Corbe, Bernard, Charles
Biographie
Né vers 1800 ou 1801 à Rennes (Ille-et-Vilaine). Coupeur ou tailleur d’habit chez M. Joyeau, marchand de drap de Nantes, à raison de mille huit cents francs d’appointements, père de trois enfants. Il assista en armes à l’affaire de la place Louis-XVI. Il reçut (sous le nom de Corbes, Bernard, Charles sur les listes du Bulletin des lois) la médaille de Juillet par la Commission des récompenses nationales de Nantes. Il réclama la croix, rappelant ses services : « Ne calculant aucun intérêt, je fus un des premiers dans cette ville à prendre les armes pour la défense de nos droits et repousser l’égoïsme. Partout exposé aux plus grands dangers, on m’a vu, sous le titre du sieur à la redingote verte puisque beaucoup ne connaissait pas mon nom, me battre et empêcher bien des sottises qui auraient pu être commises dans un moment d’effervescence. Je dois au hasard de n’avoir été ni tué ni blessé. Mon dévouement fut la cause de la perte de ma place. Je n’en ai pas moins continué mon service en bon et dévoué citoyen jusqu’au moment où j’ai quitté Nantes voilà deux mois. Lors de la commission d’enquête pour les récompenses nationales je présentai un certificat signé de toutes les personnes de ma connaissance avec lesquelles je participais aux mémorables journées. Monsieur le préfet de Nantes m’a fait parvenir seulement une médaille et je sais qu’il a été donné des croix. Je lui ai fait mes réclamations, en lui précisant toutes les circonstances et lieux dans lesquels je me suis trouvé et il ne m’a pas encore répondu ; personne ne peut les contester, bien au contraire. Beaucoup de personnes ayant fait moins que moi ont eu des croix mais, comme je n’étais pas sur les lieux lors de la distribution, je vois avec peine qu’il y a eu préférence. Ensuite, forcé par le manque de travail de quitter Nantes pour venir à Rennes chercher les secours d’une famille aisée (celle de mon épouse, mes parents étant décédés), pour ma femme et mes enfants. Malheureusement ne partageant pas ses sentiments je me vois forcé de prendre du service ne trouvant aucun emploi. Malgré l’intérêt que me porte monsieur le préfet d’Ille-et-Vilaine, je quitte donc momentanément ma femme et mes enfants et me suis enrôlé volontaire dans le 42e de ligne, maintenant en garnison à Poitiers. J’ai reçu de l’éducation, je connais le dessin et un peu le calcul. Veuillez, je vous supplie monsieur le ministre, vous intéresser à moi. Votre recommandation auprès de mon colonel me serait très avantageuse, en faisant valoir mon titre de décoré de Juillet. Le grade de sous-lieutenant ou sous-officier me mettrait à même d’avoir près de moi ma femme et un de mes enfants, notre famille en conservant deux. De même aussi je sollicite près de vous au lieu de la médaille la croix. » Le 19 août 1831, il adressa la lettre suivante au préfet : « J’ai reçu de M. le préfet de Rennes une médaille que vous avez bien voulu lui envoyer pour moi et contre laquelle je me permets de faire quelques réclamations. Je sais que beaucoup d’individus qui n’ont pas plus fait que moi ont reçu des croix et les autres la médaille, que toute personne peut porter puisqu’il n’y a aucun brevet d’autorisation. Puisque l’on a bien voulu récompenser le dévouement des citoyens qui ont pris volontairement les armes pour la défense de la liberté et qu’il existe une différence autre ces deux décorations, je crois avoir droit aussi bien que tout autre à la première, dont d’après votre lettre que M. le préfet de département me communiqua, je m’étais paré du ruban. Elle annonçait avec la décoration, le brevet puis la formule du serment, que je prêtais avec le cérémonial accoutumé, et me ferait penser qu’il y a erreur. Je vous avoue que j’ai été très surpris de recevoir une médaille qui, bien qu’elle soit très honorable, ne signifie pas grand-chose pour les personnes qui, les premiers, ont compromis deux fois leur vie soit par le plomb des militaires ou par la justice qui ne nous aurait pas ménagé si les chose n’eussent pas réussi. La commission d’enquête s’est aussi peut-être trompée sur les choses et les gens. A la vérité je ne lui répondis peut-être pas d’après ses vues parce que je croyais que les récompenses étaient pécuniaires, ce dont, malgré mes besoins d’après la perte de ma place, je n’aurais pas accepté. Mais d’après ce qui se passe