Bruley, François, Elie
Biographie
Né le 14 novembre 1801 à Paris. Ouvrier menuisier. Il adressa la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales, pour récapituler sa conduite pendant les journées de Juillet : « […] A combattu pour la cause de la liberté pendant les immortelles journées des 27, 28 et 29 juillet. Le 27, à 4 heures, j’ai construit des barricades dans les rues Saint-Honoré, Bons-Enfants et Croix-des-Petits-Champs ; à 5 heures, au moment où la garde a commencé le feu, j’étais près du sieur Auguste, imprimeur, qui a eu le bras coupé, défendant à notre tête les barricades. Le 28 au matin, j’ai dirigé les barricades dans les rues Saint-Honoré, Croix-des-Petits-Champs et place des Victoires ; j’ai monté des pavés dans plusieurs maisons de la rue des Petits-Champs et Sainte-Anne et j’ai assisté à la prise du poste de la Banque. Le même jour à 11 heures du soir, j’ai contribué à la prise de l’Hôtel de ville. Le 29 au matin, muni des armes que je m’étais procurées à la caserne de la rue de la Pépinière, je me suis dirigé aux Ecuries d’Artois rue du Faubourg-du-Roule et je me suis embusqué dans une maison, au 4e étage, en face des écuries où plusieurs personnes ont été blessées, entre autres un locataire âgé de soixante ans, qui a essuyé un coup de feu et est mort sur-le-champ. Après la prise des Ecuries, je faisais partie de ceux qui ont planté le drapeau tricolore sur la Madeleine et sur la Chambre des députés. J’ai travaillé ensuite aux barricades des rues Royale et du Faubourg-Saint-Honoré ; j’ai accompagné le capitaine Bacheville jusque près de Neuilly pour observer l’ennemi ; de retour à Paris, j’ai occupé le poste de la Madeleine jusqu’au vendredi matin où la garde nationale a pris possession de ce poste. » Sa lettre était apostillée de plusieurs signatures, dont sont lisibles celles de : Couar ou Conar, demeurant 26, rue du Petit-Carreau, qui certifiait avoir vu Bruley le 27 juillet à 6 heures sur la barricade de la rue Saint-Honoré près du Palais-Royal ; Lacaine, marchand de vins, demeurant 12, rue Croix-des-Petits-Champs ; Soufflard, compagnon peintre en bâtiment, concierge 3, rue de Monceau, qui attesta que Bruley avait participé à la prise des Ecuries du roi et avait aidé à transporter dans sa maison pour y être soigné, un ouvrier serrurier qui venait d’être atteint dans l’attaque par une balle ; Delarue, locataire dans la maison où Soufflard était concierge ; Leclair, demeurant 34, rue des Petits-Champs ; Michallet, demeurant 34, rue Neuve-des-Petits-Champs ; Guirande, demeurant 32, rue Neuve-des-Petits-Champs ; Delannoy, demeurant 30, rue du Faubourg-du-Roule, qui certifiait avoir vu Bruley « défendre la cause nationale avec une bravoure digne d’éloges, contre les soldats de la garde royale et les Suisses qui fermaient la porte des Ecuries du roi » ; Lejard, papetier, demeurant 2, porte Saint-Honoré, certifia avoir vu Bruley « le 29 juillet à la plantation des drapeaux de la Madeleine, place Louis-XV et à la Chambre des députés et travailler aux barricades de la porte Saint-Honoré ». Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Il signa, le 29 septembre 1830, le certificat suivant en faveur de Lepagnol, Charles, Théodore : « Nous, soussignés, Michaud père et fils, propriétaires demeurant à Paris, rue du Rocher, n° 32, Léon Berne, employé aux Menus-Plaisirs et Lecœur, marchand de vin, demeurant rue Saint-Lazare, tous gardes nationaux de la Ire légion. Certifions et attestons que le sieur Théodore Lepagnol, actuellement sergent de la 3e compagnie du 3e bataillon de la Ire légion, se trouvait le 28 juillet dernier à combattre avec nous dans les rues Saint-Honoré et Richelieu, se mit à la tête de plusieurs individus, en prit le commandement et nous dirigea sur l’arcade Colbert, à l’effet de s’emparer du poste occupé par des Suisses, ce qu’il fit avec autant d’intrépidité que de courage. Arrivé auprès du corps de garde, s’empara du fusil du factionnaire et à l’instant ordonna d’entrer dans le corps de garde, ce qui fut exécuté avec la promptitude de l’éclair. Cela fait, il dirigea les hommes qu’il commandait sur les Petits-Pères et fit sonner le tocsin, et nous conduisit au combat dans la rue Saint-Honoré, auprès du Palais-Royal, où nous continuâmes jusqu’au soir à combattre ; encore ne cessa-t-il de combattre que parce que ses forces l’abandonnèrent par suite d’un coup de lance qui l’avait atteint à l’épaule gauche. » En 1830, il était père de trois enfants et était resté un mois sans travailler suite aux événements de juillet. Il participa à la révolution de Février. En avril 