Cappot de Feuillide, Jean, Gabriel
Biographie
Né le 29 mars 1800 à Condom (Gers). Ancien inspecteur des Beaux-Arts, démissionnaire sous le ministère Polignac, devenu rédacteur au Figaro et au Temps. Le 27 juillet, il défendit, en vain, les presses du journal puis participa aux combats. Nommé sous-préfet de Mirande (Gers), sitôt après la révolution de Juillet, il fut destitué peu de temps après. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IIe arrondissement), sise rue Bourg-Labbé, afin d’obtenir la croix, en remplacement. Il fit parvenir à cette nouvelle Commission, le 30 juin 1831, la lettre suivante (qu’il signait bien Cappot de Feuillide, J., G.) : « Celui qui écrit ces lignes est un enfant de Juillet, à qui la médaille a été décernée. Il proteste contre cette distinction parce que sa conduite durant les trois journées entre dans la catégorie des actes auxquels la Commission a accordé la croix. Il ne se plaint cependant pas de la Commission. Si elle ne lui a pas rendu justice c’est parce qu’elle était dans l’impuissance de le faire. Au moment où le soussigné a réclamé, la liste des décorés de la croix venait d’être close et promulguée. C’est donc contre cette clôture, cette promulgation définitive que proteste le soussigné. S’il n’avait point, en temps utile, envoyé sa réclamation c’est que sous-préfet de Mirande (Gers) depuis la révolution, à deux cents lieues de Paris, il ignorait ce qui se faisait et ce qui devait être fait. Il reculait devant la difficulté de se procurer les titres nécessaires. Il croyait d’ailleurs que sa conduite, qui dans le temps fut mentionnée dans les journaux, était assez connue des hommes de Juillet, ses amis, et que puisque la Commission avait nommé des commissaires investigateurs, ces commissaires iraient à la recherche des actes et des faits et qu’ainsi les ayant-droits ne seraient pas forcés au rôle de sollicitateurs (sic), car ce métier convient à des intrigants non à des patriotes. Le soussigné s’était trompé. Ne voulant pas renoncer à une récompense dont il se croyait digne, il envoya à la Commission un mémoire qui racontait sa conduite. Mais il était trop tard, la Commission ne pouvait plus donner que la médaille. Elle la décerna donc au soussigné et il faut lui rendre la justice de dire qu’elle témoigna son regret d’être dans l’impuissance de faire davantage car l’ordonnance royale établissait la prescription, comme si faute d’avoir réclamé en temps et lieu le patriotisme pouvait perdre ses droits ! La prescription ! On la conçoit en matière de dettes et d’argent dans la vie privée ! mais dans la vie politique, en matière d’honneurs et de dévouement, jamais ! C’est donc contre cette prescription que le soussigné réclame de toutes ses forces. Voici quelle a été sa conduite pendant les journées de Juillet. Il était rédacteur des deux journaux le Figaro et le Temps. Le 26 juillet, après avoir lu les ordonnances, il se rendit au Figaro et y rédigea sa bonne part des bigarrures qui parurent le lendemain. Durant ce temps, les rédacteurs en chef, Bohain (voir Bohain, Alexandre, Victor) et Roqueplan (voir Roqueplan, Louis, Victor) signaient, dans les bureaux du National la protestation des journalistes, protestation dont le soussigné, occupé à rédiger, ne connut l’existence que le soir à minuit. Il était trop tard. Mais alors il réclama sa part des dangers du lendemain et il se chargea de défendre les presses, que la police devait faire saisir. Après avoir passé toute la nuit à transporter et faire transporter, dans des maisons voisines, des casiers et des caractères d’imprimerie, afin de se ménager au besoin une presse clandestine le soussigné se trouva à son poste à 11 heures du matin le mardi 27 juillet. Il reçut le commissaire de police, défendit le terrain pied à pied et une heure durant harassa, perça à jour les sbires de la police, avec