Boulard, Jean-Baptiste
Biographie
Né le 24 août 1800 à Nîmes (Gard). Artiste à l’Opéra-Comique. La chronique de l’époque rapportait les faits suivants sur sa participation aux combats : « Toutes les classes de la société ont rivalisé de zèle et de courage pour la défense des intérêts nationaux. La classe des comédiens n’a pas été la dernière dans ce noble élan. Aujourd’hui partout on les aperçoit dans les rangs de la gare nationale. Parmi ceux qui se sont le plus distingués, on nous a désigné MM. Nourrit père et fils, et Paul de l’Opéra ; Boulard et Belnie de l’Opéra-Comique, et Astruc des Variétés. Madame Astruc et plusieurs autres actrices ont été constamment occupées à faire de la charpie pour les défenseurs de nos libertés, blessés dans les différentes attaques. » Il était porteur de plusieurs certificats qui attestaient sa participation aux combats de Juillet. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Moi, soussigné, déclare avoir vu le 27 juillet 1830, M. Boullard, artiste dramatique du théâtre de l’Opéra-Comique, se battre contre les gardes royaux qui tiraient de la rue Saint-Honoré dans la rue Traversière, dont nous avons eu plusieurs tués. Ledit sieur Boullard était posté près de la fontaine, d’où il faisait feu sur eux. » Signé, le 22 juillet 1831 : Martin, L., marchand tailleur, demeurant 37, rue Traversière-Saint-Honoré. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Moi, soussigné, Noël, Auguste Belnie, artiste du théâtre de l’Opéra-Comique, [certifie] que le sieur Jean-Baptiste, Prosper Boullard, artiste dramatique, a pris les armes les 28 et 29 juillet pour défendre la cause de la liberté et repousser les troupes de l’opposition. » Signé, le 15 juillet 1831 : Belnie (mais Belny dans la légalisation de signature). Le troisième certificat ainsi rédigé : « Je, soussigné, inspecteur des travaux publics du département de la Seine, certifie avoir vu le sieur Boullard le 29 juillet 1830 parmi les patriotes qui combattaient au Louvre contre les Suisses et la garde royale. J’atteste encore l’avoir vu, à la tête d’un peloton qui fit preuve du plus grand courage lorsqu’on s’empara de l’entrée du Louvre sur la place Saint-Germain-l’Auxerrois. » Signé, le 20 juillet 1831 : Falhiau ou Hulhan ou J. Fulhan illisible. Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Louis-Ferdinand Delaboullaye, homme de lettres, attaché en qualité de rédacteur au cabinet de M. le préfet de police, demeurant aux Batignolles, rue des Carrières n° 6, certifie et atteste pour servir partout où besoin sera que, dans la journée du 29 juillet 1830, j’ai vu M. Boullard, artiste au théâtre royal de l’Opéra-Comique, sortir armé de son domicile rue Ventadour et que plusieurs personnes m’ont dit l’avoir vu combattre dans la même journée. Je certifie en outre que le 28 M. Boullard a travaillé aux barricades de la rue Neuve-des-Petits-Champs et qu’il m’aida à transporter des pavés au quatrième étage d’une maison de cette rue, où l’on devait en jeter sur les Suisses s’ils passaient dans le quartier. J’ajoute comme renseignement que la conduite de M. Boullard dans ces grandes journées a été constatée par moi dans le journal Le Furet de Paris, dont j’étais alors directeur-gérant. » » Signé, le 22 juillet 1831 : Delaboullaye. Aussi ce rapport de la préfecture de police, en date du 15 juillet 1831, ainsi rédigé par de Leotaud, A., officier de paix de la police municipale (il n’y a pas de trace de lui et pourtant il parle de lui comme d’un acteur de la révolution) : « L’officier de paix soussigné certifie que M. Boulard, artiste de l’Opéra-Comique, s’est battu le 28 juillet 1830 contre les troupes royales, que le 29 juillet il était un des combattants au Louvre et qu’il entra un des premiers aux Tuileries. La conduite courageuse de M. Boulard fut remarquée de nombre de mes voisins. Le présent certificat, faible gage de mon estime pour le courage et la conduite de M. Boulard, ne peut être révoqué en doute par la Commission, ayant