Chignard, Louis, David

Biographie


Né en août 1784 à Demerary (Guyane), fils naturel de Chignard, Louis, colon planteur, et de De la Rivas, Marie, Rose et cependant français parce que né de parents français ; son père l’avait reconnu devant Me Fourchy, notaire à Paris, le 26 ventôse an XI. Employé à la sous-préfecture de Breda, il aurait été nommé par Napoléon, en 1811, commissaire de police à Willemstadt, puis en 1813, commissaire de police à Geel dans l’ancien département français des Deux-Nèthes en Belgique. Il était rentier en 1830 sur les listes de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Le 29 juillet, alors qu’il était sorti depuis la veille de la prison de Sainte-Pélagie où il était détenu pour dettes, il partit, armé d’un fusil qui lui avait été remis par d’autres en raison de son « expérience militaire », du café du passage Dauphine à la tête d’un groupe pour se diriger vers le Louvre. Son petit détachement, composé d’élèves de l’Ecole de médecine et d’anciens militaires, se mit sous les ordres de Jacquin. Il escalada un des premiers, aux côtés de Dumoulin, l’ancien officier d’ordonnance de Napoléon, les grilles du Louvre, en assurant ses camarades « de le suivre et de faire feu sur lui s’il venait à faire un pas en arrière ». Parvenu dans la cour du Louvre, il fut blessé à la tête (mais au côté in Archives de Paris VK3 30) (mais au côté gauche et la joue in Archives de Paris VD6 360 n° 5, II) par un coup de feu et se battit seul contre six Suisses qui voulaient le saisir et le fusiller. Il fut retiré à temps par Beaurin (Bazin in Le Constitutionnel du 12 août 1830) et Ermenaud (Ermenault in la même édition) qui vinrent à son secours. Il continua « de se battre avec intrépidité ». Il fut blessé une seconde fois, à la joue, en tentant de s’emparer d’une pièce de canon et ramené, dans la soirée, au poste du passage Dauphine « couvert de sang et de poussière et frappé au côté gauche ». Il reçut un secours de cent francs en août 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement (c’est pas plutôt le (ancien) XIe arrondissement ?). Il était porteur du certificat suivant : « Nous, soussignés, attestons que dans la journée du 29 juillet M. Louis, David Chignard, ancien officier, né à Demarary dans l’Amérique du Sud, sorti la veille de la prison de Sainte-Pélagie, dans laquelle il était détenu pour dette, demeurant actuellement passage du Commerce-Saint-Germain n° 6, s’est présenté au café du passage Dauphine, au moment où nous nous proposions de marcher sur le Louvre. Qu’étant possesseurs d’un bon pour la délivrance d’un fusil, nous n’avons point hésité, malgré notre ardent désir d’être armés nous-mêmes pour contribuer activement au triomphe de la liberté, de lui céder cet honneur, comme étant par son expérience militaire plus capable que nous d’en faire un usage vraiment utile. Que, parti avec nous, il a marché avec nous et toujours à notre tête sur le palais du Louvre. Que malgré le feu meurtrier des Suisses, un des premiers il s’est précipité sur les grilles du Louvre, en nous adjurant de le suivre et de faire feu sur lui s’il venait à faire un pas en arrière. Qu’après avoir escaladé sous nos yeux les grilles du palais, il a reçu à la tête une blessure qui, malgré sa gravité ne l’a point empêché de marcher en avant et de se battre avec intrépidité jusqu’au moment où nous fûmes maîtres du Louvre. Que le même 29 juillet dans la soirée M. Chignard, que nous croyions mort ou couché sur le champ d’honneur du Louvre, fut amené au poste du même passage Dauphine, couvert de sang et de poussière et frappé au côté gauche d’une seconde blessure, qui l’avait mis hors de combat. En outre et pour acquitter tout à la fois la dette de l’estime et de la justice, nous attestons que M. Chignard est un des vrais braves à l’intrépidité desquels nous devons la prise et le triomphe du Louvre. » Signé, le 3 août 1830 : Ermenault (voir Ermenault, Louis, Auguste) ; Beaurin (voir Beaurain, Jean, Charles), demeurant 10, rue des Grands-Augustins ; Dyas de Brioude (voir Dugas de Brioux ou Dugas de Brioude) ; Giroux aîné ; Giroux jeune ; Melhasteaux, Adolphe (orthographe peu sûre) (voir ce nom), demeurant 38, rue Saint-André-des-Arts ; Dumoulin de Grenoble (voir Dumoulin, Jean), demeurant 14, rue de Provence. Suivait l’attestation suivante : « Le 29 juillet, me trouvant indisposé, j’ai envoyé au café du passage Dauphine n° 6 offrir mon fusil et M. Chignard est venu et je lui ai remis. » Signé Oudet-Noblet illisible, chirurgien honoraire des Invalides, demeurant 33, rue Dauphine. Il était porteur aussi de cet autre certificat : « Je, soussigné, Jean, Grégoire, Armand Maufra, pharmacien, demeurant à Paris rue de Bucy n° 9, garde national de la Xe légion, certifie que Chignard, Louis, David, natif de Demerary (Amérique du Sud) et demeurant à Paris, passage du Commerce n° 6, a été amené dans ma maison, frappé de deux coups de feu, un dans le côté gauche et l’autre à la joue ; la balle, après avoir fait une entaille de deux pouces de long sur un de large dans la chair a enlevé l’extrémité du nez. Il m’a dit avoir été ainsi frappé au moment où après avoir escaladé la grille du Louvre, il s’était emparé d’une pièce de canon. Depuis cette époque, j’ai donné à ce brave Américain les soins que demandait son état, lequel j’espère s’améliorant de jour en jour ne lui laissera bientôt plus qu’une honorable cicatrice. » Signé, le 2 août 1830 : Maufra. Suivait l’apostille suivante : « Ayant vu M. Chignard en même temps que M. Maufra, je m’empresse de certifier tout ce qui est relaté ci-dessus. » Signé : Hourmann, médecin, demeurant 13, place de l’Ecole-de-Médecine. Le 8 juin 1831, devant le juge de paix du (ancien) XIe arrondissement, comparurent : Treitler, Charles, Henry, mécanicien, demeurant 17, rue du Petit-Lion-Saint-Sulpice ; Morin, Charles, Marie, rentier, demeurant 1, barrière Blanche ; Roman, Jean-Baptiste, Hippolyte, chapelier, demeurant 46, rue de Seine-Saint-Germain ; Ermenault, Louis, Auguste (voir ce nom), rentier, demeurant 23, rue Mazarine ; Tribels, Antoine, Lambert (voir ce nom), bottier, demeurant 2, cour du Commerce ; Levasseur, Bertrand, Hippolyte, tailleur d’habits, demeurant 34, rue de Seine-Saint-Germain ; Mourant, Jean-Baptiste (voir ce nom), chevalier de la Légion d’honneur, entrepreneur de peintures, demeurant 34, rue de Seine-Saint-Germain. Ils attestèrent très bien connaître Chignard et certifièrent « avoir parfaite connaissance que malgré toutes les démarches et demandes faites par ledit sieur Chignard il n’a jusqu’à ce jour pu recevoir son acte de naissance ni recevoir de réponses à ses diverses lettres, vu l’éloignement des lieux et l’anarchie qui y existe ». Il sollicita une place de commissaire de police à Rouen ou à Lille, ou une place de « consul dans quelque ville ; il parle plusieurs langues », la Légion d’honneur, qui lui avait déjà été promise avant 1814 et pendant les Cent-Jours, et la décoration de Juillet (son dossier est marqué « admis pour la décoration spéciale » mais pas vu son nom sur le Bulletin des lois, peut-être le fait qu’il fût sorti de prison l’empêcha d’être décoré). Il reçut un secours de cinquante francs, le 31 octobre 1830, auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il fut admis dans la 1re classe, auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement, avec une indemnité de trois cents francs versée sur une seule année (il est pourtant sur les listes de la mairie du (ancien) Xe arrondissement). Il reçut, à titre de cas exceptionnel, une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. En 1831, se trouvant à Harbelck, en Flandre occidentale, il donna procuration à sa femme, Jeanne, Catherine Def…illisible pour toucher en son nom toute somme lui revenant de la part de la Commission des récompenses nationales ou de la Commission de la souscription nationale. Il était marié et père de trois enfants. Il demeurait 6, passage ou cour du Commerce-Saint-Germain en 1830 ; 77, rue Saint-André-des-Arts, 6, passage du commerce (passage du Commerce dans la rue Saint-André-des-Arts n° 1 in Archives de Paris VD6 559 n° 1) en 1831. Le Constitutionnel, 7, 12 août 1830 ; Premier état, arrêté le 19 août 1830, des secours distribués par Le Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 14 ; Journées des 27, 28 et 29 juillet, liste des morts, des blessés, des veuves, des orphelins, Paris, A. Boulland, 1830, p. 