Cochon, François, Charles, Fortuné
Biographie
Né le 24 février 1809 à Amiens (Somme). Elève de l’Ecole polytechnique. Selon le rapport que fit, en date du 15 février 1831, Lannoy (voir Lannoy Raignault de, Camille, François), autre élève de la même Ecole et choisi pour établir les droits de chacun des élèves à une récompense honorifique, en fonction de la part prise aux combats de Juillet, et cette part prise en uniforme ou en habits bourgeois, il était du nombre de ceux dont Lannoy disait qu’ils « ont combattu en uniforme dans les journées de Juillet et me paraissent avoir mérité la décoration spéciale ». Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. On trouve, dans l’exposé que fit Ricateau, Alexandre de sa propre conduite dans les combats de Juillet, les renseignements suivants sur les circonstances dans lesquelles Joubert fut blessé : « [… le 29 juillet pendant l’attaque du Louvre] Je courus sous l’arche de triomphe [lire l’arc de triomphe du Carrousel, N.D.A.], suivis de trois autres qui furent tous tués en traversant. Il vint ensuite un élève de l’Ecole polytechnique et moi, après avoir tiré plusieurs coups de fusil, je m’élançais sur la grille, qui s’ouvrit. Je tirais mon fusil en marchant sur eux et ce qui me sauva la vie c’est que l’ouverture de la grille fit faire un grand mouvement aux combattants qui venaient du Louvre et mirent les troupes en désordre. Ils s’enfuirent tous par le jardin. Je courus sur eux. J’en ai atteint un, auquel j’ai traversé le corps d’un coup de baïonnette. Ensuite, je montais au vestibule et je croisais la baïonnette à quatre personnes que j’y trouvais. C’étaient madame et monsieur Mariotte, portier, M. Debove, garçon du château, et son collègue. Ils s’écrièrent que je ne leur fasse pas de mal, qu’ils étaient les concierges. Je leur répondis que je ne leur demandais que s’il y avait de la troupe dans les appartements et que je ne leur voulais pas de mal. Ils m’ont répondu qu’il n’y avait plus personne. Pendant cet intervalle, le même élève de l’Ecole, qui avait été à la grille avec moi, monta et m’embrassa. Nous avons ensuite forcé le concierge de nous conduire dans les appartements. Après avoir parcouru plusieurs pièces avec cet élève, appelé M. Cochon, je me séparais de lui […]. » On trouve dans le dossier de Duguèvre, Henri, Charles, Hubert, une lettre envoyée par Cochon à ce dernier, datée du 9 septembre 1830, et ainsi rédigée : « Très brave camarade. L’accueil que tu as reçu des Abbevillois est loin de m’étonner. Quand on s’est battu comme toi et qu’on s’est montré infatigable comme tu l’as fait, on a tout lieu d’attendre de ses concitoyens les marques d’estime les plus brillantes. Permets qu’à mon tour je te félicite et je rende justice à un vieux camarade de collège et à un nouveau frère d’armes. Ton caractère et tes opinions m’étaient assez connus pour que je ne doutasse pas de la conduite que tu tiendrais dans une pareille circonstance. Aussi, quand je t’ai aperçu dans nos rangs, je t’y cherchais, presque certain d’avance de t’y trouver et en t’y voyant j’étais sûr de pouvoir me dire, ton ami, Cochon, élève de l’Ecole polytechnique. P.S. Je te demande pardon si je ne t’ai pas écrit plus tôt mais j’arrive de la campagne et j’ai trouvé toute une correspondance depuis mon départ. J’ai commencé par toi et je te quitte pour songer aux autres. » Dans l’exposé qu’il fit de sa propre conduite, Bois, Alexandre donnait des précisions sur la participation de Cochon aux combats : « […] [Le 29 juillet] On avait organisé les colonnes sur trois rangs. La place était pleine de citoyens. On confectionnait des cartouches sous le péristyle du théâtre. Le rappel battait dans tous le quartier. Dans une maison, tout près de l’arcade de l’Odéon, on distribua de la poudre extrêmement grosse. Tous les capitaines de compagnie furent pris parmi les élèves de l’Ecole polytechnique et reconnus d’après le règlement. Je fus désigné, après la formation de ce corps, pour aller lire une proclamation qui fut écrite à plusieurs exemplaires chez un marchand de vin de la place. Trois ou quatre envoyés comme moi, avec des détachements de douze à quinze hommes furent envoyés sur divers points. Je la lus au carrefour de l’Odéon, rue de la Boucherie, place de l’Abbaye, marché Saint-Germain. L’effet en fut admirable. De tous les points, on vit arriver de nouveaux renforts. Un instant avant de partir, il arriva une charrette de cartouches. Un élève de l’Ecole polytechnique était assis sur un baril de poudre. Une pièce de 12 arriva en même temps. On demanda ceux qui avaient servi dans l’artillerie mais, un moment après, on s’aperçut de la difficulté que l’on éprouverait à pouvoir la mener à travers les barricades et elle fut laissée au milieu de la place. Cette phalange citoyenne étant devenue formidable fut haranguée par un chef que je ne connais pas. Sa tribune fut la pièce de canon et sa devise Honneur et Patrie, la mort ou la Charte. Le corps se mit en mouvement, tambour en tête, drapeau déployé. Son ensemble, son dévouement réjouissaient toute la population des quartiers où il passait et l’enthousiasme était à son comble. J’étais sous-officier de remplacement au 7e peloton, commandé par M. Cochon, élève de l’Ecole polytechnique. […]. » Cochon signa un certificat pour attester les faits rapportés sur la conduite de Bois, Alexandre. Il signa, le 18 septembre 1830, le certificat suivant en faveur de Saint-Romain, Jean-Pierre : « Je certifie que le sieur Saint-Romain, Jean-Pierre s’est trouvé le 29 juillet 1830 à l’attaque du Louvre et qu’il s’est battu vaillamment jusqu’au moment où il fut blessé. » Le 6 décembre 1830, il certifia véritable « pour ce qui a rapport à la prise du Louvre et des Tuileries » le rapport écrit par Faivre, Jacques, Auguste pour faire valoir ses droits à une récompense. En juillet 1831, Cochon était élève à l’Ecole d’application de l’artillerie et du génie, à Metz (Moselle). Le 18 juillet 1831, le maréchal de camp, commandant en chef de l’école, après plusieurs démarches restées vaines, demandait au ministère de l’Intérieur qu’on lui fît enfin parvenir, ainsi qu’aux seize autres élèves décorés comme lui, la croix qu’il avait obtenue. Histoire de la révolution de Paris depuis le 26 juillet jusqu’au 31 août 1830, Paris, chez Philippe libraire, rue Dauphine, 20, 1830, p. 211 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 277 in dossier Duguèvre, Henri, Charles, Hubert ; Archives de Paris VK3 17, Témoignages, rapports, notes sur les élèves de l’Ecole polytechnique ; Archives de Paris VK3 41 in dossier Bois, Alexandre ; Archives de Paris VK3 44 in dossier Faivre, Jacques, Auguste ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement et lettre en date du 18 juillet 1831 ; Archives nationales F/1dIII/75 in dossier Saint-Romain, Jean-Pierre.