Decombis, Antoine
Biographie
Né le 24 février 1766 à Salles Seurant (Aveyron) (par exemple in Archives nationales F/1dIII/39 dans la liste officielle de la Commission des récompenses nationales ; aussi in Archives nationales F/1dIII/30, selon le jugement de 1824) (par erreur à Saint-Lô [Manche] in Archives de Paris VD6 3). Garde française, il participa à la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789. Maréchal des logis en retraite depuis au moins 1824. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ve arrondissement. Il fut décoré de la croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement (par erreur sous le nom de Decombes, Antoine sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Il fut présent à la réunion du 6 mai, à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, présidée par présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat, Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), Trélat (voir (voir Trélat, Ulysse), Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), Dumas, Alexandre (voir ce nom) et dans laquelle entre huit cents et mille décorés de Juillet protestèrent contre les dispositions imposées par le gouvernement et relatives à la décoration de Juillet. Le Constitutionnel, en date du 7 mai 1831, rapportait ainsi le déroulement de cette réunion ; « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décoration acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Le « vieux citoyen blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille » était Decombis, et L’Ami de la religion, journal et revue ecclésiastique, politique et littéraire, relevait ainsi sa présence, en date du 10 mai 1831 : « Dans une de ces réunions qui eut lieu le 6 au local de la Chaumière, passage du Saumon, et qui était présidée par l’avocat Garnier-Pagès, avec les sieurs Cavaignac, Trélat, Bavoux et Alexandre Dumas, un vieux patriote de la première révolution, nommé Décombis, a demandé la parole. Il est monté à la tribune, et a déclaré que ses exploits de juillet n’étaient pas ses premières armes ; qu’il avait contribué vaillamment à la prise de la Bastille en 1789. Il a ajouté qu’il avait reçu alors la décoration de ce mémorable événement, mais qu’on ne lui avait demandé d’autre serment que le serment au peuple. De vifs applaudissements se sont fait entendre, et on s’est fait un honneur d’appeler au bureau ce héros des deux révolutions ; il y a plus, on a voulu recevoir de ses mains une distribution de tout ce qu’on a trouvé à acheter du ruban de la croix de juillet, que le roi Philippe devait remettre. MM. Laffitte, Odilon-Barrot, Delaborde, Las Cases, etc., étaient confondus dans l’assemblée, composée, dit-on, de mille personnes. On ne dit pas si M. Agier, qui est nommé aussi chevalier du nouvel ordre, faisait partie de cette réunion, que le Journal des débats condamne hautement. On n’avait pas permis aux élèves de l’école Polytechnique de s’y rendre. » Puis ajoutait en date du 12 mai 1831 : « Il y a certainement un beau sujet de méditations philosophiques dans l’histoire de ce vétéran de la Bastille, qui s’est retrouvé, au bout de quarante-deux ans de gloire oubliée, pour distribuer des brevets d’immortalité tout pareils à ceux que le temps avait déjà si complétement effacés pour lui et pour les autres héros ses contemporains. Ceux-là aussi avaient délivré la France de la tyrannie de Louis XVI ; ceux-là aussi avaient reçu des récompenses nationales ; ceux-là aussi s’étaient vus couronner par la patrie reconnaissante : mais voyez un peu le néant des grandeurs humaines et l’instabilité des choses d’ici-bas ! Ce beau débris des gloires de 89 n’était déjà plus reconnaissable ; personne ne se souvenait plus de ses honneurs. Depuis près d’un demi-siècle, il portait les titres de son immortalité au fond de sa poche, et il n’a fallu rien moins qu’un nouveau bouleversement de l’ordre social pour faire sortir de la doublure de sa veste ce ruban décoloré, qui fit l’admiration d’une autre époque, ainsi que le cheval blanc de M. de Lafayette. Ce ruban, à la vérité, a repris tout à coup son ancien éclat ; il a même effacé un moment les couleurs de la pourpre royale ; mais c’était pour la représentation d’une comédie de circonstance, après laquelle il devait rentrer pour toujours dans l’oubli. Puis, vous viendrez encore vous fier aux gloires de ce monde, et créer pour elles des ordres de chevalerie ! » Dans ses Mémoires, Alexandre Dumas se montre plus cruel et donne le récit suivant de la réunion : « Une assemblée générale avait eu lieu dans la salle de la Grande Chaumière, située au passage du Saumon. Le nombre total des décorés montait à quinze cent vingt-huit. Quatre cents appartenaient aux départements, le reste à Paris. Convoqués à domicile, tous les décorés furent exacts à l’appel ; nous nous trouvâmes réunis au nombre de mille, à peu près. On procéda à la formation d’un bureau. Le président fut élu par acclamation. C’était un ancien vainqueur de la Bastille, âgé de soixante et dix à soixante et quinze ans, et qui portait, auprès de la décoration du 14 juillet 1789, la croix du 29 juillet 1830. M. de Talleyrand avait bien raison de dire que rien n’est plus dangereux que l’enthousiasme ; nous sûmes, depuis, que notre président par acclamation était un vieux gueux qui avait passé en cour d’assises pour avoir violé une jeune fille. Puis on procéda au scrutin […]. » Décombis avait en effet été condamné d’abord à douze mois de prison par le tribunal correctionnel de Paris, le 16 mars 1824, puis par appel a minima du procureur, le 27 avril 1824, à dix-huit mois de prison pour s’être « à plusieurs époques livré à des actes de libertinage sur la personne de plusieurs jeunes filles âgées de huit ans ». A cause de cette condamnation, son nom, en 1832, fut écarté « pour motif d’indignité » de la liste des Vainqueurs de la Bastille, qui prévoyait, en vertu de l’ordonnance royale du 8 mai 1832, une médaille commémorant leur participation à la prise de la Bastille et, pour chacun des décorés, une rente annuelle et viagère de deux cent cinquante francs. Decombis s’émut de la décision, affirmant n’avoir été condamné que sur une lettre anonyme en première instance, puis « sur une nouvelle lettre anonyme aussi calomnieuse et encore plus irritante que la première » en appel. Il ajoutait que la condamnation n’avait été motivée que par des haines politiques : « […] Une haine particulière a provoqué ce jugement, des haines politiques ont fait le reste. Le ministère public, sur une lettre anonyme, dressa contre moi une accusation de viol sur un enfant de huit ans. Un rapport de médecins, qui constata qu’il n’existait aucune espèce d’effleuration (lire sans doute défloration, N.D.A.], fit abandonner cette misérable accusation ; mais c’était un patriote qui en était l’objet et le gouvernement de Charles X ne pouvait laisser passer une aussi belle occasion de l’accabler. Aussi des juges complaisants, ou plutôt criminels, se rattachèrent à l’attentat aux mœurs, article 334 du code pénal, et malgré les attestations les plus honorables et entre autres celles du curé et du vicaire de Vaugirard, malgré ces paroles du ministère public qui devaient à elles seules faire abandonner l’accusation “Il est malheureux que dans cette affaire il n’y ait ni preuve ni témoin.”, je fus condamné. » Il protesta plusieurs fois que la condamnation prononcée « fut la conséquence rigoureuse de mon opposition constante au gouvernement d’alors et le complément des persécutions qui m’assaillirent continuellement sous la Restauration. […] Serai-je donc le premier exemple d’un patriote persécuté sous Charles X et condamné arbitrairement ? serait-ce le premier exemple d’une condamnation arrachée à la conscience d’un tribunal par des haines politiques ? » Et enfin : « […] Outre qu’un jugement de police correctionnelle n’entraîne pas avec lui des effets aussi désastreux. Outre que la peine, méritée ou non, a été subie par moi et qu’ainsi c’est aller au-delà de la loi et agir plus cruellement qu’elle que d’attacher à une condamnation, qui s’éteint avec son terme, un caractère de perpétuité. » Le 3 mars 1824, le vicaire de Vaugirard avait en effet témoigné que Decombis lui était « connu pour honnête homme et qu’aucun parent des enfants confiés à Mme Decombis ne m’ont jamais porté plainte sur la moralité de son mari et qu’au contraire ils se sont toujours loués de la manière dont leurs enfants sont élevés dans cette maison primaire. » Et le curé de Vaugirard avait lui aussi témoigné en faveur de Decombis : « Je viens d’apprendre qu’un de mes paroissiens, nommé Decombis, venait d’être traduit devant vous pour y répondre sur des faits très graves dont il est inculpé par une malheureuse femme qui je ne sais pourquoi lui a juré une haine implacable. Voulant rendre hommage à la vérité, je puis vous assurer, Monsieur, que M. Decombis est un très honnête homme, que sa conduite a toujours été irréprochable, qu’il est estimé