Clavel, Eugène

Biographie


Né à Naples (Italie). Enfant de troupe et dont le père était un ancien capitaine du train d’artillerie en garnison à Metz en 1830. Elève de quatrième année de l’Ecole vétérinaire d’Alfort. Il s’employa à soulever ses camarades, le 28 juillet, à les armer le 29, et à établir différents postes le même jour « dont l’importance est mise hors de doute par l’arrestation de plusieurs estafettes. Enfin ma correspondance avec M. Le général Lafayette et l’état-major de la place de Paris, la confirmation dans le commandement que j’avais des élèves par le même état-major, la marche des élèves sur Rambouillet, ville sur laquelle je les ai dirigés. » Un ordre du général Zimmer, colonel chef de l’état-major de la garde nationale de Paris était ainsi rédigé, en date du 3 août 1830 : « Il est ordonné aux élèves de l’Ecole vétérinaire d’Alfort de se rendre sur-le-champ à Rambouillet sous les ordres du sieur Eugène Clavel. » Il signa, avec Michel fils grenadier à la XIe légion de la garde nationale, et en tant que commandant du corps national formé par les élèves d’Alfort, la lettre suivante adressée au National, et qui donnait les détails de la participation au soulèvement chez les élèves de l’Ecole vétérinaire :

« Copie d’un rapport adressé à M. le général Lafayette par Michel fils, le 31 juillet 1830 :

»Paris, 1er août 183O

»Monsieur,

»Les élèves d’Alfort, mes braves camarades, ont aussi doit à votre sollicitude.

»Le 29, lorsque je leur dépeignais les dangers qui menaçaient leur patrie, un cri unanime s’éleva parmi eux ; Des armes… Pour les trouver, leur dis-je, marchons vers Conflans ; on prétend que M. de Quelen a caché chez lui 200 fusils. Les élèves marchèrent, et se présentèrent dans le plus grand ordre. Incorruptibles à l’aspect des richesses dont ils ne sont pas susceptibles d’être éblouis, ils n’ont pris que deux fusils qu’ils ont trouvés cachés dans les caves. Pour donner à notre démarche un caractère aussi légal que possible, nous avons pris pour guide et pour témoin, en entrant au séminaire, un bourgeois du pays, avec lui, quatre élèves ont cherché des armes, seul objet de nos perquisitions ; deux fusils, dont un chez le bedeau, ont été découverts. Munis de ces armes, nous nous sommes transportés chez le maire, notaire de Charenton ; deux d’entre nous se sont présentés chez ce fonctionnaire, et ont mis dans l’accomplissement de leur mission et dans leur réquisition d’armes tous les égards qu’exige la qualité de ces citoyens et qu’on doit attendre de l’éducation de ceux qui composent l’Ecole d’Alfort. Le maire de la commune nous fit remettre trois fusils qui se trouvaient chez lui sans destination d’agrément ou d’utilité. L’insuffisance des armements que nous nous étions procurés nous porta à nous présenter chez les gendarmes qui nous remirent sans difficulté les armes qu’ils possédaient ; leur facilité à se résigner à notre demande empêcha, de notre part, jusqu’au moindre signe de violence.

»Alors armés de 30 fusils environ, les élèves ont formé trois postes ; leur utilité est bien constatée par l’arrestation qu’ils ont faite de plusieurs dépêches, qu’ils envoyaient toues les deux heures à notre illustre général Lafayette. Ce grand homme leur a fait part du regret qu’il éprouvait de ne pouvoir armer d’aussi braves défenseurs de l’Etat.

»Revenu à Paris, où je pensais que des occasions plus importantes de servir l’Etat pouvaient s’offrir, j’allai trouver M. le colonel Zimmer, pour lui faire part de ce que j’ai l’honneur de vous écrire, et attendre ses instructions, lesquelles consistèrent à m’envoyer recommander aux élèves d’Alfort la garde la plus sérieuse d’un poste aussi utile que dangereux.

»Retourné vers eux, je les ai trouvés campés auprès des ponts et veillant à leur sûreté ; leur dernière demande fut encore des armes. Je ne pus que louer leur ardeur et leur patriotisme, et leur répéter les ordres que l’on m’avait chargé de leur transmettre ; ils ont juré de remplir leur honorable mission de manière à s’identifier avec tant de héros que la France a vus sortir avec éclat des rangs formés par la jeunesse française, et ils ont été fidèles à leur serment.