les sarcasmes, l’ironie amère qui surabonde dans tout homme qui voudrait et ne peut se venger par le poignard. Les presses ne furent saisies que lorsqu’il fallut céder à la force. Que pense-t-on de cette façon de protester. Etait-elle aussi courageuse, pouvait-elle avoir pour le soussigné des suites aussi funestes que la protestation écrite et signée des journalistes ? N’y avait-il pas autant de danger, ne fallait-il pas déployer autant d’énergie pour tenir tête à un commissaire de police que pour mettre à huis clos son nom au bas d’une protestation ? Cette protestation courut la ville le matin et souleva le peuple mais croit-on qu’en protestant ainsi à la face du peuple ameuté, le soussigné n’ait pas apporté sa part au mouvement qu’il fallait faire éclore ? Beaucoup de ceux qui ont signé la protestation n’ont pas reparu durant ces trois journées. Le soussigné a combattu sur les barricades, il s’est trouvé face à face avec le danger. Ceux qui ont signé la protestation n’avaient pas auprès d’eux la main d’un commissaire de police prête à les saisir ; le soussigné a signé entre les mains de ce commissaire de police la saisie des presses et a signé sans trembler. Lorsque cette opération fut terminée, il se rendit aux bureaux du Temps, dont J.-J. Baude (voir Baude, Jean, Jacques) défendait les presses et il prit part à cette défense courageuse. Le mercredi, le jeudi, il rédigea et lut sur les barricades des proclamations pleines de patriotisme. Il acheva avec la poudre et le fer ce qu’il avait commencé avec sa plume mais le soussigné n’a nul besoin de retranscrire des détails, dont les preuves sont entre les mains de la Commission des récompenses. Pour réclamer la croix, sa conduite au Figaro est suffisante car la croix a été donnée aux journalistes qui ont protesté et n’ont même fait que cela. Qui ne conviendrait que la défense des presses du Figaro, en face de la force armée, n’ait exigé autant de courage et de dévouement, et n’eût, sans la victoire, été aussi funeste au soussigné que la protestation rédigée dans les bureaux du National, loin de tout danger immédiat ? » Signé : Cappot de Feuillide. Roqueplan, Victor (voir plus haut), lui délivra le certificat suivant, à en-tête du Figaro, cité Bergère au 6, rue du Faubourg-Montmartre : « Je, soussigné, atteste la vérité des faits ci-après. 26 juillet 1830. Après que les ordonnances eurent paru M. Capot de Feuillide, rédacteur du Figaro, concourut avec moi et quelques-uns de ses collaborateurs à la rédaction du numéro du 27, dans lequel fut insérée la protestation de la presse périodique ; une grande partie des bigarrures fut son ouvrage. Le soir à minuit, M. Capot de Feuillide devait nous accompagner au bureau du National pour y signer la susdite protestation. Ce fut faute d’avis donné à temps qu’il ne put s’y rendre. Dans la nuit du 26 au 27, il nous aida à transporter chez nos voisins et chez quelques-uns de nos amis les presses et caractères de notre imprimerie. Le 27, obligé moi-même d’aller au tribunal, plaider devant M. de Belleyme contre notre imprimeur, qui me refusait son ministère, je chargeai M. Capot de Feuillide, qui me l’avait offert, de résister par toutes les voies à la saisie qui menaçait nos presses. Il s’acquitta avec courage et sang-froid de cette mission périlleuse. Devant les menaces du commissaire de police, qui aurait pu immédiatement le faire arrêter, il ne céda à sa sommation qu’à l’arrivée d’une nombreuse force armée. Le mercredi matin, éloigné de mon quartier, vers lequel les troupes royales m’empêchaient d’arriver, je reçus de M. de Feuillide la proposition de faire et même de signer mon journal si je venais à disparaître ou à succomber. Rentré chez moi à 4 heures du soir, je le trouvais en effet occupé à rédiger des proclamations, des bulletins et la plupart de ces nouvelles qui donnaient tant