connaissance des actes de notre dévouement personnel. » Il ne réclama que devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février. Il donna alors, le 3 avril 1848, les indications biographiques suivantes : « Le Gouvernement provisoire vous ayant investi de l’honorable mais délicate mission de venir en aide aux citoyens qui ont eu à souffrir de l’indigne pouvoir qui pesait sur la France, aux citoyens qui ont pris les armes et défendu la cause de la liberté, j’ose avec de pareils titres réclamer auprès de vous. Ex-artiste de l’Opéra-Comique, ayant perdu mes moyens vocaux, je dus penser à faire fructifier mes économies pour pouvoir élever honorablement mes jeunes enfants. J’obtins la direction des théâtres de Toulouse, mais j’eus bientôt à m’en repentir car mes opinions politiques ayant été connues, la bienveillance que me témoignait la majorité du conseil municipal, l’appui que m’accordait la presse opposante, tant d’honneurs devaient me rendre indigne des faveurs du pouvoir et l’ex-préfet, Napoléon Duchâtel, résolut ma ruine. Il commença par me refuser l’ouverture du second théâtre (il faisait vivre le premier) et ce n’est qu’après un mois d’incessantes démarches que j’obtins une permission temporaire, qui devait être renouvelée chaque mois et à ma demande. Il m’interdit les ouvrages qui pouvaient, par leur popularité, soutenir mon administration ; mes plaintes au ministre furent vaines et sans réponse ; le général Ruthière, commandant la division, renchérissant sur l’odieuse conduite de préfet Duchâtel, a constamment refusé de payer la location de sa loge ainsi que celle de son état-major, disant qu’un lieutenant-général, pair de France, commandant une division, ne payait pas sa place au théâtre et que sa présence seule devait l’honorer… Pour compléter le mois de mes artistes, le prélèvement de dix mille francs me furent aussi refusés sur les trente mille de cautionnement qu’on avait exigés de moi ; enfin, pour accélérer ma perte, tout fut mis en œuvre ; les indignités les plus révoltantes, les abus de pouvoir les plus inouïs, rien ne me fut épargné. Ecrasé par tant d’iniquités, complétement ruiné, je fus contraint d’abandonner ma direction. Après avoir complétement payé les dettes du théâtre, je restai sans ressources aucunes mais du moins mon honneur ne fut point entaché par une faillite, dans laquelle voulait me pousser le préfet Duchâtel. Non content de m’avoir réduit à la misère, il eut le courage inhumain de faire refuser par le ministre de l’Intérieur, son frère, son approbation à l’allocation que le conseil municipal de Toulouse, dans sa loyale justice, me vota à titre de secours personnel. Tout ceci est de l’histoire ; la ville entière de Toulouse peut en rendre témoignage. Le citoyen Ribeyrolles, rédacteur du journal La Réforme, est prêt à donner tout espèce de renseignement à ce sujet. Le citoyen Jolly, ex-député, aujourd’hui commissaire du gouvernement à Toulouse, peut aussi attester de la véracité de ma supplique. Le citoyen Crémieux, ministre de la Justice, a lui-même connaissance de tous ces faits. J’ai combattu aux journées de juillet 1830. J’ai fait mon devoir de citoyen le 24 février dernier aux Tuileries. Si je n’ai jamais formulé aucune demande, c’est qu’alors j’étais heureux : je vivais de mon travail ; mais aujourd’hui que la Providence m’a privé de ma voix, qu’un pouvoir arbitraire a causé ma ruine, je viens, citoyens, avec confiance, soumettre à votre judicieuse appréciation les titres avec lesquels j’ose vous prier de juger si je suis digne d’obtenir par vous un emploi, une inspection quelconque dans le gouvernement de la république. Mon vœu le plus cher est de la servir et de lui consacrer tout mon dévouement et, s’il le fallait, ma vie. » Le 17 juillet 1848, il adressait une nouvelle lettre suivante à la Commission : « J’arrivais de province, je logeais dans un hôtel garni et, ne faisant pas partie de la garde nationale, je ne pouvais exiger de ceux qui combattaient le 24 