Carbonel, Antoine, François
Biographie
Né le 10 janvier 1779 à Paris. Entré en vendémiaire an VIII au 11e régiment de hussards, chasseur au 7e régiment en brumaire an XI, brigadier en fructidor an XI, maréchal des logis en vendémiaire an XII, sous-lieutenant au 13e régiment de dragons le 5 ventôse an XIII, lieutenant au 6e régiment de dragons le 22 mars 1806, aide de camp du général Grouchy le 5 avril 1807, fait chevalier de la Légion d’honneur le 30 mai 1808, capitaine le 17 juillet 1809, chef d’escadron le 3 juillet 1811. Il fit les campagnes de l’an VIII et de l’an IX en Italie, de l’an XII à Bayonne et à Brest, de l’an XIII en Hollande, les deux campagnes de l’an XIV en Allemagne, de 1806 et 1807 en Prusse et en Pologne, de 1808 en Espagne, de 1809 en Autriche, la campagne de Russie ; il assista aux batailles de Marengo, d’Austerlitz, d’Eylau, de Friedland, au 2 mai à Mardrid, au passage de la Piave, à Raab, à Wagram, à Smolensk et à la Moskowa ; il eut un cheval tué sous lui à Eylau et fut blessé. Grouchy lui délivra cet état de service, le 20 août 1808 : « Cet excellent officier n’a cessé de donner des preuves de haute valeur et de capacité durant les campagnes d’Allemagne, et pendant celle de Prusse et de Pologne. A l’affaire de Zédénitz, il déboucha du bois l’un des premiers, chargea vigoureusement l’ennemi et contribua à la défaite de trois escadrons prussiens, qui se précipitèrent dans un marais, où ils furent tous tués ou pris. Au combat de Prentzlow, il chargea avec intrépidité, à mes côtés et ce fut lui qui au milieu d’une grêle de coups de fusils somma le prince Auguste de se rendre et le conduisit au grand-duc de Berg. Au combat de Biezun, il se précipita sur les pièces ennemies et ramena un obusier. A Preuss Eylau, il eut un cheval tué sous lui. Enfin il s’est non bien moins conduit au 2 mai à Madrid, où il a couru les plus grands dangers et rendu des services importants. » Dans un autre état de service, le même Grouchy rapportait la bonne conduite de Carbonel à la bataille de Friedland. Il fut nommé officier de la Légion d’honneur le 8 octobre 1812. Nous empruntons aux Souvenirs (1810-1830) du duc d’Orléans les indications biographiques suivantes données sur Carbonel : Il participa à l’expédition de Russie comme chef d’escadron. Il fut blessé à la Moskova. Employé en Saxe à l’état-major de la Grande Armée, il devint aide de camp du général de Narbonne puis du général de Flahaut. Le 15 mars 1814, il était adjudant-commandant et fut muté à l’état-major du ministère de la Guerre en avril. En juin 1815, il fut de nouveau promu aide de camp de Falhaut puis en juillet il était fait chef d’état-major de la 9e division militaire. Mis en non-activité par les Bourbons, il fut rappelé comme colonel à la suite du corps d’état-major en 1818 pour être mis en disponibilité en janvier 1819. Le 9 février 1824, le cabinet du préfet de police donnait au ministre de l’Intérieur les renseignements suivants sur le compte de Carbonnel : « Votre Excellence m’a fait l’honneur de m’écrire, le 3 janvier dernier, qu’au nombre des individus qui s’agitaient, en ce moment, avec le plus d’activité, pour les élections, on désignait le lieutenant-général Bachelu, le colonel Carbonnel (sic), le sieur Carrel et le médecin Delaberge. […] Le colonel Carbonnel (sic), qui demeure dans la même maison que le général Lafayette, dont il partage les principes, est l’ami intime du père et du fils, leur confident et l’agent qu’ils emploient dans les intrigues multiples auxquelles ils ne cessent de se livrer. » Dans ses Mémoires, Alexandre Dumas le présente comme un des plus actifs intrigants en faveur du duc d’Orléans : Il rapporte à propos de l’arrivée du duc d’Orléans à l’Hôtel de ville et du général Lafayette : « Un parti – le parti orléaniste – l’avait enveloppé (Lafayette, N.D.A.), entouré, circonvenu ; c’était un véritable