Boulfroy, François, Joseph

Biographie


Né le 9 mars 1800 (mais le 10 mars 1800 in Archives nationales F/1dIII/39) à Bonneuil (Oise). Premier contremaître chez un menuisier en bâtiments. Il détaillait ainsi sa participation aux événements : « J’ai concouru à la formation de la première barricade, rue de Richelieu, pour fermer le passage aux lanciers. Etant aussitôt après cherché des armes, je me suis rendu à la porte Saint-Denis et Saint-Martin, où avec plusieurs camarades nous avons riposté aux charges des grenadiers de la garde. Après cette affaire, je me suis rendu à Clichy et ai aidé à désarmer les vétérans, ensuite à la caserne des gendarmes, faubourg Saint-Martin, d’où nous les avons fait évacuer, de là à la Bourse me rallier à de braves camarades. Nous nous sommes rendus à la place Vendôme et fait rendre les armes au 59e régiment de ligne commandé par le maréchal de camp Wal. Nous avons ensuite participé à la prise du château des Tuileries par le jardin et avons défendu le trône contre les attaques de ceux qui le pillaient. A la sortie des Tuileries, nous nous rendîmes rue de Richelieu pour faire remettre les armes aux Suisses qui se battaient encore, d’où j’en ai conduits deux prisonniers à la Bourse. Je me rendis une seconde fois aux Tuileries, où j’ai passé une partie de la nuit pour empêcher les malfaisants d’y entrer. C’est le lendemain de cette affaire que j’eus le bonheur de rencontrer le général Fabvier. Je fus son porte-drapeau et je l’accompagnai aux Invalides. » Dans une lettre, sans doute adressée au général Fabvier, on trouve d’autres détails sur sa participation aux combats (son exposé est par ailleurs annoté – mais sans qu’on puisse juger de la pertinence de l’annotation – faux ou faits faux ; les passages annotés sont soulignés dans le texte reproduit) : « D’abord je me suis battu aux portes Saint-Denis et Saint-Martin, à la place des Victoires, à la rue de Richelieu, notamment à la place Vendôme, où comme chef datelier je suis parvenu avec ma troupe à mettre en déroute le maréchal de camp commandant de place Wal, auquel j’arrachai son épée en lui faisant crier vive la Charte et la liberté. Je ne lui rendis son arme qu’à condition qu’il ferait descendre la troupe qu’il avait fait monter sur la colonne. Aussitôt qu’elle fut descendue, les deux régiments, d’un accord unanime, crièrent Vive la liberté, Vive la Charte ! On a dirigé les quatre pièces de canon qui étaient placées à l’extrémité de la rue de Castiglione sur les Champs-Elysées. Accompagné de ma troupe, je me dirigeai aussitôt vers le château des Tuileries où étant arrivés nous avons soutenu un combat opiniâtre contre les Suisses et les grenadiers de la garde royale. Cest en effectuant une retraite que nous sommes parvenus à abattre une palissade qui se trouvait en face la rue. En entrant dans le château par le jardin, nous nous répandîmes avec impétuosité dans la salle des Maréchaux, où j’ai lacéré le tableau qui représentait l’effigie du traître Raguse. Entrant ensuite dans la salle du trône, je suis parvenu, en haranguant mes camarades, à faire respecter les différents chefs-d’œuvre qui se trouvaient à notre disposition. De là, je me suis rendu rue Saint-Nicaise où était alors toute la chaleur du combat, et j’en ai partagé, ainsi que mes compagnons, les dangers et la gloire. J’ai protégé contre le pillage la maison de monsieur Bally, parfumeur, ainsi qu’une autre habitation qui était contiguë et ou s’étaient réfugiés un grand nombre de Suisses et de gardes royaux. Nous avons fait des perquisitions jusque dans les caves de ces deux propriétés, où nous avons trouvé cinq Suisses parmi lesquels j’en ai fait un prisonnier, qui avait la main à moitié coupée d’un coup de feu, et que j’ai conduit à la Bourse. J’ai même préservé ce malheureux de la fureur des combattants, qui voulaient l’assommer et je n’ai pu me dérober aux éloges que ce trait d’humanité n’avait mérités. Après cette action je regagnai le château, où j’ai monté la garde toute la nuit. Le lendemain, je me dirigeai vers l’Hôtel de ville. » Sa demande était effectivement accompagnée de l’apostille d’un propriétaire, comme quoi Boulfroy avait « courageusement essayé de défendre le pillage » de sa maison située rue Saint-Honoré au coin de la rue Saint-Nicaise, presque en face de la rue de Richelieu et qu’il y avait eu le bonheur de sauver la vie à un ex-garde royal qui allait être massacré. Il reçut un total de cent francs de secours auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Il sollicita un emploi dans l’administration des Ponts et Chaussées ou une inspection dans les bâtiments de la couronne. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. En 1830, il était garde national à la compagnie des grenadiers du 2e bataillon de la IIe légion, et avait eu son habit de garde national payé par la ville. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Boulefroy, François, Joseph), auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1851, travaillant sur les chemins de fer, il sollicita des secours « par suite de blessures et de grands revers pécuniaires » et afin d’adoucir sa « malheureuse position ». En 1852, les renseignements de police indiquaient à son sujet : « Ancien conducteur des ponts et chaussées, […] actuellement entrepreneur de travaux publics. […] C’est un homme intelligent, robuste, qui se plaint à tort de sa détresse car tout respire chez lui l’aisance et le bien-être. On le représente comme un entrepreneur rusé et peu délicat en affaires. Sa conduite morale laisse beaucoup à désirer. » En 1855, à cause de la « position pénible » où il se trouvait, il fit une nouvelle demande et qui lui aurait permis aussi « de tirer parti d’un mécanisme qui lui a mérité d’être admis à l’Exposition universelle ». Lezeret, chef de bureau à la préfecture de police, apostillait ainsi son dossier : « M Boulfroy, que je connais depuis longtemps, a éprouvé des malheurs qui l’ont mis dans la nécessité de former une pareille demande. Quoique infirme d’un bras par suite de blessures, il fait tout ce qu’il est possible de faire pour subvenir honorablement à ses besoins mais ses efforts sont impuissants. Il est au nombre de ceux qu’on appelle pauvres honteux ; il dissimule sa misère le plus possible. » Les renseignements de police indiquèrent en 1855 : « A été successivement employé comme conducteur de travaux, puis entrepreneur de pavage et de terrassement à son compte. Depuis dix-huit mois, il est sans ouvrage et dans une position gênée. Le sieur Boulfroy est porteur de bons certificats obtenus à l’occasion de ses anciens travaux. Il est considéré comme un homme intelligent mais sa conduite privée laisse beaucoup à désirer. On lui reproche de mener une existence très peu morale, d’avoir eu un grand nombre de concubines. Il cohabite même aujourd’hui avec une très jeune femme. Il a été enfin condamné le 12 février 1838 à cinq jours de prison pour coups et blessures et le 7 juin 1851 à vingt-cinq francs d’amende pour diffamation. » Le dossier est marqué « ajourné ». Il demeurait 32, rue Rochechouart en 1830-1831 ; 10, rue de l’Hôtel-de-Ville, en 1851 ; 17 même rue en 1855. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 ; Archives nationales F/1dIII/33 dossier indemnités et récompenses, envoi du 15 novembre 1830 du ministre de l’Intérieur à la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement et état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/46 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Demandes de renseignements sur des décorés, combattants et veuves de Juillet 1830, 14 décembre 1851, minutes 208-209 (sous le nom de Bouffroy, François, Joseph).

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