»Michel fils

»Grenadier à la XIe légion

»Le commandant du corps national formé par les élèves d’Alfort,

»E. Clavel. » La commission des récompenses nationales l’avait compris dans des listes mais il semble que des réclamations fussent survenues et que, finalement la Commission eût décidé que des récompenses seraient données à l’Ecole vétérinaire et mises aux voix ; les élèves refusèrent cette solution. Clavel protesta ; il était déjà vétérinaire depuis août 1830 et ne pouvait être compris dans les votes des élèves. Son nom apparaît dans la liste préparatoire des décorés de la Croix de Juillet de l’arrondissement de Sceaux. Dans sa séance du 13 avril 1831, le comité des renseignements, chargé de recueillir des informations sur les différents candidats aux récompenses honorifiques et sur les contestations qu’il pouvait y avoir sur chacun des cas, demandait, sur proposition de Bixio (voir Bixio, Giacomo, Alexandro) à son égard l’ajournement de toute décision de récompense honorifique ; Bixio renouvela sa demande dans la séance du même comité le 15 avril suivant. Il délivra, le 20 octobre 1830, et comme « ex-commandant du corps formé par l’Ecole d’Alfort », le certificat suivant en faveur de Fayol, Joseph : « Je, soussigné, certifie que M. Fayol, Joseph, […] au premier bruit des massacres de Juillet, s’est rendu de suite à Paris pour se joindre au corps des étudiants et avec eux défendre la liberté de l’Etat ; qu’il n’est rentré, le 30 au soir, qu’après la cessation complète des combats. Certifie en outre qu’il a fait partie, dès son arrivée à Charenton, du corps formé le 29 juillet par les élèves de l’Ecole d’Alfort, chargé par le gouvernement provisoire de la garde des ponts d’Ivry et de Charenton et que le 3 août, dans notre marche sur Rambouillet, il a été proclamé d’une voix unanime le chirurgien des deux cents élèves que je commandais. Le zèle dont il a été animé pendant ces mémorables journées me fait un devoir de lui délivrer le présent certificat. » Il signa, le 18 octobre 1830, le certificat suivant en faveur de Michel, Charles, Louis : « Je, soussigné, ex-commandant du corps franc formé par l’Ecole d’Alfort (vétérinaire), certifie que M. Michel, Charles, Louis, après avoir assisté à la perquisition d’armes faite à Charenton et dans les lieux environnants, où il a fourni des renseignements très importants, nous a quittés après l’organisation de nos postes et est retourné à Paris pour recevoir les ordres de M. le colonel Zimmer. C’est le jeudi 29 juillet qu’il est venu aider les élèves dans cette perquisition et dans la nuit du 30 au 31, muni des ordres de l’état-major de la garde nationale de Paris, il leur a recommandé la garde de postes aussi utiles que dangereux. » Clavel avait envoyé, le 8 août, un rapport au général Lafayette sur Michel, ainsi rédigé : « Les élèves d’Alfort, mes braves camarades, le 29, lorsque je leur dépeignis les dangers qui menaçaient notre patrie, un cri unanime s’éleva parmi eux : Des armes ! Pour les trouver, leur dis-je, marchons sur Conflans, on prétend que Mgr de Quélen (archevêque de Paris, N.D.A.) a caché chez lui deux cents fusils. Les élèves marchèrent et se présentèrent dans le plus grand ordre. Incorruptibles à l’aspect des richesses, lesquelles ne sont pas susceptibles de les éblouir, ils n’ont pris que deux fusils qu’ils ont trouvés cachés dans les caves. Pour donner à notre démarche un caractère aussi légal qu’il nous était possible, nous avons pris pour guide et pour témoin en entrant au séminaire un bourgeois du pays. Avec lui quatre élèves ont recherché des armes, seuls objets de nos perquisitions. Deux fusils, dont l’un chez le bedeau, ont été découverts. Munis de ces armes, nous nous sommes transportés chez le maire et le notaire de Charenton. Deux d’entre nous se sont présentés chez ces fonctionnaires et ont mis dans l’accomplissement de leur mission et dans leur réquisition d’armes tous les égards qu’exige la qualité de citoyen et qu’on doit attendre de l’éducation de ceux qui composaient cette faible députation. Ces messieurs nous remirent trois fusils qui se trouvaient chez eux sans destination d’agrément ou d’utilité. L’insuffisance des armements que nous nous étions procurés nous porta à nous présenter chez les gendarmes, qui nous remirent sans difficulté les armes qu’ils possédaient ; leur facilité à se résigner à notre demande empêcha jusqu’au moindre signe de violence. Alors armés de trente fusils, les élèves ont formé trois postes. Leur utilité est bien constatée par l’arrestation qu’ils ont faite de plusieurs dépêches, qu’ils envoyaient toutes les deux heures à notre illustre général Lafayette. Ce grand homme leur a fait part du regret qu’il éprouvait de ne pouvoir armer d’aussi braves défenseurs de l’Etat. Revenu à Paris où je pensais que des occasions plus importantes de servir l’Etat pouvaient s’offrir, j’allais trouver M. le colonel Zimmer pour lui faire part de ce que j’ai l’honneur de vous écrire et attendre ses instructions. Elles consistaient à m’envoyer recommander aux élèves d’Alfort la garde la plus sérieuse d’un poste aussi utile que dangereux. Retourné vers eux, je les ai trouvés campés auprès du pont et veillant à leur sûreté. Leur première fut encore Des armes ! Je ne pus que louer leur ardeur et leur patriotisme et leur répéter les ordres que l’on m’avait chargé de leur transmettre. Ils ont juré de remplir leur honorable mission, de manière à s’identifier avec tant de héros que la France a vu sortir avec éclat des rangs formés par la jeunesse française et sans doute ils seront fidèles à leur serment. » Il demeurait 21, rue de la Huchette chez M. Michel fils aîné en 1831. Le National, 5 août 1830 ; La France nouvelle, nouveau journal de Paris, 27 juillet-2 août 1830 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet de l’arrondissement de Sceaux ; Archives de Paris VK3 29, séance du 13 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 44 in dossier Fayol, Joseph ; Archives de Paris VK3 48 in dossier Michel, Charles, Louis ; Archives nationales F/1dIII/50.

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