Coullié, Pierre, Marie
Biographie
Né le 12 mars 1793 (mais le 13 mars 1793 sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39, mais bien le 12 mars 1793 in Archives nationales F/1dIII/36) à Rennes (Ille-et-Vilaine), fils de Coullié, Jean, cordonnier, et de Dujardin, Marguerite, Marie. Ancien militaire de l’Empire, sergent au 19e de ligne, devenu compagnon menuisier, il travaillait depuis 1817 chez Boucher 16, rue Cocatrix, chez lequel il gagnait environ deux francs cinquante par jour. Le 28 juillet, il quitta son atelier vers midi pour ne reparaître qu’à la fin des combats. Il était sans armes et se rendit d’abord au Pont au Change puis parcourut les quais près du pont d’Arcole. Ayant constaté que les combattants parisiens manquaient de balles, il s’occupa, la journée du 28 juillet, à en fabriquer environ cinq à six mille, devant sa porte et les distribua à ceux qui en avaient besoin. Ayant appris, le lendemain, que son fils, Julien, Gabriel, avait trouvé la mort en combattant sur la place de l’Hôtel-de-Ville, « malgré la douleur qu’il éprouva, cela ne l’a pas empêché de travailler avec un double courage à la fonderie qu’il avait établie et il n’a cessé que lorsque la cause avait été gagnée ». Le 1er août 1830, il vint trouver le commissaire de police pour déposer à son bureau quatre cents livres environ de plomb, qu’il dit lui rester d’une plus grande quantité encore qu’il avait reçue de plusieurs individus à l’effet de fabriquer des balles. Cette remise fut l’objet du procès-verbal suivant : « Nous, Jean-Jacques Jenesson, commissaire de police du quartier de l’île Saint-Louis, certifions que le sieur Coullié, Pierre, Marie, ouvrier menuisier, demeurant rue Cocatrix n° 8, le 1er août dernier, est venu déposer en notre bureau quatre cents livres environ de plomb, qu’il nous a dit lui rester d’une grande quantité de plomb qu’il avait reçue de divers individus à l’effet de fabriquer des balles, dont il nous a déclaré avoir coulé cinq à six mille et avoir distribué aux défenseurs de la liberté, pour venger la mort de son fils, victime de la fusillade de la Grève, le 28 juillet dernier. » Signé, le 18 septembre 1830 : Jenesson, commissaire de police. Il reçut un secours de cent quinze francs en août 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IXe arrondissement. Il était porteur du certificat suivant : « Nous, soussignés, certifions que le nommé Coullié, Pierre, Marie, ouvrier menuisier, demeurant à Paris, rue Cocatrix n° 8, s’est occupé le 28 juillet devant sa porte à une fonderie de balles, voyant que les défenseurs de la liberté en manquaient ; que le 29 il fut à la Grève, où il reconnut son fils mort pour la cause de la liberté. Malgré la douleur qu’il éprouvait, cela ne l’a pas empêché de travailler avec un double courage à la fonderie qu’il avait établie et il n’a cessé que lorsque la cause avait été gagnée. » Signé, le 12 octobre 1830 : Renard, faiseur de limes, demeurant 8, rue Cocatrix ; Garnier, marchand de vin, demeurant 12, rue Cocatrix ; Titeux, J., demeurant 8, rue Cocatrix ; Robert aîné, marchand de vin, demeurant 11, rue Cocatrix ; Delagrange, ciseleur, demeurant 8, rue Cocatrix ; Blanchefort, demeurant dans le quartier de la Cité. Le 26 février devant le maire du (ancien) IXe arrondissement, comparurent : Titeux, Pierre, Joseph, orfèvre, demeurant 8, rue Cocatrix ; Renard, Pierre, faiseur de limes, demeurant 8, rue Cocatrix ; Garnier, Claude, marchand de vin, demeurant 12, rue Cocatrix. Ils attestèrent que Coullié était « dans un état complet de nécessiteux ; qu’il ne peut travailler que très difficilement, étant attaqué d’une ophtalmie chronique, qu’il a à sa charge un enfant de deux ans et une épouse dont le travail est presque nul ». Il était porteur du certificat médical suivant : « Je, soussigné, docteur en médecine, certifie que M. Coullié, Pierre, Marie est affecté d’une ophtalmie chronique de l’œil droit par suite de laquelle il a perdu l’usage de cet œil et d’une hernie inguinale gauche, infirmités qui l’obligent à prendre des ménagements dans la profession qu’il exerce. » Signé, le 7 février 1831 : Tallard, médecin attaché au bureau de bienfaisance du (ancien) IXe arrondissement. Et cet autre certificat médical, en date du 21 février 1831 : « Nous, soussignés, docteurs en médecine de la faculté de Paris, certifions que le nommé Coullié, Pierre, Marie, âgé de trente-huit ans, compagnon menuisier, demeurant rue Cocatrix n° 8, est affecté depuis longtemps d’une ophtalmie chronique qui a occasionné l’opacité de la cornée transparente de l’œil droit, accident qui l’empêche de voir distinctement de cet œil et affaiblit la vue en général ; qu’il est de plus porteur d’une hernie inguinale du côté gauche. Le nommé Coullié a perdu son fils dans les journées de Juillet. Il a un autre enfant de vingt-trois mois. Nous recommandons le malheureux Coullié à la bienveillance de MM. les membres de la Commission de récompenses nationales. » Signé, le 21 février 1831 : Dubois (voir Dubois, Alexis, Hippolyte) ; Girot (voir Girot, Joseph, Marie). Boucher, menuisier, demeurant 16, rue Cocatrix, lui délivra deux certificats. Le premier, en date du 10 août 1830 : « Je, soussigné, certifie que le nommé Coullié travaille chez moi depuis longtemps, en qualité de compagnon menuisier, qu’il a eu le malheur de perdre son fils, le 28 juillet dernier à la place de Grève et qu’il rendait service à ses parents par le fruit de son travail, vu que son père est infirme de la vue, ce qui l’oblige très souvent d’arrêter de travailler. » Le second, en date du 9 février 1831 : « Je, soussigné, certifie que le nommé Pierre, Marie Coullié demeure et travaille chez moi depuis treize ans et que ses infirmités l’obligent souvent à suspendre son travail. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IXe arrondissement. Il fut pensionné comme ascendant d’une victime de Juillet (par erreur sous le nom de Couillée, Pierre, Marie sur les listes du Moniteur universel). Il lui fut accordé par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Il comparut, le 11 février 1831, devant le juge de paix du (ancien) IXe arrondissement, pour attester avoir parfaitement connu Jobet, Gervais, Jean, Louis, leur voisin, et savoir « que le 29 juillet dernier, entre midi et 1 heure le sieur Jobet est sorti de son domicile pour aller porter des secours aux personnes blessées qui avaient eu un engagement avec la garde royale sur le pont d’Arcole et que peu d’instants après sa sortie, ils ont vu les voisins le rapportant blessé, qu’ils ont de suite été à son domicile pour le voir et qu’en effet ils ont vu qu’il avait été blessé par une balle qui lui avait traversé les reins et lui est restée dans le corps et que, là, en leur présence, il a rendu le dernier soupir ». En 1836, il sollicita un secours pour la première fois. La police donna à cette occasion les renseignements suivants sur son compte : « Sa position n’est pas malheureuse. Son état d’ouvrier menuisier en bâtiments le mettant à même de suffire à ses besoins. On dit sa conduite régulière. » Il reçut un secours de vingt-cinq francs en 1840 et de vingt-cinq francs en 1843. En 1844, la police précisait encore qu’il était portier de la maison qu’il habitait, 7, rue de l’Est, et en outre, employé comme homme de peine, ajoutant qu’il était « très bien famé sous tous les rapports. […] C’est un homme d’ordre et de tranquillité ». Il reçut un secours de quarante francs en 1844. En 1845, « atteint d’infirmités incurables, presque entièrement privé de la vue » et « ne pouvant plus exercer aucun travail », il sollicita un secours. En 1846, son fils était élève au petit séminaire de Saint-Victor et devait être tonsuré cette même année. Couillé reçut un secours de quarante francs en 1846, de vingt-cinq francs en 1847. En 1848, il fut admis à faire partie des ateliers nationaux et reçut un secours de quarante francs en septembre 1848. En 1849, la police indiquait qu’il était toujours portier, recevant cent cinquante francs de gage, et « si souvent malade qu’il ne travaille plus de son état ». Il reçut un secours de soixante francs en 1849. En 1850, Coullié sollicita que, ayant perdu un fils en juillet 1830, son autre fût exempté de service militaire. Il reçut un secours de cinquante francs en 1850 et deux secours de cinquante francs en 1851, à titre de médaillé de Juillet. Il s’était marié en premières noces, le 19 avril 1815 à Rennes, avec Dumoulin, Guillemette, née le 8 germinal an III à Rennes, décédée le 5 avril 1821 à Paris ; sur l’acte de mariage, Coullié, Pierre, Marie est indiqué comme sergent au 11e régiment d’infanterie légère et Dumoulin, Guillemette, Olive (sic) comme la fille de feu Dumoulin, Vincent et de Deshommes, Michelle. Dumoulin, Guillemette, Olive devait décéder le 5 avril 1821 à l’Hôtel-Dieu à Paris. Il se remaria en secondes noces, le 28 novembre 1821 à Paris, à Lepant, Nicole, née vers 1790 à Nod (Côte-d’Or). Il demeurait à Rennes en 1815 ; rue de la Parcheminerie à Rennes en 1816 ; 8, rue Cocatrix (au 1er étage un loyer de cent francs par an) de 1821 à 1831 ; 13, rue de l’Est quartier de l’Observatoire en 1836 ; 7, rue de l’Est de 1843 à 1851. Premier état, arrêté le 19 août 1830, des secours distribués par Le Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 14 ; Journées des 27, 28 et 29 juillet, liste des morts, des blessés, des veuves, des orphelins, Paris, A. Boulland, 1830, p. 15 (sous le nom de Couillé, Pierre, Marie) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Liste n° 6, des ascendants de victimes de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Ascendants de citoyens qui ont succombé pendant ou à la suite des trois journées et qui ont obtenu une pension, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des ascendants auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du IXe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 107 ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux ascendants pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) IXe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées à la mairie du (ancien) IXe arrondissement jusqu’au 15 mars 1831, aux blessés, non blessés, veuves, orphelins, ascendants et sous-lieutenants, par suite des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, Ascendants des citoyens tués dans les journées de Juillet (5 états pour un total de 325 ascendants) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IXe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/51 ; Archives nationales F/1dIII/59 in dossier Jobet, Gervais, Jean, Louis ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IXe arrondissement, ascendants ; Archives de la préfecture de police AA 369, Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou combattants qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 70., idem rapport du 3 septembre 1850, Allocation de secours s’élevant ensemble à 12.610 francs à 218 décorés ou blessés de juillet, 25 veuves de décorés et 1 ascendant de blessé de Juillet, minutes 129-134, idem Ministère de l’Intérieur, Etat de répartition de secours imputables sur le chapitre 26 du budget de 1851 (secours à divers titres), en date du 23 février 1851, minutes 167-169, idem, Proposition, en date du 27 novembre 1851, d’accorder à 165 décorés, médaillés, blessés, veuves, ascendants, orphelins, combattants et blessés de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à la somme de 9.610 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 202-204.