Corderey, Jean

Biographie


Né le 9 mai 1805 à Château-Poussac (Haute-Vienne). Tailleur de pierres. Il déposa, le 13 mars 1848, un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la révolution de Février. Il relatait ainsi la participation qu’il avait prise aux diverses insurrections, dès juillet 1830 : « Habitant la capitale depuis 1825, j’ai vu passer les insurrections de 1830, de juin 1832, d’avril 1834, de mai 1839, en y prêtant toutefois mon concours qu’avec la masse. Au 23 février dernier, n’écoutant que mon patriotisme et mon dévouement pour le droit du peuple, j’assistai à l’élévation de plusieurs barricades et bivouaquai le reste de la journée et une partie de la nuit aux alentours de la place du Châtelet. Le lendemain, de nouveau occupé à dresser des barricades rue Saint-Denis, je quittai soudain ce travail pour aller me munir d’une arme quelconque, que je trouvai en m’introduisant de force, avec deux autres insurgés, dans le poste du pont de l’Hôtel-Dieu, qui ne se rendit qu’après avoir fait quelque résistance. Je ne puis me saisir ici que du poignard d’un sergent, et je reçus d’un soldat dudit lieu un coup de baïonnette dans la main droite. Me dirigeant ensuite vers le quai Saint-Michel et y élevant aussi une entrave à la cavalerie, force me fut de quitter cet endroit par suite d’une fusillade que lança contre les travailleurs un piquet de dragons. Voulant enfin être porteur d’un fusil, je courus au poste de la rue des Mathurins, où l’on m’en délivra un, qui me servit au désarmement du poste du Val-de-Grâce et de la caserne de la rue Neuve-Sainte-Geneviève. Rendu quelques instants après aux Tuileries, on me mit de faction et j’y passai dans cette attitude encore quatorze heures, sans manger et en butte aux mauvais traitements de plusieurs pillards que j’y arrêtai. Je restai pour la surveillance et le maintien du bon ordre du château jusqu’au 6 mars, tel que le justifiera le certificat ci-joint et qui me fut délivré par le gouverneur du palais. » Il joignait plusieurs certificats à sa demande. Le premier, ainsi rédigé : « Je, soussigné, principal locataire d’une maison sise rue de Cluny, n° 3, certifie que le sieur Cordereix (sic), Jean, tailleur de pierres, mon locataire, est rentré chez lui, le 24 février 1848 à 9 heures et demie du matin, porteur d’une lame de poignard et d’un fusil qu’il avait pris à un militaire, lors du désarmement du poste du pont de l’Hôtel-Dieu. Certifie en outre qu’il avait à la main droite une blessure saignant encore, blessure qui avait été causée par une baïonnette, en désarmant un soldat. » Signé, le 21 juillet 1848 : Varin, principal locataire ; Duhamel, demeurant 28, rue des Maçons (illisible). Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le nommé Corderey, Jean, tailleur de pierres, a fait partie du poste de la Fraternité (salle du sot? illisible) et qu’il s’y est dignement et loyalement comporté depuis le 24 février, jour de la prise de l’hôtel des Invalides civils jusqu’au présent jour 28 du même mois. » Signé, le 28 février 1848 : Colignon, A., chef du poste de la Fraternité. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le citoyen Corderey, Jean, est arrivé aux Tuileries lors de la prise, le 24 février dernier, que depuis lors nous avons fait le service ensemble, et comme son chef je me plais à reconnaître qu’il a toujours bien observé la discipline militaire et que je n’ai eu qu’à me louer de son obéissance. Il a fait partie toujours du poste de la Fraternité, un des plus difficiles à tenir et où le service était très rigoureux. » Signé, le 6 mars 1848 : Saint-Amand, capitaine, commandant du palais. Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Ernest Ducharne, maintenant garde mobile au 21e bataillon, 5e compagnie, caserne de l’Ourcine, constate que le citoyen Cordereix (sic), étant avec moi le 24 février dernier a pris une part très active à l’attaque du Val-de-Grâce, où quelques personnes tombèrent à ses pieds, et de là s’étant dirigé vers la caserne de la rue Neuve-de-la-Montagne-Sainte-Geneviève, je l’ai vu procéder vigoureusement au désarmement de la troupe qui se trouvait en grand nombre, dont il fut même assez maltraité par quelques officiers, qui lui donnèrent des coups de poignée de sabre, d’où il ne sortit de leurs mains que par l’intervention d’un garde national survenu instantanément. Voyant aussitôt le citoyen Cordereix (resic), la main ensanglantée, je lui demandai vivement s’il était blessé ; il me répondit que oui mais qu’il avait reçu cette blessure le matin au petit pont de l’Hôtel-Dieu. » Signé, le 4 août 1848 : Ducharne, Ernest. Il fut recommandé par la Commission des récompenses nationales pour un emploi dans le service de sûreté. Il était célibataire en 1848. Il demeurait 3, rue de Cluny en 1848. Archives de la préfecture de police AA 380.

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