Chassat

Biographie


Grenadier dans l’ancienne garde nationale, il participa, dès le 28 juillet, au rappel de l’ancienne garde nationale « pour concourir à la défense des libertés publiques et au maintien de l’ordre ». Ce mouvement, dont il fut un des initiateurs, réussit à regrouper une soixantaine d’ex-gardes nationaux du (ancien) Ier arrondissement. Après la révolution, il signa la lettre que Gabillot adressa à la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ier arrondissement, qui retraçait leur conduite et donne en tout cas un aperçu de ce que fut l’attitude de la garde nationale en juillet 1830 dans son arrondissement. La garde nationale avait été dissoute et sa seule réapparition était déjà subversive, même si elle se contentât de seulement réapparaître, hors quelques initiatives individuelles. La lettre était ainsi rédigée :

« A messieurs les membres de la Commission des récompenses nationales,

»Messieurs,

»L’intention du gouvernement étant d’accorder une marque distinctive à ceux qui ont fait preuve de patriotisme dans les mémorables journées de Juillet, nous avons l’honneur de vous adresser un rapport fait par M. de la Pegrière, alors chef de notre légion, la Ire, à M. le général Lafayette et inscrit au Journal des débats, le 4 août.

»Nous demandons la permission de vous faire observer que le dévouement que nous avons montré pour la cause commune prend son degré d’importance des circonstances qui l’accompagnent. Le mouvement spontané nous a été donné par notre camarade Th. Chardin, qui, accourant le 28 au matin, avertit notre lieutenant, M. Gabillot, qu’il avait vu des gardes nationaux de la IVe légion prendre les armes. Les premiers avertis, revêtus de l’uniforme qu’un pressentiment nous avait fait garder, nous nous rendîmes chez M. Miliotti, notre sergent-major, pour nous aider à réunir le plus possible de nos camarades. Vous trouverez, ci-joints, les noms de ceux qui, heureux d’être avertis, ont fait partie de notre détachement, auquel se sont joints plusieurs frères d’armes de diverses compagnies.

»Pour la défense de la patrie, abnégation faite de nos affections, femmes, enfants, fortune, tout fut oublié. C’est isolés de nos frères d’armes, entourés de baïonnettes de la garde royale que nous allâmes tambour battant prendre position place Louis-XV, en face d’un régiment de cette arme.

»Cette démonstration qui eut pour résultat de tenir dans une inaction de plusieurs heures un corps de troupe qui eût pu agir contre les défenseurs de la charte, nous eût inscrits sur la liste de proscription si la victoire fût restée au gouvernement qui méconnaissait nos institutions. Nous vous laissons à juger si elle doit nous inscrire sur celle des récompenses.

»Telle soit votre décision, nous la respectons et elle ne changera en rien notre dévouement pour la patrie et notre amour pour le roi citoyen.

»Nous avons l’honneur de vous saluer,

»Les officiers, sous-officiers et grenadiers de la Ire légion, 4e bataillon,

Gabillot lieutenant, Miliotti lieutenant, Hurel Jean, Chardin, Rouget.

P.S. Je signale particulièrement aux membres de la Commission des récompenses nationales le dévouement et le zèle qu’ont montrés les nommés Rouget, Chardin, Hurel, Miliotti, Chassat et Raoul, signé Gabillot lieutenant. » L’affaire est plus modestement ainsi décrite par Sala, l’officier de la garde royale qui commanda les troupes chargées de désarmer le poste de la garde nationale : [Le 28 juillet dans la matinée] « A notre arrivée le bruit s’était répandu que la garde nationale avait été autorisée par le préfet de police à revêtir son uniforme pour maintenir l’ordre de concert avec la force armée ; mais en même temps, l’on disait que des gardes nationaux avaient pris les armes contre les troupes. Rien n’était certain, et c’est à mon avis une des grandes fautes commises par le commandant supérieur, d’avoir laissé régner continuellement cette incertitude si antipathique au soldat français. […] Après quelque temps le bataillon se forma en colonne et entra dans le faubourg Saint-Honoré en passant par la rue des Champs-Elysées. Il fit halte au coin de cette rue. Le général Saint-Hilaire qui commandait dans ce quartier, me donna l’ordre de porter ma compagnie et une pièce contre la mairie du [ancien] Ier arrondissement, occupée par un poste nombreux de garde nationale, et de lui faire mettre bas les armes. Les boutiques étaient fermées, mais les curieux occupaient toutes les fenêtres comme pour voir passer une troupe allant à la parade. Le factionnaire de la garde nationale nous crie Qui vive ? France répondis-je, et nous étions sur lui avant qu’il eût eu le temps d’avertir le poste de venir nous reconnaître. Quelle différence, pensais-je en m’avançant, si à la tête de mes grenadiers, l’ordre d’enlever une redoute nous eût été donné. Vive le Roi ! Vive la France ! eût été notre cri, et la redoute eût été prise. Ici nous étions mornes, silencieux ; de braves soldats l’arme au bras, l’œil inquiet, mais attentifs, n’avaient pas proféré un seul mot, et nous allions peut-être engager un combat contre des Français ! Enfin, après un entretien très animé avec le capitaine commandant ce poste, celui-ci consentit à sortir avec sa compagnie, car si ces messieurs s’étaient réunis pour maintenir l’ordre et protéger leurs propriétés, il était clair que nous y eussions veillé à leur place : mais que forcés de nous méfier de leur uniforme d’après ce qu’on nous avait dit, nous devions demander cette évacuation nécessaire à notre sûreté. Notre conduite, et les observations que nous venions de faire, décidèrent une partie des gardes nationaux qui s’étaient placés aux fenêtres des appartements de la mairie à descendre. Le poste fut bientôt évacué, et chacun put se retirer librement, malgré l’ordre donné de conduire les personnes arrêtées à l’état-major de la place. Cette dernière circonstance prouve combien on se méprenait sur le caractère des troubles de Paris. Du moment que les postes isolés avaient été enlevés ou désarmés par le peuple, était-il nécessaire de s’attacher à quelques arrestations, et prudent de se morceler et se diviser comme on l’a fait ? » Il apostilla la lettre que fit Alexandre, Charles, peu après la révolution, pour solliciter une place soit de brigadier ou de surveillant dans l’un des jardins royaux, à Paris, à Versailles, ou tout autre emploi. Chassat demeurait 100, rue du Faubourg-Saint-Honoré en 1830. Dix jours de 1830, Souvenirs de la dernière révolution, par A. S. officier d’infanterie de l’ex-garde royale, deuxième édition, Paris, chez Hivert, 1831, p. 19-21 ; Archives de Paris VD6 92, Mairie du (ancien) Ier arrondissement in dossier Gabillot ; Archives de Paris VK3 40 in dossier Alexandre, Charles.

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