et considéré de toutes les honnêtes gens de la paroisse de Vaugirard et qu’il ne m’est jamais rien parvenu qui puisse porter le moindre préjudice à la bonne réputation dont il a toujours joui. Je certifie de plus que la maison de Mme Decombis, son épouse, a toujours fait l’édification de ma paroisse, que les jeunes personnes qui lui sont confiées ont toujours été élevées par elle dans les principes les plus purs de l’honnêteté, de la religion et de la saine morale ; que jamais je n’ai entendu faire aucune plainte ni contre elle ni contre son mari qui ait le moindre rapport avec ce que la malveillance lui reproche aujourd’hui (souligné par le curé, N.D.A.). Je vous prie, Monsieur, d’avoir des égards pour un malheureux père de famille, que je crois, bien sincèrement, d’après la connaissance que j’ai acquise, lui être injustement porté (sic, manque un mot ou plusieurs) par une malheureuse, qui n’a que la méchanceté pour partage (souligné par le curé, N.D.A.). » Decombis, pour tenter d’être réintégré dans la liste des Vainqueurs de la Bastille, faisait valoir ses cinquante ans (!!) de services militaires, ses trois blessures et qu’il était père de deux enfants au service du roi : un dans l’artillerie de marine à Anvers et l’autre en Algérie, veuf avec des enfants à charge et dont lui-même s’occupait, comme leur grand-père. Le préfet de police, à qui les autorités avaient demandé des informations complémentaires afin de les éclairer donna, le 24 novembre 1832, sur le compte de Decombis, les informations suivantes : « […] J’ajouterai aux renseignements que j’ai déjà eu l’honneur de transmettre […] sur le compte de cet individu que les faits de libertinage pour lesquels il a été condamné à dix-huit mois de prison ont été prouvés jusqu’à l’évidence par les déclarations précises des jeunes filles qui avaient été ses victimes, ainsi que par un rapport circonstancié du médecin, et que les notes confidentielles jointes à la procédure n’ont aucun rapport à ses opinions politiques ou à l’opposition qu’il aurait faite alors contre le gouvernement. Il en résulte seulement qu’après avoir servir dans la gendarmerie il avait été mis à la retraite par suite de sa mauvaise tenue et de son insubordination. Il est signalé aussi comme menant habituellement une conduite déréglée. » La division des gardes nationales, quant à elle, en date du 15 novembre 1832, ajoutait : « […] Quelques autres renseignements qui m’ont été fournis portaient que la jeune fille dont il s’agit était confiée à la femme su sieur Decombis, maîtresse de pension, ce qui présentait encore une circonstance aggravante […]. » En conclusion, le 22 décembre 1832, le ministère répondit dans ces termes au général Lafayette, qui avait été sollicité par d’autres Vainqueurs de la Bastille pour intercéder en faveur de Decombis : « […] D’abord l’arrêt de la cour royale de 1824 porte qu’il résulte de l’instruction et des débats inhérents au jugement dont est appel que le sieur Decombis s’était à diverses époques livré à des actes de libertinage sur la personne de plusieurs jeunes filles âgées de huit ans. Que tous les témoins indiqués au premier procès ont persisté et répété leurs déclarations écrites. Que les témoins produits par le prévenu n’ont déposé d’aucun fait relatif à l’accusation. Que la cour, adoptant les motifs des premiers juges, a considéré néanmoins qu’en infligeant au coupable un an de prison ils n’ont pas proportionné la peine à la gravité du délit, pour quoi elle a condamné Decombis à dix-huit mois de prison. Ainsi sa culpabilité a été deux fois proclamée par deux tribunaux différents et en laissant toujours à sa défense la plus complète latitude. […] J’ai réclamé en outre tous les renseignements qu’il m’importait de connaître et il appert de ceux qui m’ont été transmis que les faits de libertinage motivant la condamnation de Decombis ont été prouvés jusqu’à l’évidence par les déclarations précises des jeunes filles qui avaient été ses victimes et par un rapport circonstancié des médecins ; que les notes confidentielles jointes à la procédure n’ont aucun rapport à ses opinions politiques ; qu’après avoir servi dans la gendarmerie il a été mis à la retraite par suite de son insubordination ; enfin qu’il est signalé comme menant habituellement une conduite déréglée. » Témoignage intéressant, celui de Dupont, Jean-Baptiste, demeurant 51, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, lui aussi garde française, lui aussi un des Vainqueurs