1848, « père de quatre enfants après en avoir élevé neuf », sans ressources, d’une faible santé, il sollicitait des secours en attendant qu’il fût statué sur sa demande de récompense. Il expliquait ainsi la participation qu’il avait prise à la révolution de Février : « Le 22 février il participa à l’énergique manifestation contre la tyrannie déchue. Comme nous nous portions en masse sur la chambre des Députés, arrivés au pont de la Révolution occupé par la garde municipale, après les trois sommations du commissaire Lemoine, nous fûmes chargés à la baïonnette. Dans cette rencontre, l’exposant tenta de s’emparer du fusil d’un garde et il allait recevoir un coup de baïonnette dans la poitrine quand, heureusement pour lui, l’arme fut détournée par le nommé Postel, qui demeure rue Saint-Placide n° 14. Le nommé Pagnon, menuisier, place Dauphine, fut aussi témoin de ce fait. L’exposant, Bruley, a employé le reste de la journée du 22 à assaillir les gardes municipaux à coups de pierres dans les Champs-Elysées, ainsi que les postes occupés par la troupe, a contribué à la prise du corps de garde sis au coin de la rue Matignon, lequel fut brûlé immédiatement. Le 23 au matin, le citoyen Bruley se trouvait dans le quartier Saint-Martin à former des barricades, que nous défendions contre les troupes, avec des débris de pavés faute d’armes. Rue des Arcis, nous fûmes attaqués par les chasseurs de Vincennes qui enlevèrent une première barricade et nous refoulèrent sur la deuxième. En l’escaladant, l’exposant fut atteint d’un coup de sabre-baïonnette sur le sommet de la tête, son chapeau renversé et son visage inondé de sang. Cinq minutes après, les assaillants étaient repoussés par les citoyens et poursuivis à leur tour, après une lutte corps à corps à laquelle prit part l’exposant, malgré sa blessure. Le reste de la journée fut employé à fortifier nos barricades, jusqu’au moment où l’on vint nous annoncer que l’ex-roi accordait la réforme et le changement de ministère. Alors nous avons parcouru tous les postes des corps de garde depuis celui de Bonne-Nouvelle jusqu’à la Bastille, délivrant les prisonniers qui y étaient enfermés. De là, nous nous sommes transportés rue Beaubourg, dans les ateliers de Lepage, armurier, que défendaient une centaine de municipaux environ. Sommés de se rendre, ils répondirent en faisant feu sur nous. Il a fallu l’intervention de la garde nationale et de la ligne, que nous avons acquise, pour les amener à rendre leurs armes et c’est alors que l’exposant fut armé avec ses camarades qui conduisirent les gardes tête nue à l’Hôtel de ville. Après ce coup de main, nous nous rendîmes, vers 10 heures du soir, place du Châtelet, où nous avons fraternisé avec la garde nationale et la ligne. Tout à coup, un hourra de trahison éclata : les gardes municipaux exécutèrent des charges de cavalerie dans les rues adjacentes et nous volons à leur rencontre pour empêcher le massacre du peuple sans armes. Nous attaquons à la baïonnette un escadron, qui nous refoule vers la place du Châtelet ; et c’est là que l’exposant fut fait prisonnier et désarmé, après avoir été renversé et foulé aux pieds des chevaux, avec un grand nombre de ses camarades. L’exposant à l’honneur de vous remettre ci-joint une attestation concernant divers vols dont il fut victime lui et ses camarades, son emprisonnement, sa délivrance. Aussitôt qu’après notre délivrance de bons citoyens nous ont conduits au restaurant le plus proche, pour nous procurer les secours et aliments nécessaires, après une nuit passée dans des transes cruelles, menacés à chaque instant d’être fusillés même si nous osions demander un verre d’eau. Après s’être rendu de là à la Bastille, l’exposant fit partie d’une colonne qui se dirigea sur le Palais-Royal. Arrivé rue de Chartres, brûlant de se venger des mauvais traitements de la nuit, au moment où l’on força les gardes municipaux du grand poste de rendre les armes, il s’empara d’un fusil, malgré une grande résistance, et dans cette lutte où il fut terrassé, il reçut un coup de crosse dans la poitrine et un autre sur la joue gauche, avec contusion et tumeur. Toutefois, il resta possesseur de l’arme. Muni de ce fusil, et malgré ses blessures, il fit feu sur les gardes et porta un coup de baïonnette à l’un d’eux. Le lendemain 25, il s’est traîné à la mairie, où ses blessures furent constatées en présence de M. Le maire. Son état exigeant son transport immédiat à l’hospice, on lui délivra un billet d’entrée à la Charité mais il préféra, père de famille, être traité chez lui. Cependant il fut forcé de se rendre à l’hospice, le 1er mars, d’où il sortit le 14 suivant. Ce jour-là, il s’est présenté à la commission présidée par le citoyen Albert, pour obtenir un secours provisoire. On l’a renvoyé à la mairie du (ancien) Xe arrondissement, où il reçut dix francs. Depuis cette époque, se trouvant un peu soulagé, il a pris un livret et il travailla aux ateliers nationaux. Mais l’exposant, ouvrier menuisier, suivant les certificats honorables joints, se trouve jeté en dehors de son état et ses blessures l’empêchent de pouvoir rouler une brouette. Dans sa position et d’après ses titres ci-dessus, qui vous sont soumis, il vous prie non seulement de le proposer pour la récompense nationale mais aussi de lui accorder un emploi. » Il joignait à sa demande deux certificats. Le premier était signé de Postel et ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le 22 février 1848, à l’heure de midi, me trouvant sur le pont de la Révolution, à l’instant où le commissaire de police fit trois sommations, le nommé Bruley, ouvrier menuisier, s’est précipitée des premiers sur les gardes municipaux, pour les désarmer et que, dans cette lutte, j’ai été assez heureux de détourner un coup de baïonnette qu’il allait recevoir dans la poitrine. » Signé, le 1er mars 1848 : Postel. Le second : « C’est pour attester la vérité de ce que j’avance que j’ai requis l’attestation des citoyens qui, comme moi, ont été arrêtés et maltraités par les gardes municipaux. Le 23 à dix heures du soir sur la place du Châtelet, nous avons été chargés par des gardes municipaux, renversés sous leurs chevaux et fait prisonnier. Ils nous ont emmenés, ou pour mieux dire traînés, en nous maltraitant au point que l’exposant en avait le corps plein de contusions. Ils nous ont emmenés au corps de garde du quai du Mail. Ils nous ont pris : à l’exposant, mon portefeuille, mon livret et mes lunettes. Le citoyen Leroy, ferblantier rue de Bercy, faubourg Saint-Antoine, y était déjà. Ceux qui ont été arrêtés avec moi étaient le citoyen Michel, rue Jacob n° 44, à qui il a été pris ses papiers, vingt-cinq francs et sa montre. Puis le citoyen Jules Vivien, rue d’Angoulême, au Marais près du boulevard, garçon traiteur, à qui l’on a pris ses papiers et douze francs qu’il avait sur lui. Tout le temps qu’ils nous ont tenus, ils nous ont refusé même un verre d’eau, quoi que nous leur ayons fait observer que nous n’avions rien pris depuis le matin. Et pourtant ils sont français. Le citoyen Leroy qui y était depuis le matin a été trente-deux heures sans manger. Nous avons été délivrés par le peuple, le 24 à neuf heures et demie du matin. Au moment où le feu était déjà au corps de garde car ils ne nous avaient pas ouvert en s’enfuyant. La porte nous a été ouverte par un jeune maçon de quinze à seize ans, qui avait le bras en écharpe et couvert de sang ; qui nous a dit avec aplomb Mes amis vous êtes libres ! Je regrette de ne savoir le nom de ce jeune homme. » Sa lettre était certifiée par Leroy, ferblantier, demeurant 26, rue de Bercy-Saint-Antoine ; Vivien, demeurant 26, rue d’Angoulême, chez Copas, restaurateur ; Michel, demeurant 44, rue Jacob. Il reçut un secours de dix francs auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement puis travailla aux ateliers nationaux mais se trouvait, du fait de sa blessure, incapable « de pouvoir rouler une brouette ». Il sollicita une récompense nationale et un emploi. Il reçut soixante-cinq francs de secours en mai 1848. Un commissaire nommé par la Commission d’enquête, fit, en date du 25 mai 1848, le rapport suivant : « Il résulte des informations prises au bureau d’admission de l’hôpital de la Charité et de la visite faite par moi dans le livre d’entrées et de sorties que le nommé Bruley a gratté et surchargé les dates de son entrée et de sa sortie. Il est entré le 11 mars et sorti le lendemain 12, et, d’après les chiffres qu’il a faits à plaisir, il voudrait faire croire qu’il est entré le 1er mars est sorti le 14. Il résulte des informations prises près son domicile et dans sa maison même, qu’on l’a vu rentrer dans les journées de février, blessé et la tête enveloppée de linges ; enfin j’ai pris les dernières informations dans plusieurs établissements publics de la place du Châtelet, lesquels ne m’ont rien produit, ni pour ni contre le citoyen Bruley. » En 1848, il était marié et père de quatre enfants et en avait élevé neuf en tout. Il demeurait 103, rue Saint-Lazare en 1830 ; 134, rue du Bac en 1848. Archives de Paris VD6 92 ; Archives de Paris VK3 47 in dossier Lepagnol, Charles, Théodore ; Archives nationales F/1dIII/84 (où son dossier est marqué Annulé).