D’Hallu, Nicolas, Honoré, (ou Honoré, Nicolas)
Biographie
Né le 14 octobre 1807 (bien le 14 octobre 1807 et sous les nom et prénoms de D’Hallu, Honoré, Nicolas dans son acte de naissance ; par erreur le 15 octobre 1807 surtout in Archives nationales F/1dIII/39 ; mais le 14 octobre 1807 in Archives nationales F/1dIII/35 A et in Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension) à Lihons (Somme), fils de D’Hallu, Marie, Jacques, Honoré, cabaretier, et de Lequillier, Marie, Angélique, Victoire, son épouse. Marchand de draps ou de nouveautés. Il fut blessé d’un coup de feu reçu dans le bras droit, le 29 juillet (ou le 28 selon Geuble, qui signe le même certificat mais à la date du 28 ? et lui-même écrit en signant le certificat en faveur de Soulier dit Solié, Charles, Joseph : D’Hallu « blessé le 28 juillet rue Saint-Honoré) en se battant contre la ligne dans la rue des Prouvaires. Le récit de Duplessis (voir Duplessis, Jean-Baptiste) mentionne ainsi sa participation aux combats : « [Le 28 juillet] A 10 heures, une bande immense, mieux armée, commandée par un homme que je n’ai distingué que par son audace, nommé Versigny, François, Michel, s’élance sur le même poste [de la place des Innocents], lui arrache armes et vêtements, fait crier Vive la liberté, vive la charte, mort aux tyrans ! A ce cri unanime, gendarmes et assaillants se prennent aux bras, s’embrassent et, soutiens mutuels les uns des autres, ils partent pour leur caserne de la rue Saint-Martin ; d’autres événements les y attendaient. Un seul gendarme de ce poste (de l’ex-garde impériale) opposa de la résistance. Il allait succomber quand je m’élance sui lui, livre ses armes et son fourniment aux assaillants et l’entraîne chez moi. En un instant mon habit et mon chapeau le rendent méconnaissable. A la faveur de déguisement il se mêle à la foule, et la vie lui est conservée. Son nom est Bladier. Le départ de la gendarmerie est le signal du saccage du poste et des bureaux du commissaire. Ce pillage affreux a eu cela d’inconcevable que rien n’a pu être emporté ou conservé. Nous ne sommes pas des voleurs, s’écriaient-ils, nous voulons la liberté ! Au feu tout ce qui a servi à la tyrannie. La halle aux draps et tout le quartier peut-être auraient été réduits en cendres si je ne me fusse précipité pour arrêter les progrès de l’incendie qui venait de se manifester dans le poste. Aussitôt j’entends proférer des menaces terribles et j’aurais certainement été immolé à la fureur populaire (on me prenait pour un agent de police) si je ne me fusse emparé moi-même d’un meuble et ne leur eusse crier Brûlons mes amis, mais au milieu de la place Les cris de mort contre moi sont aussitôt remplacés par des vivats. Et un instant après, les livres noir et rouge de deux dynasties de commissaires, purifiés par le feu s’élançaient dans les airs. Ren n’a été épargné. L’écharpe brillante du commissaire et un drapeau tout brodé d’or que les forts de la halle avaient acheté à grand prix et qui les précédait à ces royaux galas de Saint-Cloud. Tout enfin a été consumé. Dans l’ardeur qui anime non plus les braves qui étaient venus désarmer les gendarmes et qui volaient à de nouveaux désarmements combinés mais bien une multitude guidée par des sentiments moins honorables que ceux qu’inspirait la soif de la liberté, pénètre au sommet de la halle aux draps et les excès du bas se renouvellent. Ils allaient piller la propriété d’estimables négociants de la capitale. Cette idée m’a transporté d’indignation. J’endosse mon habit de garde national et m’élançant au milieu de cette foule exaspérée, je leur demande quel est leur but. Vive la garde nationale, ! Vive notre caporal ! est leur seule réponse. Qui commande ici ? Personne que vous caporal !! Moi ? m’écriai-je, Commander à ses voleurs ! A des gens qui incendient la propriété de négociants qui vous nourrissent et dans ce moment meurent en braves, du Louvre à la Grève ? Jamais ! Commandez et vous serez obéi !! Retirez-vous donc et prouvez que le désir de secouer le joug du tyran a pu seul vous mettre les armes à la main. Eteignons l’incendie et sauvons le quartier. Aussitôt on se rend à mes ordres ; en une minute l’ordre renaît, les postes de la halle évacués se ferment et je me trouve seul maître du poste, où je suis rejoint par mon ami Mandosse (voir Mandosse) et Reusse, marchand d’œufs, rue de la Poterie, en costume de gardes nationaux. Nous jouissions depuis quelques instants du plaisir d’avoir conservé cet édifice à Paris. La foule qui nous environnait semblait attendre de nouveaux ordres quand le 3e régiment de la garde, un régiment suisse, deux pièces de canon, leurs caissons, environ quatre-vingts gendarmes des chasses à cheval envahissent la place des Innocents par la rue de la Lingerie. Nous avions déjà fait heureuse contenance devant le régiment de la garde qui se rangeait en bataille, les pièces au centre, quand un chef qu’on dit être Marmont m’appelle à l’ordre Que faites-vous ici caporal ? J’y combats pour la liberté et j’y fais respecter la propriété. L’habit dont vous êtes revêtu est révolutionnaire, il vous expose. Pris les armes à la main, je regarde ce mot du traître comme un arrêt de mort. Je me disposais à la venger en le frappant de ma baïonnette quand un mouvement imprimé à son cheval et pour se parer et pour m’écraser me força à la retraite. Abandonné de tous ceux qui m’avaient promis obéissance, à l’exception de mes deux amis Mandosse et Reusse, je vis bientôt cinquante royales baïonnettes dirigées sur notre sein, Mandosse, les écartant d’un bras vigoureux, s’écrie, en lançant son fusil à la poitrine du maréchal Le nombre nous accable, à la force point de résistance, vous avez pu nous désarmer. En voici d’autres qui vont nous venger ! Déjà la fusillade avait commencé : de la halle au beurre elle se croisait avec celle de la rue de la Poterie. Nous lui devons la vie. Le maréchal et ses sbires regagnent, épouvantés, l’un le milieu de la place les autres les colonnes. Profitant de leur mouvement, je m’élance dans ma boutique par la rue de la Poterie. Aussitôt trois balles traversant ma porte, me confirment dans l’idée que les royaux assassins ne nous avaient laissé la vie que pour sauver la leur. La rage dans le cœur de me voir désarmé, je jette loin de moi mes inutiles cartouches, je me vois forcé de remplir le rôle d’observateur. A la faveur des nombreuses guirlandes de plantes qui garnissent mes croisées, je pouvais sans être aperçu admirer d’un côté les prodiges de valeur des assaillants retranchés dans la halle au beurre et aux pommes de terre, de l’autre la poignée de braves, qui, commandée par Poirier (presque sûrement Poirier, Adolphe, Joseph), marchand de sangsues, a soutenu si vaillamment l’attaque de la rue de la Poterie par les piliers de celle de la Tonnellerie. D’un autre enfin, je comptais les victimes d’un poste de la rue Saint-Honoré faisant face à des Suisses qui occupaient l’angle de la place qui y correspond. La manière savante avec laquelle ce poste envoyait la mort m’avait fait lui porter le plus grand intérêt. Les balles de l’arrière-garde sifflaient donc encore quand j’y vole porter non plus les secours de mon bras mais ceux de mon art. A l’ardeur de lancer la mort avait succédé le désir d’y soustraire mes camarades blessés. J’y trouve l’intrépide Outin (voir Outin, Jean-Pierre), négociant de la rue des Bourdonnais. Depuis le lundi son magasin n’était plus qu’un arsenal d’armes et un club où venaient se concerter les vengeurs de la liberté. Le mardi, il avait vaincu à la place la Bourse et ce jour l’avait vu combattre rue des Prouvaires et de la Monnaie ; près de lui avait déjà succombé une foule de braves, entre autres Miel, dentiste (voir Miel, Edme, Marie), D’Hallu (voir D’Hallu, Nicolas, Honoré) et Léon Tarin d’Angers (voir Tarin, Léon, Joseph) avaient été atteints d’un coup de feu. Revenu dans la rue des Bourdonnais, il ne cessait d’inquiéter par les tirailleurs qu’il avait adroitement posté rue Bétisy, rue Boucher et rue Saint-Germain-l’Auxerrois, le 5e stationnant depuis la rue des Prouvaires jusqu’au Pont-Neuf. Sa cour était devenue succursale de mon ambulance et sous les yeux des soldats auxquels toutes les dames de la maison qu’il habite prodiguaient les soins les plus généreux, il faisait fondre des balles et fabriquer des cartouches qui devaient coopérer le lendemain à la prise du Louvre, du Palais-Royal et des Tuileries. C’est lui qui a arboré le modeste drapeau qu’on remarque au coin du palais aux fenêtres de la Bibliothèque du duc de Chartres. Son courage enflammait une petite troupe qui l’a suivi jusqu’à Rambouillet. Des concitoyens lui ont décerné la plus flatteuse des récompense, en le proclamant premier lieutenant de la 2e compagnie de chasseurs. Son petit bataillon était intact et mes soins lui furent heureusement inutiles. Des cris suspendent nos mutuelles félicitations sur les premiers résultats de cette journée (mercredi), c’était ceux d’un soldat suisse blessé, dépouillé jusqu’à la chemise ; il allait expier les forfaits de ses chefs. Déjà le cri de Mort aux Suisses ! s’était fait entendre quand je m’élance au secours de cet infortuné qui se signait aux enfants de la veuve (signe maçonnique, N.D.A.). Il est le premier de cette foule de victimes auxquelles j’ai indistinctement prodigué mes soins dans ces trois affreuses et admirables journées. Je l’entraînai chez moi et posai le premier appareil sur sa blessure qui n’était que légère (Depuis le lundi j’en en ai pansé plus de 80. Les premiers sont les gendarmes et le commissaire de police Fouqueré, refoulés au poste par une grêle de pierres ; les derniers, ceux qui revenaient de Rambouillet et qui n’avaient d’autres blessures que celles (très douloureuses) occasionnées par de mauvaises chaussures et une marche forcée. Bouillons, vin, bas blancs, rien ne leur a manqué). Cependant ce théâtre de carnage faisait horreur ; le danger me donne de nouvelles forces et, en quelques instants, aidé de bons voisins, le poste des pompiers de la rue de Poterie devient un vaste tombeau de combattants, de femmes, d’enfants odieusement assassinés par les soldats du 3e de la garde. Au deuxième étage, M. Cavé (rue de la Ferronnerie) (voir Cave, Aimé, Théodore). Il était assis à son secrétaire. Au 3e étage, la fille de boutique de M. Masson rue de la Lingerie. Elle a eu la joue et l’œil droits emportés par une balle (voir Louchelart, Marie, Françoise, Augustine). Jusque dans les mansardes. Les feux de bataillon et les canonnades de la Grève au Louvre, le tocsin de toutes les cloches de la capitale nous indiquaient assez que nos pénibles travaux n’étaient que commencés. Loin donc de profiter des ténèbres pour nous dérober à nous-mêmes les horreurs de la glorieuse journée, nous en profitons pour fabriquer nos barricades de la rue Lenoir, de celle de la Lingerie et surtout pour faire disparaître les toits mobiles du marché de la halle, toits auxquels ces combattants dénaturés ont dû d’avoir un lendemain. Ce lendemain venait de poindre, le 30, mon premier soin fut de visiter mon prisonnier suisse ; il avait peu souffert, toujours pleuré ; de nombreuses larmes lui restaient cependant au moment où je lui annonçais que le reste de ses camarades, retranchés dans le Louvre, avaient déjà commencé l’attaque et que mes bouillants amis m’y attendaient pour combattre et qu’il fallait l’un et l’autre nous rendre à nos postes. Protestations, sanglots, tout fut inutile, ma patrie avant tout. J’avais un projet, Je voulais qu’il vît nos forces, nos moyens de résistance et qu’il allât rejoindre les siens et leur faire part des traitements qu’ils avaient à espérer de gens tels que nous. Bien recouvert de mes habits, je lui fis donc visiter ma maison garnie de pavé jusqu’au sixième, mon arsenal. Enfin, appuyé sur le bras de M. Fassy, fleuriste rue aux Fers, il est conduit dans le corps de garde où les cadavres des victimes et de leurs assassins entassés pêle-mêle offraient un spectacle d’horreur. Enfin, elle était pour lui au comble quand à travers vingt barricades, il aperçoit le Louvre. A nos bontés outrées se joignent quelques libéralités ; il couvre nos maisons de larmes et de baisers et nous le voyons disparaître. Son bonnet de police resté chez moi portait le nom de Muller, voltigeur au 2e bataillon n° 4195. Cependant il m’avait dit se nommer Jacob Thonen, 2e compagnie, 7e régiment suisse. Nous allons de la rue du Coq à la place du Palais-Royal ; la manière avec laquelle assaillants et assaillis se mesuraient déjà nous indiquait assez qu’il fallait nous préparer à vaincre. Il devait pour moi être autrement : à mon retour, je trouve mon dépôt de morts triplé. Aidé de quelques hommes obligeants, je m’empresse de garantir la santé par plusieurs appareils à la Guiton Morveau. Je place des militaires dans un coin, mes malheureux amis dans un autre. Si ce travail a été pénible, j’en ai été bien dédommagé par la satisfaction que j’ai éprouvée à faciliter la reconnaissance de beaucoup d’entre eux. Cependant le poste devenait insoutenable, les blessures étaient profondes et le ciel des 28, 29 et 30 enflammé. Barricadé de toute part, je ne pouvais éloigner ce foyer ; je consulte quelques voisins, MM. Mottay, Jacob, Maurice, Brulé, qui se plaignaient déjà et, ensemble, nous décidons la fosse de la place que cent bras terminent à l’instant (Cette fosse a dix-huit pieds de largeur sur huit à neuf de profondeur. Rien n’a été négligé pour que cette inhumation soit convenable. Les ouvriers ont tous été payés, nourris par moi. Tous ont été contents (extrait des procès-verbaux de la mairie du [ancien] IVe arrondissement). C’est en ce moment que s’est présenté M. Troche aidé de M. Lavilletelle (voir Lavilletelle (Marien dit Lavilletelle), docteur en médecine ; il avait pouvoir de M. Guiton de constater les décès. Je suis heureux de trouver ici l’occasion de leur prouver combien ma tâche est devenue facile par le courage et la persévérance avec lesquels ils se sont acquittés de leurs pénibles fonctions le 30 au tombeau des Innocents et le 31 à celui du Louvre, où j’ai réitéré mes précautions sanitaires. J’en avais besoin, car aux blessés des 28 et 29 s’en joignaient de nouveaux et je voulais tout faire. J’ai soigné le plus que j’ai pu de ces malheureux. J’ai fait partout un peu de bien, celui cependant dont mon cœur est fier, c’est d’avoir improvisé un modeste monument sur les cendres de nos martyrs et d’avoir donné l’exemple et provoqué un des riches dons en faveur des veuves et orphelins de nos braves citoyens morts pour la liberté de notre belle et glorieuse patrie le 30 juillet 1830. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il fut décoré de la croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il délivra, en signant D’Hallu, blessé le même jour à la même affaire, le certificat suivant en faveur de Seugnot, Hilaire, Edme (voir ce nom) : « Je certifie avoir vu le sieur Seugnot les armes à la main le 29 juillet et qu’il a fait partie de notre réunion à la mairie du (ancien) IVe arrondissement. De plus, qu’il s’est battu avec nous à la rue des Prouvaires contre la ligne. » Il signa le certificat suivant en faveur de Duclos, Louis, Constant : « Nous, soussignés, blessés dans les journées des 28 et 29 juillet, certifions avoir vu le sieur Duclos, Louis, Constant, combattre dans nos rangs au plus fort du danger. Son intrépidité et son courage semblaient s’accroître à la vue de nos blessures. Il nous consolait, en jurant de nous venger sur les assassins royaux dont le plomb meurtrier venait de nous atteindre. Sa belle conduite dans les rues de la Monnaie, des Prouvaires et Saint-Honoré, le dévouement avec lequel il s’est précipité à l’attaque du Louvre et des Tuileries sont des titres à l’admiration de ses concitoyens et à la munificence du gouvernement […]. » Admis dans la 3e classe des blessés, il fut pensionné de trois cents francs. Il lui fut accordé par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes de soixante-quinze francs et, à titre de cas exceptionnel, une indemnité définitive de trois cents francs. Il signa le certificat suivant en faveur de Soulier dit Solié, Charles, Joseph : « Nous, soussignés, certifions que M. Charles, Joseph Soulié dit Solié (sic), ancien garde impérial, a pris les armes le 28 juillet et s’est réuni à la compagnie du Poirier de la IVe légion ; qu’il a assisté dans ses rangs au feu qu’elle a soutenu contre la ligne et la garde royale dans la rue Saint-Honoré et des Prouvaires, qu’il s’est porté en avant dans toutes les occasions, encourageant de la voix et du geste les habitants du quartier à marcher contre l’ennemi, à former des barricades et à monter des pavés dans les maisons ; que le 29 juillet, il était à l’attaque du Louvre et des Tuileries, y a combattu avec l’intrépidité d’un brave et ancien soldat et le dévouement d’un bon citoyen et n’a posé les armes qu’après l’expédition de Rambouillet, de laquelle il a également fait partie. » Il signa le certificat suivant en faveur de Tirel, Auguste, Jean-Jacques : « Nous, soussignés, certifions à qui il appartiendra que M. Tirel, Auguste, Jean-Jacques, commis marchand de draps demeurant chez MM. Leclerc, Miley et Prestat, 8, rue des Bourdonnais, s’est particulièrement distingué dans nos trois mémorables journées de juillet 1830, en combattant pour la liberté. Il a été constamment sous les armes et dans les moments de repos, il s’occupait