Bourriez, Léopold, Denis, Jean
Biographie
Né le 28 août 1802 à Pontarlier (Doubs). Tailleur ou marchand tailleur. Il participa notamment à la prise de la caserne des Suisses, rue de Babylone. Sa conduite était établie par de nombreux certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que M. Bourriez, marchand tailleur, est un brave homme et brave citoyen, courageux, qu’il a été vu dans les trois glorieuses journées combattant sans relâche pour la cause de la liberté. » Signé : Morchain ou Marchoine illisible, capitaine de la garde nationale, demeurant 36, rue des Vieilles-Tuileries. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie avoir vu M. Bourriez attaquer la caserne de Babylone, d’une manière très dangereuse pour lui. Il était sur le toit de la petite maison que j’habite, et qui domine dans sa mitoyenneté la cour de la caserne ; là, il a supporté et fait un feu continu pendant une heure environ et, à la moindre blessure, il avait la perspective de rouler du sommet du toit dans ma cour, ce que j’attesterai plus amplement s’il est nécessaire. » Signé : Dieudonné, statuaire du duc d’Orléans, demeurant 4 bis, rue Plumet. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie l’avoir eu sous mes ordres lorsque je commandais l’attaque de la caserne Babylone et ensuite les Tuileries, dans nos journées mémorables et qu’il s’est distingué par son courage et sa bravoure. » Signé, le 8 septembre 1830 : comte de Chalot (illisible), colonel de cavalerie en retraite, capitaine de la 2e compagnie du 2e bataillon de la Xe légion de la garde nationale. Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le sieur Bourriez s’est conduit dans nos trois mémorables journées en brave et loyal citoyen et que notamment à Babylone il a fait preuve de la plus grande bravoure, ce qui d’ailleurs est à la connaissance de tout le quartier. » Signé : Raimont, H. (ou Raimond) illisible, lieutenant de la Xe légion. Le cinquième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie avoir vu M. Bourriez dans la cour de ma maison, rue Plumet n° 4 bis, attaquer la caserne de Babylone, avec un rare courage et que malgré les observations que je lui faisais, ainsi que mon père, sur le danger éminent auquel il s’est trouvé exposé pendant plus d’une heure, il n’en n’a pas moins continué avec un sang-froid extraordinaire. » Signé, le 2 septembre 1830 : Caffin illisible, entrepreneur du gouvernement, demeurant 6, rue Petite-de-Demoiselle. Les faits contenus dans ces certificats étaient attestés par Constant-George (voir Constant, Georges, Jean, Louis), commandant en chef, demeurant 24, rue de la Chaise. Aussi attestés par Guinard, A. (voir ce nom propriétaire et carrier ?), qui joignait « de bon cœur son témoignage à ceux ci-dessus ; M. Bourriez s’est conduit pendant les journées de Juillet comme un brave et bon citoyen ». Attestés enfin par Berne aîné, premier lieutenant à la 2e compagnie du 2e bataillon de la Xe légion de la garde nationale. Bourriez reçut la médaille de juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Le 5 août 1831, il adressa une lettre afin d’obtenir la Croix de Juillet en remplacement de sa simple médaille, et une place de maître tailleur des écuries du roi ou de l’une ou l’autre des maisons des enfants du roi ; il avançait que son épouse avait été élevée chez la tante du roi, la duchesse de Bourbon, qu’il était le neveu d’un valet de chambre de cette tante, valet qui demeurait 111, rue de Vaugirard. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants et sollicita, en août 1831, la Croix de Juillet en remplacement de sa médaille et d’être nommé maître tailleur des écuries ou de la maison de l’un ou l’autre des enfants du roi. Il signa, le 15 août 1831, le certificat suivant en faveur de Rieu, Paul, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, soussignés, citoyens habitants et patentés de la bonne ville de Paris, certifions et rendons hommage à la vérité, que Riu, Paul (sic), tailleur, demeurant à Paris, rue des Vieilles-Tuileries n° 23, a continuellement combattu, les armes à la main, dans les mémorables journées de Juillet et n’a cessé de se porter là où était le danger ; qu’il était accompagné de son frère (voir Riu, Baptiste), qui a été tué à ses côtés. Nous certifions et attestons en outre qu’il est de bonnes vie et mœurs et que ses sentiments libéraux nous sont connus. » On trouve aussi dans le dossier du même Rieu, un résultat de l’enquête faite par un des commissaires de la Commission des réclamants, ainsi rédigé et qui fait encore mention de Bourriez : « Désigné par M. le président pour faire une nouvelle investigation, je me suis transporté chez M. Bourriez, décoré de la médaille de Juillet, rue des Vieilles-Tuileries n° 23, et chez le sieur Marcey (voir Marsay, Pierre), traiteur, rue Saint-Honoré 197, signataires des pièces du sieur Rieu. Ces messieurs, dont la moralité est digne de foi, m’ont donné sur lui les renseignements les plus favorables. M. Bourriez m’a en outre déclaré que le 28 juillet le dit sieur Rieu avait combattu à ses côtés et le sieur Marcey m’a également déclaré avoir vu le sieur Rieu, rue Saint-Honoré, en armes et en faisant honorablement usage. Je pense donc que le sieur Rieu a bien mérité de la patrie. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il signa la lettre envoyée, le 20 mai 1832, par Matis (voir Matis, Jean, Sébastien), délégué par les réclamants de Juillet du (ancien) Xe arrondissement (voir Benard de Courtigis pour la Commission des réclamants), au ministre de l’Intérieur. Cette lettre reprenait certaines des réclamations que formulèrent des combattants de Juillet sur les répartitions qui furent faites des décorations, pensions et secours après la révolution. Elle présentait aussi les signataires, à la différence de beaucoup d’autres réclamants, comme des soutiens indéfectibles au trône de Louis-Philippe. Cette lettre était ainsi rédigée (la rédaction hasardeuse est respectée, N.D.A.) : « Les combattants de Juillet du (ancien) Xe arrondissement ont l’honneur de vous exposer que n’ayant point reçu de réponse à leur mémoire adressé unanimement par les membres de la Chambre des députés à M. le ministre de l’Intérieur (votre prédécesseur) (voir Benard de Courtigis sur l’envoi de la pétition de la Commission des réclamants à la Chambre des députés et son adoption à l’unanimité par celle-ci, N.D.A.), qui avait pour objet le mérite de leur réclamation appuyée par le droit qu’ils ont dans la loi sur les récompenses nationales, protestent avec le sentiment de l’indignation contre l’infâme conduite des intrigants, qui se précipitent dans toutes les révolutions où ils ne trouvent leur avenir que dans le meurtre et le pillage. Ils ne doutent pas que les ennemis de l’ordre et de la paix sont les causes immédiates du silence de l’autorité, qui s’est trouvée offensée que dans le travail qui lui a été présenté les noms de quelques-uns de ces vagabonds s’y trouvent insérés, comme ayant bravement combattu dans les trois jours. Les vrais combattants de Juillet éprouvent le besoin, monsieur le ministre, de repousser de leurs rangs ces perturbateurs et, par cette épuration, il ne sera présenté à l’autorité que les noms des combattants du (ancien) Xe arrondissement dont l’homogénéité de leurs principes et leurs opinions seront une garantie de leur dévouement pour le roi des Français. En conséquence, nous avons nommé et nommons M. Matis, rue Traverse n° 9, faubourg Saint-Germain, notre commissaire, afin de suivre devant l’autorité le mérite de nos réclamations, son attachement invariable au gouvernement et ses louables opinions étant bien connues, c’est à ces titres qu’il a toute notre confiance et qu’il mérite celle du gouvernement, que nous le prions de ne recevoir au bas de la présente que les signatures des combattants qui professent les opinions susmentionnées, comme étant à même par ses investigations pleines de jugement et de sagacité de pouvoir séparer l’ivraie du bon grain. D’après cette épuration, nous vous supplions, M. le ministre, de vouloir bien ordonner que tous les dossiers des signataires de la présente soient déposés entre les mains de M. le maire du (ancien) Xe arrondissement, où un commissaire nommé par le gouvernement appréciera tous les services que nous avons rendus qui ont été méconnus par la Commission des récompenses nationales, soit par erreur ou par omission. Ce préjudice a augmenté l’infortune des gens qui méritaient des secours viagers et l’affliction des autres de ce que la loi avait reconnu des catégories, dont on a fait un déplorable abus, les décorés de la médaille qui demandent la croix justifient par leurs dossiers qu’ils ont été plus longtemps exposés au feu de l’ennemi et blessés plus gravement dans la même affaire que ceux qui ont obtenu la croix. Nous demeurons dans la conviction la plus profonde, monsieur le ministre, que la Croix de Juillet ne peut être honorable que lorsqu’elle sera portée par le roi des Français et que son éclat ne peut être durable que lorsqu’elle sera donnée par son auguste main, qui daignera recevoir nos serments de fidélité, de courage et de dévouement qui entoureront le trône impérissable. » L’apostille suivante était placée au début de la lettre : « Les combattants de Juillet du (ancien) Xe arrondissement, interprètes fidèles de leurs compagnons d’armes des autres arrondissements, qui comme eux combattirent franchement pour la Charte et le principe constitutionnel, désirent ardemment que Louis-Philippe, roi des Français qu’ils ont porté de leurs vœux sur le trône national, veuille bien daigner accepter l’ordre de la Croix de Juillet, qui ne peut avoir de mérite et d’éclat que sur la poitrine de l’auguste personne de Sa Majesté. » Il était le neveu d’un ancien valet de chambre de feue la tante de Louis-Philippe. Il fut dénoncé par une lettre anonyme comme ayant eu, dans les jours qui précédèrent l’attentat d’Alibaud des entrevues mystérieuses et nocturnes avec ce dernier. Le préfet de police rapporte à son sujet : « [...] Le sieur Bourriez, décoré de la médaille de juillet, fut arrêté au mois d’octobre 1835, chez un marchand de vins où il s’était écrié, au milieu d’une scène de désordre à laquelle il avait donné lieu, qu’il était du parti d’Henri V ; le commissaire de police, devant lequel il fut conduit, fit à son domicile une perquisition qui n’eut aucun résultat. Plusieurs personnes domiciliées s’étant d’ailleurs portées garantes de la modération habituelle du sieur Bourriez et de sa bonne conduite dans la Xe légion de la garde nationale, dont il faisait, disait-on, partie, le commissaire de police, après s’être assuré que cet individu était en état complet d’ivresse lorsqu’il avait proféré les propos sus dénoncés, le rendit à la liberté. Par suite de la transmission que me fit ce fonctionnaire du procès-verbal constatant les faits qui précèdent, je fis prendre sur le sieur Bourriez de nouvelles informations ; il en résulte qu’il était encore inscrit sur le contrôle de la compagnie de grenadiers du 2e bataillon de la IIe légion, mais que, depuis la revue de juillet 1833, il n’était plus appelé à faire aucun service, d’après le désir exprimé par sa compagnie. On ne put arriver à connaître positivement les motifs de cette espèce d’élimination, quelques personnes l’attribuaient à son inconduite et à ses habitudes d’intempérance. [...] On ne put se fixer sur la nature de ses opinions politiques qui étaient, disaient-on, très variables. Du reste, comme il demeura avéré que le sieur Bourriez était ivre au moment où il s’était livré à une manifestation séditieuse, je ne donnai aucune suite à cette affaire. » Il demeurait 23, rue des Vieilles-Tuileries, faubourg Saint-Germain en 1830-1832 ; 131, rue du Bac en 1836. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/46 ; Archives nationales F/1dIII/82 lettre en date du 20 mai 1832 envoyée par Matis (sous le nom de Bourrier) ; Archives nationales CC//699 dossier Lombard ; Archives de la préfecture de police AA 374 ; Archives de la préfecture de police AA 411 in dossier Rieu, Paul.