siège dont les travaux étaient habilement dirigés par Laffitte et conduits par Carbonnel. De là venait ce mot si expressif de Bonnelier (voir Bonnellier, Hippolyte, Louis) : “Vos diables de républicains nous ont donné bien du mal !” En effet, ce n’était plus qu’avec difficulté que les républicains pénétraient près du bon vieux général, et à peine l’un ou l’autre de ceux qui étaient connus pour professer cette opinion – et ils pouvaient être facilement connus, car ceux qui professaient cette opinion étaient encore rares à l’époque dont nous parlons – à peine l’un ou l’autre était-il près de lui, que l’on entrait et que, sous vingt prétextes différents, on coupait ou épiait la conversation. » Aide de camp du général Lafayette, il était sans doute alors plus simplement premier commis de l’agent de change, Lombard, s’il faut en croire la duchesse d’Abrantès, qui relate dans ses Mémoires, en voulant rendre hommage à Dumoulin, Jean-Baptiste (voir ce nom) ces faits curieux concernant Carbonel et qui font de ce dernier un des protagonistes du mécanisme de l’usurpation au profit de Louis-Philippe. « Nul officier de Napoléon ne lui fut plus dévoué [que Dumoulin, Jean-Baptiste, N. D. A.]. Lorsqu’en 1818 Dumoulin gagna à la Bourse plusieurs millions, il ouvrit une négociation avec lord Bathurst, secrétaire d’Etat de la Marine, pour être autorisé à envoyer 100.000 francs par an à l’Empereur, à Sainte-Hélène. Sous la Restauration, Dumoulin fut arrêté huit cent neuf fois pour des tentatives en faveur de Napoléon... Le 29 juillet 1830, revêtu de son uniforme d’officier d’ordonnance de l’Empereur, il fut le premier à entrer à l’Hôtel-de-Ville... Le gouvernement provisoire, pour récompense, le nomma commandant de l’Hôtel-de-Ville. Alors, se rappelant son serment fait à l’Empereur, à l’île d’Elbe, de mourir pour sa cause, il court chez David, imprimeur, faubourg Poissonnière, dans la nuit du 28 au 29 ; il fait faire plusieurs milliers de proclamations qui rappelaient Napoléon II au trône de France, d’après le décret des Chambres du 21 juillet 1815 et le 30 juillet, à 9 heures du matin, du consentement de trois membres de la commission municipale, dont je sais les noms, aidé d’un petit nombre d’amis qui étaient dans son secret, il proclame Napoléon II, lorsque M. le colonel Carbonnel (sic), associé de l’agent de change Lombard et secrétaire de M. de Lafayette, dit à M. Dumoulin que son général voulait lui parler, et l’attira dans une pièce reculée, où il ne trouva que deux factionnaires qui le retinrent dans cette chambre depuis 9 heures du matin jusqu’à 7 heures du soir. Cette circonstance est la seconde où M. de Lafayette fut fatal à la dynastie impériale. Je parlerai de la première dans mon Histoire de la Restauration, à la fin des cent-jours. J’ai placé celle-là maintenant, parce que, n’allant pas jusqu’à cette époque, je puis anticiper sans crainte. M. de Lafayette a été funeste à la France sous tous les régimes. Je crois qu’il voulait lui donner le sien. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIIe arrondissement, sous-préfecture de Saint-Denis. Dans sa séance du 8 avril 1831, le comité des renseignements, chargé de recueillir des informations sur les différents candidats aux récompenses honorifiques et sur les contestations qu’il pouvait y avoir sur chacun des cas, laissait cette appréciation au sujet de Carbonel (sans qu’on sache quelle importance on doit y attacher) : « Vérifier les titres de M. Carbonnel (sic). M. Bixio (voir Bixio, Giacomo, Alexandro) se charge de prouver qu’ils sont insuffisants. » Dans sa séance du 13 avril 1831, le comité des renseignements, chargé de recueillir des informations sur les différents candidats aux récompenses honorifiques et sur les contestations qu’il pouvait y avoir sur chacun des cas, demandait, sur proposition de Brissot (voir Brissot-Thivars, Louis, Saturnin) à