Chaumerot, Jean-Baptiste

Biographie


Né le 3 décembre 1787 à Dijon (Côte-d’Or). Libraire. Dans une lettre adressée, le 3 décembre 1830, à la Commission des récompenses nationales, conjointement avec Barbichon, Alexandre, ils récapitulaient ainsi leur participation aux combats : « Si nous avons tardé si longtemps à concourir avec nos camarades des trois jours aux récompenses nationales, c’est que nous y avons vu jusqu’ici tout pour l’intérêt, rien pour l’honneur. Mais quand nous avons appris qu’il s’agissait d’une décoration spéciale pour les défenseurs des lois et de la liberté, nous avons cru avoir assez fait pour la mériter. Le mardi soir [27 juillet, N.D.A.], lorsque le peuple demanda des armes à M. Lepage, arquebusier, un détachement de lanciers le chargea, la lance en arrêt. Trois hommes se retranchèrent, les uns derrière les autres, dans le coin de la porte cochère du n° 8 de la rue de Richelieu. Le lieutenant des lanciers les aperçut et les désigna à un de ses soldats, en lui intimant l’ordre de les tuer. Alors, de la croisée de l’entresol où nous étions, nous leur présentâmes des pistolets et leur criâmes, avec l’accent de l’exaspération, que s’ils avaient la lâcheté de commencer leur crime, nous tirerions sur eux. Intimidé par nos menaces, qu’appuyaient encore deux fusils chargés, l’officier donna ordre au soldat de se retirer. Le jeudi à 11 heures du matin, nous sortîmes de ladite maison, où nous avions passé la nuit à faire des cartouches et nous allâmes chercher dans le passage Saint-Guillaume notre camarade Jannisson et nous attaquâmes avec la colonne qui descendaient la rue de Richelieu, la maison de la rue Saint-Honoré occupée par la garde royale. Ce fut quelque temps après que notre camarade Jannisson fut blessé mortellement à nos côtés. Nous ajouterons à cet exposé que, lorsque nous n’avons plus eu d’ennemis à combattre, nous avons aussitôt obéi à la voix de l’humanité en transportant chez nous des blessés et en leur prodiguant tous les soins que réclamait leur position (voir le rapport de M. Sensier). Si quelque chose peut attester la véracité de ce que nous venons d’avoir l’honneur de vous avancer, ce sont d’une part une balle que moi Chaumerot reçut dans la manche de ma redingote et les signatures honorables dont on a consciencieusement revêtu la présente réclamation. » Suivent les signature de : Richard, Jean-Baptiste (voir ce nom), coiffeur du roi, demeurant 179, Palais-Royal ; Varin (la première lettre n’est pas sûre), demeurant 8, rue de Richelieu. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. La demande est apostillée ainsi par la Commission : « Vu dans la séance du 7 décembre, médaille ». Il fut (c’est bien lui ? mais a priori oui, c’est le sieur libraire et un Barbichon est décoré de la Croix de Juillet lui aussi) est décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il signé, comme « libraire, grenadier, “présent à l’affaire”, demeurant galerie d’Orléans », le certificat suivant en faveur de Vernet, Victor : « Nous, soussignés, patentés de Paris, certifions avoir vu le nommé Vernay, Victor dit le Rouennais, battre la charge pendant cinq heures pour prendre les gardes royaux qui étaient embusqués dans la maison de M. Moizard (voir ce nom), chapelier, et Gourbeaux, qui habitent tous deux le coin des rues Rohan et Saint-Honoré. » Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut l’un des signataires, comme garde national du 1er bataillon, de la IIe légion, (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Chamnerot, Jean-Baptiste), auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1830, il était sergent des grenadiers de la compagnie Laffitte de la garde nationale. Le 5 juin 1832, lors de la cérémonie des obsèques du général Lamarque, à la suite de laquelle une émeute éclata dans Paris, il faisait partie d’une compagnie de gardes nationaux située près du catafalque. Il fut appelé à déposer au cours du procès contre les accusés de la rue du Cloître-Saint-Méry ; il affirma comme beaucoup d’autres témoins que les gardes nationaux se disposaient à se retirer quand les dragons avaient chargé sur le peuple les premiers et sans aucune provocation. L’émeute s’était ensuite enflammée. Il ajouta : « Nous étions prêts à nous défendre, nous nous sommes crus attaqués. » Il demeurait 4, galerie d’Orléans en 1830 ; 30, rue des Bons-Enfants en 1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Archives de la préfecture de police AA 416 in dossier Varnet, Victor ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations ; Procès des vingt-deux accusés du cloître Saint-Méry événements des 5 et 6 juin 1832 suivi de pièces justificatives, Paris, chez Rouanet libraire, 1832. Dans Archives nationales F/18/1746 il doit y avoir son dossier de libraire.

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