Chanteloup, Jean

Biographie


Né le 20 janvier 1814 à Charenton-le-Pont. Militaire pendant quinze ans, ayant fait cinq campagnes, devenu musicien. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et dans lequel il se présente comme un combattant de Juillet. Il adressa à cette Commission la lettre suivante : « […] Le sieur Chanteloup, Jean, ancien combattant de juillet 1830, ex-militaire, demeurant à Paris, rue des Ciseaux n° 9, a l’honneur de solliciter votre intérêt bienveillant sur l’exposé qui suit. En qualité de défenseur des libertés publiques, l’exposant, qui avait bravement combattu en juillet 1830, n’a pas failli à ses devoirs de bon citoyen lors des événements de février dernier. Après avoir payé de sa personne pour la chute du dernier gouvernement, il eut l’occasion d’exercer l’humanité envers la femme, la fille et les deux sœurs de l’ex-colonel de la garde municipale, alors à la préfecture de police, auxquelles la fureur populaire allait faire un mauvais parti, le 24 février, et il les conduisit en lieu sûr, en bravant toutes sortes de dangers. Puis, il se mit à la recherche du citoyen Lardenois, colonel, et, après de longues et très dangereuses investigations, dans lesquelles il faillit plusieurs fois tomber victime de son dévouement, il parvint à remplir la mission toute philanthropique qu’il s’était donnée. Depuis lors, l’exposant a adressé par erreur au ministère de l’Intérieur une demande tendant à obtenir une récompense purement honorifique, une médaille d’argent. Il joignit à sa dite demande plusieurs certificats authentiques, dont copie est ci-jointe. Mais le ministère renvoya l’exposant à votre Commission, l’objet de sa demande rentrant dans vos attributions. L’exposant vient donc vous prier, monsieur le président, eu égard à son dévouement désintéressé, de vouloir bien lui faire décerner la simple récompense qu’il ambitionne. Il ose espérer que la Commission daignera lui tenir compte des services qu’il a eu le bonheur de rendre et au pays et à des particuliers auxquels il n’était nullement lié […]. » Il joignait à sa demande plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie, Mijonnet, sellier, faubourg Saint-Martin, impasse de l’Egout, n° 6, que le nommé Chanteloup, demeurant faubourg Saint-Germain, rue des Ciseaux n° 9, a combattu, le 23 février, dans la rue Saint-Martin à la barricade Saint-Merri, où il a soutenu jusqu’à la fin. » Signé, le 25 octobre 1848 : Mijonnet ; Selves, Eugène, demeurant 6-8, passage de la Petite-Boucherie. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le citoyen Chanteloup a combattu avec courage le 24 février aux barricades de la rue Saint-Martin. » Singé : Jaume, marchand, demeurant 2, rue Suger. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Laurent Boué, ex-cocher du colonel Lardenois, commandant la garde municipale de Paris, certifie que M. Chanteloup, Jean, âgé de trente-cinq ans, ancien militaire, a sauvé la famille Lardenois de la fureur populaire, le 24 février 1848, vu que ledit Chanteloup s’est empressé de courir prévenir Mme Lardenois et sa demoiselle, enfuies de la préfecture de police pour se réfugier chez Nicolas, Charles, gardien de Paris, cour Lamoignon n° 8 ; s’étant adressé à moi à cet effet, M. Chanteloup a traversé les barricades (je le suivais) et il s’est rendu près de ces dames, les a pressées de venir chez lui et, en les y conduisant, il a rencontré le citoyen Caumont, médecin de la garde municipale et, d’après ses instances il a confié ces dames audit médecin, chez qui elles se sont rendues, faubourg Saint-Germain. Ledit Chanteloup a été supplié par ces dames de chercher et de trouver mort ou vif le colonel Lardenois et ce n’est qu’après avoir bravé mille dangers à travers les barricades, le 24 février, qu’il a fini par découvrir ledit colonel, à la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement, où il venait d’être saigné et il a apporté à ces dames un mot d’écrit de leur mari et père, ce qui les a tranquillisées. Elles ont déclaré, ainsi que le colonel Lardenois, que M. Chanteloup avait, par cette action de courage et d’humanité, mérité une récompense, notamment la médaille d’argent. D’ailleurs ces faits étant très exacts, et dont je suis témoin ainsi que le brigadier des gardiens de Paris M. Lacassagne et la famille Lardenois domiciliée à Ecurey (Moselle), de même que M. Charles, gardien de Paris, peuvent l’attester. » Signé, le 16 septembre 1848 : Boué, Laurent ; Lacassaine (sic), brigadier des inspecteurs de police ; Charpaing, demeurant 40, rue du Four ; Bouchet, ex-garde municipal. Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Charles, Nicolas, gardien de Paris, certifie que le citoyen Chanteloup est venu chez moi, le 24 février, lorsque la préfecture de police a été envahie par le peuple, qui était exaspéré contre la garde municipale et disait qu’il fallait mettre le feu chez le colonel. C’est alors que le citoyen Chanteloup est venu chercher la famille Lardenois, qui courait de grands dangers chez moi qui reste dans la cour Lamoignon n° 8. » Signé : Nicolas. Le cinquième certificat, ainsi rédigé : « Moi, femme Debiais, cuisinière du colonel Lardenois, certifie l’exactitude des faits ici mentionnés. » Signé : femme Debiais, demeurant aux Tuileries. Le sixième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le sieur Chanteloup a sauvé d’un danger certain la famille Lardenois, le 24 février, où ils étaient menacés par le peuple qui envahissait la préfecture de police et qu’il a mis ladite famille en lieu sûr. Et comme j’ai été témoin de bien des faits consignés dans le certificat ci-dessus, je me fais un devoir de signer le présent. » Signé : Richard, L. demeurant 7, rue de Verneuil. Le septième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné chirurgien-major du 24e léger, ex-major de la garde municipale, certifie avoir entendu la famille Lardenois faire l’éloge de la conduite du sieur Chanteloup pour son zèle et ses soins à préserver le colonel des dangers qu’ils ont courus pendant les journées de février. » Signé au fort d’Ivry, le 18 septembre 1848 : Caumont, J. Les faits étaient aussi certifiés par Muidbled, major de l’ex-garde municipale ; Blanchard, lieutenant en non-activité de l’ex-garde municipale ; Fleury, chef d’escadron de l’ex-garde municipale ; Legendre, lieutenant de l’ex-garde municipale. Il fut proposé par la Commission pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. Il savait lire et écrire. Il demeurait 9, rue des Ciseaux en 1848. Il était marié et père de quatre enfants en 1848. Archives de la préfecture de police AA 377.

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