Borelly, Pierre

Biographie


Né le 9 novembre 1777 à Guéret (Creuse). Dans deux lettres qu’il adressa à la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de février, il donnait les indications biographiques suivantes sur la première partie de sa vie (les deux lettres sont confondues pour ne retirer que le maximum d’indications biographiques, N.D.A.) : « Il est parti le 11 mai 1792 engagé volontaire dans les armées de la république française. Il faisait partie de celle de Mayence, qui reçut des ordres pour se rendre dans la Vendée, commandée par le général Kleber, où il guerroya jusqu’en 1794, ensuite passa dans l’armée d’Italie jusqu’en 1799. Rentrant des prisons d’Autriche, il fut incorporé dans les guides du maréchal Brune. Il se retira en 1805, époque où il fit partie de l’administration des droits réunis jusqu’au 18 juillet 1816, où il fut révoqué de sa place de receveur à cheval pour avoir pris une part active dans les événements de Grenoble, du 4 au 5 mai 1816 […]. Il courut de grands dangers d’être arrêté par les agents de Louis XVIII, qui poursuivaient sans cesse les insurgés éparpillés dans les bois et les montagnes ; après quoi, il rentra à Guéret, dans sa famille, où il fut l’objet d’une surveillance secrète de la part de l’autorité et de là se rendit à Paris en 1821 (ou 1822), séjour qu’il n’a plus quitté, y vivant avec sa famille de son intelligence industrielle. » Le 27 prairial an IX, alors qu’il était maréchal des logis à la 1re compagnie de l’armée d’Italie, il obtint un congé de six mois à cause des fatigues qu’il avait éprouvées au passage du Mincio, pour se rendre à Guéret, son lieu natal, et y rétablir sa santé. Au moment du retour de l’Empereur, son dévouement à l’Empire et ses activités sont attestés par les deux certificats suivants. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Le maire de la commune de Vizille atteste que M. Pierre Borelly, receveur à cheval des contributions indirectes à Vizille, a fait partie de la compagnie de voltigeurs de la garde nationale de Vizille qui le 26 mars 1815 s’est formée de son pur mouvement et a offert son service à M. le lieutenant-général commandant la 7e division militaire, qui le 27 dudit mois lui confia le soin de marcher la première pour barrer le passage aux provinciaux insurgés qui dirigeaient leur marche sur Grenoble, que ledit sieur Borelly a été employé par MM. le général Chabert et le major Rascas en qualité d’aide de camp ; que par son intelligence dans l’art de la guerre, son activité et son courage soutenu les ordres dont il a été chargé ont eu une exécution rapide ; que par l’activité des relations entre ces chefs, il a puissamment contribué au succès des mesures prises par eux et des opérations et mouvements qu’il ont ordonnés et qui ont eu l’heureux résultat d’arrêter la marche des Provençaux. En foi de quoi, nous avons délivré le présent à M. Borelly, pour rendre l’hommage qui est dû à son zèle et à son dévouement pour la cause de Sa Majesté l’empereur et pour l’intérêt de la patrie. » Signé, le 26 avril 1815 : Boulon, maire. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Le major du 5e régiment de ligne, commandant les gardes nationales de Vizille et de La Mure dans l’expédition qui a eu lieu dans les Hautes-Alpes contre les insurgés de la Provence, certifie que M. Borelly, désigné ci-dessus, a donné les plus grandes preuves de zèle, d’intelligence, de bravoure et de dévouement et que, par sa conduite, il n’a pas peu contribué au glorieux élan que les gardes nationales de ces deux communes ont donné dans cette circonstance. » Signé à Grenoble, le 2 avril 1815 : le nom manque, major du 5e de ligne. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le dénommé dans le présent faisait partie des gardes nationales de Vizille, qu’ainsi qu’eux il a donné des preuves de dévouement à l’empereur. C’est par erreur que M. le maire de Vizille a avancé qu’il était employé auprès de moi en qualité d’aide de camp. Cette erreur, cependant, ne détruit pas les preuves qu’il a données dans cette circonstance critique d’un zèle et d’un dévouement non équivoques. » Signé à Grenoble, le 5 mai 1815 : Chabert, Théodore. Commis à cheval dans l’administration des droits réunis, il fut révoqué le 24 juin 1816, du fait de sa conduite à l’époque du 4 mai 1816 (voir plus haut). Il lui fut cependant délivré le certificat suivant : « Le directeur de l’arrondissement de Grenoble, soussigné, atteste que la révocation de M. Borelly, commis à cheval à La Mure, a été motivée sur l’opinion de cet employé [et non] sous le rapport de la gestion de sa place. M. Borelly a manifesté toute la délicatesse, le zèle, l’intelligence et le dévouement que l’administration devait attendre de lui, qu’il s’était acquis l’estime et la bienveillance de ses chefs et que sa conduite avait toujours été irréprochable. En témoignage de quoi, il lui a été délivré le présent pour servir ce que de raison. » Signé, à Grenoble le 28 juillet 1816 : Richaud, directeur par intérim. On trouve dans son dossier l’indication qu’il était commissaire-priseur en 1817. Il participa à la révolution de Juillet. On trouve dans son dossier une lettre datée du 12 janvier 1831, envoyée de Vizille, et qui donne d’autres indications biographiques sur Borelly. Cette lettre est ainsi rédigée : « Mon cher ancien ami, c’est avec le plus grand plaisir que nous avons reçu de vos nouvelles par M. Finant, major, qui vous a vu à Paris. Nous sommes contents surtout de savoir que vous vous portez bien, ainsi que monsieur votre fils, Trophime, malgré les dangers que vous avez dû courir dans les mémorables journées de juillet dernier, où vous avez pris une part active. Cette conduite de votre part dans un moment où il s’agissait du salut de l’Etat ne nous a point étonnés parce que nous connaissons les sentiments qui vous animent, votre attachement à la liberté et vos principes patriotiques. Cette circonstance nous a rappelé tout le bien que vous avez fait pour nous en 1815 et ce que vous avez enduré de cruel et d’injuste pour avoir rempli vos devoirs de bon et loyal Français. Puissiez-vous, aujourd’hui, recueillir, sous un gouvernement juste et libre, la récompense de vos actes de dévouement à la patrie ; c’est là les vœux bien sincères que nous formons pour vous. Depuis notre glorieuse révolution, les Vizillois sont heureux, leur patriotisme a pris un nouvel essor, leur garde nationale est organisée, armée, et une grande partie équipée, sous le commandement en chef du major Finant, nommé colonel de toute la garde nationale du canton de Vizille, et, si besoin exigeait, on verrait encore les Vizillois, comme en 1815, voler à la défense de la patrie. Nous avons, le 24 octobre à la Mure, un banquet civique offert par les Murois aux Vizillois, composé de plus de huit cents couverts. Dans cette réunion, nous nous sommes rappelés la campagne de Cognet et notre réception à La Mure par les braves Murois, ce qui a excité un nouvel enthousiasme dans tous les esprits. Cette fête brillante laissera des souvenirs dans les deux cantons. Au printemps prochain, les Vizillois se proposent de renouveler cette fête à Vizille. Pourriez-vous, notre cher ami, nous procurer l’avantage de vous y posséder, ainsi que votre fils. Vous ajouteriez à l’éclat de la fête et ce serait pour vous l’occasion de revoir vos nombreux amis dans ce pays, si vous accédiez à nos désirs. Nous vous aviserions d’avance du jour qui sera indiqué. En venant à Vizille, vous combleriez les vœux de tous mais surtout de la mère Petit, qui pense très souvent à vous. Dès qu’elle a entendu prononcer le nom de votre fils par le major Finant, qui nous a donné de vos nouvelles, les larmes lui ont coulé des yeux ; elle a dit qu’elle serait heureuse si elle pouvait revoir cet enfant, à qui elle portait tant d’intérêt, qu’elle avait considéré comme le sien propre et dont le souvenir est toujours présent à sa mémoire. Tâchez donc de lui procurer cette satisfaction. Nous attendrons de vos nouvelles avec impatience. Dites-nous tout ce qui pourra nous intéresser à vous comme à votre fils. Le docteur Bonnardon, Durand, Bethoux, Collin, Chapuy, Clermont, Capitaine, Romain, Peyron et tous vos amis se rappellent à votre souvenir. Recevez leurs salutations amicales en particulier celle de votre très affectionné serviteur au nom de toute la famille ; Petit père, receveur. » Le 7 