Delabarre, Louis, François
Biographie
Né le 11 avril 1800 à Paris (mais il dit être âgé de cinquante-quatre ans en 1848... soit né vers 1794...). Typographe depuis 1813. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa, en effet, la lettre suivante à la Commission : « Je viens, pour la première fois de ma vie, solliciter une récompense ; j’ose croire que vous n’hésiterez pas à me l’accorder quand vous connaîtrez mes titres à cette rémunération. En juillet 1830, après avoir pris un fusil à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, on me vit à la prise de l’Hôtel de ville, à celle du Louvre, partout enfin où le danger appelait les hommes courageux. Républicain dans l’âme, c’est-à-dire peu partisan du nouvel ordre de choses, je ne demandais pas la croix, qu’il m’aurait cependant été facile d’obtenir. Je fis ensuite partie de la réunion de la rue des Prouvaires et échappais, comme par miracle aux limiers de la royauté. C’est après cette affaire que je défendis la barricade de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, soi-disant prise par le fameux Lavocat (voir Lavocat, Gaspard ?). Comme cette prise n’avait eu lieu qu’après notre abandon (occasionné par la nouvelle de non-réussite) et qu’il n’y avait rien de bon à lui donner un démenti, je gardai le silence (dans cette affaire, j’avais été trompé). Plus tard, je fus impliqué dans l’affaire Legoff. Ce zélé républicain se trouvait sans asile, traqué (comme il a toujours été) par la police. Je lui cédai mon logement de la rue Saint-Benoît n° 7, dont on fit un arsenal. Il y fut malheureusement arrêté au moment où il fondait des balles et accusé de régicide. Fort heureusement pour lui que, quelques jours auparavant, aidé de plusieurs de ses amis nous avions enlevé de la maison plus de mille huit cents livres de poudre. Ce brave citoyen en prison, on sut d’après les investigations d’usage que c’était moi qui lui avait sous-loué et que le moule m’appartenait. On vint à mon nouveau domicile (petite rue de Taranne n° 3) au milieu de la nuit, on fouilla mes meubles, on saisit tous mes papiers ainsi que mon fusil de 1830, dont, par bonheur, j’avais retiré la platine. Je fus mis pendant quatre jours au secret absolu partie du manuscrit brûlée. Mes dénégations, les démarches de ma famille éplorée obtinrent enfin mon élargissement. Pris au dépourvu comme je l’étais lors de mon arrestation je n’avais aucun argent et je ne serais plus du monde sans le noble Collet (détenu en même temps que moi et présentement capitaine de la garde nationale) qui, me voyant dans ce cachot, prêt à mourir d’inanition, me prodigua les soins d’un frère. Il n’y a que le républicanisme qui engendre de tels hommes !... Je recouvrai ma liberté. Quelle liberté ! Toujours assujetti depuis à des visites domiciliaires, à des comparutions outrageuses pour un honnête hommes !!... Je fus, plus d’une année, malade des suites de cette incarcération. Dans les dernières affaires, inutile de vous dire qu’agissant de représailles et m’honorant d’une cause que j’avais toujours si vaillamment soutenue, je combattis encore pour nos libertés, pour ma patrie. Moi et mon fils aîné, nous nous trouvâmes partout où il y avait à mourir ou à vaincre et nous ne déposâmes les armes que pour nous mettre dans les rangs de la garde nationale, nous éloignant de ces faux citoyens qui ne cessent de demander et qui, par leur exigence, entravent la marche du progrès. Je viens donc, citoyens représentants, demander la décoration. Jugez d’après les attestations des hommes connus par leur patriotisme et qui ont tant combattu et souffert pour notre chère patrie si j’ai droit à cette faveur !... Cette décoration que je n’ai pas sollicitée en Juillet, je me sentirai fier de la porter maintenant car elle est le but de mes efforts et de mes nobles travaux. » Sa lettre était apostillée de très nombreuses signatures : Gosse, logeur, demeurant 6, rue Charretière, attestait que Delabarre avait pris, comme lui des armes à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement et qu’ils étaient allés ensemble à l’attaque de l’Hôtel de ville et du Louvre ; Bourdy, demeurant 35, rue des Prêcheurs, attestait que Delabarre avait fondu des cartouches avec lui et qu’ils étaient ensemble à la barricade de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève ; Stilmant, de la 4e compagnie du 1er bataillon de la XIIe légion de la garde nationale ; Collet, capitaine de la 1re compagnie du 1er bataillon de la XIIe légion de la garde nationale ; Fourneaux, demeurant 218, rue Saint-Jacques ; Goulart ; Soret, typographe, ancien libraire, demeurant 7, bd d’Italie ; Le Goff ; Colasse ; Mons ; Michel ; Martin, demeurant 45, rue Galande ; Vayron (voir Vayron, François, Benjamin) ; Lion (sic), « décoré de Juillet, victime de Juin, d’Avril, de la fabrication de poudre et des affaires de mai » (voir Lyon, Charles ? si oui reporter) ; Geimbo... illisible, médaillé (je ne l’ai pas trouvé...) ; Godefroy, décoré de Juillet (c’est lequel ? sans doute du ancien XIIe arrondissement...) ; Desprez, décoré de Juillet (c’est lequel ? sans doute du ancien XIIe arrondissement...). Son fils, Alexandre, compositeur-typographe comme son père, sollicita aussi la décoration auprès de la même Commission pour sa participation à la Révolution de Février. Il relatait ainsi la conduite qu’il avait tenue pendant les combats de Février : « Elevé à l’école de mon brave père, dont toute la vie a été dévouée à la noble cause républicaine, et qui a tant souffert pour elle, je me suis trouvé à ses côtés dans les journées des 23 et 24 février. Au ministère des Affaires étrangères, place du Palais-Royal, partout enfin où le danger commandait la présence d’hommes courageux, je fis preuve de bravoure et de ma connaissance dans les armes car il y a une année à peine que je quittais le service. Rue Bourg-Labbé, c’est moi qui, le premier, m’élançai au milieu d’un peloton de gardes municipaux et qui donnai l’impulsion qui leur devint fatale […]. » Il fut élu lieutenant de la 1re compagnie du 1er bataillon de XIe légion de la garde nationale, peu après la révolution et suite à « sa belle conduite » disait-il pendant cette révolution. Alexandre joignait à sa demande le certificat suivant : « Je, soussigné, moi Achille Simonin, ex-officier au 39e de ligne, que le citoyen Delabarre, Alexandre, compositeur-typographe, était avec moi au Palais-Royal. Ce loyal citoyen s’est trouvé partout où le danger était imminent. Il a fait des prodiges de valeur ! Du reste, il n’y a qu’un an qu’il sort du service. Il a sucé le lait de son père, qui a été persécuté pour faire triompher la noble et belle cause de la liberté !! Vive à jamais la république !!!... Je suis fier, moi, Achille Simonin, de lui délivrer ce certificat. » Signé : Simonin, Achille, ex-officier au 39e de ligne, demeurant 14, rue Neuve-Guillemain dans le faubourg Saint-Germain. Suivaient les apostilles de : ...eigneur..., sculpteur, demeurant 109, rue de Vaugirard ; Stilmant, chasseur à 4e compagnie du 1er bataillon de XIIe légion de la garde nationale ; Le Goff, « jacobin », demeurant 45, rue Galande ; Colasse ; Michel ; Moret ; Martin demeurant 45, rue Galande ; Vayron (voir Vayron, François, Benjamin) ; Lauvergnat, propriétaire, demeurant 43, rue des Noyers ; Mon... ez, demeurant 19, rue d’Arras ; Viat, J., commis libraire, demeurant 6, rue Julien-le-Pauvre ; Malte..., demeurant rue du Mont-Saint-Hilaire, qui précisait avoir été avec lui ; Gasta..., demeurant 31, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève ; Charlier illisible, typographe, demeurant 10, rue Copeau ; Payen, demeurant 1, rue Frontèle ; Plancoulaine, demeurant 39, place Maubert ; Bénard, demeurant 54, rue Saint-Jacques ; Caré, C., artiste, demeurant 1, chemin de la Gaîté à Vaugirard, qui précisait : « Je certifie que le nommé Delabarre s’est trouvé avec moi place du Palais-Royal. J’étais en outre avec lui rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Là, sous les yeux de la multitude, il se précipita au milieu d’un peloton de gardes municipaux et en désarma un au milieu de ses camarades. Son exemple ayant été suivi, les armes tombèrent en notre pouvoir. Il fut aussi le premier à protéger la retraite de ceux qu’il avait si vaillamment combattus. Après le courage, l’héroïsme !! Je me trouve fier de lui donner cette attestation. » Le père et le fils furent proposés par la Commission pour une mention honorable à paraître dans le journal du Moniteur. Il sollicitait un emploi de conducteur dans une des presses mécaniques du gouvernement. Ils demeuraient tous deux 3, rue des Canettes en 1848. Archives de la préfecture de police AA 366, Condamnés politiques sous la Restauration qui résident à Paris, état des secours accordés pour le mois de septembre 1948 ; Archives de la préfecture de police AA 383.