Dacheux, Louis, Victor

Biographie


Né le 14 mars 1772 à Dieppe (Seine-Maritime), fils de Dacheux, Louis, Pierre, Etienne, et de D’Annery, Elisabeth, issu d’une des plus anciennes familles nobles de Picardie, précisait-il lui-même (en écrivant son nom d’Acheux). Ancien marin sur les bateaux de guerre le Courrier de New York en 1787, la flûte La Normande en 1789, la canonnière La Martinique en 1792, La Péronille en l’an II, la canonnière LAmarante en l’an II et III, la canonnière LEtna en l’an IV, la corvette La Torche en l’an IV, la frégate LIndienne en l’an VI et VII, l’aviso LEspérance en l’an VII et VIII, la bombarde Numéro Onze en l’an VIII et IX, La Porteuse en l’an IX. Et sur les bâtiments de commerce suivants : LEmilie en 1784, La Bérénice en 1788, La Ville du Havre en 1788, Le Bon Père et La Félicité en 1790, LHumble Marie en 1791 et 1792, La Catherine en 1792. Puis colon de Saint-Domingue, il perdit toute sa fortune, dans l’incendie de la ville et regagna la France. Arrivé au Havre en vendémiaire an VII, il reçut quelques secours. Installé, en 1811, marchand de vin en détails à La Villette, sur les bords du canal, il sauva la vie à plusieurs personnes qui étaient tombées dans le bassin (par exemple Finel, Louise, demeurant 12, rue Cadet, tombée dans le canal de l’Ourcq à cause de l’obscurité, dans la nuit du 30 juillet, 1810, restée au fond de l’eau dix à douze minutes puis repêchée par Dacheux après plusieurs plongeons et tentatives de la retirer de l’eau et ramenée à la vie ; Rosset, André, qui lui délivra un certificat, le 28 juin 1811, pour avoir été secouru après être tombé dans le bassin ; Hennequin, Marie, Rose, âgée de onze ans, fille d’un marchand de vins, demeurant rue Saint-Laurent, tombée à l’eau le 11 octobre 1811 ; Dupré, qui lui délivra une attestation comme quoi il l’avait sauvé, en octobre 1811, alors que par suite d’un étourdissement il était tombé dans le bassin). Il devait alors commencer une longue carrière de sauveteur. Témoins entre autres les certificats de sauvetage suivants : Fromageot, Jacques, garçon de bateau chez Méchin, tombé à l’eau le 10 décembre 1813 en face de la Rapé, heureusement rattrapé avec le croc, transporté au corps de garde, qui ne donnait cependant aucun signe de vie mais fut ramené à la vie par l’utilisation de la « la boîte fumigatoire » de Dacheux ; Morel, Claude, Marion, âgé de six ans, tombé à l’eau le 5 octobre 1813 à La Rapé ; le 19 mars 1815, Pelan, Marie, Françoise, retirée de l’eau par les soins de Dimmert, Joseph, fut ramenée à la vie par « la boîte fumigatoire du quai de l’Ecole » de Dacheux. Le 29 août 1814, il reçut la décoration du Lys. On trouve dans le Journal de lEmpire, en date du 15 juin 1812, la relation suivante des activités de Dacheux : « Au rédacteur. Monsieur, l’accueil que vous avez fait à mes Observations sur les découvertes dans les arts (journal du 25 mai) m’engage à vous communiquer un fait qui, je pense, intéressera vivement vos lecteurs. La belle saison invite aux plaisirs du bain et jusqu’à ce que Paris, dont la magnificence augmente chaque jour, offre de vastes bassins, des thermes et naumachies où le peuple puisse jouir gratuitement d’ablutions salutaires et se livrer aux exercices de la natation, c’est aux deux extrémités de la ville que la Seine reçoit les baigneurs, trop souvent imprudents. On compte, chaque année, beaucoup d’accidents. Le nombre en serait effrayant si le magistrat qui veille à la sûreté publique n’avait établi sur les deux rives du fleuve des dépôts où se trouvent les appareils de secours nécessaires dans tous les genres d’asphyxie. Ces dépôts, soigneusement entretenus, sont fréquemment visités par les gens de l’art et les officiers publics. Dans une de ces dernières visites, plusieurs mariniers de la Rapé et employés du port nous voyant inspecter la boîte fumigatoire destinée aux noyés “Cela est fort bien inventé, nous dirent-ils, mais ce qui vaut encore mieux pour nous c’est que nous avons ici le brave