14 ; Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 496 (sous le nom de Chignaud et comme ancien officier américain) ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire catégorie de la IIe classe du Xe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives p. 84, liste nominative des blessés de la Ire catégorie de la IIe classe du XIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives, p. 85, liste nominative des cas exceptionnels du XIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives p. 118, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832 ; Archives de Paris VD6 360 n° 5, II, état nominatif des blessés du (ancien) XIe arrondissement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 (liste des médaillés du [ancien] Xe arrondissement) ; Archives de Paris VD6 559 n° 1, mairie du (ancien) Xe arrondissement, dossiers individuels (il est donc sur deux arrondissements ? 10 et 11 ?) ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1, mairie du (ancien) XIe arrondissement, un gros cahier vert de récompenses nationales, secours aux blessés de Juillet domiciliés dans ledit arrondissement ; Archives de Paris VK3 30, état des habitants du (ancien) XIe arrondissement de Paris qui ont été blessés dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; Archives de Paris VK3 47 in dossier Lenaux ou Lenoux, Pierre (où son nom est sur une liste de blessés du (ancien) Xe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/33 état nominatif des emplois présentés par la Commission des récompenses nationales à M. le préfet de police et dossier indemnités et récompenses, envoi du 10 septembre 1830 du ministre de l’Intérieur à la Commission des récompenses nationale ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés temporairement pour le compte de cette commission du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/37 Récompenses nationales indemnitaires 1re classe, XIe arrondissement (en face de son nom est inscrite l’apostille Au Xe arrondissement), dossier indemnitaires 1re classe à 120 francs, (ancien) XIe arrondissement et état des sommes payées aux combattants pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des (91) citoyens dont les blessures ont entraîné une incapacité de travail pendant un an (sous le nom de Chinard, Jean, David) ; Archives nationales F/1dIII/49 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) Xe arrondissement, blessés de la 1re catégorie de la 2e classe (sous le seul nom de Chignard) ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) XIe arrondissement, blessés de 1re classe et aussi même référence liste nominative des personnes pour lesquelles il a été déposé diverses sommes à la caisse de la préfecture du département de la Seine pour y être réclamées par qui de droit jusqu’au 31 décembre 1833, (ancien) XIe arrondissement, blessés de 1re classe. In Archives de Paris VD6 277, dossier Bailly, Louis, Antoine, dans l’exposé de la conduite qu’il avait tenue pendant les journées de Juillet, intitulé Journées des 29, 30 et 31 juillet 1830, Bailly, Louis, Antoine parle d’un combattant qui participait avec lui à la prise du Louvre et qui pourrait être Chignard, ou Felines, Etienne, François, tous deux en effet détenus pour dettes à la prison de Sainte-Pélagie et libérés le 28 juillet. Bailly relate à son sujet : [A la prise du Louvre et des Tuileries, le 29 juillet] Je descends dans le Louvre, du côté du pont des Arts. J’engageai à faire une perquisition, tout le monde y consent, je place des factionnaires aux portes et à la grille. Je harangue de mon mieux les braves qui m’accompagnent ; tous me répondent que je peux compter sur eux et qu’ils ne quitteront pas leur place que je ne sois venu les remplacer. Un corps de garde est formé dans l’ancien. Tout le monde m’écoutait, j’étais moi-même étonné de commander. Un homme pris de vin dit d’un ton assez drôle : Sois tranquille, je ne bougerai pas de là. Je suis sorti ce matin de Sainte-Pélagie, où j’étais détenu pour dettes mais je n’en suis sorti que pour venger mon pays de toute cette canaille-là. Il était en habit marron et un fusil de chasse sur l’épaule […]. »

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