listes de la mairie et sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39 et aussi in Archives de Paris VK3 33 et in Archives de Paris VK3 34) en 1831 ; 79, rue du Faubourg-Poissonnière ; 34, rue de la Grange-aux-Belles en 1834 ; 12, rue du Faubourg-Saint-Martin en 1850 ; 22, rue du Faubourg-Saint-Martin en 1851 ; 2, rue Montholon en 1852. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique ; Archives de Paris VD6 682 n° 3 ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 27 janvier 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien) ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/45 ; Archives nationales F/1dIII/49 in dossier Chevrier ; Archives nationales F/1dIII/82 ; Archives de la préfecture de police AA 369, décorés de juillet 1830 et blessés de juin 1848, Etat de secours accordés de 1849 à 1853, idem Envoi d’un état nominatif de décorés, blessés ou combattants de Juillet, sur le compte desquels il y a lieu de prendre des renseignements, à la date du 27 février 1850, minutes 100-104, idem Proposition, en date du 18 juin 1850, d’accorder à 194 décorés, combattants et veuves de Juillet 1830, domiciliés dans le département de la Seine, des secours s’élevant à la somme de 10.390 francs, minutes 110-116, idem, Proposition, en date du 27 novembre 1851, d’accorder à 165 décorés, médaillés, blessés, veuves, ascendants, orphelins, combattants et blessés de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à la somme de 9.610 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 202-204, idem Proposition d’accorder à 130 décorés, veuves et blessés de juillet 1830 des secours s’élevant ensemble à 7.510 francs, imputables sur le chapitre 6 du budget de 1852, minutes 225-229, en date du 19 juin 1852.