d’élan à la population parisienne. Imprimées sur de petites feuilles de papier, ces diverses notes furent colportées et lues à haute voix par lui dans les quartiers les plus tumultueux. Le jeudi, placé au balcon [du théâtre] des Nouveautés, qui donne sur la place de la Bourse, je travaillais à mon numéro du lendemain, je le vis revenir de la rue de Richelieu, au nombre des combattants qui ramenaient la pièce de canon prise à la rue Saint-Nicaise ; il était accompagné de l’élève de l’Ecole polytechnique Mitrecey (voir Mitrèce, Isidore, Pierre, Charles), avec lequel il forma immédiatement un bataillon. » Signé, le 1er juillet 1831 : Roqueplan (voir plus haut), rédacteur en chef du Figaro, décoré de Juillet. Suivait l’apostille suivante : « Je, soussigné, certifie que tous les faits énoncés ci-dessus sont parfaitement à ma connaissance et que nous étions ensemble lorsque M. Cappot de Feuillide fit lecture sur les boulevards et sur plusieurs points des journaux le Temps, le National, le Figaro et de toutes les proclamations qui furent faites pour exalter le brave peuple parisien. Ce fut à la suite d’une de ses harangues que, dans la cité Bergère, il se forma un bataillon qui se rendit place de la Bourse sous les ordres du général Dubourg. » Signé : M… de … illisible, administrateur du Figaro. L’Opinion, journal de Bordeaux, en date du 11 juin 1831, commentait ainsi la destitution de De Feuillide : « M. Casimir Perier prodigue les disgrâces administratives avec un luxe digne en tout point de M. Corbière. Sans doute il y aurait à faire une immense réforme dans le personnel administratif : que d’anciens amis de la dynastie déchue peuplent encore les bureaux ! Mais croyez-vous que les foudres ministérielles menacent celui qui prit la fuite à l’approche du drapeau tricolore, et qui, le 30 juillet, protestait encore de son dévouement au roi d’Holyrood ? non ; celui-là jouira longtemps encore de sa quote-part au budget de l’Etat ; ce sont les hommes de Juillet qu’il faut frapper. C’est peut-être une condition du désarmement tant promis ; aussi en a-t-on déjà sacrifié une hécatombe. Et voilà que le sous-préfet de Mirande vient encore grossir le nombre des disgraciés. Le Moniteur nous apprend que M. de Feuillide est remplacé, sans dire qu’il soit appelé à d’autres fonctions, ce qui, en langage officiel, signifie qu’il est destitué. Or M. de Feuillide avait bien acquis le droit de prétendre à un tel honneur. Inspecteur des beaux-arts, il donna sa démission à l’avènement de M. de Polignac ; il flagella le ministère du 8 août dans sa double épître à Paul-Louis Courier, et le combattit sans cesse dans les journaux de l’opposition. Au moment des ordonnances, M. de Feuillide défendit seul les bureaux du Figaro contre la meute Mangin, et le lendemain il combattait sur les barricades. Plus tard, sous-préfet de Mirande, il avait su stimuler le patriotisme de ses administrés ; mais, hélas ! homme de Juillet et poète, il était impuissant pour faire du juste milieu. On se rappelle son Ode au drapeau, publiée dans notre journal ; là, il faisait retentir les cris de liberté d’Italie ou de Pologne. Cela sans doute aura déplu à M. Perier, ou M. Sebastiani se sera plaint de ce qu’un sous-préfet chantait autre chose que la non-intervention si poétiquement inventée par Son Excellence. » Cappot de Feuillide participa à une assemblée générale des décorés de Juillet, au Wauxhall, le 12 juillet 1831, dont le but était de préparer une pétition adressée aux membres de la Chambre des députés, pour faire cesser la distinction faite entre ceux qui avaient été décorés de la Croix de Juillet et ceux qui n’avaient reçu que la médaille de Juillet. Le procès-verbal de cette réunion était ainsi rédigé : « La première partie de la séance est consacrée au rapport des travaux de la commission des réclamants de Juillet. A cette