Coste, Jacques
Biographie
Propriétaire et rédacteur du journal le Temps. Il fut un des quarante-quatre signataires (voir la liste complète à Dumas, Alexandre) de la protestation des journalistes, ainsi rédigée : « On a souvent annoncé depuis six mois, que les lois seraient violées, qu’un coup d’Etat serait frappé. Le bon sens public se refusait à le croire. Le ministère repoussait cette supposition comme une calomnie. Cependant le Moniteur a publié enfin ces mémorables ordonnances, qui sont la plus éclatante violation des lois. Le régime légal est donc interrompu ; celui de la force est commencé. Dans la situation où nous sommes placés, l’obéissance cesse d’être un devoir. Les citoyens appelés les premiers à obéir sont les écrivains des journaux, ils doivent donner les premiers l’exemple de la résistance à l’autorité, qui s’est dépouillée du caractère de la loi. Les raisons sur lesquelles ils s’appuient sont telles qu’il suffit de les énoncer. La charte, article 8, dit que les Français, en matière de presse, sont tenus de se conformer aux lois ; elle ne dit pas aux ordonnances. La charte, article 35, dit que l’organisation des collèges électoraux sera réglée par les lois ; elle ne dit pas par les ordonnances. La couronne elle-même avait reconnu jusqu’ici ces articles. Toutes les fois, en effet, que des circonstances prétendues graves lui ont paru exiger une modification, soit au régime de la presse, soit au régime électoral, elle a eu recours aux deux Chambres ; elle ne s’est arrogé, à l’égard des articles 8 et 35, ni une autorité constituante, ni une autorité dictatoriale qui n’existent nulle part. Les tribunaux, qui ont droit d’interprétation, ont solennellement reconnu ces mêmes principes. Leurs décisions établissent qu’en matière de presse et d’organisation électorale, les lois, c’est-à-dire le roi et les Chambres, peuvent seuls statuer. Aujourd’hui donc le gouvernement a violé la légalité. Nous sommes dispensés d’obéir. Nous essayons de publier nos feuilles, sans demander l’autorisation qui nous est imposée. Nous ferons nos efforts pour qu’aujourd’hui au moins elles puissent arriver à toute la France. Voilà ce que notre devoir de citoyens nous impose, et nous le remplissons. Nous n’avons pas à tracer ses devoirs à la Chambre illégalement dissoute ; mais nous pouvons la supplier, au nom de la France, de s’appuyer sur son droit évident, et de résister autant qu’il sera en elle à la violation des lois. Ce droit est aussi certain que celui sur lequel nous nous appuyons. La Charte dit, article 50, que le roi peut dissoudre la Chambre des députés ; mais il faut pour cela qu’elle ait été réunie, constituée en Chambre ; avant la réunion et la constitution de la Chambre, il n’y a que des élections faites. Or, nulle part la Charte ne dit que le roi peut casser les élections. Les ordonnances publiées aujourd’hui ne font que casser des élections, elles sont donc illégales, car elles font une chose que la Charte n’autorise pas. Les députés élus, convoqués pour le 3 août, sont donc bien et dûment élus et convoqués. Leur droit est le même aujourd’hui qu’hier. La France les supplie de ne pas l’oublier. Tout ce qu’ils pourront pour faire prévaloir ce droit, ils le doivent. Le gouvernement a perdu aujourd’hui le caractère de légalité qui commande l’obéissance. Nous lui résistons pour ce qui nous concerne ; c’est à la France à juger jusqu’où doit s’étendre sa propre résistance. » Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Coste, et ainsi rédigé : « [ Sur la signature de la protestation des journaliste] Les uns prétendaient qu’il y avait dans la presse une force inconnue qui grandissait par le mystère. Ceux-là étaient d’avis que la protestation ne devait pas être signée. D’autres prétendaient, au contraire, que mieux valait faire acte public d’opposition, et signer la protestation en toutes lettres. Chose étrange ! C’étaient MM. Baude (voir Baude, Jean, Jacques) et Coste – deux hardis tirailleurs cependant – qui étaient d’avis de garder l’anonymat ; et c’était M. Thiers (voir Thiers, Adolphe), le prudent politique, qui était d’avis qu’on se nommât. L’opinion de M. Thiers l’emporta. […] La journée avait été rude ; mais, grâce à la librairie de Joubert, grâce à la Petite-Jacobinière de Charles Teste, grâce à Coste, qui avait peut-être dépensé trois ou quatre mille francs en