Dacheux. Depuis quelques mois, il a sauvé douze individus tombés dans le canal de l’Ourcq. M. le maire de La Villette, le chirurgien d’Aubervilliers, M. le commissaire d’Alletz, les habitants de La Rapé, vous certifieront les services que ce digne homme nous a rendus. C’est notre sauveur, notre Goffin (l’intrépide mineur de Beaujonc) ; s’il y en avait quatre comme lui à Paris, il ne périrait jamais personne dans la rivière.” Des témoignages aussi honorables me donnaient un vif désir de connaître Dacheux, que l’on m’assurait être aussi modeste que généreux. Je pris des renseignements sur lui et j’obtins les détails suivants : Louis, Victor Dacheux, réfugié de Saint-Domingue, a été chargé il y a quelques années de conduire sur la Seine, vis-à-vis la Malmaison un bâtiment élégant, nommé La Petite Frégate Bonaparte, appartenant à Sa Majesté ; quelque temps après, il obtint un emploi dans les magasins des douanes, ce qui le força de demeurer près la rivière. Il n’a laissé échapper aucune occasion de porter secours aux submergés. Depuis neuf ans, il a sauvé soixante-quinze personnes et quoiqu’il soit marié, père de famille et sans aucune fortune, jamais ceux qui lui doivent la vie n’ont pu lui faire accepter le plus léger tribut de leur reconnaissance. Ce beau désintéressement n’est pas ce qu’on doit admirer le plus dans Victor Dacheux, c’est le courage avec lequel il cherche à ranimer dans les individus qu’il a retirés de l’eau les dernières étincelles de la vie ; il ne se contente pas de leur administrer les secours indiqués dans l’instruction du conseil de salubrité ; lorsqu’il voit que ces secours sont insuffisants et que le submergé ne se ranime pas, il le prend dans ses bras, applique sa bouche sur la bouche froide du noyé, aspire avec force l’air et l’eau qu’il a dans les poumons et lui souffle du nouvel air jusqu’à ce que le jeu de la respiration soit rétabli. La piété filiale, l’amour ou la tendre amitié peuvent donner la force de vaincre toute répugnance mais s’attacher ainsi à un cadavre par le seul sentiment de l’humanité, le réchauffer de son haleine et lui communiquer pour ainsi dire la vie, au risque de respirer la mort, est un acte sublime, qu’il faut inscrire dans les annales de la vertu. Le plaisir que je ressens, monsieur, en vous demandant de le publier m’est garant de celui qu’éprouveront tous vos lecteurs. Signé C. de G… [lire Cadet de Gassicourt, N.D.A], pharmacien ordinaire de Sa Majesté. » Il se fit aussi remarquer pour avoir, le 18 janvier 1816, éteint le feu de cheminée de la demeure de Dolleans (non identifié). Employé aux douanes de Paris en 1816, il avait déjà sauvé quatre-vingts personnes de la noyade. Il fut médaillé d’argent par le préfet le 5 novembre 1815, pour récompenser, devait écrire Dacheux, « ce noble zèle qui n’avait pu toucher un gouvernement usurpateur [et] récompensé par notre auguste monarque ». Le procès-verbal de cette remise de médaille, qui eut lieu le 5 novembre 1815 au port de la Rapée, en présence du commissaire de police du quartier des Quinze-Vingts, de l’inspecteur général de la Navigation et des Ports, du directeur général des Secours aux noyés et des préposés de l’administration dans les ports du haut, était ainsi rédigé : « […] En présence des mariniers et ouvriers des ports réunis au bruit de la caisse et aussi de la force armée et après lecture faite par le commissaire de police de l’arrêté de M. le préfet, nous avons délivré au sieur Dacheux, préposé aux douanes, une médaille d’argent dite d’encouragement, sur le revers de laquelle était gravé son nom avec ces mots : “Il s’est signalé par son zèle, son humanité et son désintéressement dans l’administration des secours aux noyés.” Nous lui avons ensuite adressé un discours dont la teneur suit : “La Providence nous a rendu un monarque dont la bonté égale la haute sagesse, loin de sacrifier le sang de ses sujets à une gloire factice et mensongère. Louis XVIII fait les plus grands sacrifices au bonheur et à la conservation des Français, qu’il regarde comme ses enfants. [Manque une phrase] vous ne pouviez pas l’oubli des services que vous avez rendus, ce sont ceux auxquels son cœur paternel attache le plus grand prix. Plusieurs infortunés, exposés à périr sous les flots ont dû la conservation de leurs jours à votre courage et à votre noble dévouement, leur reconnaissance a fait des offres, que votre position vous eût permis d’accepter ; vous n’avez voulu pour prix de vos services que la satisfaction d’avoir sauvé vos concitoyens et les bénédictions de leurs familles. […] C’est le roi, c’est la patrie inséparable dans leurs intérêts, comme ils doivent l’être, comme ils le seront désormais dans nos affections, qui […] vous remercient d’avoir sauvé les jours de leurs enfants. Recevez cette médaille comme un gage de la bienveillance de notre souverain et l’estime de vos magistrats et comme le prix de votre zèle, de votre humanité et de votre désintéressement. Puisse cet honorable témoignage de la satisfaction de ce que nous avons de plus cher et de plus auguste, le roi et la patrie, vous donner des imitateurs et des émules.” En ce moment, après avoir donné l’accolade au sieur Dacheux, aux cris répétés de Vive le roi ! nous lui avons délivré l’expédition de l’arrêté de M. le préfet de police. Pendant que nous rédigions notre procès-verbal, un des assistants à la cérémonie a improvisé des couplets qui expriment le dévouement des mariniers de la Rapée à Sa Majesté et à son auguste famille et dont le refrain est Vive Louis ! Vive les Bourbons !” » Il reçut le prix de vertu, le 25 août 1824, prix doté d’une somme de six mille francs. A cette occasion, le discours suivant fut prononcé « […] Le sieur Dacheux, qui a inspiré un si grand intérêt à l’Académie, est né à Dieppe […]. Entré d’abord comme marin au service de l’Etat, il a ensuite habité quelque temps, en qualité de colon, l’île de Saint-Domingue, où il avait quelque fortune qu’il a perdue, et il est venu, il y a plusieurs années, se fixer dans le département de la Seine, et résider dans la commune de La Villette. C’est là qu’il a découvert ce que je pourrais appeler en quelque sorte sa vocation, c’est-à-dire le besoin ardent de secourir les malheureux et de sauver leur vie, quand ils étaient exposés à la perdre, aux dépens même de la sienne. Ce besoin, en effet, il l’a satisfait dans une infinité d’occasions. Il est prouvé par les attestations les plus authentiques que dans le seul bassin de La Villette, le sieur Dacheux a retiré de l’eau un grand nombre de personnes qui y étaient tombées et les a rappelées à la vie par les soins qu’il leur a donnés. Il en a repêché un grand nombre d’autres dans la Seine, qu’il a également rappelées à la vie par les mêmes soins. Il en a sauvé plus de cent, en s’exposant souvent à de grands périls ; et quoique l’imagination elle-même en soit, pour ainsi dire, confondue les preuves en sont incontestables et n’admettent pas seulement le doute. Et ce qui est également prouvé, c’est que non seulement le sieur Dacheux n’a jamais voulu recevoir d’aucun de ces asphyxiés aucune espèce de rétribution ni aucune marque de reconnaissance mais qu’au contraire il leur prêtait quelquefois ses propres vêtements et leur donnait même encore des secours. C’eût été au reste beaucoup pour tout autre que le sieur Dacheux que ce courage de s’élancer ainsi dans les flots pour en retirer les personnes qui y étaient tombées, d’affronter les périls d’une telle entreprise, de les surmonter même à force d’exposer sa vie ; mais pour le sieur Dacheux ce courage ne suffisait pas à l’ardeur de ce sentiment profond d’humanité qui l’emportait comme malgré lui et disposait de toutes ses facultés. Sur le visage même, et au moment où le corps de l’asphyxié était déposé, le sieur Dacheux collant sa bouche contre celle de l’asphyxié, soufflait dans ses poumons un air pur qui rétablissait le mouvement de ces organes et rappelait la vie presque éteinte de l’infortuné. Certes, messieurs, c’est