occasion, Me Floriot prononce un discours dicté par les sentiments du plus pur patriotisme, et plein d’une sage modération. Son intention était d’obtenir l’adhésion des décorés de la croix spéciale à d’équitables représentations. M. Capot de Feuillade parle dans le même sens. M. Thourel, prenant aussi la parole, invite tous les hommes de Juillet à établir entre eux des rapports plus intimes, et à ne former qu’une même famille, comme aux jours du danger. Il propose de signer une pétition qui sera présentée à la Chambre des députés. Toute distinction, dit-il, doit cesser entre ceux dont le péril fut le même. Ses intentions pures et patriotiques, bien comprises de l’assemblée, produisent la plus profonde sensation, et excitent les plus vives sympathies. Il se livre ensuite à quelques observations pleines d’intérêt sur le programme public des fêtes des 27, 28 et 29 juillet et sur l’avis affiché par la commission des blessés de Juillet. M. Bonnellier prend ensuite la parole pour le même objet. Pendant son improvisation, M. Thourel a rédigé la pétition dont il avait précédemment parlé. Cette pétition, lue dans le plus grand calme, est accueillie par d’unanimes applaudissements ; on la dépose sur le bureau du président, où elle est à l’instant couverte de nombreuses signatures. Me Floriot fait la proposition d’offrir une épée d’honneur aux généraux Dubourg et Dufour. L’assemblée vote par acclamation, et l’on arrête qu’à dater de ce jour des listes de souscription sont ouvertes dans les bureaux de la commission des réclamants de Juillet et dans ceux des journaux La Tribune et La Révolution. Avant de se séparer, un membre de l’assemblée donne communication du programme des fêtes qu’on se proposait de célébrer le 14 juillet pour l’anniversaire de la prise de la Bastille. Après lecture faite de ce programme, on se sépare dans le plus grand ordre, et en entonnant l’hymne patriotique la Marseillaise. » Le texte de la pétition que la réunion voulait adresser à la Chambre était ainsi conçu : « Lorsque la France s’est levée comme un seul homme pour élever l’étendard de la liberté sur les débris d’un trône, les citoyens n’ont établi entre eux aucune distinction ; tous, ils ont couru aux armes, le même héroïsme les animait, et la même tombe recouvre quatre mille d’entre eux ; et cependant au jour des récompenses, des catégories sont établies, les titres sont égaux, et nous, que l’on voudrait placer sur la première ligne de ceux avec lesquels nous étions confondus dans le danger, nous venons hautement protester contre une telle distinction, et réclamer les honneurs militaires et l’étoile le Juillet pour nos frères jugés dignes de la médaille, et ceux dont les droits auraient été méconnus. Une commission a été établie dans le sein de l’assemblée de ces braves ; nous venons appuyer auprès de la Chambre une réclamation aussi juste, de toute l’autorité des droits qu’on nous a déjà reconnus. Suivent les signatures des décorés de Juillet. » Journaliste à l’Eclaireur des Pyrénées en 1851, marié et père de deux enfants, il fut arrêté à Bayonne et condamné à la transportation en Algérie, pour excitation à la révolte, entraves apportées à la liberté des suffrages et provocation à la désobéissance aux lois ; son dossier le présentait comme socialiste exalté et pamphlétaire. Il fut gracié le 8 février 1854. Il demeurait 9, rue de Buffault en 1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Album des décorés de Juillet, contenant les noms des décorés de Juillet, Paris, chez Mie, Prevot et Levavasseur, 1831 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) VIIe arrondissement et liste supplémentaire des citoyens proposés pour la médaille VIIe arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 376 ; base de données de l’Université de Bourgogne sur la répression du coup d’Etat du 2 décembre 1851.