Daubrée, Cyrille, Bénoni

Biographie


Né en 1799 à Gouville-sur-Mer (Manche). Libraire. Son fils déposa, le 8 mars 1848, un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. La lettre qu’il adressa à la Commission était ainsi rédigée, afin d’obtenir un emploi : « Mon père, feu Daubrée, libraire passage Vivienne, tombé victime d’un lâche assassinat, ne cessa toute sa vie de montrer le zèle du plus pur du plus dévoué citoyen pour le triomphe de la liberté et des principes démocratiques. Persécuté sous la Restauration, il fut l’un des combattants de Juillet les plus empressés et reçut une blessure aux barricades de cette mémorable révolution, sœur de celle qui s’est accomplie en février. Cependant il ne voulut aucun honneur, aucune distinction, aucun emploi, quoiqu’ils lui fussent offerts comme récompense de ses services. Il resta ce qu’il était auparavant, redoublant seulement de zèle dans le service de simple garde national et de vigilance à l’égard du choix des officiers de son bataillon et du choix du député de son arrondissement, comme électeur. Je voudrais, comme lui, n’avoir rien à demander au gouvernement, par respect pour sa mémoire, mais ma mère, obligée de quitter la profession de son mari, étant restée sans fortune et chargée de trois enfants, dont deux ne sont pas encore élevés, je suis forcé de me servir des titres que m’a laissés mon père à l’estime et à la reconnaissance publique pour solliciter d’un gouvernement fondé par le peuple et sous l’influence du glorieux souvenir de ses précédents défenseurs un emploi, que me permettront de remplir avec zèle ma jeunesse, mon activité et mon dévouement aux principes qu’a défendus mon père […]. » Le maire du (ancien) IIIe arrondissement apostilla sa lettre comme s’intéressant à lui. Le Compilateur, en date 20 novembre 1844, retraçait ainsi les circonstances de l’assassinat du libraire Daubrée : « Hier, galerie Vivienne, une femme de mise élégante, accompagnée d’un petit garçon, venait d’enlever un almanach à l’étalage du sieur Daubrée. Il la surprit en flagrant délit, l’arrêta et la conduisit chez le commissaire de police, rue Saint-Pierre-Montmartre. La dame nia d’abord assez vivement ; puis elle employa la prière. Voyant que le libraire était inexorable, et que, sur l’ordre du commissaire, on allait chercher la garde : “Vous voulez donc absolument me perdre, dit-elle. – Je n’ai pas de pitié pour les voleuses, répartit M. Daubrée. – Eh bien ! Tu l’as voulu ; tant pis pour toi !” En même temps, elle lui porta dans la poitrine un coup de couteau-poignard. “Je suis mort !” s’écria M. Daubrée, et il tomba expirant. Le commissaire était allé chercher du renfort ; la malheureuse en profita pour s’échapper, mais on l’arrêta rue des Fossés-Montmartre, à dix heures et demie. Elle a été mise aussitôt à la disposition de la justice. C’est une marchande à la toilette de Nantes, nommée Julie Penot, âgée de 28 ans ; elle résidait dans un hôtel de la place du Carrousel. On l’a conduite ce matin de la Conciergerie chez le commissaire pour subir un interrogatoire ; puis, au magasin de la galerie Vivienne, pour être confrontée avec la victime. Les balayeurs ont trouvé ce matin, dans la rue des Fossés-Montmartre, le poignard dont s’est servi celle malheureuse ; il était encore sanglant. » La femme Pineau (sic) fut condamnée, le 17 mars 1845, à la peine des travaux forcés à perpétuité et à l’exposition publique. Il fut convoqué par la Commission mais ne répondit pas aux différentes convocations ; en conséquence, sa demande fut rejetée. Le fils demeurait 3, place de la Sorbonne en 1848. Archives de la préfecture de police AA 382 ; Le Compilateur, 20 novembre 1844, p. 452 ; LAmi de la religion, journal ecclésiastique, politique et littéraire, volume 123, n° 3987, mardi 19 novembre 1844, p. 349 ; LAmi de la religion, journal ecclésiastique, politique et littéraire, volume 124, 18 mars 1845, p. 653.

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