achat de pain et de vin distribués aux combattants, l’insurrection était lancée sur tous les points de la ville […]. » Il cite aussi le nom de Coste parmi ceux des combattants qui ont le plus contribué à la victoire de Juillet : « Ceux qui ont fait la révolution de 1830, ce sont ceux que j’ai vus à l’œuvre, et qui m’y ont vu ; ceux qui entraient au Louvre et aux Tuileries par les grilles rompues et les fenêtres brisées ; c’est, hélas ! – qu’on nous pardonne cette funèbre exclamation, la plupart d’entre eux sont morts, prisonniers, exilés aujourd’hui ! – c’est Godefroy Cavaignac, c’est Baude, c’est Degousée, c’est Higonnet, c’est Grouvelle, c’est Coste, Guinard, Charras, Etienne Arago, Lothon, Millotte, d’Hostel, Chalas, Gauja, Baduel, Bixio, Goudchaux, Bastide, les trois frères Lebon – Olympiade, Charles et Napoléon, le premier tué, les deux autres blessés à l’attaque du Louvre –, Joubert, Charles Teste, Taschereau, Béranger... Je demande pardon à ceux que je ne nomme pas et que j’oublie ; je demande pardon aussi à quelques-uns de ceux que je nomme, et qui aimeraient peut-être autant ne pas être nommés. Ceux qui ont fait la révolution de 1830 c’est cette jeunesse ardente du prolétariat héroïque qui allume l’incendie, il est vrai, mais qui l’éteint avec son sang ; ce sont ces hommes du peuple qu’on écarte quand l’œuvre est achevée, et qui, mourant de faim, après avoir monté la garde à la porte du Trésor, se haussent sur leurs pieds nus pour voir, de la rue, les convives parasites du pouvoir, admis, à leur détriment, à la curée des charges, au festin des places, au partage des honneurs. » Chateaubriand, dans ses Mémoires d’outre-tombe, laisse le récit suivant sur Coste : « Au Temps la chose prit un caractère plus sérieux : le véritable héros des journalistes est incontestablement M. Coste. En 1825, M. Coste dirigeait les Tablettes historiques : accusé par ses collaborateurs d’avoir vendu ce journal, il se battit et reçut un coup d’épée. M. Coste me fut présenté au ministère des affaires étrangères ; en causant avec lui de la liberté de la presse, je lui dis : “Monsieur, vous savez combien j’aime et respecte cette liberté ; mais comment voulez-vous que je la défende auprès de Louis XVIII, quand vous attaquez tous les jours la royauté et la religion ! Je vous supplie, dans votre intérêt et pour me laisser ma force entière, de ne plus saper des remparts aux trois quarts démolis, et qu’en vérité un homme de courage devrait rougir d’attaquer. Faisons un marché : ne vous en prenez plus à quelques vieillards faibles que le trône et le sanctuaire protègent à peine ; je vous livre en échange ma personne. Attaquez-moi soir et matin ; dites de moi tout ce que vous voudrez, jamais je ne me plaindrai ; je vous saurai gré de votre attaque légitime et constitutionnelle contre le ministre, en mettant à l’écart le Roi.” M. Coste m’a conservé de cette entrevue un souvenir d’estime. » Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/51 ; Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, Le Livre de poche, Paris, 1973, tome 3, p. 166-167. Notice sur les Œuvres diverses tome II de Balzac aux éditions La Pléiade, page 1581 : « Le fondateur du Temps était Jacques Coste, ancien directeur des Tablettes universelles. A la tête de cette feuille parrainée par une quarantaine de pairs et députés, il avait réussi, sept ans plus tôt, à réunir dans une coalition informelle qui allait de Talleyrand à Benjamin Constant les principaux courants de l’opposition libérale, avant de céder les Tablettes, pour un prix énorme, à la célèbre Caisse d’amortissement du ministère Villèle, en janvier 1823. Cette trahison avait fait de Coste un homme puissant et généralement méprisé. A la veille de Juillet, c’est un agent double dont A.-M. Meininger a retracé la carrière [« Qui est des Lupeaulx ? AB 1961, p. 148-184], Joseph Lingay, ancien employé supérieur des ministères Decazes et Villèle, qui orchestre la rédaction occulte du Temps, inspirée à en croire Rémusat, par Guizot et Casimir Perier. Distribué gratuitement dans les rues de Paris du 28 juillet au 4 août, le journal prendra fait et cause pour la révolution. Grâce à son imprimeur, à ses journalistes, qui n’ont pas eu froid aux yeux, grâce aussi à l’habile stratégie politique et commerciale de ses propriétaires, il attachera son nom aux Trois Glorieuses. »