aujourd’hui veuillez me permettre de prouver, par les actions que je fis dans cette journée, le droit que j’ai à la croix, droit que personne ne peut me contester. Beaucoup de personnes ne me connaissaient pas de nom mais me remarquèrent à mon costume. J’ai quelquefois entendu parler de moi sous la dénomination du Monsieur à la redingote verte, qui reste seul dans la rue de l’Evêché. Après avoir essuyé une partie de la décharge que l’on fit sur nous lorsque nous voulûmes nous réunir à nos camarades qui étaient devant et déjà arrivés auprès de l’hôtel du général et où je rappelais les fuyards. Le matin de ce jour mémorable, je fus un des premiers arrivés et réunis à mes amis sur la place Graslin. Nous affichâmes nos proclamations et allâmes chez M. le maire. J’aidais à faire la première barricade au bout de la rue Dauphine, ainsi que les autres suivantes. Je participais à la démolition du pont de Pirmil. Ce fut moi qui empêchait celle du pont de la Magdelaine, en observant que nous nous coupions toutes communications avec les Pontonnais, qu’il fallait illisible aller au premier, ce qui fut entendu. Nous revînmes rue Bouffay, où personne ne voulait monter à cause du factionnaire. J’y montais le premier et fut suivi par d’autres. Nous fûmes cernés par une garde que le factionnaire appela, mais, d’après les observations que je fis à l’officier, il commanda demi-tour à sa troupe et nous laissa exécuter ce que nous nous étions proposé. Ce qui eût été fait sans les représentations de M. Rollier. Il nous dit que nous aurions fait sauver d’autres prisonniers que les nôtres. Nous le comprîmes et retournâmes à la bourse, d’où beaucoup furent dîner. On vint nous avertir de la translation de nos prisonniers au château ; nous y fûmes de suite. Ce fut moi qui parlai aux deux officiers d’artillerie, qui nous recommandaient de la prudence. Nous voulions nos prisonniers ; ils nous dirent qu’il fallait un ordre du maire ou du général. Sur quoi j’observais que le premier avait manqué à sa parole le matin et que l’autre ne nous inspirait pas plus de confiance. Beaucoup de nos camarades avaient continué de monter et étaient arrivés près son hôtel lorsque nous entendîmes la première décharge, un jeune homme avança son fusil sur mon épaule, en disant qu’il voulait, avant de quitter le château, abattre un des soldats qui étaient rangés en bataille en avant du pont-levis. Je l’empêchais, en lui reprochant son imprudence, non qu’il compromettrait notre vie mais celles des femmes et enfants que la curiosité avaient attirés. Nous volâmes au secours de nos camarades et essuyâmes la seconde décharge, à laquelle je ripostais en voulant nous réunir à eux par la rue de l’Evêché. J’accompagnais Dolbeau (voir Dolbeau, Jean-Marie) qui venait de tomber pas loin de moi et empêchais qu’on fusille un officier sur la place Saint-Pierre. Partout je me présentais dans ces endroits périlleux et, comme vous le voyez, M. le préfet, si je n’ai pas été victime, ma vie n’en n’était pas moins compromise. Je fus volontairement à Paimbœuf et mon dévouement m’a fait perdre une place de mille huit cents francs qui entretenait ma femme et mes enfants. Sans travail depuis ce temps, je cherche à entrer sous-officier dans un régiment pour ne pas absorber le peu que ma femme reçoit de sa famille. La croix, que je crois avoir gagnée serait une belle recommandation. J’en appelle donc à votre justice et veuillez croire que je ne suis point homme à solliciter ce que je n’ai point mérité. Ma qualité de père de famille et ma place perdue doivent vous inspirer quelque intérêt. Veuillez, M. le préfet m’honorer de votre prompte réponse, vous obligerez celui qui a l’honneur d’être etc. » Sans doute, la seconde Commission le proposa pour la Croix de Juillet. Il était marié et père de trois enfants en 1830. Il demeurait rue du Calvaire à Nantes en 1830. Ordonnance du roi qui accorde la croix et la médaille de Juillet à divers citoyens de la ville de Nantes, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Archives nationales F/1dIII/50 ; Archives nationales F/1dIII/80, Loire-Inférieure, Travail de la commission d’enquête pour les récompenses nationales à décerner aux victimes des événements de juillet 1830 et à ceux qui y ont pris part et Etat des citoyens auxquels la médaille de Juillet a été décernée par l’ordonnance du 10 juillet 1831.