Bottereau, A.
Biographie
Né en 1802 à Besançon (Doubs). Sergent au 41e de ligne dans l’Armée du Nord en 1832, il adressa à cette époque la lettre suivante au roi : « Engagé volontairement en 1825, je me trouvais, au mois de juillet 1830, sergent au 55e régiment de ligne en garnison à Bordeaux. Lorsque le colonel de ce régiment voulut le diriger sur Bayonne, où devait se réunir une armée antinationale (afin de soumettre cette ville au drapeau blanc et de la conserver pour refuge à la famille déchue, écrit-il dans une autre demande), après avoir, par notre refus, fait échouer cette tentative de l’ancien gouvernement et contribuer autant qu’il fût possible à maintenir la tranquillité, nous nous séparâmes des autres du régiment dès que celui-ci eût reçu et mis à exécution de faire feu sur les patriotes qui voulaient arborer nos glorieuses couleurs. Dès lors nous fûmes offrir nos services au brave général Janin, qui daigna nous féliciter sur notre conduite et nous organiser en bataillon provisoire, dont je fus nommé porte-drapeau par tous mes camarades. Constamment aux côtés du général, je fus assez heureux pour l’arracher au danger et lui donner les premiers soins lorsqu’il fut blessé. Bientôt après, arriva le général Lamarque ; nouvelle félicitation de sa part, six de nous furent nommés officiers, le reste dont je faisais partie fut dirigé sur Paris pour être présenté à Votre Majesté. Mais le bien du service exigea que nous restions quelques jours à Blaye. Arrivés à Tours, les troubles de la Vendée éclatèrent et nous entrâmes spontanément dans les régiments destinés à combattre les éternels ennemis de notre gloire et de notre liberté. Dans cette campagne, Sire, je fus encore assez heureux pour saisir à Cambray, près Segré (Maine-et-Loire), le premier réfractaire arrêté dans ce département. N’ayant point reçu la récompense qui nous était promise, j’ai pris la liberté d’adresser à Votre Majesté une humble supplique pour lui retracer le droit que je crois avoir à la Croix de Juillet ; mais monsieur le ministre de l’Intérieur m’a répondu que ma demande n’ayant pas été formée en temps convenable, il ne pouvait y faire droit. Permettrez-vous, Sire, que celui qui combattait pour la France et pour le trône de Juillet fût plus maltraité que ceux qui, tranquilles dans leur garnison, pouvaient à tout moment prendre connaissance des formalités à remplir et se mettre en mesure ? Non Sire, votre justice si bien connue s’y oppose. C’est donc avec confiance, Sire, que j’ose de nouveau m’adresser à Votre Majesté, bien persuadé que, convaincue de la légitimité de ma demande, elle daignera la prendre en considération et m’accorder la faveur que je sollicite de sa justice. » Dans une autre demande, il donnait les précisions suivantes : « Le 30 juillet, plusieurs de nos officiers nous donnèrent l’ordre de faire feu sur les patriotes. Notre refus nous valut de la part de ces officiers les plus indignes traitements. Quelques-uns de nous y perdirent la vie. Bientôt ils s’emparèrent des armes des victimes, tirèrent sur nous et nous ne dûmes notre salut qu’au courage dont nous fîmes preuve. Retirés au Palais-Royal, où nous étions accompagnés des gardes nationaux, nous y bivouaquâmes deux jours de suite. N’ayant pas voulu retourner avec le reste du régiment, dont la conduite était si peu française, le général nous envoya au quartier Saint-André, où nous restâmes jusqu’à l’arrivée du général Lamarque. Il nomma six sergents-majors officiers et envoya le reste des sous-officiers à Paris, pour y recevoir la récompense due à leur dévouement. Arrêtés à Tours par ordre ministériel, on nous mit en subsistance dans le 16e de ligne. Un mois après, le général Ornano reçut l’ordre de nous faire choisir les régiments dans lesquels nous préférerions servir ; ce fut alors que j’entrai dans le 41e, où je suis depuis le 17 septembre. » Il lui fut répondu que les travaux de la Commission des récompenses nationales étaient terminés. Archives nationales F/1dIII/45 ; Archives nationales F/1dIII/79, dossier Calvados.