Coyère, Alphonse, Guillaume
Biographie
Né au Havre (Seine-Maritime) (mais en 1778 à Trouville dans le Calvados in Archives de Paris VK3 25 dans une liste de citoyens proposés pour la médaille, liste qui est corrigée à la main). Ancien auditeur au Conseil d’Etat, section de l’imprimerie et de la librairie, sous le Consulat et sous l’Empire, totalisant vingt-cinq années de service dans diverses administrations, il demanda la Légion d’honneur en récompense de sa conduite en juillet 1830, décoration qui lui avait été promise en 1815 par l’Empereur, mais dont la chute de ce dernier empêcha la remise. Dans une lettre au général Fabvier, il lui rappelait l’avoir vu quelquefois « dans les salons de Madame de Vaudey, il y a sept ou huit ans » et dans une lettre à Georges Lafayette, membre de la Commission des récompenses nationales, il se flattait de connaître Madame Labour, qui avait elle-même l’honneur de connaître son père, le général Lafayette. Il donnait, le 17 septembre 1830, le récit suivant de sa participation aux combats de Juillet : « Faits des 28 et 29 juillet 1830 en ma présence. 28 juillet. J’étais à la campagne près de Paris, lorsque notre heureuse révolution commença. Je l’avais prévue, il y avait longtemps, lorsqu’enfin j’entendis l’explosion éclater. Les cris de Vive la charte ! Vive la liberté ! se faisaient entendre. Il fallait vaincre ou mourir pour elles. Le moment était venu. Je m’empressai de prendre mon fusil à deux coups. Je partis aussitôt pour me rendre sur la grande scène, où j’arrivais dans l’après-midi du mercredi 28 juillet. Je me portai aussitôt sur le boulevard des Italiens où l’on se fusillait avec les lanciers de la garde, quelques cuirassiers et la garde à pied dite royale dont je vis un bataillon qui s’était retranché avec ceux qui étaient poursuivis par nos tirailleurs au boulevard de la Madeleine en face le temple de la gloire, derrière une barricade composée d’arbres abattus, où là ils se croyaient en sûreté ; mais ils étaient pris entre deux feux. Ne pouvant plus tenir, ils se retirèrent par la rue Godot-de-Mauroy dans celle des Mathurins, où se trouvait une compagnie du 5ede ligne, qui refusa de faire feu contre nous quoiqu’ils y fussent excités par les commandants de peloton de la garde royale avec lesquels le capitaine de la compagnie du 5e avait parlementé pour se rendre mais en conservant leurs armes. Cela fut inutile. On cria Vive la ligne ! A bas la garde ! Et le feu commença aussitôt. Mais les gardes royaux, perdant du monde et laissant des blessés qui furent soignés comme les nôtres (sic). Ne me croyant plus nécessaire là, ne voyant plus de danger j’en fus en chercher ailleurs. Je me dirigeai avec quelques-uns de mes compagnons d’armes vers la porte de Saint-Denis où de terribles coups se portaient (il était 3 heures et demie et l’on se battait depuis midi) contre les cuirassiers de la garde, les gardes royaux et des gendarmes qui, avec deux pièces de huit, mitraillaient les faubourgs Saint-Denis et Saint-Martin. Après un feu très vif qui ne discontinua pas de toute l’après-midi et malgré que les nôtres fussent en général mal armés et manquassent de cartouches ils prouvaient à nos ennemis que nous nous battions pour une bonne cause et que le courage les animait tous. Il était 6 heures et demie 7 heures lorsqu’ils furent repoussés de l’autre côté de la première barricade dans le faubourg Saint-Denis en face le passage Brady. Ce fut là que je perdis plusieurs de mes camarades de combat, entre autres les nommer Louet (à retrouver) et Halot (à retrouver), qui périrent des coups de biscaïen qu’ils reçurent. Ce fut à la porte Saint-Denis que je fus témoin de la bravoure du capitaine Thierry (à retrouver) qui, quoique blessé au bras assez grièvement, n’en continua pas moins de combattre et qui tira le dernier coup de feu. Je puis citer aussi le nommé Jean, de Falaise, qui combattait à côté de moi comme un lion. Faits du 29 juillet. Les victimes de la veille avaient irrité les esprits. Malgré tant de hauts faits, chaque famille était en deuil. Et après que nous eûmes soigné nos blessés, ceux des ennemis et respecté les morts sans pouvoir leur rendre le dernier devoir, nous étions déjà maîtres de la caserne de Babylone, de la caserne des gardes du corps, du poste du marché des Innocents, de l’Hôtel de ville et des trois quarts de Paris que l’on croyait encore n’avoir rien fait (sic). Nous réparâmes nos armes la nuit du grand jour (29) et nous nous munîmes de cartouches : la nuit était trop silencieuse pour que pour que tout fût fini. En effet, l’on s’était entendu pour déloger l’ennemi du Louvre et des Tuileries et dès le matin (il était 5 heures) les Suisses avaient commencé l’agression. Ils tiraient par les grilles et les fenêtres du côté de la place de l’Oratoire, par la rue de ce nom, par la rue de la Bibliothèque, par la place du Louvre, dans la rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois, et enfin au travers de la grille du pont des Arts. Sept de mes camarades avaient déjà succombé dans ces feux meurtriers. A 10 heures du matin, lorsque M. le général Gérard, aujourd’hui maréchal de France, et du renfort nous arrivèrent de toutes parts et notamment par le pont des Arts, c’étaient des élèves de l’Ecole polytechnique, qui avaient à leur tête le brave Joubert portant le drapeau tricolore qu’il alla planter sur la colonnade du Louvre. Enfin le Louvre fut emporté à 11 heures. Après que nous eûmes enfoncé les grilles, nous pénétrâmes dans les escaliers et des appartements où les Suisses se battaient en désespérés. Dans ce haut fait d’armes nous eûmes à regretter un grand nombre de victimes. L’on connaît l’intrépidité du jeune élève de l’Ecole polytechnique qui accorda la vie à son ennemi qui voulait le tuer d’un coup de pistolet qui heureusement rata et qui lui remit sa croix qu’il portait ; il eut le soin de demander le nom du jeune héros, en lui offrant sa protection, dont le jeune homme n’avait assurément pas besoin. Enfin j’ai combattu sur la place du Louvre le même jour à midi. Là, je trouvais le nommer Goubot (à retrouver), ancien militaire, et Jean, de Falaise avec lesquels je continuai à poursuivre les débris des Suisses et des gardes royaux jusqu’aux Tuileries, dont on s’empara à 1 heure. Mais j’arrivais à la fin du combat parce que j’appris tout à coup que l’on se battait dans les rues de Richelieu, de Vivienne et celle Traversière, ou régnait en effet un grand carnage, ainsi que sur la place du Palais-Royal et je retournais ensuite à l’attaque des Tuileries où le plus fort était fait car l’on échangeait plus que quelques coups de fusil. Déjà le drapeau tricolore était planté sur le pavillon de l’Horloge. Je revins ensuite par la rue Saint-Nicaise où il y avait une pièce de la garde dont nous nous emparâmes et au même moment (il était 1 heure) le nommé Benoît (voir Majan, Benoît, Charles, Joseph), cocher de fiacre, monta dessus et on le porta en triomphe jusqu’à la Bourse, ce qui acheva le grand œuvre. Si je n’ai pas reçu la mort, c’est qu’elle n’a pas voulu de moi. Et nous continuâmes à poursuivre les Suisses par les Champs-Élysées jusqu’à la barrière de l’Etoile, ainsi que les gardes royaux qui étaient en pleine déroute et assaillis de tous côtés, lesquels eurent un grand nombre de morts et de blessés. Ce fut presque en face de la caserne des Champs-Elysées que périt le fils du colonel des Suisses, au moment où il venait embrasser son père et lui dire adieu. Il reçut un coup de feu dans la tête. Comme j’étais perdu de fatigue et malade je me retirai pour prendre du repos, ne voyant ailleurs plus de danger réel. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ier arrondissement. Il n’obtint que la médaille auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. En 1833, il la refusa et réclama le retour des pièces qu’il avait confiées. On lui répondit de demander ces pièces à la mairie où il les avait déposées. Il retira, à la mairie du (ancien) Ier arrondissement, le 10 avril 1833, une pétition, un certificat à l’appui et un mémoire qu’il avait confiés. Il demeurait 42, rue Laffitte en 1831 ; au Havre en 1833. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des médaillés de Juillet du mais sans doute par confusion d’arrondissement avec le Ier il y en a tellement dans cette liste (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris VK3 25 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille, (ancien) Ier arrondissement, idem même référence liste alphabétique des décorés de la médaille de Juillet ; Archives de Paris VK3 42 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ier arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/51.