Boulin, Dominique, François
Biographie
Né le 21 juin 1809 (par exemple dans son acte de naissance) (par erreur 25 juin 1809 in Archives de Paris Vbis7K4 1 ; 21 janvier 1809 in Archives nationales F/1dIII/36), paroisse de Fort, à Saint-Pierre-de-la-Martinique, fils de Boulin, Dominique, Sainte-Rose et de Galy, Eugénie. Etudiant en médecine. Il fut blessé d’un coup de feu au bras droit (ou au coude droit in Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; à l’articulation du bras droit in Archives de Paris VK3 30), le 29 juillet place du Palais-Royal, alors qu’il rechargeait son fusil. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Xe arrondissement. Il relata ainsi sa participation aux événements des trois journées : « Mardi [27 juillet, N.D.A.] sur le bruit que les députés présents à Paris devaient se constituer et tenir séance chez M. Casimir Perier, trois de mes amis, MM. Boujoux (?), Beauperthuis, Clerc et moi, nous nous sommes rendus chez cet honorable député pour lui offrir les services des Ecoles de médecine et de Droit et l’assurer de notre dévouement à la cause constitutionnelle. M. Joseph Perier nous reçut et nous affirma qu’aucune réunion n’avait lieu chez son frère. D’après ses sages conseils, nous retournâmes à l’Ecole de médecine et nous eûmes le bonheur de dissuader les élèves déjà en marche de courir à des périls certains et inutiles, dépourvus d’armes. Les étudiants se seraient livrés sans espoir de vengeance aux troupes royales qui gardaient la rue Neuve-du-Luxembourg. Le mercredi 28, après mon service à l’Hôtel-Dieu, où il ne se trouvait alors que six blessés, je me rendis sur la place de l’Ecole-de-Médecine. Là stationnait une compagnie du 15e de ligne commandée par le capitaine Le Bousceau de Saint-Dridan (lire Le Rouxeau de Saint-Dridan). Réuni à MM. Boujoux (?), Beauperthuis, Clerc, Mabit, Croué, j’exhortais ces troupes à se ranger du côté du peuple. Bientôt elles fraternisèrent ainsi que leur commandant avec nous et nous donnèrent leurs cartouches. Depuis quelque temps ces soldats souffraient de la faim et de la soif. A nos frais nous leur distribuâmes en la maison de MM. Clerc et Mabit, située sur cette place, du pain et cent cinquante bouteilles de vin. Vers trois heures, je concourus à l’arrestation d’un courrier du gouvernement. Des dépêches étaient adressées aux autorités de Dijon, pour protéger l’arrivée à Paris de la dauphine. Après avoir confié la garde de cet homme au poste de l’Odéon je me rendis sur le quai de la Cité, qui fait face à la place de Grève. Là, à côté de mes amis, d’Hostel, élève de l’Ecole polytechnique, Beauperthuis et Germain, je soutins une vive fusillade de la part des suisses postés aux fenêtres de l’Hôtel de Ville. Le jeudi 29, je fus prendre mon rang parmi les citoyens armés qui se dirigeaient à l’attaque du Louvre. Dès que ce poste fut pris, je courus au Palais-Royal, où il manquait des forces. C’est pendant qu’un élève polytechnicien à cheval, plusieurs citoyens et moi nous parlementions avec le commandant de la garde royale enfermée dans le palais qu’une décharge d’artillerie partit des fenêtres qui donnent sur cette place ; plusieurs victimes tombèrent à côté de moi. Il n’y avait plus que la force à employer pour s’emparer de ce poste. Une vive fusillade commença de la part du peuple contre le Palais-Royal, les troupes postées aux fenêtres et d’autres gardes royaux établis au coin de la rue. C’est alors que je reçus la balle qui me traversa le bras. Dans ce moment je chargeais mon fusil, faisant face à la rue des Bons-Enfants. » Boulin fut transporté d’abord chez le père de son ami Onfroi puis à l’ambulance du 29, rue Grenelle-Saint-Honoré. Un certificat délivré par Neumane, horloger-mécanicien, 83, rue de Seine, chasseur au 1er bataillon, 3e compagnie, Xe légion de la garde nationale, attesta : « J’ai moi-même été témoin de l’enthousiasme avec lequel il est venu chez moi dans la matinée du 28 juillet chercher des armes. Il s’est constamment battu pendant les deux journées, a assisté à l’affaire de Babylone, à la prise du Louvre et à celle du Palais-Royal, où il a été grièvement blessé. » Il était indiqué comme « sans ressources » sur les listes de la mairie. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il apostilla la demande de décoration présentée par Deschamps, Michel, Hyacinthe (voir ce nom). Le 12 avril 1831, devant le juge de paix du (ancien) Xe arrondissement, comparurent : Roujoux, Alexandre (voir ce nom), étudiant en droit, demeurant 38, rue des Boucheries-Saint-Germain ; Wollé, Clerc (voir Clerc, Wollé), étudiant en droit, demeurant 38, rue des Boucheries-Saint-Germain ; de Gentile, Georges, Benoit, étudiant en droit, demeurant 5, rue des Beaux-Arts. Ils attestèrent « pour vérité et notoriété publique et sous la foi du serment qu’ils connaissent parfaitement Dominique, François, Boulin […] et qu’il est à leur connaissance personnelle qu’il a été atteint d’une balle à l’articulation du coude du bras droit le 29 juillet 1830 sur la place du Palais-Royal, en combattant avec les braves et au moment où il chargeait un fusil ». Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales chargé de juger la nature et les conséquences des blessures pour chacun des blessés, donna à son sujet les conclusions suivantes : « A été atteint, dans les journées de Juillet, d’une blessure par arme à feu au coude du côté droit, de sa partie interne et du voisinage de l’artère brachiale vers la tubérosité externe de l’extrémité inférieure de l’humérus, en passant à travers l’articulation, guérie mais avec ankylose complète de l’articulation. » Il fut admis dans la quatrième classe des blessés et reçut une pension annuelle de six cents francs. Il sollicita, à titre de récompense nationale, la dispense de ses frais d’inscription et d’examen pour son doctorat. Il fut exempté, sur proposition de la Commission des récompenses nationales du paiement des frais universitaires pour parvenir au grade de docteur en médecine. En 1831, sous-aide chirurgien dans l’armée d’Afrique, il donna procuration à Onfroy, Sébastien, propriétaire, demeurant 5, passage Montesquieu, comme son mandataire général pour effectuer en son nom toute démarche et toucher toute somme lui revenant de la part de la Commission des récompenses nationales ou de la Commission de la souscription nationale. Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » Il demeurait 38, rue des Boucheries-Saint-Germain (mais 12, rue des Boucheries-Saint-Germain in Archives nationales F/1dIII/33) en 1830-1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 17 ; Archives de Paris Vbis7K4 1, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Deschamps, Michel, Hyacinthe ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 (liste des décorés du Xe arrondissement) ; Archives de Paris VD6 559 n° 1, mairie du (ancien) Xe arrondissement, Etat nominatif des blessés (4e classe) dont les bulletins individuels ont été remis le 10 novembre 1831 au bureau de la souscription nationale à la préfecture de la Seine, idem dossiers individuels, idem Etat des sommes payées aux blessés, veuves, ascendants et orphelins de juillet 1830, du 1er juin au 30 août 1831 ; Archives de Paris VK3 30, état des habitants du (ancien) XIe arrondissement de Paris qui ont été blessés dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 (sous le nom de Boulain) ; Archives de Paris VK3 47 in dossier Lenaux ou Lenoux, Pierre (où son nom, Boulin, François, Dominique, est sur une liste de blessés du (ancien) Xe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses nationales, état de demandes de dispenses de droits universitaires et état des dispenses de frais d’études et de réception accordées à des étudiants en droit et en médecine sur les propositions de la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août ; Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Xe arrondissement (sous le nom de Boulin, François, Dominique) ; Archives nationales F/1dIII/46 ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations.