Callenge, François, Etienne
Biographie
Né le 14 février 1809 (dans son acte de naissance ; mais souvent et par erreur le 15 février 1809) à Cerisy-la-Salle (Manche). Faïencier, premier commis marchand chez Barbier, marchand de cristaux et porcelaines en gros, 24, rue des Bons-Enfants, depuis 1827 et dirigeait une centaine d’ouvriers, alors qu’il n’était encore âgé que de vingt-deux ans. Le 29 juillet place du Palais-Royal, il fut gravement blessé d’un coup de canon à mitraille, qui lui perfora le poumon et lui brisa la colonne vertébrale. Transporté chez son patron, il mourut le lendemain, dans d’horribles souffrances. Le dossier d’examen des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) VIIIe arrondissement. Le patron de Callenge délivra le certificat suivant, en date du 10 août 1830 : « Je, soussigné, que le nommé Etienne, François Callenge, commis marchand, est resté chez moi pendant l’espace de trois ans et demi, qu’il s’y est conduit de manière à mériter toute ma confiance et, lors de son décès, il était premier dans ma maison et chargé de la direction de plus de cent ouvrier (il avait vingt-deux ans). Il devait faire l’honneur de sa famille et en était le soutien. Il subvenait seul à ses besoins, ses deux autres frères étant au service de la Marine de l’Etat, l’un comme matelot à bord de la Jeanne-d’Arc, faisant partie de l’expédition d’Alger, l’autre en qualité de mousse à bord d’un bâtiment envoyé dans l’Inde. Le nommé Callenge est sorti de chez moi le 29 juillet présente année ; le même jour, sur les 2 heures après-midi, il m’a été rapporté expirant, ayant reçu tout le feu d’une pièce chargée à mitraille braquée sur la place du Palais-Royal. Plusieurs éclats lui sont entrés dans le corps, particulièrement un qui lui a percé le poumon et brisé la colonne vertébrale. Les docteurs Boursault et Brunet lui ont en vain prodigué les secours de l’art. Il a succombé après mille souffrances, le 30 juillet à 1 heure du matin. J’appelle la bienveillance de la Commission à répandre ses bienfaits sur une malheureuse famille, privée de son honorable appui par le fait des immortelles journées qui ont assuré à jamais notre indépendance nationale. » Le 10 septembre 1831, devant le juge de paix du (ancien) IVe arrondissement : Barbier, Fresne, marchand de cristaux, demeurant 24, rue des Bons-Enfants ; Montillet, Paul, tailleur, demeurant 24, rue des Bons-Enfants ; Vialla, Jacques, tailleur, demeurant 24, rue des Bons-Enfants. Ils attestèrent avoir parfaitement connu Calenge (sic) et « qu’il est à leur connaissance, pour avoir été les témoins oculaires de cet événement, que le 29 juillet 1830 ledit Etienne, François Calenge fils, étant sur la place du Palais-Royal, à Paris, reçut la décharge d’un canon chargé à mitraille, qui lui brisa les membres, et que le lendemain 30 juillet il mourut des suites de ses nombreuses blessures chez M. Barbier, l’un des comparants, où il avait été transporté ». Il laissait des parents, Callenge, Joseph, Augustin, né le 18 mars 1775 (selon son acte de baptême) à Cerisy et Viret, Rose, Françoise, née le 18 octobre 1775 à Blainville (Manche), tous deux y demeurant en 1830 (pas vus sur les listes du Bulletin des lois). Les parents s’étaient mariés le 5 mars 1808 à Blainville : Calenge, Joseph, Augustin (sic) est désigné dans l’acte comme cultivateur, né le 19 mars 1775 (sic et par erreur) à Cerisy, fils de Calenge, Guillaume, Antoine, et de Rabec, Marie, Valentine, tous deux cultivateurs ; Viret, Rose, Françoise est désignée comme cultivatrice, fille de Viret, Pierre, François, décédé en mer le 29 novembre 1786, et de Boivin, Marie, Anne, Françoise, cultivatrice. On trouve dans le dossier une notice sur les parents, sans doute rédigée par la mairie et ainsi établie : « […] Calenge (sic) père, soixante ans, sans état fixe, a une petite maison et trois vergers de terre pour toute fortune, sur lesquels il doit huit cents francs. C’est un honnête homme, estimé de ses concitoyens ; il vit de son travail. Son épouse, âgée de cinquante-six ans, est valétudinaire. Il lui reste trois enfants, son aîné, âgé de dix-neuf ans est timonier sur un des bâtiments de l’Etat maintenant devant Alger. Son second, âgé de seize ans, est mousse sur un navire qui fait la pêche de la morue. Son troisième est une fille de quatorze ans, d’un très faible tempérament, qui demeure chez lui et ne peut encore lui être d’une très grande utilité. Ces renseignements sont exacts. Le malheureux Calenge (resic), affaissé dans la douleur, ne voulait faire aucune démarche pour obtenir les secours qu’il réclame. Ses amis, qui, touchés de sa position, l’ont presque forcé de solliciter une part dans les dons patriotiques lui auraient rendu un très mauvais service s’il n’obtenait aucun succès, car il aurait fait inutilement des frais et beaucoup de déplacements. Monsieur notre député contribuera à faire un heureux et à rendre une justice s’il daigne s’occuper encore de cette affaire. Deux à trois cents francs de pension viagère feraient la fortune de Calenge. Cette somme, son fils pouvait déjà la lui donner ; il a perdu son fils dans notre révolution, que du moins il n’y ait pas perdu toutes ses espérances. » Les parents étaient porteurs du certificat médical suivant, délivré par le docteur Quesnet, en date du 16 octobre 1830 à Blainville : « Je, soussigné, certifie que le sieur Augustin, Joseph Calenge (sic) est atteint depuis plusieurs années d’un asthme assez intense, ce qui, joint à une affection rhumatismale à laquelle il est très sujet, le met dans l’impossibilité absolue de se livrer au travail, seul moyen d’existence qu’il ait. Je certifie également que Rose, Françoise Virey, son épouse, épuisée par des pertes abondantes et en proie à une maladie nerveuse dont les accès se renouvellent à chaque instant, n’est guère plus capable de se livrer au travail que lui. » Ils furent pensionnés de deux cents francs et il leur fut accordé par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Les parents avaient choisi Blanchard, Jean-François, marchand de toile, demeurant 18, rue du Sentier comme fondé de pouvoirs auprès de la Commission des récompenses nationales. Callenge demeurait 24, rue des Bons-Enfants (22, rue des Bons-Enfants in Archives de Paris VD6 288 n° 7 ; mais bien 24, rue des Bons-Enfants in Archives de Paris DM13 1) en 1830 ; ses parents à Blainville en 1831. Le nom de Callenge (F.-E. Callenge) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des ascendants auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du VIIIe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 105 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 23 ; Archives de Paris DM13 1, préfecture de la Seine, tableau des décès qui ont eu lieu pendant les mois de juillet, août et septembre 1830, (ancien) IVe arrondissement (sous le nom de Callange, François) ; Archives de Paris VD6 92, Mairie du (ancien) Ier arrondissement, Citoyens sans arrondissement (sous le nom de Caleuze) ; Archives de Paris VD6 281 n° 1, Citoyens sans arrondissement et dont les noms ne sont point inscrits au Panthéon ; Archives de Paris VD6 288 n° 7, (ancien) IVe arrondissement, Etat des morts et des blessés par suite des événements de juillet 1830, Etat général contenant les noms, prénoms, âges, professions, demeures, états civils des victimes de la grande semaine, et les secours qui leur ont été donnés (sous le nom de Calange) ; Archives de Paris VD6 559 n° 1, mairie du (ancien) Xe arrondissement, citoyens sans arrondissement (quant à son inscription sur les listes du Panthéon, N.D.A) (sous le nom de Calenge) ; Archives de Paris VK3 25, une liste de personnes tuées et qui ne semblaient dépendre d’aucun arrondissement parisien (liste établie au moment de recenser les noms qui devaient inscrits sur les tables du Panthéon, N.D.A.) (sous le nom de Calenge) ; Archives de Paris VK3 32, (ancien) XIe arrondissement, citoyens tués, sans arrondissement auquel les rattacher (sous le nom de Calenge) ; Archives nationales F/1dIII/33 Commission des récompenses nationales, deuxième état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet avec indication du champ de bataille où ils ont été frappés (201 citoyens) (ancien VIIIe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, état des ascendants des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet (30 ascendants) ; Archives nationales F/1dIII/48 ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) VIIIe arrondissement, ascendants ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 80, liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841.