Chassant, François, Juste

Biographie


Né le 30 avril 1803 à Versailles (Yvelines), fils de Chassant et de Pauline, Emilie Demuy. Jeune enfant, il était élève postillon de la maison de l’Empereur. En 1814 à Versailles, au moment de la chute de l’Empire, il protesta contre la dégradation d’un tableau qui représentait l’Empereur à cheval, et contre le fait que ce tableau fût finalement brûlé. Cela lui valut, expliqua-t-il et sans que les circonstances de cette affaire nous fussent parvenues, « huit ans après un jugement de six semaines par des gardes nationaux royalistes qui n’étaient que comme moi en 1814 des gamins, que j’avais souffletés ». Il s’enrôla volontaire le 27 janvier 1824 au 38e régiment de ligne. Il fut condamné, le 26 mai 1825, à cinq ans de prison et cent francs d’amende, pour avoir crié Vive l’Empereur ! et pour avoir tenu, le 25 avril 1825, des propos injurieux contre la famille royale. Il profita, presque immédiatement après de l’amnistie qui toucha les condamnés politiques et, par décision royale, fut amnistié du restant de sa peine, le 28 mai 1825. Le 14 novembre 1825, il fut mis en jugement pour avoir outragé la mémoire du duc de Berry et condamné à trois ans de prison par le 2e conseil de guerre de la 14e division militaire et acquitté par le 1er conseil de la même division le 24 février 1826 : alors qu’on avait voulu comparer le duc de Berry comme étant celui de la famille qui aurait pu rivaliser avec Napoléon, il avait protesté et avait dit tout haut que celui-ci était trop lâche, qu’il insultait des soldats de l’Empire. Il fut enfin condamné, le 27 septembre 1826 par le conseil de guerre de la Manche, à deux ans de prison et seize francs d’amende, pour cris séditieux pour avoir crié, le 15 août jour de la fête de l’Empereur Tous les Napoléons ne sont pas morts ! Vive l’Empereur ! Il resta deux ans détenu au Mont-Saint-Michel, rentra dans sa compagnie le 7 octobre 1828, fut congédié à Cherbourg le 27 janvier 1830 et retourna à Paris. Il combattit pendant la révolution de Juillet et le seul fait d’armes qu’il nous parvint est que Chassant remit à la mairie du (ancien) XIe arrondissement un cheval et un sabre provenant des grenadiers de la garde. Il ne demanda rien et ne reçut rien en récompense de sa participation aux combats. Il s’engagea au 64e régiment de ligne, le 29 avril 1831, et fut envoyé à Alger le 25 février 1833 par punition d’écrits contre le gouvernement de Louis-Philippe, congédié en Corse le 12 janvier 1837 ; il avait fait les campagnes de 1833, 1834, 1835 et 1836 en Algérie. Il se maria en 1838 et devint père de famille. Il participa à la révolution de Février. En 1848, il était cocher et, sur son dossier de la Commission des récompenses nationales créée après la révolution de Février il est indiqué qu’il est de bonne moralité et recommandé par le citoyen Grandmenil ; il fut proposé pour un emploi dans les prisons de Paris. En septembre 1848, il adressait une lettre à Cavaignac qu’il qualifiait de « sauveur de la république » et auprès duquel il sollicitait l’emploi que celui-ci lui avait promis dans la sûreté. En 1849, il sollicita un secours. Le 11 octobre 1849, la préfecture de police donnait sur son compte les renseignements suivants : « Chassant, François, Just, […] marié, père d’un jeune garçon qu’il a fait admettre à Petit-Bourg, a été incarcéré pendant un mois et demi comme prévenu dans les affaires de juin 1848 ; mis en liberté, il a été nommé gardien de Paris, révoqué en septembre suivant. Il fut, pendant six mois, portier rue Neuve-d’Angoulême n° 4 et congédié. Aujourd’hui Chassant est homme de peine dans une fabrique et gagne deux francs par jour. Sa femme est sans ouvrage. Leur situation est misérable. Faute de plus amples renseignements signalétiques, on ne peut savoir s’il y a identité entre le sieur Chassant, objet du rapport ci-joint, et le sieur Chassant ainsi noté aux sommiers judiciaires de la préfecture de police : “Chassant, François, Just, journalier, né à Versailles, âgé de quarante-six ans, condamné à six semaines de prison le 26 août 