avril et le 15 juillet 1848, il adressait une lettre à la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de février, afin d’obtenir la récompense honorifique. Il relatait ainsi sa conduite pendant les révolutions de Juillet et de Février : « […] L’exposant a été un des premiers à aider au renversement de la branche aînée des Bourbons. Le 23 février, ce fut lui qui osa le premier proclamer la déchéance de Louis-Philippe, en s’adressant directement au sieur Horace Vernet, lorsqu’il vint en face de la Banque annoncer un changement de ministère. Le même jour, il porta des secours aux victimes assassinées lâchement par la troupe stationnée au ministère des Affaires étrangères et poussa avec de nombreux camarades les cris d’alarmes et de vengeance contre les égorgeurs de ses frères et instantanément se mit à élever des barricades. L’exposant ajoute encore qu’il a présidé à la formation des cinq barricades, le 24 février au matin, rue Richelieu et fontaine Molière ; de là il marcha avec les combattants sur les Tuileries et sur la place du Palais-National. […] Le citoyen exposant croit devoir ajouter qu’il est membre de plusieurs clubs, notamment du club de la Révolution, présidé par le citoyen Barbès. » Il joignait à sa demande le certificat suivant : « Je, soussigné, Pierre, Hippolyte Gadon (voir Gadon de Guerret, Pierre, Hypolite), décoré de Juillet, certifie que le sieur Borelly, Pierre s’est rendu dès le 22 février sur la place de la Révolution, au moment où devait avoir lieu le banquet, qu’il était du nombre des citoyens qui criaient Vive la réforme ! que le lendemain 23 février, après s’être porté dans la journée au milieu des groupes qui demandaient le renvoi du ministre, il se trouvait près du ministère des Affaires étrangères au moment de l’assassinat commis sur les citoyens inoffensifs ; que, saisi d’une profonde indignation, il fut des premiers à crier vengeance et à se rendre dans son quartier pour organiser des barricades ; qu’enfin, le 24 février, il était avec moi, dès le matin 8 heures, sur les boulevards, où il demandait à grands cris la déchéance de Louis-Philippe. » Signé, le 28 février 1848 : Gadon. Suivaient les apostilles suivantes : « Déclare que tous les faits ci-dessus sont à ma connaissance personnelle, ayant eu occasion de voir le citoyen Borelly sur les lieux, où il a toujours fait preuve d’un bon citoyen en payant de sa personne. » Signé : Maillard, garde national à la 2e compagnie du 1er bataillon de la Ire légion, demeurant rue des Quinze-Vingts. « Je, soussigné, me joins au citoyen Gadon pour attester la présence du citoyen Borelly au massacre du ministère des Affaires étrangères. » Signé : Laugier (voir Laugier, Adolphe ?), décoré de Juillet. « Je déclare que depuis 1815 j’ai vu le citoyen Borelly un des premiers dans toutes les circonstances où les bons citoyens se sont montrés pour ramener le régime de la liberté. Le 25 juillet 1830 jusqu’au 29 je l’ai vu sur plusieurs points combattre et diriger les attaques, en 1832, affaire Lamarque, il s’est distingué ainsi qu’en février 1848, que son patriotisme et sa bravoure éprouvée (sic). » Signé : Bleton (voir Bleton, Alexandre), décoré de Juillet, blessé de Février, demeurant 43, rue Laffitte. « Je, soussigné, déclare avoir une parfaite connaissance des faits ci-dessus énoncés. » Signé : Deschamps, combattant de février 1848, demeurant 48, rue Saint-Lazare. « Pour rendre hommage à la vérité, je déclare que les faits sus-énoncés dans l’exposé en faveur du citoyen Borelly sont vrais. » Signé, le 28 juillet 1848 : Estibal, avocat à la cour d’appel. « Je me joins volontiers aux citoyens qui certifient que le sieur Borelly a coopéré à l’avènement de la république. » Signé, le 28 juillet 1848 : Verdet, P., décoré de Juillet (pas de trace dun Verdet, P. dans les décorés de Juillet…). Il fut recommandé par la Commission pour recevoir le signe honorifique et pour être pourvu d’un modeste emploi si cela était possible (sans doute du fait de son âge). Il était marié et père de deux enfants en 1848. Il demeurait 3, rue du Hazard-Richelieu en 1848. Archives de la préfecture de police AA 373.

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