de la Bastille, qui protesta, en septembre 1833, sur l’impossibilité qu’il rencontrait à fournir les pièces qui prouvaient sa participation à la prise de la Bastille : « […] J’ai l’honneur de vous représenter qu’il est impossible à aucun garde française de faire cette justification, attendu que c’est sur la Bastille en démolition qu’en août 1789 les hautes capacités de la France, pour qui l’amour de la patrie était un culte, ont proclamé et reconnu les gardes françaises vainqueurs de la Bastille ; qu’il leur a été décerné une médaille en or, un brevet et un certificat national qui perpétue ce grand événement. La loi du 19 juin 1790 ne concerne que des bourgeois qui, dirigés par des gardes françaises, ont aussi concouru à la prise de la Bastille. Cette loi a été sollicitée par le sieur Hullin, capitaine d’une compagnie qu’il a formée en septembre 1789, à qui il a donné le nom de Vainqueurs de la Bastille quoique bien certainement tous n’avaient pas combattu le 14 juillet. J’étais garde française en 1789 mais au dépôt de la Chaussée d’Antin. C’est le 13 juillet au matin que ce dépôt a été incorporé dans des compagnies et le lendemain 14 j’ai pris les armes avec mes nouveaux camarades. Nous avons été dirigés vers la Bastille ; j’ai avec eux coopéré très activement à la prise de la Bastille et de cette forteresse. J’ai aussi reçu la médaille, le brevet et le certificat national et comme j’ai resté militaire, que j’ai fait une partie des campagnes, la durée de trente années, militairement et administrativement mon portemanteau a été plusieurs fois perdu sur le champ de bataille. Mon brevet, le certificat national qui étaient dedans ont été perdus. Lorsqu’en 1832, il a fallu justifier de ces droits à la commission royale du 8 mai, comme beaucoup de mes camarades qui avaient aussi perdu leurs papiers, j’ai été à l’Hôtel de ville pour en avoir un duplicata, d’abord on ne trouva pas les deux premiers registres originaux, qui contiennent les procès-verbaux des délibérations de la Ville de Paris, qui centralisait alors tous les pouvoirs de l’Etat et par conséquent les noms des gardes françaises à qui ont été décernés la médaille, le brevet et le certificat national. […] Les gardes françaises qui ont perdu leurs papiers ne peuvent justifier de l’inscription de leurs noms sur ces registre et comme ayant reçu le brevet et le certificat national que par un contrôle général ou relevé assez inexact, sur lequel beaucoup y sont inscrits sans prénom, je suis de ce nombre. Decombis y est aussi sans prénom, cependant on lui a délivré un duplicata, et moi qui suis dans le même cas je ne peux pas l’obtenir quoique j’ai produit des certificats de mes anciens camarades qui attestent que j’ai été comme eux garde française et décoré de la médaille, reçu le brevet et le certificat national. Ce qui est inouï, c’est ce même Decombis qui a empêché qu’il me soit délivré un duplicata comme à lui. Cependant j’ai prouvé que non seulement j’ai été garde française mais même à la prise de la Bastille, ce que bien certainement Decombis n’a pu faire sans fraude. Car la compagnie de Roussy, dans laquelle il était a monté la garde à Versailles le dimanche 12 juillet et l’on sait que le bataillon qui montait la garde à Versailles était de huit jours, c’est-à-dire d’un dimanche à un autre, qu’il était défendu de sortir de Versailles, on était obligé de répondre à trois appels par jour. Decombis n’a donc pu être à la prise de la Bastille le mardi 14 juillet puisqu’il a monté la garde à Versailles le 12 dimanche jusqu’au 19 inclusivement. Ce qui serait propre à accréditer le bruit que les camarades débitent sur le compte de Decombis, celui d’avoir été renvoyé de sa compagnie en défendant cette même garde de Versailles et par ses camarades c’est que sur le contrôle général de la ville, le nom de Decombis ne se trouve pas dans la compagnie de Roussy ni dans les deux compagnies de la garde nationale soldée qui en ont été le dédoublement. On trouve bien le nom de Decombis, sans prénom, dans le dédoublement de la compagnie de Vaugirard. Hé bien ! certainement il existe encore quatre ou cinq gardes françaises de cette compagnie qui sont à Paris prêts à attester que le Decombis d’aujourd’hui n’a pas été de la compagnie de Vaugirard. M. le maître des requêtes je vous prie de m’excuser si j’entre si longuement dans ces détails ; c’est par amour de la vérité si je le fais ; et aussi parce qu’il est inconcevable que ce soit positivement Decombis qui est le moins du monde vainqueur de la Bastille, qu’il est impossible qu’il le soit, que ce soit celui-là-même qui aie empêché que l’on ne me délivre le duplicata de mon brevet et qui m’ait desservi dans vos bureaux. » Decombis retira, le 14 mars 1836, les pièces qu’il avait confiées au ministère de l’Intérieur, ses droits ayant été définitivement rejetés. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. En mars 1848, sa veuve écrivait au ministre de l’intérieur : « Très digne citoyen, Espérant avoir l’honneur d’un instant d’audience, je m’étais empressée de me rendre près de vous, monsieur, que j’ai toujours trouvé du premier moment que j’ai eu l’avantage de vous connaître, disposé à m’obliger et à réparer en quelque sorte en ma faveur les malheurs dont mon mari est mort victime. Vous avez eu la bonté de me dire que vous aviez son dossier, ayant jugé en bon citoyen les injustices qui lui avaient été faites. Vous avez contribué de tout votre pouvoir pour me dédommager de ces malheurs et de ma pénible position. Je me repose donc encore sur tout ce que vous pouvez faire pour moi et désirerais savoir s’il serait utile que je fasse un renouvellement de demande, vu les circonstances actuelles, ou si je puis espérer les quarante francs arriérés que j’attends depuis le mois de décembre dernier. Si vous daignez m’honorer d’un mot de réponse sans votre signature, par crainte de vous compromettre, vous pouvez compter sur ma discrétion ainsi que sur la reconnaissance et le respect avec lequel j’ai l’honneur, etc. » En 1834, emprisonné pour dettes, il écrivit en ces termes une lettre adressée au ministre : « J’ai quarante ans de service, je suis l’un des décorés de Juillet pour la croix spéciale, sans pension. J’avais un fils, sous-officier aux chasseurs d’Afrique, mort l’an dernier sous le drapeau français, dans le ci-devant royaume d’Alger. Sa famille est retombée à ma charge, je fais tout mon possible pour subvenir à ses besoins, mais ma pension est si modique que malgré tout l’ordre et l’économie possible, je suis dans la misère et même dans le malheur par suite de l’imprudence que j’ai eue de cautionner un ami, pour une faible somme de deux cent cinq francs il est vrai, mais qui comporte prise de corps. J’ai recours à vos bontés, dans ce moment de détresse, pour m’accorder un secours qui me mettra promptement à même de recouvrer ma liberté si nécessaire pour pouvoir aux besoins de ma famille trop infortunée […]. » Sa demande fut sans doute classée sans suite. Sa veuve reçut un secours de quarante francs en 1850, un secours de soixante francs en 1851, à titre de veuve d’un décoré de la Croix de Juillet. Decombis demeurait 33, rue de Sèvres à Vaugirard en 1824 ; 1, rue de la Fidélité en 1831 ; 3, place de la Fidélité en 1833 (parfois mais par erreur, 5 bis, rue de la Fidélité) ; 36, rue du Faubourg-Saint-Denis en 1834 ; 12, rue Sainte-Foix en 1836 ; sa veuve, 6 bis, rue Saint-Spire (??) près le passage du Caire en 1849 ; 1, rue Sainte-Marie aux Batignolles en 1850 ; 3, rue Copeau aux Batignolles en 1851. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la croix de Juillet du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/29 Vainqueurs de la Bastille, lettres et pétitions de Dupré et consorts en faveur des vainqueurs de la Bastille ; Archives nationales F/1dIII/29 in dossier Fossard, Jean-Baptiste, Pierre ; Archives nationales F/1dIII/30 Vainqueurs de la Bastille dossier Decombis, Antoine et dossier Dupont, Jean-Baptiste ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Ve arrondissement (sous le nom de Décombis, Antoine) ; Archives nationales F/1dIII/52 in dossier Debry, Didier ; Archives nationales F/1dIII/78 in dossier Viray fils ; Archives nationales F/9/1155 ; L’Ami de la religion, journal et revue ecclésiastique, politique et littéraire, mardi 10 mai 1831, n° 1786, p. 61 ; L’Ami de la religion, journal et revue ecclésiastique, politique et littéraire, mardi 12 mai 1831, n° 1787, p. 74 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations ; Archives de la préfecture de police AA 369, 19 juin 1850, Emploi d’une somme de 705 francs provenant d’allocations non retirées par des décorés ou blessés de juillet 1830, minute 118, idem Proposition, en date du 6 septembre 1851, d’accorder à 286 décorés, médaillés, blessés, combattants, ascendants et veuves de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à la somme de 15.600 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 194-199.