1823 par le tribunal de Versailles pour révolte ; à deux mois de prison par le même tribunal le 12 octobre 1830 pour coups ; à trois jours de prison par le tribunal de Paris (par défaut) le 16 juin 1841 pour blessures par imprudence ; conduit aux Madelonettes, le 11 juillet 1849, pour vol, renvoyé le 24 juillet 1849. Voici le signalement de cet individu : taille 1,64 mètre ; cheveux châtains, bouche petite, front dégarni, menton à fossette, yeux gris, visage ovale, nez long, teint clair, marqué de petite vérole, les oreilles percées. » En novembre de la même année, une note du bureau des secours généraux au ministère de l’Intérieur rapportait à son sujet : « Il a été gardien de Paris, emploi qu’il a perdu après juin 1848, où il a été arrêté, étant portier au n° 4 de la rue Neuve-d’Angoulême. Chassant est un très mauvais sujet, sous tous les rapports et il a été plusieurs fois arrêté pour vols avant février 1848, époque où il était marchand de contremarques aux théâtres du boulevard. C’est un paresseux et un ivrogne, pilier de barrières. » Il reçut un secours de cent francs, une fois payé, en 1849 au titre de prisonnier politique. En 1850, il sollicitait un emploi de garde champêtre auprès du préfet de Seine-et-Oise. En 1850, sa fiche de condamné pour cause politique rapportait à son sujet : « N’a aucune fortune mais il gagne environ deux francs cinquante par jour soit comme cocher soit comme journalier. » Elle le décrivait comme d’une moralité « équivoque » « dévoué à la famille Bonaparte mais il est nul en politique » et concluait : « Il n’y a pas lieu de renouveler le secours accordé à cet individu. » En 1851, « sans ouvrage et réduit à sa dernière extrémité », il sollicita un secours. En juin 1852, la préfecture de police donnait sur son compte les renseignements suivants : « […] A quitté Montmartre depuis le terme dernier, ayant perdu, par son indiscrétion, l’emploi qu’il occupait au bureau central de l’octroi. Il est connu comme ayant du penchant à l’ivrognerie mais sa moralité est irréprochable. Il remplirait son emploi avec zèle. Il est marié. Il a un fils qui est, dit-on, à l’Ecole de Saumur. Sa femme est passementière. Il est dévoué à Mgr le prince-président. » Il fut nommé à l’inspection général de la salubrité et de l’éclairage comme auxiliaire à la surveillance des ateliers de l’administration, au prix d’un franc cinquante par jour, à partir du 3 septembre 1852 (mais du 15 juin 1852 dans une autre source). Le 11 août 1853 (soit quelques jours avant ce qui avait été la fête de Napoléon Ier), alors qu’il était auxiliaire sous-chef dans la salubrité, il adressait une demande de secours supplémentaire et sollicitait une audience de Collet, directeur (mais de quoi ?) : « […] Votre silence me prouve que vous ne daignez m’accorder une audience, vous qui m’avez fait un peu de bien. Vous m’avez dit, en m’adressant à M. Fouquet Faites votre affaire sérieusement. Je la fais aussi pour toujours souffrir et végéter avec mes trente sols par jour. Il me faudrait alors qu’un homme sérieux veuille bien s’occuper de moi. Il me faut tout le courage que je possède pour résister. Je ne peux faire que pour mon loyer et le pain de ma famille. En arriéré de cent cinquante francs, vu le laps de temps que l’on m’a laissé à ne rien faire et je dois encore, moins quelques acomptes déjà donnés sur mes faibles appointements, ce qui fait le mal de ma triste position. Nous couchons depuis longtemps sans drap et sur un grabat d’emprunt, ne pouvant en racheter. Vous êtes, monsieur, doué d’un noble cœur. Apportez-moi un peu d’attention. Voilà le 15 août ! Ce jour a été de ces jours bien terribles pour moi. Il rappelle les souvenirs de ma jeunesse. Je déclamais, je chantais, les uns m’applaudissaient, ceux qui me calomniaient c’était ensuite coups d’épée, coups de sabre, prisons, exil en 1827 au Mont-Saint-Michel. Les suites de la fête du 15 août m’ont causé trente jours au cachot de la troupe, les fers aux pieds et aux mains. J’avais la rage de toujours parler de l’Empereur ! Lui qui m’avait touché les joues, j’avais onze