Dhainault, Frédéric
Biographie
Né le 11 décembre 1811 à Cambrai (Nord). Proposé pour un emploi de chirurgien sous-aide par la Commission des récompenses nationales, sa candidature fut acceptée par le bureau des hôpitaux du ministère de la Guerre ; il n’avait pas, en 1831, encore reçu d’affectation, faute de vacances. Le 12 août 1837, il démissionna de son emploi de chirurgien sous-aide qu’il occupait à l’hôpital militaire de Cambrai, après avoir connu les hôpitaux d’Afrique et de Toulon. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne de nombreuses indications biographiques. Il était alors homme de lettres et fit parvenir une lettre à la Commission, afin d’obtenir un emploi « n’ayant plus d’autres ressources que sa plume, qui en ce moment ne rapporte rien ». Il joignait en effet à sa demande une Enumération des titres du citoyen Frédéric Dhainault à une récompense nationale. « Services rendus par mon père de 1815 à 1830. Il fut l’ami dévoué de Florent Guyot, le conventionnel, qu’il aida de sa bourse et de tous ses moyens pendant son exil. Il accueillit sous sa demeure son fils, qui vint y mourir de la poitrine. Cette conduite attira sur mon père les haines de la Restauration, qui ne lui pardonna jamais et chercha à le tracasser de toutes les manières dans sa carrière commerciale. Entre autres vexations, on lui refusa pendant deux années, sous prétexte de formalités non remplies, d’atteinte à l’hygiène publique, etc. etc., l’autorisation d’installer une machine à vapeur à l’époque où l’on commençait seulement à appliquer la vapeur à l’industrie. On arrêta ses constructions et ses intérêts en furent tellement compromis que de ce moment date la perte de toute sa fortune. En 1830, il mourut, abreuvé de chagrin, d’une maladie cérébrale causée par la douleur qu’il ressentit de ne laisser à ses enfants aucun avenir pécuniaire. Il ne leur laissa qu’un nom honorable. J’ai joint à ma demande un certificat de la fille de Florent Guyot, qui vit encore aujourd’hui d’une pension de six cents francs faite par l’Etat. Nourri des principes de mon père, j’étudiais la médecine en 1830. J’étais élève externe des hôpitaux civils, bachelier ès lettres et ès sciences, lorsqu’arriva la révolution de Juillet. Je pris part à la lutte avec toute l’énergie d’un cœur généreux, enthousiaste de liberté. La nuit, occupé à soigner les blessés, le jour combattant à la place de Grève et à la caserne de Babylone. J’avais alors pour compagnon d’études et de combats Jules Guyot (voir Guyot, Jules) et Bixio (voir Bixio, Giacomo, Alexandro). Ce fut en ce moment que la Commission des récompenses nationales instituée aussitôt après me demanda ce que je désirais. Comme j’étais sans fonctions, je demandais un emploi de chirurgien sous-aide major afin de pouvoir continuer mes études médicales tout en servant mon pays. J’obtins cet emploi […]. Hélas ! loin d’être un titre à la bienveillance de l’administration, le nom de combattant ou de héros comme non nous désignait alors devint un signe de réprobation et m’attira comme à beaucoup d’autres d’innombrables tracasseries. On nous envoyait dans les mauvais postes, on nous refusait tout avancement, enfin on nous abreuvait de dégoûts. J’abandonnai la carrière en 1837, après sept années de service, pour reprendre mon indépendance et me soustraire à ces ennuis. Envoyé à Toulon en 1832, je m’y livrai à la littérature et devins l’un des rédacteurs de l’Aviso, journal de l’opposition démocratique. Je fis des articles politiques et littéraires. Je devins membre de la Société des sciences, lettres et arts du département du Var. De 1837 à 1848, après avoir quitté le service, je me mariai avantageusement et, pendant cette période, ayant de la fortune, j’ai travaillé de ma plume à la défense et à la conquête de nos libertés. Ecrivain politique et littéraire, tout ce que j’ai fait a tendu vers ce but. Depuis, j’ai éprouvé des revers de fortune, à la suite de spéculations malheureuses dans l’industrie sucrière et plus tard à la Bourse dans les chemins de fer. Fixé à Paris, je fis la connaissance de Deschapelles ; je me liais avec lui parce que je partageais ses opinions. Il m’initia à ses secrets politiques, dont nous nous entretînmes bien souvent à sa maison du faubourg du Temple. Arrive février 1848. Absent de Paris les deux premiers jours, je n’arrivais que le 24 au matin pour coopérer de toutes mes forces à l’établissement de la république. C’est moi qui, rencontrant en face même du ministère des Affaires étrangères MM. Marie et Courtais, qui se rendaient à la Chambre pour décider du sort de la France, leur dis ces paroles dont M. Marie se souviendrait s’il était questionné à ce sujet : “Messieurs, maintenant que le sang a coulé, il n’y a plus d’autre gouvernement possible que la république et nous mourrons jusqu’au dernier pour l’obtenir.” Après cette rencontre, j’allais rejoindre un ami, le citoyen Romanetti, qui fut nommé quelques jours après par le général Subervie, directeur des hôpitaux militaires à Ajaccio, pour sa conduite ce jour-là même. Nous nous rendîmes au Palais-Royal, où la lutte était à peu près finie et de là aux Tuileries, que nous prîmes sans coup férir. Là, tout fut terminé comme œuvre matérielle. C’est sur mes notes et propositions remises au citoyen Caussidière, quelques jours après la révolution, que fut institué et organisé le corps des gardiens de Paris. J’en eus la première pensée et voulait les assimiler aux policemen de Londres. On n’exécuta qu’une partie de ce que je proposais. Aujourd’hui ces agents laissent beaucoup à désirer. On en a eu la preuve dans les journées fatales de juin, où ils ont été inutiles si pas nuisibles. Aujourd’hui ma situation est aussi précaire que possible. Marié, ayant un enfant de bientôt deux ans [ou peut-être six mois, comme il écrit par deux fois dans deux autres lettre, N.D.A.], mes travaux littéraires ne peuvent pas suffire à mon existence et il est à craindre que pendant longtemps encore la littérature soit en souffrance. Je crois avoir assez de titre pour obtenir un emploi de la république, que j’ai contribué à fonder. » Dans une autre lettre, aussi adressée à la Commission, il donnait les précisions suivantes sur la conduite qu’avait tenue son père : « […] A une époque où, aux yeux du gouvernement, c’était un crime que d’avoir des relations d’amitié avec les hommes qui avaient marqué dans notre première révolution de 89, et surtout ceux qu’on avait stigmatisés du nom de régicides, dans les premières années de la Restauration, le fils de Florent Guyot, l’ancien conventionnel, seul, sans appui, loin de son père exilé, tomba malade dans la ville de Cambrai, où il se trouvait réduit presque à la misère. Mon père, pour qui ce nom était au contraire un titre à l’estime et à la considération, sans craindre les vengeances réactionnaires, le reçut dans ses bras, le traita en frère et lui offrit enfin sa maison, dans laquelle il mourut peu de temps après, en le bénissant. Forent Guyot, son père, ne rentra en France qu’en 1830, accablé de vieillesse, au désespoir de ne pouvoir acquitter sa dette de reconnaissance envers mon père, le gouvernement de Juillet faisait trop peu de cas des anciens conventionnels. Mon père mourut aussi peu de temps après, ne laissant aucune fortune à ses enfants […]. » Il joignait l’attestation suivante, signée par la belle-fille de Florent Guyot, Grimau, Adèle (le nom n’est pas sûr) qui vivait retirée d’une petite pension que lui faisait l’Etat. Cette attestation était ainsi rédigée, en date du 14 mai 1848 : « Mme Grimau, belle-fille de M. Florent Guyot, affirme avec certitude qu’en 1817 (ou 1819 ? illisible), époque où le nom de son beau-père était proscrit comme régicide, le fils Florent Guyot, son frère de mère, fut accueilli par la famille d’Hainaut (sic) de Cambrai (Nord) comme ami et il mourut à vingt-cinq ans dans leurs bras. Son beau-père rentra en France en 1830, ne trouva sous le règne de Louis-Philippe qu’un sort médiocre partie du manuscrit brûlée après en regrettant jusqu’à son dernier soupir de n’avoir pu s’acquitter envers l’ami dévoué de son fils. » Dhainault fut recommandé par la Commission pour un emploi d’inspecteur dans un des chemins de fer de l’Etat. Il était marié et père de deux enfants (ou un seul ?) en 1848. Il demeurait 9, rue Saint-Jacques-de-la-Boucherie en 1830 (mais sans doute indiqué comme étant « parti à l’hôpital Saint-Louis ») ; 44, rue des Martyrs jusqu’au 15 juillet 1848 ; 37, rue Laffitte à partir du 15 juillet 1848. Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses nationales, ministère de la Guerre, emplois d’officiers de santé, d’officiers d’administration des hôpitaux militaires de chirurgiens et d’officiers dans le bataillon d’ouvriers (par erreur sous le nom de D’Hainault, Frédéric). Archives de la préfecture de police AA 385 (il signe parfois d’Hainault, Charles, Jacques, Frédéric).