Caron, Jules

Biographie


Né le 26 octobre 1805 à Foëcy (Cher). Artiste graveur d’histoire ou peintre d’histoire. Il commanda une compagnie de citoyens armés et retrouva d’autres combattants, le 29 juillet, sur la place de l’Odéon, puis participa au désarmement du poste des vétérans de la Chambre des pairs et de celui des gendarmes, rue de Tournon. La chronique de l’époque rapportait le témoignage suivant qu’il laissait de sa conduite : « Ces armes, racontait-il, augmentèrent le nombre de nos défenseurs ; mais nous manquions de munitions nécessaires à notre entreprise contre la caserne de Babylone que nous projetions s’attaquer ; des bourgeois, voisins de ce lieu de réunion, avaient bien, il est vrai, travaillé toute la nuit à fondre plusieurs milliers de balles, c’était déjà beaucoup mais l’essentiel nous manquait. La poudre ne pouvait être remplacée par la poussière, comme nous avions plusieurs fois remplacé les balles par des cailloux. Nous étions déjà plusieurs milliers dans cette pénible attente, lorsque nous vîmes arriver une voiture provenant de la poudrière des Deux-Moulins, courageusement enlevée la veille, on eut une telle ardeur à cette vue, que nous eûmes beaucoup de peine à nous préserver, en repoussant les assaillants, d’une explosion qui devenait inévitable, par l’approche des armes de ceux qui nous suppliaient de leur en donner. Cependant nous parvînmes à calmer momentanément cette avidité par la promesse d’une égale répartition. J’en fis conduire un baril hôtel Corneille, où on avait fondu les balles. Tous les habitants de cette nombreuse maison en firent des cartouches, et mirent en paquet celle pour laquelle ils manquaient de plomb. Des sentinelles furent placées tant pour garantir ce magasin que pour préserver celui du corps de garde de l’Odéon et de la rue Voltaire. Pendant qu’on faisait cette utile opération, il nous arriva une pièce de canon, qui fut promptement suivie d’une autre ; enfin la distribution des munitions se fit au milieu d’une allégresse qui allait toujours croissant à mesure que nous approchions du moment de nous battre. On forma en compagnies cette population devenue tout à coup guerrière. Elles étaient composées d’hommes très bien vêtus, d’ouvriers à peine couverts, de quelques soldats, débris de régiments soumis ou fuyards, de gens mêmes déguenillés mais cette différence de costume ne faisait pas celle du cœur, les vœux étaient les mêmes, un même but nous appelait, nous rassemblait, la destruction du despotisme. Pour l’obtenir il fallait se battre ; partout on était prêt. De toutes parts, on entendait ce mot Partons ! L’effusion était son comble. Un ancien élève de l’Ecole polytechnique fut unanimement investi du commandement en chef, celui des compagnies fut confié en grande partie aux courageux élèves de cette belle école, et à quelques bourgeois […]. Dans le nombre de ces derniers, je fus pris pour commander la 2e compagnie du régiment improvisé : les chefs jurèrent de vaincre ou de mourir, ce cri fut répété par ceux qui voulurent bien se soumettre à nos ordres ; on battit la marche, qu’ouvraient les braves pompiers. Sur notre route, le peuple nous recevait avec joie, se mêlait, nous aidait à vaincre les obstacles qu’opposaient les barricades à nos pièces d’artillerie, sans rien détruire de ce qui nous était si nécessaire en cas de retraite, s’il fallait en craindre une. Déjà on nous apprêtait des linges et de la charpie pour ceux à qui le sort serait contraire. On fit halte rue de Sèvres pour envoyer parlementer avec le commandant de la caserne Babylone. Ne voyant pas revenir nos émissaires, on crut qu’ils avaient été retenus, d’autres furent envoyés ; peu de temps après, ils reparurent avec les premiers, nous annonçant que l’entêtement helvétique nous forçait à combattre ; on n’entendit qu’un cri : En avant ! On se dirigea de divers côtés pour cerner les issues. Ma compagnie entra par la rue des Brodeurs pendant que d’autres allaient occuper différentes rues. Arrivés aux coins des rues de Babylone, des Brodeurs et autres, les maisons furent occupées, les murs escaladés, une fusillade s’engagea et fut longtemps nourrie de part et d’autre ; mais les Suisses, garantis par les matelas, détruisaient nos braves qui étaient pour la plupart à découvert, et ne pouvaient riposter avec autant d’avantage des toits ou des hangars environnants. Le projet de mettre le feu à la caserne vint tard, mais il fut aussitôt exécuté que conçu ; la paille destinée aux blessés fut arrosée d’essence de térébenthine et placée devant la porte. L’incendie fut allumé sous la grêle des balles par un jeune homme de dix-huit ans. Ce moyen réussit ; la crainte d’être brûlés vifs leur fit prendre la résolution de fuir, ils le firent avec assez d’ordre quoiqu’en courant à toutes jambes et en nous lançant encore quelques balles ; mais l’ardeur qu’on mit à les poursuivre en fit tomber bon nombre sous le feu de nos braves compagnons d’armes. Si le conseil que j’avais donné avant l’engagement avec l’ennemi avait été suivi, nous n’en aurions pas manqué un ; quelques centaines d’hommes placés au coin du boulevard, les eussent pris en flanc, et ces troupes fraîches eussent rendu la déroute complète. […] Nous nous retirions tout glorieux de cette nouvelle victoire, lorsqu’un courrier volontaire vint augmenter notre allégresse, en nous faisant part de celles que nos frères venaient de remporter au Louvre et aux Tuileries. » Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il signa le certificat suivant en faveur de Briges de, Prosper, Victor, Hyacinthe ou Hippolyte : « Je certifie avoir vu, armé, le sieur de Briges, le 29 juillet dans un des pelotons qui se sont formés sur la place de l’Odéon pour se rendre de là au Louvre et à la caserne de Babylone. Un de mes amis, le sieur Ruhierre (voir Ruhierre, Edme, Jean), signataire de la pétition du réclamant m’assure l’avoir vu ensuite et peu après que la caserne fût prise portant sur la figure les marques d’un combattant. Je pourrais, d’après la foi que j’ajoute à ce témoignage, attester qu’il fût présent à l’action mais comme il use du devoir d’un honnête citoyen de ne jamais charger sa conscience (même pour rendre service), je m’abstiendrais d’affirmer l’avoir vu pendant l’attaque. J’ose croire, messieurs, que la délicatesse et la franchise avec laquelle j’agis auront plus d’influence sur vous qu’une attestation plus pompeuse et qui cependant pourrait être fausse. D’ailleurs je vous prie de croire M. de Briges trop honnête citoyen pour solliciter une faveur non méritée. » Il prêta, le 21 mai 1831, son serment de décoré de la Croix de Juillet, nécessaire pour pouvoir retirer cette dernière ainsi que le brevet qui l’accompagnait, à la mairie du (ancien) XIe arrondissement ; ce serment était ainsi libellé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Il reçut, comme décoré de la Croix de Juillet, non blessé, la somme de vingt-cinq francs auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement, à l’occasion du premier anniversaire de la révolution. Il reçut, en juillet 1833 à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution, un secours de vingt-cinq francs, à titre de décoré de Juillet. Il reçut, en juillet 1835 à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution, un secours de neuf francs, à titre de décoré de Juillet. Il reçut, en juillet 1836 à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution, un secours de quatre francs, à titre de décoré de Juillet. Il demeurait 16, rue des Maçons-Sorbonne en 1831-1833 ; rue des Maçons en 1835 ; 167, cour de la Sainte-Chapelle en 1836. Evénements de Paris des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830, par plusieurs témoins oculaires, Paris, imprimerie et fonderie de Fain, 1830, p. 107 à 114 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 272 ; La Quinzaine mémorable. Evénements arrivés à Paris du 26 juillet au 9 août 1830, avec la nouvelle charte constitutionnelle adoptée le 7 août ; ouvrage dans lequel on trouvera de nombreux faits avérés mais peu connus, Simon Blocquel, Paris, Delarue, s.d. p 89-92 ; Relation historique des journées mémorables des 27, 28, 29 juillet 1830, en l’honneur des Parisiens, ornée d’un plan de Paris pour l’intelligence de la position et des marches des troupes royales, chez Langlois, Paris, 1830, p. 116 ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, Le Moniteur universel 2 mai 1831 ; Archives de Paris VI1, 1836, Etat de répartition de la somme de deux cents francs affectée par M. le ministre de l’Intérieur à MM. les décorés de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 3, liste des médaillés confusion avec les décorés il y a plein d’erreurs sur la liste de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1, mairie du (ancien) XIe arrondissement, état nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet non blessés, auxquels il a été payé une gratification de vingt-cinq francs ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, cahier vert des prestations de serment ; Archives de Paris VI1, 1835, Etat de répartition de la somme de quatre cents francs mise à la disposition de M. le maire du (ancien) XIe arrondissement par M. le préfet de la Seine pour être distribuée à MM. les décorés de Juillet ; Archives de Paris VI1 1, liste des décorés de Juillet, qui ont reçu un secours de vingt-cinq francs les 27 et 28 juillet 1833 ; Archives de Paris VK3 19, Mairie du (ancien) XIe arrondissement de Paris, état des citoyens décorés de la Croix de Juillet non blessés auxquels il a été payé une gratification de vingt-cinq francs ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIe arrondissement et liste supplémentaire des décorés de Juillet ; Archives de la préfecture de police AA 375 in dossier Briges de, Prosper, Victor, Hyacinthe ou Hippolyte.

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