là un dévouement dont le caractère est au-dessus de toute espèce d’appréciation et dont on ne peut pas calculer l’effort ; c’est le triomphe de l’humanité, c’en est, pour ainsi dire, le beau idéal. On cherche quelle pourrait être l’espèce de récompense qu’il serait possible d’assigner à un dévouement semblable, on n’en trouve pas. On est forcé malgré soi de respecter la grandeur d’un tel sacrifice. On craindrait, pour ainsi dire, d’en affaiblir l’honneur par des récompenses. Une vertu si élevée, et qui en même temps a des racines si profondes ne peut trouver son prix qu’en elle seule. Et cependant, messieurs, une chose qui ajoute encore à cette vertu, quelque étonnante qu’elle puisse être, c’est que pour la rendre en quelque sorte inutile, et pour qu’il fût possible de remplacer dans les secours à donner aux asphyxiés par immersion, pour les rappeler à la vie, l’incroyable travail que le sieur Dacheux ne craignait pas de faire lui-même dans le même objet, la passion de l’humanité lui a fait, par de profondes combinaisons, perfectionner une pompe destinée à le suppléer lui-même en introduisant par la bouche dans le corps des asphyxiés un air doucement échauffé d’avance au degré de la température humaine et qui rend de cette manière aux poumons l’élasticité de leurs mouvements. Ainsi, par l’adoption de ce mécanisme ingénieux, le sieur Dacheux a pu espérer de suppléer, à force d’art, ces secours bienfaiteurs qu’il avait le généreux courage de donner à ce genre de malheur mais qu’on pouvait désespérer de voir imiter. Je demanderai encore si un service de cette nature, un service aussi immense, aussi fécond dans ses résultats, aussi utile à l’humanité, n’est pas au-dessus de toutes les récompenses ? Les peuples anciens s’étaient sentis eux-mêmes dans l’impuissance de les payer, ces services. Le peuple romain n’avait trouvé qu’une couronne de chêne à poser sur la tête de celui qui avait sauvé un homme. Si on en avait sauvé plusieurs, ce peuple célèbre ajoutait à la couronne des monnaies ou des médailles empreintes de cette devise fameuse ob cives servatos. Mais cette couronne, ces monnaies, ces médailles, c’était de la gloire. Cette gloire, messieurs, n’est pas non plus étrangère au sieur Dacheux. Un regard du monarque est tombé sur lui. Une médaille lui a été décernée en son nom (en novembre 1815). Des dons de sa munificence lui ont été accordés aussi (une gratification de trois cents francs en juillet 1815. Une gratification de mille francs en 1824, au sujet de la pompe imaginée pour le suppléer). Mais le sieur Dacheux est père de famille, il n’a aucune fortune : il a, à la vérité, une place, et qui était bien la seule qui pût lui convenir, celle de préposé à la surveillance des boîtes de secours aux noyés et aux asphyxiés ; mais un traitement très médiocre est attaché à cette place et aussi n’a-t-il pu s’établir que dans une cabane qu’on lui a permis de faire construire sur le port Saint-Nicolas et d’où, toujours semblable à lui-même, il épie en quelque sorte, à chaque moment orageux ou seulement menaçant, tous les accidents qui peuvent réclamer son zèle, pour y remédier sur-le-champ. Le prix que le sieur Dacheux obtient aujourd’hui ne peut donc pas être ce que l’on appelle dans l’acceptation ordinaire du mot une récompense ; c’est une légère mais honorable indemnité de son temps, de ses soins, de ses efforts. Le reste… il le trouvera dans le souvenir de la bienveillance du roi, dans le suffrage de l’Académie, dans l’estime de ses concitoyens, dans la reconnaissance publique et surtout dans sa conscience. » Il sollicita la décoration de la Légion d’honneur dès 1816 et régulièrement, au regard des deux cent trois personnes qu’il avait sauvées de la noyade et qui eussent péri sans son dévouement, « et par cette insigne faveur mettre le sceau à tant d’honorables marques données à son dévouement sans bornes pour l’humanité et à son attachement bien connu à l’auguste famille des Bourbons ». Il fut fait chevalier de la Légion d’honneur le 30 octobre 1828. Il occupa aussi le poste d’inspecteur des secours aux noyés de Paris. On trouve sur internet membres.multimania.fr./lapassiondesophie d’autres informations biographiques le concernant : « Son goût des voyages le conduit à s’installer comme colon à Saint-Domingue, où il faillit être exécuté dans l’ardeur révolutionnaire de l’époque, failli seulement car ses nombreux sauvetages lui valurent la clémence du tribunal. Nous le retrouvons au camp de Boulogne en 1801 où Napoléon prépare l’invasion de la Grande-Bretagne. Il participe, cette année-là, à un sauvetage de dix personnes. C’est à Paris, alors qu’il est employé des douanes, qu’il sauve un grand nombre de personnes tombées dans la Seine. En 1823 il est nommé inspecteur de la Ville de Paris, chargé du secours des noyés. Puis en 1829 il est chef des baigneurs de Madame la duchesse de Berry. C’est lui qui inventa le système de pompe pour pratiquer la réanimation aux noyés. “Après avoir longtemps cherché, je conçus enfin lidée dun instrument destiné à remplir les fonctions que jusqualors je pratiquais seulement à laide de mes poumons. Jimaginais une double pompe, terminée par un ajustage commun qui sapplique à la bouche du noyé.” Le 30 octobre 1828, Dacheux est promu chevalier de la Légion d’Honneur. » Dacheux consacra les six mille francs qu’il avait touchés à l’occasion de la remise de son prix de vertu, à la construction d’une maison sur le port Saint-Nicolas, pour être plus à portée, jour et nuit, de porter secours aux noyés. Le 18 juillet 1826, toujours inspecteur des secours de Paris, aux appointements de mille francs, « la santé altérée par la fatigue qu’il éprouve dans son emploi et ayant obtenu de M. le préfet de police une permission d’un mois qu’il a l’intention de passer à Dieppe pour y prendre des fumigations de sable qui lui sont indispensables pour sa santé », il demandait un secours qui l’aiderait à supporter les frais de son voyage ; il obtint un secours de cent francs. Mais tombé malade durant son séjour dans cette ville, où il dépensa huit cents francs, « dans un dénuement absolu ainsi que sa nombreuse famille », il sollicita un nouveau secours et obtint cent francs. En 1828, il disait avoir sauvé deux cent onze personnes ; ses appointements étaient portés à mille deux cents francs mais, chef d’une famille de quatre personnes, il était cependant dans une « affreuse position » et sollicitait un secours auprès du ministère de l’Intérieur, il obtint cent francs. Il fit une autre demande de secours le 21 février 1829 et obtint quatre-vingts francs (il avait alors sauvé deux cent vingt-trois personnes). Le Constitutionnel du 7 août 1830 rapportait à son sujet, quant à son activité dans les combats de Juillet : « On doit beaucoup d’éloges à M. Dacheux, inspecteur des secours aux noyés et asphyxiés, qui, dans les journées du 28 et du 29, s’est porté partout où sa présence était utile, a relevé les morts et conduit les blessés dans sa maison, les pansant de sa propre main, leur donnant des soins et des aliments. Après la prise du Louvre, M. Dacheux a fait transporter les morts sur le terre-plein en face de l’église, est allé chercher un ecclésiastique pour prier sur leurs restes. Il a distribué de l’argent et plus de soixante pains par jour aux malheureux. » Il faut sans doute préciser que l’attention du journal avait été éveillée par la lettre suivante qui lui avait été adressée et signée « un ami de l’humanité ». : « A monsieur le rédacteur du Constitutionnel,

»Monsieur,

»Dans les détails que vous donnez des différents faits héroïques et de patriotisme qui honorent les journées des 27, 28 et 29 juillet, il en est un sans doute échappé à votre mémoire et qui cependant mérite sa participation à l’insertion des actes d’humanité que vous vous plaisez de publier à la considération publique. Le sieur Dacheux, Louis, Victor, inspecteur des secours de Paris, dont le zèle philanthropique ne s’est point ralenti, a aussi dans ces mémorables journées, fait preuve de son dévouement et au risque de sa vie, porter ses secours mêmes aux blessés de la garde royale et donner tous ses soins pour faire enterrer sur le carré du Louvre les braves morts à la défense de la patrie. Dans la matinée de dimanche 1er août, il a encore sauvé une femme de soixante-deux ans, qui s’était jetée à la rivière par désespoir d’un vol à son domicile pendant son absence. Cette infortunée a été transportée chez M. le commissaire de police du quartier du Palais de justice, qui en a dressé procès-verbal et lui a fait administrer les secours. On espère la rappeler à la vie et à la raison. Veuillez donc, monsieur, accorder une petite place dans votre estimable journal à cet homme philanthrope, porteur de plusieurs médailles de récompense pour ses bons services et même de la décoration de la Légion d’honneur, qui lui a été accordée l’année dernière, mais de laquelle il ne touche pas d’émoluments. » Le 7 août 1830, « ayant épuisé toutes ses ressources », « exténué de fatigue et de besoins », il sollicita un secours « pour continuer les actes de bienfaisance dont il a fait preuve depuis nombre d’années ». Il écrivit au général Lafayette, le 26 août 1830, sollicitant les mêmes secours et pour les mêmes raisons, rappelant : « Expose respectueusement qu’il eut l’honneur de servir sous vos ordres dans la Nouvelle-Angleterre, baie de Sizabecht à Wesfort pour la liberté des Américains, ainsi que sous les ordres du général Washington, qui à Philadelphie lui accorda une récompense de vingt gourdes pour avoir sauvé de l’incendie de nombreux magasins de marchandises qui devaient être la proie des flammes et lui facilita les moyens de rentrer en France », il joignait à sa lettre « un exemplaire d’un prix qui lui fut décerné par la loge maçonnique la Trinité indivisible » Il était porteur d’un certificat ainsi rédigé : « Nous, soussignés, membres de la garde nationale et autres, certifions et attestons à tous ceux qu’il appartiendra qu’il est à notre connaissance très exacte que le sieur Louis-Victor D’Acheux (sic), âgé de soixante et un ans, chevalier de l’ordre royal et militaire de la Légion d’honneur, inspecteur des secours aux noyés et asphyxiés, domicilié à Paris, port Saint-Nicolas au bas du pont des Arts, maison de secours, instituée et construite par lui-même, mérite les plus dignes éloges et le beau titre de héros de lhumanité par les services éclatants qu’il ne cesse de rendre depuis trente ans, prodiguant des secours de toute nature aux malheureux blessés, noyés et asphyxiés qu’il rappelle à la vie, par des moyens imaginés par lui, à l’aide d’une pompe aspirante de son invention. Deux cent quatre-vingts personnes lui doivent la vie et il n’est de journée qui ne soit signalée par quelque acte marquant de son amour pour ses semblables et par son désintéressement à sacrifier son pain et ses propres deniers pour les infortunés qui l’assiègent. Sa noble conduite est digne de l’admiration générale et de l’estime de tous ses concitoyens. Les médailles et les attestations testimoniales dont il est muni, de l’Académie française dont il reçut le prix de vertu et d’autres institutions non moins révérées, prouvent la vérité que nous nous plaisons à reproduire dans ce témoignage investi de nos signatures. Nous ajouterons également que dans les journées des 27, 28 et 29 juillet il s’est porté partout où sa présence devenait nécessaire, qu’il a relevé les morts, même pendant les actions les plus chaudes et le feu roulant des deux partis ; il a reconduit les blessés dans sa maison, qu’il a pansés de sa propre main, et leur a délivré des aliments accompagnés de soins les plus empressés. Après la prise du Louvre, il fit transporter les cadavres sur le terre-plein en face de l’église et qu’enfin à la chute du despotisme il n’a cessé de faire preuve de son dévouement, de son courage, ayant couru mille dangers divers pour le salut public, accompagné de son neveu, qui l’a puissamment secondé, en son