à fondre du plomb et à faire des balles, qu’il distribuait. Aussitôt que le bruit s’est répandu qu’il fallait aller à Rambouillet, il a été un des premiers à partir et à exciter à l’imiter. » Il signa le certificat suivant en faveur de Couture, Henri, Germain, Joseph, en tant que « blessé le 28 juillet à la même affaire » : « Nous, soussignés, gardes nationaux de la IVe légion, certifions que le sieur Henry Couture, fils de M. A., L. Couture, négociant, demeurant à Paris, rue des Déchargeurs n) 4, s’est particulièrement distingué dans les mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet 1830. Premièrement en allant acheter au marché Saint-Jacques tous les habits de gardes nationaux qu’il a pu trouver et en les distribuant à ses camarades. Deuxièmement, en se présentant un des premiers en uniforme chez M. Poirier, son capitaine, le mercredi à 7 heures du matin. Troisièmement, en se rangeant ledit jour au premier rang des grenadiers qui ont soutenu, rue des Prouvaires, le feu du 15e léger puis ensuite celui des Suisses et des gardes royaux. Quatrièmement en attaquant le 29 les Suisses au Louvre puis en gardant volontairement ledit monument de suite après la prise pendant trois jours consécutifs. » Toujours marchand de draps en 1831, il fut recommandé auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement pour fournir un « très beau drap bleu et de belles étoffes pour pantalon » à l’occasion de la fourniture par les mairies d’habillements pour les blessés, décorés ou non. Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut l’un des signataires, comme « grenadier à la 4e légion », (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » Il prêta son serment de décoré de la croix de Juillet, le 18 mai 1831 à la mairie du IVe arrondissement, reçut sa croix le 21 juin et son brevet le 17 août 1831. Il demeurait 17, rue du Roule en 1830-1831. Précis des événements de juillet 1830, rédigé et publié par le sieur Duplessis, pharmacien rue de la Poterie, n° 1, lequel a donné les soins les plus assidus aux blessés ; qui a recueilli les corps des personnes tuées, dans le corps de garde des sapeurs-pompiers de la halle aux draps ; qui a pourvu, à ses frais, aux moyens de salubrité et à l’inhumation des victimes, Duplessis, Bibliothèque historique de la Ville de Paris, FG 443 ms 1028 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la croix de Juillet, Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 46 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la IIIe classe auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du IVe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 98 ; Archives de Paris VD3 1-2, (ancien) VIIIe arrondissement, liste des citoyens blessés non décorés à habiller ; Archives de Paris Vbis1K4 1 Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la croix de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la croix de Juillet du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 in dossier Couture, Henri, Germain, Joseph, idem in dossier Duclos, Louis, Constant ; Archives de Paris VD6 278 in dossier in dossier Soulier dit Solié, Charles, Joseph, idem in dossier Tirel, Auguste, Jean-Jacques ; Archives de Paris VD6 281 n° 1 (lettre du préfet de la Seine, en date du 1er février 1832, dossier Lataye, Anne, Louise mademoiselle) ; Archives de Paris VD6 281 n° 1 in dossier Seugnot, Hilaire, Edme ; Archives de Paris VD6 288 n° 7 Commission de la souscription nationale, mairie du (ancien) IVe arrondissement, Etat des récépissés des inscriptions de rentes délivrées par le maire du quatrième arrondissement de Paris, aux veuves, ascendants ou blessés de Juillet inscrits en la mairie dudit arrondissement, Etat des inscriptions de rentes qui ont été envoyées à la mairie du IVe arrondissement de Paris, comme appartenant à des veuves, orphelins, ascendants ou blessés de Juillet, domiciliés dans cet arrondissement, Etat des morts et des blessés par suite des événements de juillet 1830 ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement et par la caisse municipale, pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août 1831 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/53 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IVe arrondissement, blessés de la 3e classe ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations.