Delaborde, Alexandre, Louis, Joseph

Biographie


Né le 17 septembre 1773 à Paris. Député. Le pourtant très ultra baron de Frénilly, dans ses Souvenirs, donnait les indications biographiques suivantes sur le père de La Borde, banquier de la cour sous l’Ancien Régime : « M. de La Borde avait 1.800.000 livres de rentes, dont il faisait un très noble usage. “Votre Altesse, disait-il au prince de Conti, a la sagesse de vivre en particulier et j’ai la sottise de vivre en prince.” Il avait trois relais à cinq chevaux pour aller de Paris à son château de Méréville près d’Etampes. Il s’y rend un jour avec son neveu le comte de Vintimille : “Mon oncle, dit celui-ci, lorsque vous voudrez vendre le premier attelage, donnez-moi la préférence.” Le soir, l’attelage était dans son écurie et sa femme demanda le prix à son oncle. “Le plaisir de vous embrasser, lui dit-il, si vous ne le trouvez pas trop cher.” A sa table, chacun trouvait sur son assiette une liste de vins précieux et marquait d’un crayon ceux qu’il voulait. J’ai entendu dire à M. de Bougainville, son ami intime, qu’à son inventaire on trouva 24.000 bouteilles de liqueur des îles. Quand Philippe-Egalité vendit la galerie du Palais-Royal, ce fut lui qui l’acheta. Ce millionnaire fut le plus malheureux, le plus triste et le plus ennuyé des hommes et son malheur lui survécut. Il perdit dans un naufrage deux fils, compagnons de La Pérouse. Sa fille aînée, la marquise des Cars, mourut jeune de la poitrine ; la deuxième, la belle Mme de Noailles, est morte folle ; lui-même est mort sur l’échafaud, et, de ses deux autres fils, il ne survit qu’Alexandre de La Borde, bon et aimable fou. […] Alexandre de La Borde était […] bon enfant, naturel jusqu’à l’enfantillage, élégant dans toutes ses manières, plein d’esprit, fou des arts, et avec goût et discernement. Il eût été moins aimable avec une bonne tête ; mais c’est précisément ce que le ciel lui avait refusé, et il réussit à manger les débris de l’immense fortune de son père dans l’entreprise du Voyage pittoresque et historique en Espagne. Il était fameux par ses distractions qui le rendaient en quelque sorte plus attachant ; car c’est une infirmité des gens d’esprit qu’on aime en eux, apparemment parce qu’elle les diminue. En voici une entre mille. Il écoutait au coin du feu un sermon que son père lui faisait sur ses distractions ; il aperçut le chapeau de son père par terre entre ses jambes ; il prit les pincettes, ramassa ce tison à trois cornes, et le mit soigneusement sur le feu. Il finit par épouser une femme qui eût été un modèle accompli de beauté, comme elle l’était de grâce et de simplicité, si le ciel n’avait mis au bout de ses beaux bras deux grandes mains rouges faites en épaule de mouton […]. Pendant quelques années, j’ai beaucoup vu Alexandre de La Borde, et je ne me suis jamais brouillé avec lui, quoiqu’il ait donné dans bien des folies politiques ; les siennes ont été de loyales erreurs. » Il fut l’un des participants aux réunions de députés qui eurent lieu dès le 26 juillet (avec Perier, de Schonen, Vassal, Villemain, J. Lefebvre, Daunou, Bernard, Bérard, Bavoux, Chardel, Mauguin, Persil), au domicile de l’un ou de l’autre des députés. Watripon, dans son Histoire politique des écoles et des étudiants depuis le Moyen Age jusquà 1850, laisse le témoignage suivant sur Delaborde : « Le 26 juillet, les écoles étaient dégarnies, car c’était la veille des vacances. Le général Lafayette se trouvait à sa campagne de La Grange, de sorte que l’association, livrée à elle-même, était privée de son chef principal et d’une partie de ses membres les plus dévoués. Cependant ceux qui étaient présents à Paris ne restèrent pas inactifs. Dès le soir, plusieurs d’entre eux se réunirent au passage Saulnier, chez M. Armand Marrast […] Cent personnes environ étaient présentes à cette réunion, composée en grande partie d’étudiants et d’hommes de lettres ; la question y fut nettement tranchée. – Que doit-on faire ? – A l’unanimité : se révolter… – Doit-on commencer par les départements ? Sur ce point, les avis furent partagés. Presque tous les membres de l’Association de janvier voulaient commencer par la province, afin d’engager une lutte plus intense, plus profonde, et d’éviter par-là un simple changement de cabinet ou une révolution de palais. Fidèles au plan convenu avec Lafayette, ils soutinrent vigoureusement cette opinion. Elle fut énergiquement réfutée par Marrast, qui demandait l’insurrection immédiate, hic et nunc (ce fut son mot). Cette motion, qui répondait au vœu général, rallia les dissidents ; et comme les patrouilles commençaient à circuler dans le quartier, on descendit en toute hâte avec la résolution de provoquer l’engagement par quelques escarmouches, en brisant les lanternes, afin d’attirer la troupe et d’en venir aux barricades. Quelques-uns se rendirent rue d’Artois, chez M. Alexandre de Laborde, où une réunion avait été improvisée par les hommes influents du parti libéral. Ils y arrivèrent en même temps qu’une députation de l’Ecole de droit. Un étudiant, prenant la parole au nom de ses camarades, déclara que sans hésiter on devait mettre les Bourbons hors la loi. M. de Laborde coupa court à cette proposition hardie par l’allocution suivante : “Messieurs, vous avez raison ; ce ne sont plus de vaines paroles que réclame de nous le pays ; une action unanime, forte et puissante, peut seule sauver nos libertés. Allez dire à vos camarades que vous nous avez trouvés animés des mêmes sentiments que vous, et prêts à remplir les mêmes devoirs, à courir les mêmes dangers. Allez, messieurs, réunissez-vous en plus grand nombre ; ce soir, à dix heures, nous vous ferons connaître ce que nous avons résolu.” Le soir, les jeunes gens revinrent en masse plus compacte, au nom d’une association considérable. Se portant forts pour toute la jeunesse, ils annonçaient qu’ils étaient décidés à prendre les armes, et offraient aux députés une garde qui protégerait leurs délibérations partout où ils voudraient se réunir. » Sarrans, dans son Lafayette et la révolution de 1830, donne sur Laborde l’appréciation suivante : « Le premier membre de la chambre qui osa se mettre en évidence et jouer sa tête, dans la première phase de la lutte, c’est-à-dire au moment où l’insurrection n’avait encore pour elle que les probabilités de la défaite et la perspective de l’échafaud, fut M. le comte Alexandre de Laborde. Dès le 26, lundi, cet honorable et courageux député se présenta parmi les journalistes, et accepta la présidence de cette réunion dans laquelle, comme je l’ai déjà dit, furent hautement et publiquement arrêtés le principe de la protestation et celui de la résistance aux ordonnances. Il n’est aucun de mes anciens collègues qui ne se rappelle avec admiration la réponse que M. de Laborde fit à une députation de l’école de Droit, chargée d’insister auprès de nous sur la nécessité de recourir aux armes. “Messieurs, leur dit-il, vous avez raison ; ce ne sont plus de vaines paroles que réclame de nous le pays ; une action unanime, forte et puissante peut seule sauver ses libertés. Allez dire à vos camarades que vous nous avez trouvés animés des mêmes sentiments que vous, et prêts à remplir les mêmes devoirs et à courir les mêmes dangers. Allez, messieurs, réunissez-vous en plus grand nombre, ce soir, à dix heures ; nous vous ferons connaître ce que nous aurons résolu.” » Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Delaborde : « [Le 30 juillet, après la prise de l’Hôtel de ville] En même temps que j’entrais dans la grande salle de l’hôtel de ville, Alexandre de la Borde y entrait de son côté. Quelques-uns de ces hommes qui crient toujours quelque chose criaient : “Vive le préfet de la Seine !” Odilon-Barrot, dont le nom vient justement de se glisser sous ma plume à propos d’éloquence parlementaire, écrivait à une table ; il était habillé en garde national. Il leva la tête, s’étonnant que l’ancien préfet de la Seine, M. de Chabrol de Volvic, pût exciter un pareil enthousiasme. Il reconnut Alexandre de la Borde, et fit un mouvement de surprise. – Eh bien, oui, c’est moi, dit l’auteur de l’Itinéraire en Espagne avec une naïveté toute spirituelle et surtout toute juvénile qui était un des caractères saillants de sa personnalité ; on vient de me nommer préfet de la Seine. – Vous ? – Oui, moi. – Et qui vous a nommé préfet de la Seine ? – Est-ce que je sais ?... Un monsieur qui a un chapeau à plumes, un grand sabre et une longue écharpe. Ce monsieur, c’était le colonel Dumoulin, qui reparaît si exactement à toutes les révolutions avec ce même chapeau à plumes, ce même sabre et cette même écharpe, que je commence à croire que c’est lui qui leur porte malheur. Odilon-Barrot haussa les épaules. – Vous, dit-il, vous serez de la commune de Paris, comme nous... Et, à voix basse, il ajouta : – Et encore ! » Le 29 juillet, il prit le commandement de combattants ou gardes nationaux réunis dans le manège d’équitation de la rue Cadet. Dans une lettre que Barré, Jean, Joseph, Josse, adresse au général Jacqueminot, chef d’état-major de la garde nationale, pour tenter d’obtenir une promotion dans la garde nationale, Delaborde, en apostillant sa demande, indique que « dès le 29 juillet (sic), M. Barré se rendit au chef-lieu de la IIe légion, que je cherchais à réunir rue Cadet, et qu’il m’a été fort utile par son zèle, sa capacité et son patriotisme ». Le même Barré, Jean, Joseph, Josse (voir ce nom), dans le récit qu’il fit de sa propre activité pendant les trois jours, rappelait ainsi la conduite de Delaborde : « Pendant les moments difficiles des 27, 28 et 29 juillet chacun sentait la nécessité de mettre la garde nationale sous les armes, mais très peu ont osé prendre l’initiative. M. le comte Delaborde, député de la Seine, est le premier qui ait pris l’uniforme. » Histoire populaire de la révolution de juillet, récit des combats qui eurent lieu sous le commandement du colonel Marchal pendant les trois journées donne les indications suivantes sur sa participation aux combats de Juillet : « [Le 29 juillet] Revenu vers le boulevard, j’entendis
le bruit des tambours dans le faubourg Montmartre. Je m’y portai à la tête de quelques-uns de mes braves ; à peine entré dans ce faubourg, j’aperçus le brave Alexandre Delaborde, portant habit bleu 
brodé en argent, et marchant en tête d’une colonne qui n’était armée qu’en partie. La présence de ce digne citoyen me causa la plus vive satisfaction. Aussi
tôt que nous fûmes près de lui, il nous fit un accueil des plus bienveillants, et nous donna les plus grands éloges sur notre zèle et notre empressement à défendre la liberté. Le citoyen Delaborde dirigea sa troupe par la rue du Faubourg-Montmartre, la rue Saint-Lazare et jusqu’à la rue Saint-Georges, l’ayant accompagné, je lui fis remarquer que, près de là, se trouvait une caserne de la Garde royale, et que, sans munitions et avec si peu de monde, il pourrait compromettre sa colonne ; sur cette observation, le général fit faire halte et me chargea d’aller chez M. Laffitte, m’assurer s’il y avait des armes et des munitions dont il pût disposer. En entrant chez M. Laffitte, j’y trouvai le général Pajol : ce brave guerrier
s’occupait, avec plusieurs députés, des grands intérêts du jour. Ce ne sont point là des hommes du lendemain, car on connaît les missions périlleuses et difficiles qu’avait déjà remplies M. Laffitte, pendant la crise, et, quant au général Pajol, j’ai su, par mes nombreux émissaires, dans les divers quartiers, que ce guerrier citoyen avait paru, en habit bourgeois, dans plusieurs groupes, où il adressait au peuple, les exhortations les plus patriotiques, pour l’exciter à s’armer contre la tyrannie et la violation du pacte 
social. Je ne fus donc pas surpris de le trouver à l’hôtel Laffitte, reconnu comme le quartier général de l’insurrection, j’annonçai aussitôt après ma réception, que le général Delaborde était dans la rue Saint-Lazare, où il attendait, à la tête de sa colonne, des armes et des munitions. On
me chargea, en réponse, d’aller inviter le citoyen Delaborde à se rendre avec tout son monde, en longeant la rue de Provence, vers l’hôtel Laffitte, ce qui fut exécuté à l’instant même. Aussitôt après, le général Pajol me chargea, en réponse d’aller sur la place de la Bourse porter l’ordre à tous les combattants, qui s’y trouvaient réunis, de se rendre à l’Hôtel de Ville, où l’on allait installer le Gouvernement provisoire. » On trouve aussi plusieurs mentions de son activité pendant les combats de Juillet. Ainsi dans Histoire de la révolution des quatre-vingt-seize heures, de ses causes et de ses effets : « Sur la rive droite de la Seine, M. de Laborde (sic), a été un des premiers à accepter, le 29, un commandement de la garde nationale. Il s’est mis à la tête de la légion du deuxième arrondissement et lui a assigné le manège, rue Cadet, pour rendez-vous. A l’instant, trois compagnies s’y sont formées et ont nommé leurs officiers. L’une d’elles, commandée par le capitaine Servatius (voir Servatius, Mathias), avait en tête, pour soldats, MM. Ferrère-Laffitte (voir ce nom), Eug. Laffitte (voir Laffitte, Charles, Pierre, Eugène), Ad. Laffitte, Morlot (voir Morlot de Wengy, Alexandre), Bainière, agent de change, et Larreguy (voir Larreguy, François), banquier, l’un des collaborateurs du Journal du commerce ; de braves artisans et de simples ouvriers les suivaient. Elle s’est aussitôt rendue à l’entrée du faubourg Montmartre, qu’on lui avait désignée comme position, en attendant de nouveaux ordres. Là, deux ordres différents n’ont pas tardé à arriver à son capitaine, qui en a donné aussitôt lecture à sa compagnie. “Vous le voyez, mes camarades, a dit en finissant M. Servatius, d’un côté on nous ordonne de rester dans notre arrondissement, et de rentrer chez nous en attendant un nouveau rappel ; de l’autre on nous demande du secours sur un point où on se bat ; que voulez-vous faire ?” Le cri unanime au feu a répondu aux paroles du capitaine ; la compagnie a suivi un élève de 1’Ecole polytechnique, qui était chargé de diriger les renforts vers le Théâtre-Français. Elle y est arrivée, au moment où quelques braves venaient de s’emparer vaillamment d’une pièce de canon. Ceux qui l’avaient prise étaient à cheval dessus et traînés en triomphe. Les femmes l’avaient couverte de fleurs. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIIe arrondissement. Il fut décoré de la croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Gilliard, Charles et Bernard, Alphonse, Hippolyte (voir ces noms) invoquèrent son témoignage pour faire valoir leurs propres droits devant la Commission des récompenses nationales. Dans un certificat que délivra Donnet, principal clerc de notaire chez Grenier, notaire, 13, rue du Faubourg-Montmartre, en faveur de Polin, Jacques, Achille, on trouve quelques indications sur la participation de Delaborde aux événements de Juillet : « Je, soussigné, certifie que M. Jacques, Achille Polin faisait partie d’une colonne de cent hommes environ qui le jeudi 29 juillet partit de la cité Bergère pour se rendre vers le Théâtre-Français, où les Suisses étaient alors retranchés, que nous marchâmes à côté l’un de l’autre jusqu’au monument en construction sur l’emplacement de l’ancien opéra, que là nous nous séparâmes sur l’ordre du commandant de la colonne, qui nous conseilla d’occuper les maisons voisines et de nous mettre aux fenêtres afin d’arrêter avec nos armes à feu la marche des Suisses, qu’un faux avis lui avait représentés comme victorieux en s’avançant sur nous. M. le commandant de la colonne était un homme de quarante-cinq ans environ, teint coloré, taille de 5 pieds 5 pouces environ, couvert d’un habit bleu et décoré ; on me dit qu’il se nommait Delaborde et qu’il avait servi dans l’ancienne garde impériale ; plusieurs fois depuis je l’ai rencontré dans Paris et je le reconnaîtrais facilement. » Un certificat délivré en faveur de Gillet, Jean-François donne les indications suivantes concernant Delaborde : « Nous certifions que Jean-François Gillet, jardinier à Montmartre, a constamment combattu à nos côtés, qu’il ne nous a point quitté un seul instant pendant tout le temps qu’a duré le danger et qu’il s’est empressé de se réunir à nous avec la troupe qu’il avait recrutée, pour nous suivre rue de Richelieu, le 29 du mois dernier, où nous avions reçu l’ordre de M. le comte de Laborde et le colonel Bro de nous rendre pour repousser l’ennemi qui occupait cette position […]. » Il signa, le 25 juillet 1831, le certificat suivant en faveur de Besson, Dora : « Je certifie avoir été témoin du courage et du dévouement que Mme Dora Besson a montré pendant les trois journées. Dès les premiers moments, elle distribua au peuple une quantité d’armes que possédait son mari, ancien officier de marine, exilé en 1815 et actuellement en Egypte. Partout où sa présence pouvait être utile, soit pour animer les citoyens à se défendre et leur en donner l’exemple soit pour soigner les blessés au milieu même du feu, on la vit affronter les dangers et souffrir toutes les fatigues. Je désire vivement que cette attestation puisse contribuer à lui mériter une récompense nationale, à laquelle elle a tous les droits. » Il apostilla, le 29 août 1830, comme contenant des faits véritables, le certificat suivant délivré en faveur de Dubeaud, Thomas : « Je, soussigné, capitaine commandant les grenadiers du 3e bataillon de la IIe légion, certifie que M. Thomas Dubaud (sic), demeurant rue des Martyrs n° 12 (sic), s’est réuni au détachement composé de divers citoyens dont le commandement m’avait été confié par M. Alexandre Delaborde, le 28 juillet dernier, et que M. Dubaud ne m’a quitté que pour se rendre sur un autre point avec quelques hommes qui s’étaient mis sous ses ordres avec l’autorisation de M. Delaborde. » L’Histoire des préfets précise qu’il resta « préfet de la Seine pendant vingt et un jours et quitta ces fonctions pour celles, inattendues, de général de brigade et d’aide de camp de Louis-Philippe ». Il fut, le 1er décembre 1833, avec vingt-six autres officiers de la garde nationale parisienne, curieusement nommé officier de l’ordre de Léopold, par le nouveau roi des Belges, qui voulait, expliquait-il de manière quand même un peu compliquée « donner à la garde nationale de Paris un témoignage public de notre estime pour l’appui constant qu’elle a prêté au bon ordre dans un pays dont les destinées sont étroitement liées à celle de la Belgique ». Nous empruntons au Nouveau Dictionnaire des girouettes la notice biographique qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Fils du marquis de Laborde ancien banquier de la cour ; officier dans les dragons autrichiens pendant les guerres de la révolution ; rentré en France et attaché à l’ambassade de Lucien Bonaparte en Espagne ; auteur d’un grand Voyage pittoresque dans ce pays, auquel souscrivent plusieurs cours étrangères telles que celles de Madrid, de Vienne ; la guerre continentale les empêche de tenir leurs engagements, et la fortune de M. de Laborde est gravement compromise ; auditeur au conseil d’Etat en 1808 ; chargé, comme cavalier d’ambassade, de présenter à l’archiduchesse Marie-Louise les diamants que lui envoie Napoléon ; maître des requêtes en 1810 ; chargé du service des Ponts et Chaussées de la Seine en 1811 ; nommé en 1813, à la troisième classe de l’Institut. Appelé, au commencement de 1814, aux fonctions d’adjudant-commandant de la garde nationale de Paris, il signe cette adresse au gouvernement provisoire, “qui le félicite d’avoir couronné sa généreuse entreprise en proclamant ce prince dont l’antique race fut pendant huit cents ans l’honneur de la France, et d’avoir ainsi recouvré les droits d’un peuple que des malheurs inouïs et un affreux despotisme n’ont pu abattre, etc., etc.” (Moniteur.)

»Déjà, il avait accepté la pénible mission d’aller (pendant la nuit de la reddition de Paris) traiter de la capitulation, au nom et pour la part de la garde nationale.

»Au retour de Napoléon, M. de Laborde signe la délibération du conseil d’Etat qui déclare “que les Bourbons ont constamment violé leurs promesses, qu’ils ont voulu régner et opprimer le peuple par l’émigration, et que le peuple, affecté de son humiliation et de ses malheurs, appelant de tous ses vœux son gouvernement national, la dynastie liée à ses nouveaux intérêts, a volé au-devant de son libérateur.” (Moniteur.)

»Pendant les Cent-Jours, M. de Laborde fut attaché à Lucien sans titre ostensible mais remplissant, auprès de lui les fonctions de premier écuyer.

»Les Bourbons, à leur second retour, le nommèrent maître des requêtes en service ordinaire, et ses concitoyens l’appelèrent, en 1822, à la Chambre des députés. Ennemi persévérant des ministères, ami sincère des libertés publiques, il démontra l’absurdité de la campagne d’Espagne, et s’opposa de tout son pouvoir à ce qu’elle eût lieu. Réélu en 1827, il a toujours fait partie de l’opposition libérale, et voté avec la gauche.

»Dans la révolution de juillet, il s’est montré homme de cœur. Non seulement il n’a jamais eu, comme beaucoup de ses collègues, l’intention de se soumettre et de se laisser dépouiller de son caractère de député qu’il tenait de la nation, mais il a, des premiers, concouru à faire passer la résistance du cercle de la légalité dans celui de la guerre. Dès le 26, il figure dans les réunions politiques émet et soutient les propositions les plus courageuses. Il engage sa tête dans la cause de la révolution ; le 29, il accepte les fonctions difficiles de préfet de la Seine. Nommé conseiller d’Etat et aide-de-camp du roi, il n’oublie pas qu’avant tout il est citoyen : il signe un des premiers l’Association nationale du département de la Seine, et il est destitué.

»L’anniversaire de juillet l’a rendu à ses fonctions de conseiller et d’aide-de-camp, sans l’enlever à son à patriotisme. On pense, dit-on, en faire un pair ; lui tient, mais avant tout, à son titre d’homme de Juillet, et il a raison. »

Nous empruntons au Dictionnaire des parlementaires de Robert et Cougny la notice biographique qu’ils lui ont consacrée et ainsi rédigée : « Député de 1822 à 1824 et de 1827 à 1841, né à Paris (Généralité de Paris) le 17 septembre 1773, mort à Paris (Seine) le 20 octobre 1842, il fit ses études au collège de Juilly et quitta la France au moment de la Révolution. Il se rendit à Vienne, auprès de l’empereur Joseph II, qui l’admit dans l’armée autrichienne, où il parvint au grade de chef d’escadron. La paix de Campo-Formio, en 1797, lui permit de revenir en France; mais il y resta peu de temps, et, pris d’un goût très vif pour les Arts, voyagea en Angleterre, en Hollande, en Italie et en Espagne. Attaché, en 1800, à l’ambassade de Lucien Bonaparte à Madrid, il visita en détail l’Espagne, qui lui inspira deux ouvrages : L’Itinéraire descriptif de l’Espagne (1809, 5 volumes et 1 atlas) et le Voyage pittoresque et historique en Espagne (1807-1818, 4 volumes in-folio). La guerre de 1808, en entravant la vente de ce dernier ouvrage, compromit les intérêts de l’auteur, qui se décida à entrer dans l’administration. Nommé, cette même année, auditeur au conseil d’Etat, membre de la Légion d’honneur en 1809, M. de Laborde fut chargé, au commencement de 1810, de présider la commission de liquidation des comptes de la grande Armée. Créé comte de l’Empire (9 janvier 1810), placé peu après à la tête du service des ponts et chaussées du département de la Seine, il fut appelé à l’Institut (classe des Inscriptions et Belles-lettres), en remplacement de M. de Toulongeon (1813). Adjudant-major de la garde nationale en 1814, il reçut la mission de se rendre au camp russe sous Paris, dans la nuit du 31 mars, pour y traiter de la capitulation de la garde nationale. Louis XVIII le nomma alors colonel d’état-major, chevalier de Saint-Louis et officier de la Légion d’honneur. Sans emploi durant les Cent-Jours, il se rendit en Angleterre pour y étudier les méthodes de l’enseignement mutuel populaire, dont il se fit à son retour, sous la seconde Restauration, l’actif propagateur en France, notamment en qualité de secrétaire de la Société centrale d’enseignement mutuel. Il put terminer, en 1818, son Voyage en Espagne, et entra comme maître des requêtes au conseil d’Etat. Elu député du collège de département de la Seine, le 17 mai 1822, par 1.215 voix (2.320 votants), il combattit les systèmes financiers du ministère, les lois restrictives de la liberté, et s’opposa vivement à la guerre d’Espagne, surtout par la raison qu’il serait impossible de ravitailler la cavalerie. Un journal de l’époque résuma son opinion dans cette formule : “Foin de la guerre d’Espagne.” Cette attitude indépendante le fit rayer du conseil d’Etat, puis, aux élections du 25 février 1824, lui valut, grâce aux efforts de l’administration, un échec dans le (ancien) VIe arrondissement de Paris, avec 247 voix contre 606 à M. de Lapanouze. Aux élections suivantes (24 novembre 1827), il fut réélu par le grand collège de la Seine, avec 1.519 voix (1.940 votants, 2.195 inscrits), et son mandat lui fut renouvelé, le 19 Juillet 1830, par 1.720 voix (2.158 votants). Le ministère Martignac lui avait rendu son siège au conseil d’Etat. M. de Laborde fit de l’opposition au ministère Polignac, signa l’Adresse des 221 et, le 27 juillet, se mit à la tête du mouvement populaire. Nommé préfet de la Seine après le triomphe de la révolution, il ne conserva ce poste que peu de temps, et fut nommé général de brigade de la garde nationale et aide de camp de Louis-Philippe ; rappelé encore au conseil d’Etat, il dut se représenter devant ses électeurs, et fut réélu, le 28 octobre 1830, par 6.572 voix (7.214 votants, 10.315 inscrits). Les électeurs du (ancien) VIIe arrondissement de Paris le renvoyèrent successivement à la Chambre : le 5 juillet 1831, avec 517 voix (945 votants); le 21 juin 1834, avec 405 voix (764 votants, 957 inscrits), contre 189 à M. Debelleyme et 146 à M. Bérard ; le même jour, il fut élu également, par le 4e collège de Seine-et-Oise (Etampes), avec 174 voix (290 votants, 364 inscrits), contre 83 à M. Foye et 29 à M. Debierville ; il opta pour Etampes et fut remplacé, dans le (ancien) VIIe arrondissement de Paris, par M. Moreau. Réélu à Etampes, le 4 novembre 1837, par 178 voix (304 votants, 381 inscrits), contre 83 à M. Foye, et, le 2 mars 1839, avec 180 voix (306 votants, 384 inscrits), il donna sa démission en 1841, et fut remplacé, le 7 mai, par M. Léon de Laborde. Pendant les années qu’il siégea à la Chambre, il se montra partisan de quelques mesures libérales, demanda notamment l’adjonction des capacités aux conseils généraux, et remplit, depuis 1831, les fonctions de questeur. Outre les deux ouvrages précédemment cités, M. de Laborde a publié : Description des nouveaux jardins de la France et de ses anciens châteaux (Paris, 1808-1815) ; les Monuments de la France, classés chronologiquement et considérés sous le rapport des faits historiques et de létude des arts (1816-1826) ; Voyage pittoresque en Autriche, avec un précis historique de la guerre entre la France et l’Autriche en 1809 (1821-1823) ; Versailles ancien et moderne (1840) ; Rapport sur la méthode de Lancaster (1816). M. de Laborde a aussi collaboré à la Revue des Deux-mondes, à la Revue de Paris, à la Revue encyclopédique, etc. » Il demeurait 28, rue Laffitte en 1831. Souvenirs du baron de Frénilly, pair de France, Paris, Plon, 1909, p. 230-231, 248 ; Histoire populaire de la révolution de juillet, récit des combats qui eurent lieu sous le commandement du colonel Marchal pendant les trois journées, Marchal, Colonel, impr. de Mme de Lacombe (Paris), 1834, p. 74-76 ; Histoire de la révolution des quatre-vingt-seize heures, de ses causes et de ses effets, Auguste Imbert, 2e édition, Paris, Guyonnet éditeur, 1830, p. 145-146 ; Lafayette et la révolution de 1830, Histoire des choses et des hommes de Juillet, Sarrans, Thoisnier-Desplaces, Paris, 1832, tome premier, p. 213 ; Histoire politique des écoles et des étudiants depuis le Moyen Age jusquà 1850, Watripon, Paris, chez Michel et Joubert, 1850, tome I, p. 141 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Chronique de juillet 1830, Rozet, Paris, Barrois et Duprat, 1832, tome 1, p. 109 ; Histoire des préfets, Pierre-Henry, Nouvelles éditions latines, Paris, 1950, p. 124-125 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Barré, Jean, Joseph, Josse ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Gilliard, Charles ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 in dossier Polin, Jacques, Achille ; Archives de Paris VK3 41, idem in dossier Bonnard, Louis, Guillaume (pour lequel il signe un certificat pour attester sa participation aux combats de la prise d’une pièce de canon, rue de Rohan le 29 juillet) ; Archives de Paris VK3 45 in dossier Gillet, Jean-François ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales AB XIX 15 papiers des Tuileries, décorés de juillet 1830, citoyens qui ont pris part aux événements de 1830 in dossier Barré, Jean, Joseph, Josse ; Archives de la préfecture de police AA 371 in dossier Baudry, Auguste, Pierre (pour lequel il apostille un certificat pour faire valoir ses droits à la récompense nationale et comme quoi ce dernier avait fait partie de l’état-major du colonel Zimmer depuis le 29 juillet jusqu’au 19 août ; de la même manière, il signe un certificat en sa faveur) ; Archives de la préfecture de police AA 372 in dossier Besson, Dora ; Archives de la préfecture de police AA 374 in dossier Boyaud, Louis ; Archives de la préfecture de police AA 386 in dossier Drunot, Henry ; Archives de la préfecture de police AA 395 in dossier Joubert, Jean, Robert (une lettre dans laquelle ce dernier remercie le président de la Commission des Réclamants d’avoir contacté Delaborde à son sujet) ; Archives de la préfecture de police AA 399 in dossier Maitrejean (où Maitrejean affirmait qu’on pouvait demander à Delaborde tout renseignement le concernant sur sa participation aux combats de Juillet) ; Archives nationales F 1dIV F 1 in dossier Teisseire de Saint-Marc, Joseph (pour lequel il apostille en 1821 une demande d’obtention de la Légion d’honneur) ; Pasinomie ou collection complète des lois, décrets, arrêtés et règlements généraux qui peuvent être invoqués en Belgique, troisième série, Bruxelles chez Tarlier, 1834, p. 306.

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