absence, dans tous les pansements et partout où son aide le rendait utile ; que pendant les combats meurtriers qui disputaient la cause de l’indépendance nationale, quatorze femmes s’étaient réfugiées dans la cave du dénommé ; que depuis et avant ces époques mémorables, il ne cesse de distribuer de l’argent et plus de soixante pains par jour aux infortunés. Son zèle à concourir au bien général méritent d’être signalé authentiquement et nous nous faisons un plaisir bien vif de le recommander à la reconnaissance nationale. » Signé, le 15 août 1830. Suivent de très nombreuses apostilles. « Je témoigne la conduite courageuse du sieur Dacheux, que j’ai reconnu le 27 juillet rue Saint-Honoré près l’oratoire, courant au-devant de la fusillade ; le 28 à midi, près la halle aux viandes, où j’étais en tirailleur ; je l’invitai à se retirer pour garantir ses jours, n’étant pas armé ; il me répondit qu’il voulait aussi payer sa dette et continua ses opérations au milieu du feu, ne s’effrayant nullement des malheureux qui tombaient à nos côtés. Il mérite une glorieuse part à la reconnaissance civique. » Signé : Béraud, grenadier instructeur à la 4e compagnie du 3e bataillon de la Ire légion de la garde nationale, demeurant 30, rue du Faubourg-Saint-Honoré. « Je certifie qu’il est à ma connaissance que pendant tout le temps que j’ai été de service au port Saint-Nicolas, en qualité d’employé de 1re classe de l’octroi de Paris, le nommé Dacheux s’est toujours rendu utile à l’humanité, en cherchant à sauver la vie à ses semblables. » Signé Ressedre. « Le commissaire du quartier Saint-Eustache, ci-devant du quartier du Louvre, certifie que M. Dacheux a toujours prodigué ses soins désintéressés aux asphyxiés et en a rendu beaucoup à la vie. » Signé le 1er octobre 1830 : Jenein. « Nous, commissaire du quartier Saint-Honoré ci-devant de celui du Louvre, attestons que M. Dacheux a souvent, sous nos yeux, par ses soins et son zèle, rappelé à la vie différentes personnes retirées de l’eau et aussi que ses soins ont toujours été donnés sans espoir de récompense aucune. » Signé le 1er octobre 1830 : Bérillon. « Je, soussigné docteur en médecine, certifie que M. Dacheux est venu dans les journées des 29 et 30 juillet dernier offrir des secours à l’ambulance de la halle aux draps et nous apporter de la charpie et quelques médicaments pour nos blessés. » Signé : Guillemot. « M. Dacheux est venu plusieurs fois nous offrir ses secours à l’ambulance de la halle aux draps et a pourvu à nos besoins pour les pansements. » Signé : Pillon. « Je, soussigné, déclare avoir vu le sieur Dacheux, inspecteur des secours, dans la journée du 29 juillet dans le quartier des Tuileries et de plus entrer au poste de la place du Palais-Royal pour administrer des secours aux blessés qui s’y trouvaient et où je l’ai laissé. » Signé le 1er octobre 1830 : Brice, maître maçon, demeurant 3, rue Montpensier. « Le chef de la pharmacie centrale, chevalier de la Légion d’honneur, certifie que M. Dacheux s’est présenté à la pharmacie pour réclamer des médicaments pendant les journées des 28 et 29 juillet de la présente année 1830. » Signé : Henry. « Je, soussigné secrétaire du commissariat de police du quartier des Tuileries, certifie avoir vu le sieur Dacheux dans le illisible du château d’eau, place du Palais-Royal, prodiguer des secours aux blessés dans l’après-midi du 29 juillet dernier. » Signé le 4 octobre 1830 : Gommet. « Je certifie qu’il est à ma connaissance que pendant tout le temps que j’ai été employé dans le service de la navigation, soit en qualité de simple préposé soit en qualité d’inspecteur particulier, le nommé Dacheux s’est toujours rendu utile à l’humanité, en exposant même très souvent sa vie pour aller sauver celle de ses concitoyens et que j’ai été très souvent témoin des bonnes actions qu’il a été à même de rendre à l’humanité ; que souvent je l’ai fait appeler, qu’il était toujours prêt à venir au-devant des malheureux. » Signé, le 6 octobre 