ans. Cette année, le 15 août pour moi sera plus triste qu’en prison. Je n’avais ni femme ni enfant. Le 16 juin l’on me remit quarante francs quand il me faudrait cent francs pour sortir de la misère. Comme détenu sous la Restauration, j’aurais droit à être admis à la pension qu’avait institué le décret de 1834. Je vous supplie, vous pouvez beaucoup pour moi, monsieur Collet, protégez-moi. Donnez-moi un poste dans votre police. Je possède encore de l’action et de l’énergie. J’ai l’honneur de vous soumettre ma demande de secours. Que l’on ait la bonté de me la donner, il m’évitera de toujours mendier parce qu’il me servira à reprendre mon avance et, par mes économies, vivre tranquillement en travaillant et ramènera le calme chez les miens. Je souffre plus pour eux que pour moi. Je connais assez l’âme généreuse de mon protecteur pour ne pas douter de la prompte solution. Croyez, etc. » Il fut révoqué de ses fonctions le 18 octobre 1853, suite à un différend avec ses supérieurs, qui ne manquèrent pas, à cette occasion, de lui reprocher son intempérance. Il reçut un secours de quarante francs en juin 1853 puis de cent francs en août 1853. En 1854, la police donnait sur son compte les renseignements suivants : « […] Le nommé Chassant a été réintégré dans le service de la salubrité, en qualité de chef de l’arrosement du bois de Boulogne. Son salaire est de trois francs par jour. Depuis sa réintégration, le nommé Chassant se fait remarquer par son zèle et sa bonne conduite. En résumé, le nommé Chassant est très dévoué au chef de l’Etat et mérite, à ce titre, la bienveillance du gouvernement mais comme le traitement qu’il reçoit de l’administration assure son existence, il n’y a pas lieu de lui accorder un secours. » Il reçut un secours de cent francs en 1854. Il perdit de nouveau son emploi. Carré, tourneur et garnisseur, fabricant de cadres pour miniatures, aquarelles, dessins et daguerréotypes, demeurant 33, rue Beaubourg, lui délivra le certificat suivant : « Je certifie que j’occupe chez moi depuis le 1er octobre 1855 M. Chassant, François, Just, en qualité d’homme de confiance et que j’ai rarement occupé des hommes qui remplisse aussi bien leurs devoirs sous le rapport de la probité et de la conduite dans la qualité qu’il occupe chez moi. En foi de quoi, je lui délivre le certificat pour lui servir au besoin. » Cette même année, le ministre de l’Intérieur demandait au préfet de police de prendre des renseignements sur le compte de Chassant, qui sollicitait un secours, en ajoutant les commentaires suivants sur son compte : « […] Le sieur Chassant, qui a été signalé comme enclin à l’ivrognerie, paraît avoir perdu son dernier emploi puisqu’il réside en ce moment à Versailles, petite-place n° 9, chez M. Quoquel. » Le préfet de police fit alors parvenir les renseignements suivants : « […] Né à Versailles, demeure en ce moment dans cette ville, rue de la Pompe n° 29 ; il exerce la profession d’homme de peine. Depuis que cet individu habite Versailles, sa conduite n’a donné lieu à aucune remarque défavorable, néanmoins on lui reproche d’avoir un caractère inquiet et emporté, qui ne lui permet de se fixer nulle part. Aussi, est-il souvent sans travail et, par suite, dans une position très gênée. La femme du nommé Chassant est ouvrière passementière et demeure rue des Carrières à Belleville ; son mari l’a quittée pour ne plus être à sa charge. En résumé, le nommé Chassant me paraît digne d’intérêt. » Une apostille du ministère apportait en marge la correction suivante : « La dame Chassant conteste cela ; elle dit que son mari ne l’a point quittée. » Il reçut deux secours de cinquante francs en 1855. En 1855, le fils de Chassant s’était engagé dans la marine. Chassant reçut deux secours de cinquante francs en 1856. En 1857, il sollicitait un secours de quatre cents francs afin de retourner dans son pays et prenait l’engagement de ne plus rien demander. Il reçut deux secours de cinquante francs en 1857, deux secours de cinquante francs en 1858, un secours de cinquante francs en 1859 mais donné à sa femme. Le 24 décembre 1860, le rapport suivant de la direction générale de la sûreté publique récapitulait ainsi la conduite de Chassant et l’attitude que l’administration avait tenue avec lui : « Le sieur Chassant, ancien élève postillon de la maison de l’Empereur Napoléon Ier, qui sollicite l’allocation d’un secours a été condamné à deux ans de prison pour cris séditieux en 1825, étant à cette époque soldat au 38e de ligne. Mis de nouveau en jugement pour outrage à la mémoire du duc de Berry, il fut acquitté. Mais, en 1826, il subit une dernière condamnation à deux ans de prison pour cris séditieux, peine qu’il subit au Mont-Saint-Michel. Ces diverses condamnations politiques ayant été attribuées à des manifestations bonapartistes, l’administration a accordé au sieur Chassant, de 1849 à 1859, plusieurs secours s’élevant ensemble à sept cent quatre-vingts francs. Mais, à cette époque, des renseignements peu favorables étant parvenus sur la moralité du sieur Chassant, les dernières demandes de secours qu’il adressa durent être écartées par l’administration. Cet individu est en effet représenté comme enclin à l’ivrognerie et comme ayant perdu par sa faute les divers emplois qui lui avaient été confiés, tels que ceux de gardien de Paris, d’employé à l’octroi de Montmartre et de chef de l’arrosement du bois de Boulogne. Il aurait d’ailleurs subi d’autres condamnations, qui ne sont pas politiques, et il paraîtrait que son caractère difficile ne lui permet de se fixer nulle part ; aussi est-il souvent sans travail. Par commisération, un dernier secours de cinquante francs a été accordé à sa femme en janvier dernier. » Il reçut en décembre 1860 un secours exceptionnel de cent cinquante francs. Il mourut en 1861 et sa veuve, Jaemtel, Aimée, Apolline, née à Rouen, dans une « triste position », sollicita un secours. Elle reçut, chaque année entre 1862 et 1870 un secours de cinquante francs. En 1864, l’administration donnait sur son compte les renseignements suivants : « La pétitionnaire, âgée de cinquante et un ans, originaire de Rouen, exerce l’état d’ouvrière journalière et gagne environ neuf francs par semaine, qui constituent ses seules ressources. Elle est mère d’un fils, actuellement sous les drapeaux et qui ne peut lui venir en aide. Ses titres à la bienveillance de l’administration reposent uniquement sur les services militaires de son mari, décédé il y a trois ans. On n’a rien appris de défavorable sur la conduite et la moralité de la veuve Chassant, dont la position précaire est digne d’intérêt. » En 1870, le fils désormais âgé de trente-trois ans, était au 2e régiment de zouaves, comme clairon, présent à Sedan. En janvier 1871, « au comble de la plus grande misère », la veuve sollicitait un secours. Chassant avait été chef de section à la Société du 10 décembre. Il demeurait 4, rue Neuve-d’Angoulême, dans une mansarde, en 1848, et aussi sans doute portier selon le rapport de police cité plus haut ; 15, rue des Trois-Bornes en 1849 ; 137, rue du Faubourg-du-Temple en 1851 ; 9, rue Saint-André à Montmartre en 1852; 31, rue Saint-Maur-Popincourt en 1853-1854 ; 7, impasse de Ménilmontant, chemin de ronde et chez la veuve Jourdan, hôtel du Loiret (ancien) VIe arrondissement (j’ai les deux adresses l’une à la suite de l’autre) en 1855 ; aussi chez Quoquel, 9, petite-place à Versailles en 1855 ; 132, rue et impasse Ménilmontant maison n° 3 VIIIe arrondissement en 1856 ; 11, chemin de ronde de Ménilmontant, 7, impasse de Ménilmontant en 1856 ; 13, chemin de ronde de Ménilmontant en 1857 ; 10, rue des Moulins à Passy en 1858 ; 87, bd de Strasbourg en 1860-1861 ; sa veuve, 94, rue du Faubourg-Saint-Martin en 1861 ; 2, rue de la Fidélité en 1864-1865 ; 22, rue Notre-Dame-de-Nazareth en 1866-1868 ; 18, bd du Temple en 1870-1871. Archives nationales F/15/3782 secours à divers titres; Archives de la préfecture de police AA 368, Etat des personnes qui sollicitent des secours comme victimes de circonstances politiques et au sujet desquelles des renseignements sont demandés.

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