février dernier sur la place du Palais-National (lire Palais-Royal, N.D.A.) des certificats constatant ma participation à la lutte qui a été soutenue contre les soldats du 14e de ligne qui défendaient le poste du château d’eau. Je ne pouvais pas non plus demander une attestation au caporal de la garde nationale de la IIe légion, auquel j’avais pris le fusil, puisque lui abandonnait lâchement ses camarades. Je n’ai pu de même m’adresser aux malheureux blessés que je conduisais à la pharmacie de la rue d’Argenteuil. C’était du reste bien assez des préoccupations du moment. Ce n’est donc qu’à ce pharmacien que j’ai pu avoir recours. J’ai l’honneur de vous adresser un certificat de ce citoyen, qui, joint à mes titres de combattant de juillet 1830 me font espérer que vous voudrez bien me proposer pour la décoration de Juillet, à laquelle je crois avoir de légitimes droits. Je ne pus, en temps utile, les faire valoir ; j’étais absent de Paris et à mon retour les nominations avaient été faites. Une nouvelle commission fut instituée, dans le but de faire droit aux nombreuses omissions qui avaient été commises mais on n’y donna aucune suite. Aujourd’hui, confiant dans votre justice, je viens, indépendamment de l’emploi que je sollicite, réclamer la récompense honorifique, que je crois avoir méritée. Puisse votre judicieuse appréciation n’être favorable. » Le certificat du pharmacien était ainsi rédigé : « Je, soussigné, pharmacien, demeurant rue d’Argenteuil, 2, déclare que le sieur Boullard, Jean (sic) a risqué sa vie plusieurs fois en allant enlever les blessés au milieu des balles dans le combat de la place du Palais-Royal le 24 février et qu’il les a transportés chez moi pour y recevoir les soins que réclamait leur position. » Signé, le 17 juillet 1848 : Lefebure, A. Il joignait aussi ce certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Léon Jaybert, avocat à la cour d’appel de Paris, demeurant rue de la Michodière n° 20, déclare et certifie qu’il est à ma connaissance personnelle que M. Boullard, Jean-Baptiste, ex-artiste à l’Opéra-Comique, a perdu sa fortune dans la direction du théâtre de Toulouse, par suite des mauvais vouloirs de l’administration préfectorale du département de la Haute-Garonne, dirigée par M. Napoléon Duchâtel, mauvais vouloir qui a été jusqu’à empêcher le ministre de l’Intérieur, son frère, de sanctionner une délibération du conseil municipal de Toulouse qui accordait à M. Boullard une somme de deux mille francs à titre de secours personnels. Il est évidant pour tous ceux qui, comme moi, habitaient Toulouse à cette époque, que ce mauvais vouloir venait des relations amicales qu’entretenait M. Boullard avec les hommes de l’opposition. Je puis attester encore que M. le général de division Ruthières refusa de payer sa loge et celle de son état-major au mépris des règlements et décrets qui régissent la illisible. » Signé, le 17 mars 1848 : Jaybert, Léon, blessé de Février. Un mot de recommandation de Ribeyrolles, envoyé depuis le journal La Réforme, adressé à Grandméril et Lhériter, présentait Boullard comme « un patriote de trente ans » et demandait que justice lui fût rendue. Il fut proposé par la Commission des récompenses nationales pour le signe honorifique qui devait être créé pour commémorer la révolution, mais qui ne fut jamais institué et pour une place d’inspecteur dépendant du ministère de l’Intérieur. Il s’était marié à Rouen (Seine-Maritime) et était père de deux garçons, l’un de seize ans et l’autre de cinq ans, en 1848. Il demeurait rue Ventadour en juillet 1830 ; 5, rue d’Argenteuil mais aussi 8, passage des Petits-Pères en 1848. Révolution mémorable des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, Cousin d’Avalon, Paris, Stahl, imprimeur-libraire, quai des Augustins, n° 9, p. 52 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 271 ; Archives de la préfecture de police AA 374 (sous les nom de Boulard et de Boullard) ; Archives de la préfecture de police AA 420.