Boulard, Elie, Nicolas, Germain

Biographie


Né le 29 mars 1805 à Vandœuvre (Aube), fils de Boulard, Edme, Nicolas, Catherine, capitaine de grenadiers dans les armées de la république à la 11e demi-brigade. Commis marchand. Pour s’être illustré dans les combats, il sollicita d’abord une sous-lieutenance, puis il retira sa demande, et sollicita une distinction honorifique. Il joignait à sa demande le certificat suivant : « Nous, soussignés, habitant le quartier des Bourdonnais, certifions que le sieur Elie Boulard […] fut un des premiers qui, le 28 juillet, prirent l’habit de garde national pour organiser la résistance, et qu’il ne déposa les armes que le jeudi soir, après s’en être bravement servi pendant les deux journées. Le jeudi, on le vit courir seul sur le Louvre, exposé aux balles des Suisses, en engageant les patriotes à le suivre pour aller enfoncer les portes. Ceux-ci, trop peu nombreux alors, n’ayant pu le faire, il resta au milieu de la rue pour tirer sur les Suisses, jusqu’à ce qu’un renfort arrivant avec les élèves de l’Ecole polytechnique permit de marcher en avant. Alors il fut un des premiers qui pénétrèrent dans le Louvre. » Signé : Lavalade, demeurant 7, rue Bertin-Poirée ; Saulieu illisible, A. ; Joly ; Vivien illisible, capitaine à la 3e compagnie du 2e bataillon de la IVe légion de la garde nationale ; illisible, capitaine ; Clévier de Chézieux ; Courtin, B., demeurant 5, rue Bertin-Poirée ; Lecerf-Duval, tenant l’hôtel du Gaillarbois, 4-6, rue Bertin-Poirée ; Fassut, demeurant 7, rue des Bourdonnais ; Galliot ; Bénard. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie de cet arrondissement. Il sollicita la croix : « […] Croyant qu’on n’accorderait qu’un petit nombre de décorations, seulement à ceux qui s’étaient distingués par des actions d’éclat, expliquait-il, je n’aspirai pas à cette faveur, n’ayant pas la prétention de me faire passer pour un des plus braves soldats de Paris. J’ambitionnais seulement la médaille, mais puisque la croix est décernée à ceux qui ont pris une part active (car 1530 individus ne se sont pas distingués), je crois y avoir droit au moins autant de droits que la majeure partie de ceux qui la porteront ». Il rappelait dans cette même lettre sa participation aux combats : « Le mercredi 28 juillet, je fus un des premiers qui prirent l’habit de garde national. De la place du Louvre, je fus dirigé avec une quinzaine de patriotes sur le poste de la rue de l’Oratoire, où nous restâmes jusqu’à ce qu’un bataillon de la garde royale vint nous en chasser (quinze hommes sans cartouches ne pouvaient résister dans le cas où nous serions attaqués). Nous devions d’après les ordres de notre capitaine nous replier sur la place du Louvre, où nous trouverions la légion pour nous soutenir. Elle partit sans nous rappeler et nous ignorâmes où elle s’était dirigé. Je quittai alors l’habit de garde national et restai inactif faute de cartouches, jusqu’au moment où les troupes royales furent forcées d’abandonner la place du Châtelet. Alors j’escarmouchai sur les quais et dans la rue Saint-Germain. Le jeudi à 5 heures du matin, j’étais sur le quai de l’Ecole. Je restai autour du Louvre jusqu’à la prise, étant alors retourné chez moi pour chercher des munitions. J’entendis le rappel, je repris l’habit de garde national et je retournai au Louvre, où je fus mis en faction, ce qui m’empêcha de me joindre aux combattants qui montaient sur le Palais-Royal. Il est à la connaissance de presque tous les habitants du quartier des Bourdonnais que je ne cessai depuis le matin d’être aux endroits les plus exposés. Soit sur le quai du Louvre, auprès de la fontaine, à côté de l’église Saint-Germain, rue des Poulies et rue des Fossés-Saint-Germain. Vingt fois j’engageai les patriotes à marcher sur le Louvre pour en enfoncer les portes. Pour les encourager, je restai à peu près dix minutes debout sur la barricade de la rue de l’Arbre-Sec, en butte aux balles des Suisses, qui ne cessaient de tirer sur cette position. Je courus, seul, au cri d’En avant ! jusqu’au bout de la rue des Fossés-Saint-Germain. Personne ne me suivant, malgré mes exhortations, je restai au milieu de la rue (vis-à-vis celle Jean-Tison), exposé aux balles des Suisses. La position était dangereuse […] car deux ouvriers qui vinrent aussi l’occuper y périrent. Tous ceux qui étaient présents ont la conviction qui si on m’eût suivi dans ce moment, le Louvre eût été emporté une heure plus tôt. Ces faits seraient attestés par un grand nombre de citoyens qui ont reçu la décoration et si je paraissais devant les combattants avec le costume que je portais le 29 juillet, ils reconnaîtraient celui qui les devançait et qui, plus tard, dans les salles du Louvre, croisait la baïonnette pour protéger les blessés suisses. Tels sont les faits sur lesquels je base mes prétentions à la décoration. […] Veuillez, messieurs, peser mes titres à la Croix de Juillet. Je la réclame avec la franchise et la force que peut donner la conscience de son droit. J’ose espérer que votre jugement se rapportera à celui de mes concitoyens, qui, tous, m’ont jugé digne de figurer sur les listes. » Après que sa demande fut restée infructueuse, il persista à obtenir la décoration : « Si je tiens à la décoration c’est moins pour moi que pour mon père, vieux militaire qui s’est glorifié de son fils et à qui on pourra dire, en lui présentant le Moniteur : Vous êtes un imposteur ! » Puis devant un refus définitif, toute modification des listes parues étant impossible, il expliqua la conduite qu’il tiendrait face à cette injustice : « […] Je signalerai au mépris public ceux qui ont obtenu la décoration sans l’avoir méritée ainsi que ceux qui ont accumulé leurs réclamations sachant qu’elles étaient injustes. Je dirai que le jury du IVe arrondissement avait admis dans son sein et favorisé de la décoration M. Aronsshon (voir Aronsshon, Nestor), qui ne s’est pas battu, je nommerai tel et tel qui comme lui ne l’ont pas méritée ; j’en citerai même qui n’était pas à Paris au mois de juillet ; quand j’accuse quelqu’un, je le dis et me nomme ; je ferai mon devoir, advienne que pourra. Le peuple sera juge entre nous. » Sa médaille lui fut délivrée le 28 juin, et son brevet le 13 août 1831. Il cosigna le certificat suivant en faveur de Dupin, Antoine : « Nous, soussignés, certifions à qui il appartiendra qu’il est à notre connaissance que le sieur Dupin, Antoine, […], travaillant à Maulle, y ayant entendu parler le 28 juillet des événements de Paris, s’empressa de partir de Maule pour venir à la capitale y partager l’honneur de défendre sa patrie ; qu’à son arrivée, sans armes, n’ayant pu pénétrer par le faubourg Saint-Honoré, il se rendit faubourg Saint-Germain, où l’idée lui vint d’aller au poste de la prison militaire de l’Abbaye, où il s’empara d’un fusil et courut de suite se mettre en position au bout de la rue du pont d’Arcole et contribua, par son courage, à la prise de l’Hôtel de ville ; qu’’après cette conquête, il se retira à 11 heures du soir à son hôtel pour aller annoncer son arrivée et y resta jusqu’à 3 heures du matin ; qu’il revint avec ses armes sur la place de l’Hôtel de ville et y fit enlever les corps morts et les fit transporter dans les endroits désignés ; Qu’après cette affaire, il entra dans l’Hôtel de ville, où, ayant appris qu’il y avait plusieurs sacs de balles dans un des magasins, il en prit un, le descendit sur la place et le distribua lui-même à ses frères d’armes ; qu’ensuite il retourna à l’Hôtel de ville, où s’étant aperçu que quelques malveillants étaient occupés à desceller les grilles du bâtiment neuf, place du Tourniquet-Saint-Jean, il s’y opposa vigoureusement et parvint à faire cesser cette dégradation. Que de là, il alla place de l’Odéon se joindre à plusieurs citoyens armés pour se transporter à la caserne de Babylone, où il soutint avec ses compagnons d’armes la vive attaque qui y eut lieu et en partagea le triomphe, après lequel il partit avec un détachement pour aller au château des Tuileries, dont les défenseurs de la liberté s’étaient rendus maîtres, il y pénétra un des premiers et s’opposa à la dévastation de la salle du trône, dont il éloigna les turbulents et que pour que personne n’y aborda ils montèrent la garde plusieurs ensemble à la porte de cette salle. Que l’ordre paraissant rétabli, il entendit quelques coups de fusils qui paraissaient venir de la rue de Rohan, il s’empressa d’y courir et soutint cette attaque au péril de sa vie et pensa y succomber mais où il a pareillement triomphé. Qu’enfin il a aidé à repousser l’ennemi jusqu’aux Champs-Elysées, qu’après toutes ces victoires, exténué de fatigue, il se retira à son hôtel. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 5, rue Bertin-Poirée en 1830. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 2, Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277, idem in dossier Dupin, Antoine ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement.

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