son égard l’ajournement de toute décision de récompense honorifique. Dans sa séance du 15 avril 1831, le même comité des renseignements ajoutait : « Le comité, à l’unanimité croit devoir mettre sous les yeux de la Commission que M. Carbonnel (sic) n’a rien fait pour mériter la décoration. » Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de l’arrondissement de Saint-Denis. Il apostilla ainsi un certificat délivré par Cassan, Armand, en faveur de Beaufort, Joseph, Michel, lieutenant d’état-major auprès du général Lafayette, et déjà apostillé par de très nombreuses signatures : « Je me joins avec un grand plaisir aux personnes qui ont rendu justice à M. Beaufort, n’ayant que des éloges à donner à sa conduite et aux qualités qui le distinguent. » Il fut nommé maréchal de camp en 1830. Il prêta son serment de décoré de Juillet, le 16 mai 1831 à la mairie du (ancien) Ier arrondissement (il signe Carbonel, en face de son nom écrit Carbonel, maréchal de camp, demeurant 6, rue d’Anjou). Ce serment était ainsi libellé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Il reçut sa croix, le 21 juillet, auprès de la sous-préfecture de Saint-Denis (il signe Carbonel). Il demeurait 6, rue d’Anjou (l’adresse du général Lafayette). Le gouvernement de Louis-Philippe le rappela à l’activité. Il devait voir ses services récompensés par la croix de commandeur de la Légion d’honneur en octobre et le grade de maréchal de camp le 29 décembre. En 1836, il commandait une brigade du camp de Saint-Omer. Le général Pelleport, dans ses Souvenirs militaires et intimes, rapportait ainsi la rencontre qu’il fit de Carbonnel quand il fut lui-même nommé inspecteur général d’infanterie et commandant supérieur du camp de Saint-Omer en 1836 : « Au moment de mon arrivée à Saint-Omer, je reçus une lettre du général Carbonnel (13 août 1836), dans laquelle cet officier général m’exposait, en peu de mots, son historique. Je fus enchanté de cette communication, qui détruisait dans mon esprit une impression donnée à Paris et d’où il résultait que Carbonnel était un héros de Juillet. Cet officier général me disait, entre autres choses : Je n’ai provoqué en aucune manière les événements de 1830, et, la révolution accomplie, j’ai combattu l’anarchie. Carbonnel est resté fidèle depuis à la branche d’Orléans, pour l’avènement de laquelle il avait beaucoup fait en 1830. » Il commandait le département de la Gironde en 1837. Il passa dans le cadre de réserve le 12 janvier 1841. Il fut nommé commandeur de la Légion d’honneur le 31 octobre 1830, grand officier le 27 avril 1845. Il mourut le 24 avril 1861. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris DM13 1, décoration de Juillet, arrondissement de Saint-Denis, contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet de l’arrondissement de Saint-Denis ; Archives de Paris VD6 277 in dossier Douelle, Jules, Louis (où son nom est cité comme ayant reçu un rapport de Douelle, le 29 juillet à l’Hôtel de ville, sur les derniers événements) ; Archives de Paris VD6 631 n° 1 in dossier Violard, François, Léon ; Archives de Paris VK3 27 Mairie du (ancien) Ier arrondissement, décorations de Juillet, registre et certificat de prestation de serment ; Archives de Paris VK3 29, séance du 8 avril 1831, séance du 13 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 41 in dossier Basson, Valentin ; Archives de Paris VK3 42 in dossier Clavet Gaubert ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, arrondissement de Saint-Denis ; Archives nationales F/7/6741 dossier 10812 élections, correspondance avec MM. les questeurs de la Chambre des députés ; Archives de la préfecture de police AA 372 in dossier Beaufort, Joseph, Michel ; base Leonore de la Légion d’honneur, dossier LH/424/30 ; Souvenirs militaires et intimes, général Pelleport, Paris, Didier éditeurs, 1857, tome second, p. 218.