1830, Seguin, employé à la préfecture. « Je certifie que M. Dacheux a administré un malheureux camionneur, qui a manqué de se tuer ce jour d’hui et dans ma présence ; et sans ce secours sa vie était en danger. » Signé le 7 octobre 1830 : Bignon. J. « J’ai eu le malheur de tomber dans la Seine, et j’allais succomber en luttant inutilement contre cet élément. Des braves gens sont venus à mon secours et je dois aux généreux soins du sieur Dacheux, qui me fit transporter chez lui et me prodigua tous les secours possibles, la conservation de mes jours. Je regarde donc comme un devoir sacré de lui en donner ici le haut témoignage, en ajoutant ce trait à d’innombrables autres dont sa vie n’est qu’une suite. » Signé le 10 octobre 1830 : comte Gustave Dumoulin. « J’atteste en même temps que, depuis longtemps, je connais la conduite humaine et généreuse du sieur Dacheux et que depuis que je suis commissaire de police je l’ai toujours trouvé plein de zèle et de philanthropie et qu’il m’est d’une utilité dont on ne peut se faire idée dans les occasions comme celle dont il est question dans le certificat ci-dessus. » Signé le 10 octobre 1830 : Big, A., P., commissaire de police du quartier du Louvre. « Je certifie que le sieur Dacheux m’a prodigué ses soins d’une blessure que j’ai reçue au port Saint-Nicolas et que j’en suis parfaitement guéri. » Signé : Lemaire, Deglies, Lavallée. « Tout le temps que durèrent nos troubles, on a vu le brave Dacheux, inspecteur des secours aux noyés et asphyxiés, se porter où sa présence était utile, relever les morts et blessés. Ces derniers étaient conduits dans sa propre maison et pansés par lui-même, leur prodiguant les soins et les aliments nécessaires. Après la prise du Louvre, il fit transporter sur le terrain en face l’église les morts qu’il avait recueillis et fut chercher un ecclésiastique de l’ordre de l’adjoint du maire du (ancien) IVe, nommé Jannon, citoyen dévoué et charitable. Après cette cérémonie [illisible] le nommé Dacheux continua toujours de distribuer de ses propres deniers aux malheureux du pain et des largesses. Plus de soixante pains par jour ont été distribués dans ces jours de carnage et pourtant utile au peuple français. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Son dossier est apostillé de l’observation suivante : « Est à lhospice. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie de cet arrondissement. Sa médaille lui fut délivrée le 30 juin, et son brevet le 9 novembre 1831. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait à Paris depuis 1803 ; à La Villette, sur les bords du bassin, vers 1809 ; maison des héritiers Honcourt ou Lioncourt illisible en 1811-1812 ; 69, quai de la Rapée en 1816 ; Maison de secours, quai du Louvre au port Saint-Nicolas, au bas du pont des Arts en 1830-1831. Il est l’auteur du Marin des bords de Seine, ou Mémoires de Louis-Victor Dacheux, surnommé lHomme du rivage, rédigés par J.-E. G., Paris Pilout, 1840. Journal de lEmpire, 15 juin 1812 ; Le Mercure du XIXe siècle, chez Tastu imprimeur, tome 6, Paris, 1824, p. 338-339 ; Discours sur le prix de vertu, prononcé dans la séance publique du 25 août 1824, jour de la Saint-Louis, par M. le comte de Sèze, directeur, Paris, chez Firmin-Didot, 1824 ; Le Constitutionnel, 7 août 1830 ; Histoire de la révolution des quatre-vingt-seize heures, de ses causes et de ses effets, Auguste Imbert, 2e édition, Paris, Guyonnet éditeur, 1830, p. 204 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, p. 336-337 ; Le Réveil du lion ou Paris dans les immortelles journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; précis des événements, heure par heure… suivi dun chant triomphal… par un patriote de 89, Paris, Lerosey, 1830, p. 202 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 2, Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F 15 3220 secours particuliers 1828, secours particuliers 1829 ; Archives nationales F/1dIV/D/1.

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